Rade de Villefranche

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Rade de Villefranche
La rade de Villefranche au XVIIIe siècle
La rade de Villefranche au XVIIIe siècle
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de la France France
Subdivisions
territoriales
Alpes-Maritimes
Géographie physique
Type Rade
Localisation Mer Méditerranée
Coordonnées 43° 42′ 18″ nord, 7° 18′ 45″ est
Superficie km2
Longueur 2,5 km
Largeur
· Maximale 1,5 km
Profondeur
· Maximale 1 000 m

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Rade de Villefranche

La Rade de Villefranche est un plan d’eau de Méditerranée situé sur le territoire des communes de Villefranche-sur-Mer et de Saint-Jean-Cap-Ferrat, près de Nice (Alpes-Maritimes).

Géographie[modifier | modifier le code]

Rade de Villefranche

La rade de Villefranche fait 2,5 km de longueur et 1,5 km dans sa plus grande largeur. Elle occupe une surface de plus de 4 km2.

Elle s’appuie au nord sur les derniers contreforts des Alpes qui s’élèvent très vite (800 m à 1 km de la mer).

Elle est bordée à l’est par le cap Ferrat et à l’ouest par le cap de Nice. Elle est ouverte au sud sur la mer qui atteint très vite la profondeur de 1 000 mètres.

La profondeur moyenne de la rade est de 18 mètres en fin de rade. Elle atteint 50 mètres en son milieu et 80 à 100 mètres à son entrée[1].

La rade est bien abritée des vents d’est porteurs de perturbations dans ce secteur de la Méditerranée. Seuls quelques violents coups de mer venant du sud malmènent périodiquement en hiver les bateaux mal amarrés[2].

La rade bénéficie d'un microclimat particulièrement doux, dérivé du climat méditerranéen. À Villefranche-sur-Mer, en 2014, les températures s'échelonnaient de 7,1°C à 13,3°C en février (mois le plus froid) et de 20,3°C à 26,6°C en août (mois le plus chaud). En 2014 l'ensoleillement à Villefranche était de 2 696 heures pour 1 961 heures de moyenne nationale[3].

Biologie[modifier | modifier le code]

Un poisson lune

Plancton[modifier | modifier le code]

D’est en ouest, à proximité de la rade s’écoule le courant liguro-provençal qui entraine des remontées d’eaux profondes, favorisant la riche biodiversité des eaux de la rade. Cette situation exceptionnelle explique l’implantation de l’Observatoire océanologique de Villefranche-sur-Mer qui étudie les organismes vivant dans la rade, effectuant en particulier des observations quotidiennes du plancton[4].

On observe parfois dans la rade des nappes impressionnantes de vélelles. Des chaines de salpes sont souvent visibles en bateau depuis la surface.

Poissons et mammifères aquatiques[modifier | modifier le code]

Les herbiers de posidonies, en bordures de la rade, abrite une forte densité de petits poissons méditerranéens : Girelles, castagnoles, labres, etc.

Dans les eaux plus profondes évoluent des daurades et barracudas. En été on peut croiser des poissons-lune en surface.

Parfois des groupes de dauphins pénètrent dans la rade à la poursuite de thons.


Histoire[modifier | modifier le code]

La rade de Villefranche a toujours été une escale majeure pour les flottes transitant d’Espagne en Italie. Dans l’Antiquité ses rivages malsains et infestés de pirates semblent peu hospitaliers pour les habitants qui préfèrent se réfugier sur les hauteurs. Il faut attendre le Moyen Âge pour que Villefranche soit créée en fond de rade.

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

La rade de Villefranche lors du siège de 1543 (manuscrit turc)

En 1295, Charles II d'Anjou fonde Villefranche à l’extrémité sud-ouest de la rade. En 1388 elle passe sous l’autorité de la Maison de Savoie. Les flottes des grands États mouillent régulièrement dans la rade de Villefranche. C’est ainsi que Charles Quint y séjourne au milieu de sa flotte lors des négociations de la Paix de Nice avec François Ier en 1538[5].

