Prieuré de Saint-Thibault

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Prieuré de Saint-Thibault
Image illustrative de l'article Prieuré de Saint-Thibault
Présentation
Nom local Église priorale paroissiale Saint-Thibault
Culte Catholique romain
Type Prieuré
Rattachement Abbaye Saint-Rigaud
Début de la construction XIe siècle
Fin des travaux XVIIIe siècle
Style dominant Roman et gothique
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Bourgogne-Franche-Comté
Département Côte d'Or
Ville Saint-Thibault
Coordonnées 47° 22′ 21″ nord, 4° 28′ 18″ est

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Situé dans l'Auxois, à proximité de Vitteaux et sur le territoire de la commune du même nom, le prieuré de Saint-Thibault fut un témoignage du développement monastique en Bourgogne durant les XIe-XVIIIe siècles. Son église, devenue paroissiale, est l'objet d'un classement au titre des monuments historiques.

Historique[modifier | modifier le code]

Créé par les Thil fin XIe-début XIIe siècles et dédié à Notre-Dame, le prieuré de Saint-Thibault-en-Auxois naît de l'abbaye bénédictine Saint-Rigaud, de type érémitique, sise dans le Brionnais. Celle-ci, par la médiation de l'évêque d'Autun, Aganon de Mont-Saint-Jean, fut fondée en 1071 sur un ermitage déjà existant par une bulle du cardinal Pierre Damien au nom du pape Alexandre II, deux partisans actifs de la réforme grégorienne. Les partenaires laïcs en furent les seigneurs locaux (Artaud de Néronde, principalement) de la famille des Bosonides, souche parentale de saint Thibaut de Provins, très présente dans la région bourguignonne (Abbaye de Charlieu, Autun, premiers ducs féodaux de Bourgogne). La fondation de l'abbaye érémitique fut confirmée quelques années plus tard par Grégoire VII, le réformateur de l'Église du XIe siècle.

Le plus ancien document découvert à ce jour concernant le prieuré érémitique de "Fontaines" (ancien nom du village Saint-Thibault), situé entre Mont-Saint-Jean et la butte de Thil, dans l'ancienne seigneurie de Saint-Beury, nous fait découvrir son existence déjà vers les années 1111-1115, sous le sire Hugues de Thil, sénéchal du comte de Nevers Guillaume II (F.Jal). On ne sait, par contre, rien sur la translation à Fontaines vers 1240 dans cet Auxois giboyeux du XIIIe siècle des reliques de Thibaut (ou Thibaut de Provins), jeune homme issu de la souche des trois premiers ducs de Bourgogne féodale, ni à quelle date exacte ces reliques arrivèrent là (deux côtes) ni par qui elles furent apportées au prieuré Notre-Dame de Fontaines pour y faire naître et démarrer un pèlerinage de grande envergure (changement de nom du village Fontaines en " Saint-Thibault ") dédié à ce célèbre guérisseur thaumaturge, conjointement aux cultes des dénommés Beury, Blaise et Gilles, autres célébrités de la priorale Notre-Dame qui attiraient là, sur la route de Vézelay - Compostelle, foules, pèlerins, ménestrels, jongleurs, rimailleurs et autres amuseurs publics. Ce sont les éléments du décor de l'extraordinaire église paroissiale actuelle de Saint-Thibault qui permettent de supposer que la dédicace de celle-ci, en 1321, fut tout normalement adressée à Notre-Dame et à ce presque jouvenceau Thibaut de la famille Comtale de Champagne, pèlerin de Compostelle, ermite, jeune prêtre, jeune moine l'ultime année de sa vie (1066), canonisé en 1073 par le pape Alexandre II à la demande du cardinal Pierre Damien, ces deux hommes contemporains de ce "jeune-sang" bourguignon qui venait de s'illustrer dans la forêt de Vicenza (Italie). Et, au même moment, cet autre bourguignon Hugues de Semur-en-Brionnais, l'abbé de Cluny, put jeter un regard amusé sur la jeune abbaye Saint-Rigaud, sa voisine érémitique toute fraîche émoulue, en même temps que sur le minuscule prieuré de Fontaines, à Saint-Beury, chez les sires de Thil, que l'abbaye Saint Rigault s'apprêtait ou venait juste de fonder au-delà d'Autun dans cet Auxois tout nouvellement bourguignon (1082) , mais pouvait-il prévoir, ni même se figurer, le destin singulier que ce prieuré érémitique allait être appelé à jouer tout au long du millénaire et outre, avec ce jeune saint Thibaut bourguignon par sa mère Willa d'ascendance ducale et royale alliée aux Blois-Champagne...

