Rodolphe Archibald Reiss

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Rodolphe Archibald Reiss
Description de l'image Archibald Reiss.gif.
Naissance
Hechtsberg
Décès
Belgrade
Nationalité Drapeau de la Suisse Suisse
Institutions Université de Lausanne
Renommé pour Pionnier de la police scientifique, fondateur de l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne (1909)

Rodolphe Archibald Reiss (serbe : Арчибалд Рајс/Arčibald Rajs), né le 8 juillet 1875 à Hechtsberg (Grand-Duché de Bade) et mort le 8 août 1929 à Belgrade (Royaume de Yougoslavie), est un professeur, criminologue, criminaliste et photographe vaudois. Pionnier de la police scientifique et de la criminalistique moderne, il est notamment le fondateur de l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne, première école universitaire de police scientifique au monde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans le Grand-duché de Bade, il est le huitième d'une famille de dix enfants[1]. Il passe son adolescence à Karlsruhe puis, à la suite de dissensions familiales liées au choix de camp dans une Europe crispée, émigre à Lausanne où il commence ses études[1].

Il y étudie la chimie et obtient un doctorat ès sciences[2]. En 1898, alors membre de la Société d'étudiants « Stella Valdensis», Rodolphe Archibald Reiss lance, avec Isaac Rouge, le Journal suisse des photographes. La même année, il devient assistant à l'Université de Lausanne[2].

En 1899, Rodolphe Archibald Reiss est mandaté par le gouvernement vaudois pour créer un laboratoire universitaire de photographie.

Au début du siècle, il a l'occasion d'effectuer un stage à Paris auprès du criminologue Alphonse Bertillon qui lui permet de découvrir toutes les possibilités de la photographie dans les enquêtes criminelles menées par les policiers. Une visite à la préfecture de police de Paris lui permettra également de s’instruire sur les différentes techniques photographiques, telles que la photographie signalétique et les bases du « portrait parlé », méthode utilisant une description analytique des traits du visage[3].

Alors qu'il est, de 1902 à 1907, le rédacteur en chef de la Revue suisse de photographie, il organise, en 1903, le congrès de l'Union internationale de photographie à Lausanne. En 1903, il est nommé professeur extraordinaire de photographie scientifique et judiciaire.

En 1909, il fonde l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne, la première école de police scientifique du monde[2]. Il apporte une contribution considérable à la criminalistique moderne, notamment en créant des protocoles d'analyse permettant la recherche d'indices[2].

À la veille de la Première Guerre mondiale, il fera l'objet d'attaques virulentes de la part d'une presse suisse alémanique antisémite.

En 1914, il se rend en Serbie à l'invitation du gouvernement serbe pour constater en tant que criminologue neutre les crimes commis par les envahisseurs austro-hongrois contre la population civile[4]. Il est en même temps correspondant de la Gazette de Lausanne en Serbie.

Grâce à des centaines d'articles, il attire l'attention du public international sur les atrocités commises en masse par l'armée austro-hongroise pendant la Première Guerre mondiale[5]. Son action a également eu un impact sur le recul des idées de propagande austro-hongroises[6].

À l'issue de la guerre, il est nommé chef du nouveau département de documentation sur les crimes de guerre, dépendant du ministère des Affaires étrangères serbe[7]. À ce titre, il prendra part à la conférence de paix de Paris en tant que membre de la délégation yougoslave[6],[8].

En 1919, Rodolphe Archibald Reiss démissionne de l'enseignement (lausannois) et s'installe, dès 1921, dans la villa « Dobro Polje », quartier de Topčider, en périphérie de Belgrade et sera voisin du vieux roi Pierre Ier de Serbie, avec qui il aura des entretiens politiques parfois houleux. Il publiera en 1928 un manifeste en langue française, « Écoutez les Serbes » (en serbe : « Čujte Srbi ») qui se veut, essentiellement, une prise de conscience.

