Cinq articles des remontrants

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Remonstrance)
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Les Cinq articles des remontrants furent des propositions théologiques avancées en 1610 par des disciples de Jacobus Arminius décédé en 1609, en désaccord avec les interprétations de l'enseignement de Jean Calvin, alors en vigueur dans l'Église réformée néerlandaise. Ceux qui les ont soutenus ont choisi de s’appeler « remontrants. ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Quarante-six prédicateurs et les deux dirigeants du collège d'État de Leyde pour l'enseignement des prédicateurs se sont réunis à La Haye le 14 janvier 1610 pour exposer par écrit leurs points de vue sur toutes les doctrines contestées. Le document sous la forme d'une remontrance a été établi par Jan Uytenbogaert et après quelques changements a été approuvé et signé par tous en juillet.

Les remontrants n'ont pas rejeté la confession et le catéchisme, mais ne les ont pas reconnus comme des canons de foi permanents et immuables. Ils n'attribuaient l'autorité qu'à la parole de Dieu dans la Sainte Écriture et étaient opposés à tout formalisme. Ils affirmèrent également que les autorités laïques ont le droit de s'immiscer dans les conflits théologiques afin de préserver la paix et de prévenir les schismes au sein de l'Église[1].

Les Cinq articles de remontrance ont été soumis à l'examen du synode national néerlandais tenu à Dordrecht en 1618-1619 (voir synode de Dort). Les jugements du Synode, connus sous le nom de Canons de Dordrecht, s'opposaient à la remontrance en cinq points de doctrine. Ces jugements répondaient ponctuellement à l'un des articles de la remontrance[2]. C’est cette réponse qui a donné naissance à ce que l’on appelle depuis les cinq points du calvinisme. Modifiés pour former l'acrostiche TULIP, ils couvraient les sujets sotériologiques du calvinisme, résumant l'essentiel de ce qu'ils croyaient constituer une vision orthodoxe sur les points suivants[3] :

Les cinq articles[modifier | modifier le code]

Article 1 - Élection conditionnelle[modifier | modifier le code]

Cet article rejette le fait que l'élection dans le Christ soit inconditionnelle. Cet article affirme plutôt que l'élection est conditionnelle à la foi en Christ et que Dieu choisit de sauver ceux qui, selon sa prescience auront foi en lui[4],[5],[6].

Article 2 - Expiation illimitée[modifier | modifier le code]

Cet article rejette le principe de l'expiation limitée, qui soutient que Christ n'est mort que pour ceux qu'il a choisi de sauver, et affirme que le salut est destiné à tous mais se limite effectivement à ceux qui croient en Jésus-Christ[7],[5],[6].

Article 3 - Dépravation totale[modifier | modifier le code]

Cet article affirme que l'homme est sujet à la Dépravation totale, et incapable de faire la volonté de Dieu et de se sauver par ses propres efforts sans la grâce divine[8],[5],[6].

Article 4 - Grâce prévenante[modifier | modifier le code]

Cet article rejette l'idée que la grâce soit systématiquement irrésistible, mais affirme que l'homme a le libre arbitre pour résister à la grâce prévenante de Dieu.[9],[5],[6].

Article 5 - Préservation conditionnelle des saints[modifier | modifier le code]

Cet article, plutôt que de rejeter catégoriquement la notion de persévérance des saints, affirme qu'elle est conditionnelle au fait que le croyant reste en Christ. Les auteurs ont explicitement déclaré qu'ils n'étaient pas sûrs de ce point et qu'une étude plus approfondie était nécessaire[10],[5],[6].

Entre 1610 et la procédure officielle du Synode de Dort (1618), les remontrants furent pleinement convaincus dans leur esprit que les Écritures enseignent que le vrai croyant est capable de se détacher de la foi et de périr éternellement en tant qu'incroyant. Ils ont formalisé leurs points de vue dans The Opinion of the Remontrants (1618)[11], et plus tard dans la Confession de foi des remontrants (1621)[12].

La contre-remontrance de 1611[modifier | modifier le code]