Ont été conservés des legs faits au prieuré. En 1257, Hugues de Quincy, vicomte de Tonnerre, fait un legs de 40 sous, en 1263, Jean de La Roche-en-Brenil promet 100 sous, puis un autre membre de sa famille fait un don de 5 sous par an. En 1298, c'est le duc de Bourgogne, Robert II, qui prévoit un legs de 100 livres. Guillaume de Bourgogne-Montagu lègue 60 sous viennois en 1299. Puis en 1323, la duchesse Agnès de France prévoit de donner 100 sous dijonnais.

La seigneurie de Saint Beury appartenait aux Thil, mais en 1270, Huguenin Seigneur de Thil et de Saint Beury et Marguerite sa femme engagèrent leur terre de Saint Thibault pour la somme de 1OOO livres viennois au duc de Bourgogne alors régnant Hugues IV (1218-1272), de la première Maison Capétienne, sûrement l'initiateur du mouvement pèlerin à saint Thibault avec sa deuxième épouse Béatrice de Champagne, fille de Thibaut IV le Chansonnier, comte de Champagne du lignage de saint-Thibault de Provins, lui-même, dont on venait d'introduire le culte dans la seigneurie de Saint-Beury. La première Maison Capétienne de Bourgogne règnera sur la Bourgogne jusqu'en 1361. C'est aussi la noblesse locale, avec les ducs de Bourgogne de la première lignée capétienne et la foule pèlerine, qui se prirent d'amour et d'intérêt pour cette singulière prieurale Saint-Thibault en construction. On a d'autres documents mentionnant des dons de la famille ducale en 1345, 1372, 1375.

Le prieuré bénéficie donc à ses origines du soutien des puissants seigneurs de Thil et connaît, à partir du XIIIe siècle, une réelle importance avec l'arrivée de reliques de saint Thibaut de Provins, qui en font un lieu de pèlerinage réputé, remarquablement relevé et développé par l'architecture, la sculpture et la peinture modernes de la prieurale à travers les règnes des Ducs de Bourgogne Hugues IV et Robert II (1272-1306), et son épouse Agnès, fille du roi Louis IX, et leur descendance directe.

Ces différentes dates permettent de préciser les campagnes de construction du bâtiment tel qu'il subsiste :

  • bras nord du transept, vers 1200,
  • portail nord, vers 1260,
  • chapelle Saint-Gilles sur le bras nord du transept, vers 1290,
  • chœur, au début du XIVe siècle,
  • prolongement d'une travée droite de la chapelle Saint-Gilles vers le transept et les voûtes du chœur, au XVe siècle,
  • reconstruction de la nef et du clocher au XVIIIe siècle.

Son essor décline au XIVe siècle, du fait des difficultés financières de l'abbaye mère et des troubles de la guerre de Cent Ans. Au XVe siècle, il n'y a aucune trace e donation. Puis, à partir de 1540, le prieuré est déserté et l'église sert pour le service paroissial.

La décadence s'accélère avec l'instauration de la commende au XVIe siècle. En 1616, des réparations sont nécessaires. Des réparations sont faites en 1682. Puis un orage détruit la charpente et les vitraux du chœur en 1701. En 1712, une partie de la nef s'écroule ne laissant couverts que le chœur et le sanctuaire. En 1723, on commence à entreprendre la restauration de l'église sous la direction de Charles Élie Le Jolivet, architecte et voyer de Dijon, grâce aux résultats d'une loterie. Un incendie se déclare en 1728, l'effondrement d'une autre partie de la nef en 1734. Finalement, en 1736, le clocher s'effondre. Jolivet propose alors de démolir le prieuré et d'en reconstruire un nouveau.

le portail avant la réfection de 2010-2013.