Rodolphe Archibald Reiss reçoit de nombreuses distinctions honorifiques. Le 8 août 1929, il meurt d'apoplexie dans sa villa « Dobro Polje ». Le peintre vaudois Marcel Amiguet, qui était présent, raconte le drame[9]. Reiss lègue sa fortune, ses médailles, une partie de ses décorations et des cadeaux, d'une valeur d'environ 100 000 francs suisses, ainsi que de sa villa « La Lumière »[10], située au chemin de Fantaisie 3 à Pully d'une valeur estimée à 34 000 francs suisses, au canton de Vaud. C'est son élève et successeur, le professeur Marc-Alexis Bischoff qui en était le locataire depuis le départ de Rodolphe Archibald Reiss, qui rachètera la villa au canton de Vaud[11]. Son cœur sera mis dans une urne déposée sur la montagne Kajmakčalan en Macédoine, selon ses dernières volontés. Il faut noter que les troupes bulgares détruiront ce monument, au titre de vengeance, durant la Deuxième Guerre mondiale.

Dans plusieurs villes de Serbie, en particulier en Voïvodine, des rues portent son nom, de même qu'un institut pour la promotion de l'histoire de la Serbie et de la Yougoslavie[12].

En novembre 2013, il est intronisé à titre posthume au Panthéon francophone de la criminalistique de l'Association Québécoise de Criminalistique[13].

Le président serbe Tomislav Nikolic lui a rendu hommage en mai 2014, à l'occasion du centenaire du début de ses activités en Serbie[14].

Publications[modifier | modifier le code]

  • La Photographie judiciaire, 1903 [lire en ligne] [PDF]
  • Manuel du portrait parlé, 1905.
  • Comment les Austro-Hongrois ont fait la Guerre en Serbie, édition Armand Colin, collection Études et documents sur la Guerre, 1915 [lire en ligne] [PDF].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Quinche, Experts du crime sur les bords du Léman : naissance de la police scientifique en Suisse romande et en France. Hauterive : Éditions Attinger, 2014, 352p., collection « Nouvelles Éditions » (ISBN 978-2-940418-82-4).
  • Zdenko Levental, Rodolphe Archibald Reiss, criminaliste et moraliste de la Grande Guerre, L’Age d’Homme, , 231 p..
  • Jacques Mathyer, Rodolphe Archibald Reiss, pionnier de la criminalistique les années lausannoises et la fondation de * Michèle et Michel Auer, Collection M.+M. Auer une histoire de la photographie" p. 372.
  • Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, Neuchâtel, Administration du Dictionnaire historique et biographique de la Suisse [détail des éditions], Vol. 5, p. 437.
  • photographie Bonzon, Genève Patrie suisse, 1929, no 1006, p. 399.
  • Quinche, Nicolas, Sur les traces du crime : de la naissance du regard indicial à l’institutionnalisation de la police scientifique et technique en Suisse et en France. L’essor de l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne. Genève : Slatkine, 2011, 686p., (Coll. Travaux des Universités suisses), (Thèse de doctorat de l’Université de Lausanne).
  • Quinche, Nicolas, « Bombes et engins explosifs sous l’œil du criminaliste : le travail de l’expert à l’Institut de police scientifique de l’Université de Lausanne (1904-1919) », Revue historique vaudoise, 2010, p. 175-191.
  • Quinche, Nicolas, « L’ascension du criminaliste Rodolphe Archibald Reiss », Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 231-250. (Compte rendu in Fotogeschichte, printemps 2010).
  • Quinche, Nicolas, « Reiss et la Serbie : des scènes de crime aux champs de bataille, l’enquête continue », Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 289-306.
  • Quinche, Nicolas, « Le tatouage dans l’œil du criminaliste », Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 307-310.
  • Quinche, Nicolas, «Lever de rideau », Le théâtre du crime : Rodolphe A. Reiss (1875-1929). Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 2009, p. 311-316.
  • Quinche, Nicolas, « Les victimes, les mobiles et le modus operandi du criminaliste suisse R.-A. Reiss. Enquête sur les stratégies discursives d’un expert du crime (1906-1922) », Revue Suisse d’Histoire, 58, no 4, décembre 2008, p. 426-444.
  • Claude Cantini, «De l'idéal à l'idéologie et de l'idéologie au meurtre : "l'affaire" Reiss dans les archives vaudoises», In: Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, Lausanne No 13(1997), pp. 137-146.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]