Pour les ducs de Savoie, la rade de Villefranche constitue le seul débouché vers la mer de leurs États montagnards. Elle est aussi une source de revenus par l’instauration du « Droit de Villefranche » payé par les navires en transit et fixé à 2 % des marchandises transportées[6]. Mais elle reste un nid de pirates et subit des attaques comme celle de forces franco-ottomanes de 130 galères lors du siège de Nice de 1543.

Le duc de Savoie Emmanuel-Philibert entreprend un vaste programme de protection de la rade. Il crée le port militaire de la Darse et construit à son débouché, à partir de 1557, la citadelle Saint-Elme.

Ce dispositif est complété par la construction du fort du mont Alban, sur l’éperon entre Villefranche et Nice, et le fort de Saint-Hospice à l’extrémité du cap Ferrat.

Ancien régime[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, le duc de Savoie obtient le titre de roi de Sardaigne. Il entreprend la réalisation d’un arsenal militaire complet autour du port de Darse.

Article détaillé : Darse de Villefranche-sur-Mer.

Des galères puis des frégates, construites dans la Darse, tentent de protéger la rade des exactions des pirates et corsaires qui se prolongent encore.

XIXe siècle et XXe siècle[modifier | modifier le code]

Une flotte en rade de Villefranche en 1909

En 1860, Villefranche, comme tout le Comté de Nice est rattachée à la France. À la fin du siècle une concession permet aux escadres russes de séjourner dans la rade.

Entre 1945 à 1966, la rade de Villefranche devient le principal lieu de mouillage de la Sixième flotte des États-Unis[7].

Fouilles sous-marines[modifier | modifier le code]

Durant les dernières décennies, des fouilles archéologiques ont mis en lumière le riche passé de la rade de Villefranche :

L’épave de la Lomellina[modifier | modifier le code]

En 1516, cette caraque génoise a été coulée au milieu de la rade par une violente tornade. Il s’agit d’une des plus belles épaves retrouvées de la Renaissance. Elle a été fouillée de 1981 à 1991 par le Groupement de recherche en Archéologie Navale dirigé par Max Guérout[8],[9].

La caraque des Marinières[modifier | modifier le code]

Une tempête a aussi été probablement la cause du naufrage d’une caraque retrouvée à quelques mètres du rivage en bordure de la plage des Marinières, en fond de baie. On pensait qu’elle datait du XVIe siècle mais l’analyse des bois pourrait la faire remonter au XVe siècle, peut-être 1420.

L’épave de la Santa Dorothea[modifier | modifier le code]

Venant d’Espagne, le navire danois Santa Dorothea coula en 1693 par 72 mètres de fond. Il a été conservé sous la vase en très bon état avec son mobilier complet. Une fouille a été entreprise en 1990 sous la direction de Michel L'Hour du DRASSM[10].

L’épave "Villefranche 6"[modifier | modifier le code]

Les plongeurs d'Anao, assisté par le navire d'exploration archéologique André Malraux du DRASSM, ont exploré en 2016 une épave datée entre le XVIe et le XVIIe siècle qu'ils ont baptisée "Villefranche 6"[11].

Les fouilles d’Anao[modifier | modifier le code]

Depuis 1991, le club de plongée Anao organise des fouilles archéologiques dans la rade de Villefranche[12]. Les nombreux vestiges découverts (vaisselle, pipes, statuettes, bénitiers, etc.) permettent de repérer les différents mouillages fréquentés par les grandes flottes de la Méditerranée entre le XVe siècle et le XVIIIe siècle. Une exposition permanente des objets découverts a été ouverte en juin 2016 au Musée de la Préhistoire de Menton.

Sur les rivages de la rade[modifier | modifier le code]

Vue aérienne de la Rade

En tournant depuis l’ouest vers l’est :

Article détaillé : Darse de Villefranche-sur-Mer.
Article détaillé : Citadelle Saint-Elme.
  • Le port de la Santé en bordure de la vieille ville de Villefranche-sur-Mer
  • La plage des Marinières en fond de rade
  • L’anse de l’Espalmador qui servait autrefois à caréner («espalmer») les bateaux
  • La plage de Passable le long du cap Ferrat
  • Le phare du cap Ferrat à l'extrémité de la presqu'île
Article détaillé : Phare du cap Ferrat.

.