C'est le prieur de l'époque, Charles-François Piget, qui refuse de démolir et souhaite garder les anciennes parties subsistantes. Un autre architecte est alors choisi : Jean-Baptiste Caristie, de Saulieu. Le devis des travaux est présenté en 1748 à l'intendant de Bourgogne qui l'accepte en 1750. Le premier acompte est payé en 1752. Il conserve le chœur, la chapelle Saint-Gilles sur le bras nord du transept, le portail et reconstruit la nef ainsi que le clocher sur la gauche de la façade, plus petit que le précédent; c'est ainsi qu'on peut observer aujourd'hui une église à la silhouette curieuse (visible de loin aux alentours) dont le chœur est plus haut que le clocher.

Remarqué par Prosper Mérimée, le prieuré fait l'objet d'une restauration en 1844 par Eugène Viollet-le-Duc. Les travaux sont faits entre 1848 et 1850.

Une nouvelle restauration de l'église a eu lieu de 2010 à 2013, l'extérieur du chœur et la toiture ont été refaits et les murs nettoyés.

Architecture[modifier | modifier le code]

L'église comporte sur le côté nord un remarquable portail du XIIIe siècle, avec une statue de saint Thibaut en son centre, revêtu d'habits sacerdotaux, surmontée de scènes de la vie de la Vierge (Dormition, Assomption, Couronnement). Les quatre statues qui l'encadrent sont identifiées comme étant des représentations de l'adolescent Thibault, de son mentor Gauthier, de sa mère Willa et de son arrière-grand-oncle Thibault, archevêque de Vienne (957-1101), qui prophétisa très à l'avance la naissance du saint (lecture de droite à gauche). Les niches du bas, dégradées, ont pu représenter au XIIIe siècle et suivants la famille ducale de Bourgogne qui lança et appuya la construction de la nouvelle priorale, dédiée à saint Thibault, l'actuelle, c'est-à-dire les ducs Hugues IV et Robert II et leurs épouses respectives Béatrice de Champagne et Agnès de France.

Le chœur, datant de la fin du XIIIe siècle, est un chef d'œuvre de lumière de style gothique avec quatre élévations décorées de fines colonnettes. L'autel est surmonté de retables en bois du XIVe siècle. Un gisant du XIIIe siècle est identifié comme celui de Guy de Thil. La chapelle Saint-Gilles, autre chef-d'œuvre du XIIIe, abrite une grande châsse de saint Thibaut du XIVe siècle, qui a notamment connu les dévotions de la reine Jeanne, épouse de Jean le Bon, et de la duchesse de Bourgogne Marguerite.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Barbut, Alain Parinet, La route des Abbayes en Bourgogne, Éditions Ouest-France, 2002
  • Christian Freigang, Peter Kurmann, « L'église de l'ancien prieuré de Saint-Thibault-en-Auxois : sa chronologie, ses restaurations, sa place dans l'architecture gothique » dans Congrès archéologique de France - Auxois-Châtillonnais - 144e session - 1986, pp. 271–290, Société française d'archéologie, Paris, 1981
  • François Cucherat, " l'Abbaye de Saint-Rigaud dans l'ancien diocèse de Mâcon,ses premiers temps, son esprit, sa fin, ses abbés ". Annales de l'Académie de Mâcon (Archives départementales de Saône-et- Loire) tome II, BnF Gallica. 1853
  • François Jal, " L'Abbaye de Saint-Rigaud : une expérience de cénobitisme érémitique face à l'extension clunisienne dans le Brionnais " CAHMER, laboratoire d'Archéologie, Université de Picardie, Histoire Médiévale et Archéologie Vol.8-1997 pp. 61–97, AMIENS 1997

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]