Les cinq articles des remontrants ont fait l'objet d'une réponse écrite principalement par Festus Hommius, intitulée The Counter-Remonstrance of 1611[13]. Celle-ci défendit la Confessio Belgica contre les critiques théologiques des disciples de feu Jacobus Arminius, bien qu'Arminius lui-même ait confessé jusqu'à sa mort l'adhésion à la Confessio Belgica et au Catéchisme de Heidelberg[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Five_Articles_of_Remonstrance » (voir la liste des auteurs).
  1. Diderot et Dalembert 1751b.
  2. Diderot et Dalembert 1751a.
  3. Wynkoop 1999, p. 55-56.
  4. Schaff 2007, Article 1, p. 545-549. Traduction indicative : Que Dieu, par un but éternel et immuable en Jésus le Christ son fils, avant la fondation du monde, a déterminé, de sauver dans la race déchue et pécheresse des hommes ceux qui, en Christ et par le Christ par la grâce du Saint-Esprit, croiront son fils Jésus, et persévéreront dans cette foi et dans l'obéissance à la foi, par cette grâce, même en situation extrême ; et, d'autre part, pour laisser l'incorrigible et l'incroyant dans le péché et sous sa colère, et pour les condamner comme éloignés du Christ, selon la parole de Jean 3:36 : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ; celui qui ne croit pas au Fils ne verra point la vie, mais la colère de Dieu demeure sur lui », et selon d'autres passages d'Écriture également
  5. a b c d et e Bray 1994, p. 453-454. Remarquez l'erreur dans le préambule qui donne l'année 1615.
  6. a b c d et e Wynkoop 1999, p. 55.
  7. Schaff 2007, Article 2, p. 545-549. Traduction indicative : C'est par sa volonté, que Jésus le Christ le Sauveur du monde, est mort pour tous les hommes et pour chaque homme, en sorte qu'il ait obtenu pour eux tous, par sa mort sur la croix, le rachat et la rémission des péchés; pourtant personne n'apprécie réellement cette rémission des péchés excepté le croyant, selon la parole de l'évangile de Jean 3:16, « Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu'il ait la vie éternelle. » Et dans la Première Épître de Jean 2:2 : « Il est lui-même la victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. »
  8. Schaff 2007, Article 3, p. 545-549. Traduction indicative : Que l'homme n'a la grâce suffisante pour se sauver lui-même, ni par l'énergie de son libre arbitre, puisque dans l'état d'apostasie et du péché, il ne peut tout seul ni une pensée, ni une volonté, ni quoi que ce soit de vraiment bon (comme la foi salvatrice l'est éminemment) ; encore est-il nécessaire qu'il soit soutenu de Dieu en Christ, par son Esprit Saint, et renouvelé dans sa compréhension, inclination, ou volonté, et tous ses pouvoirs, pour qu'il puisse correctement comprendre, penser, faire ce qui est vraiment bon, selon la parole du Christ, Jean 15:5 : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit, car sans moi vous ne pouvez rien faire. »
  9. Schaff 2007, Article 4, p. 545-549. Traduction indicative : Que cette grâce de Dieu est le commencement, la continuation, et l'accomplissement de tout le bien, même jusqu'à ce degré, que l'homme régénéré lui-même, sans sa providence, son aide, son réveil, le suivi de cette grâce coopérative, ne peut rien penser de bon, ni résister à toutes les tentations du mal ; en sorte que tous les bonnes actions ou mouvements, parmi ceux qui puissent être conçus, doivent être attribués à la grâce de Dieu en Christ mais du fait du mode d'opération de cette grâce, elle n'est pas irrésistible ; comme beaucoup l'écrivent; certains résistent au saint Esprit comme le montre Actes 7, et beaucoup d'autres endroits.
  10. Schaff 2007, Article 5, p. 545-549. Traduction indicative : Que ceux qui sont incorporés au Christ par une vraie foi, et qui deviennent ainsi participants de son Esprit qui donne la vie, ont ainsi tout pouvoir pour lutter contre Satan, le péché, le monde et leur propre chair, et pour remporter la victoire, être bien compris que c’est toujours avec la grâce d’assistance du Saint-Esprit ; et que Jésus-Christ les assiste par son Esprit dans toutes les tentations, leur tend la main, et si seulement ils sont prêts au conflit, et désirent son aide, sans être inactifs, les empêchent de tomber, de sorte qu’ils, ni par la ruse ou le pouvoir de Satan, ne peuvent être induits en erreur, ni retirés des mains du Christ, selon la parole du Christ, Jean 10:28 : « Personne ne les ravira de ma main. » Mais s’ils sont capables, par négligence, d’abandonner à nouveau les premiers débuts de leur vie en Christ, ou de revenir à ce monde diabolique actuel, ou de se détourner de la sainte doctrine qui leur a été délivrée, ou de perdre une bonne conscience, ou de devenir dépourvus de grâce, cela doit être plus particulièrement déterminé à partir des Saintes Écritures avant de pouvoir l’enseigner avec la pleine persuasion de notre esprit
  11. DeJong 1968, p. 220 et suiv.. Les points trois et quatre du cinquième article du texte The Opinion of the Remontrants (1618) se lisent comme suit : Les vrais croyants peuvent déchoir de la foi véritable et tomber dans des péchés tels qu’ils ne peuvent être compatibles avec une foi véritable qui justifie; non seulement il est possible que cela se produise, mais cela arrive même fréquemment. Les vrais croyants peuvent tomber par leur propre faute dans des actions honteuses et atroces, y persévérer et y mourir; et donc enfin tomber et périr
  12. Witzki 2010.
  13. DeJong 1968, p. 209–213.
  14. DeJong 1968, p. 52–58.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gerald Bray, Documents of the English Reformation, Cambridge, James Clark & C°,
  • (en) Peter Y. DeJong, Crisis In The Reformed Churches: Essays in Commemoration of the Synod of Dort (1618-1619), Grand Rapids, Michigan, Reformed Fellowship, Inc.,
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, « Arminianisme », Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1,‎ 1751a, p. 696-697 (lire sur Wikisource)
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, « Arminiens », Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1,‎ 1751b, p. 697 (lire sur Wikisource)
  • (en) Phillip Schaff, « The Five Arminian Articles. A.D. 1610 », dans The Creeds of Christendom, vol. 3, Grand Rapids, MI, Baker Books, (ISBN 0-8010-8232-3, lire en ligne), p. 545-549.
  • (en) Steve Witzki, « The Arminian Confession of 1621 and Apostasy », sur Society of Evangelical Arminians, (consulté le 25 mai 2019)
  • Mildred Bangs Wynkoop, Les Fondements de la théologie wesleyo-arminienne, Chennevière-sur-Marne, Maison des publications nazaréennes, (ISBN 9781563444807, lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]