Les pointes de la rade portent des noms très imagés : pointe des Sans-Culottes, pointe de l'Étoile, pointe de la Rascasse, pointe Madame, pointe Pilone, pointe de la Gavinette, pointe de la Cuisse, pointe Crau de Nao, pointe de la Ponchette, pointe Malalongue.

Plongée[modifier | modifier le code]

Les eaux calmes et profondes de la rade se prêtent parfaitement à la pratique de la plongée proposée par des clubs locaux ou niçois. Plus d'une vingtaine de sites de plongée sont fréquentés, spécialement les tombants en bordure du cap Ferrat.

La rade de Villefranche est le site de compétitions d'apnée. Le premier "championnat du monde d'apnée par équipe" s'y est déroulé en 1996. Elle fut le lieu d'évolution préféré de Loic Leferme qui y a battu plusieurs reprises le record du monde d'apnée no limit. En 2010, Aurore Asso y a battu le record de France féminin d'apnée en poids constant à -70 mètres. Le huitième championnat du monde d'apnée a eu lieu dans la rade en septembre 2012.


Navigation[modifier | modifier le code]

Les pointus durant la "Resquilhada"

Escale de croisières[modifier | modifier le code]

Deux grandes tonnes installées au milieu de la rade permettent d'accueillir de grands paquebots lors de croisières en Méditerranée. Un service de navettes conduit les passagers à la gare maritime, construite en 1932 au port de la Santé de Villefranche-sur-Mer, d'où une noria de bus leur permet de visiter Nice et Monaco tout proches ainsi que d'autres grands sites de la Côte d'Azur.

En 2013, la rade de Villefranche a accueilli 448 000 passagers sur 184 navires[13].

Sports nautiques[modifier | modifier le code]

Le Club de la Voile et le Club d'Aviron de Villefranche-sur-Mer, basés tous deux à la Darse, proposent toute l'année des navigations dans la rade. En 2014 une épreuve nautique alliant la nage, le paddle et l'aviron a été créée en rade de Villefranche : le "Triathlon des Mers"[14]

Bateaux traditionnels[modifier | modifier le code]

Venus de la Darse, de Nice ou de Saint-Jean-Cap-Ferrat, des pointus évoluent fréquemment dans la rade, parfois équipés de leurs voiles latines. Les Villefranchois sont regroupés par l’Association des Bateliers – Plaisanciers de Villefranche (ABPV)[15]

Depuis juillet 2000, la rade de Villefranche est le lieu d'évolution préféré de la réplique historique d'une embarcation de 1796 : la yole de Bantry Laïssa Ana. Gérée par une association locale et navigant toute l’année, la Yole accueille volontiers de nouveaux équipiers pour des initiations.

Tous les bateaux traditionnels du secteur se retrouvent chaque automne dans la rade pour une régate amicale organisée par l'ABPV, la "Resquilhada".

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Darse retrouvée, ASPMV Serre, 2012
  2. La rade et ses vents
  3. Climat de Villefranche
  4. http://www.obs-vlfr.fr/Rade/ Service d'Observation de la Rade de Villefranche (SO-RADE)
  5. Villefranche, un destin maritime : numéro spécial de Nice Historique, no 1-2 (102e année), Academia Nissarda, ISSN 1141-1791
  6. Michel Bottin : « Le Droit de Villefranche », Thèse de doctorat en Droit, Université de Nice, 1974
  7. Sourgentin N°182, numéro spécial "La rade de Villefranche", juin 2008, ISSN 1243-0773
  8. Fouilles de la Lomenilla dans « Archaeo nautica », 1989, CNRS
  9.  »Géo » N° 159, mai 1992
  10. Article sur la Santa Dorothea dans les «Cahiers d’archéologie subaquatique» N°XI, 1993
  11. http://www.nicematin.com/vie-locale/video-regardez-cette-decouverte-historique-sous-marine-tout-pres-du-rivage-azureen-83237
  12. http://www.clubanao.org/accueil Fouilles sous-marines du Club Anao
  13. http://www.riviera-ports.com/Display.aspx?p=y&s=y&menuitem=13201&URL=/Static/FR/Les-Activites_Croisiere_Presentation.ascx Trafic des paquebots dans les Alpes-Maritimes
  14. Site du "Triathlon des Mers"
  15. Site de l'Association des Bateliers – Plaisanciers de Villefranche

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]