Piève (église)

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Une piève (du latin plebes, peuple, subdivision d'un diocèse, en corse ou italien pieve, au pluriel : pievi) est une église importante construite en milieu rural à un point de rencontre de plusieurs territoires paroissiaux. Elle permet de rassembler les membres de plusieurs paroisses pour des cérémonies d'importance, lors de grandes fêtes, pour la visite pastorale de l'évêque ou encore pour la célébration de baptêmes ou de mariages. Les pièves comportent souvent des baptistères. Elle représentent un niveau de dignité intermédiaire entre la cathédrale et l'église paroissiale ainsi qu'une subdivision des diocèses.

On en trouve en Corse et dans l'Italie centrale et septentrionale où elles datent du Moyen Âge[1] où elles ont souvent laissé leur nom dans la toponymie. Plusieurs édifices religieux sont ainsi nommés Pieve.

La Bretagne armoricaine possède une institution comparable mais différente qui porte le nom de trève. C'est une annexe éloignée de paroisse. Il s'agit dans les deux cas de faciliter la desserte de populations rurales.

Le mot piève désigne aussi l'ensemble des paroisses qui relèvent d'une même piève ainsi que le territoire correspondant.

Image de l'église piévane Saint-André à Sant'Andréa-di-Bozio
L'église piévane Saint-André à Sant'Andréa-di-Bozio.
Image des fonts baptismaux des papes Pie II et Pie III dans la pieve di Corsignano
Éclairés par un abat-jour, les fonts baptismaux des papes Pie II et Pie III dans la pieve di Corsignano.

Origine[modifier | modifier le code]

Étymologiquement, le mot italien pieve (> français piève) est issu du latin plebem « peuple » (de plebs). Il désignait à l'origine une tribu, une peuplade n'ayant pas d'organisation civique. C'était pour les Romains, dès le Ier siècle avant notre ère, une circonscription administrative en zone indigène. Puis Église naissante crée les diocèses. À l'origine chaque diocèse ne formait qu'une seule paroisse, à partir des tribus en place à l'époque romaine. Le seul desservant ayant qualité de prêtre était l'évêque. Au IIIe siècle le diocèse se subdivise en pièves (calquées sur les plebes civiles), chaque piève étant animée par un piévan ou co-évêque, habilité à administrer la confirmation.

La piève médiévale correspond à une organisation géographique et politique tout à fait différente de celle des circonscriptions romaines[2].

La piève s'est ensuite morcelée en plusieurs paroisses, avec le temps. L'Église fut à la base de l'extension de l'usage des pièves.

Italie[modifier | modifier le code]

Voir la catégorie : Pieve.

En Toscane, dans les zones montagneuses de l’intérieur, la pieve institutionnelle survit jusqu’au XIIIe siècle. Lui sont liés les voies de communication, les cimetières, les baptistères et la perception des dîmes.

« Progressivement avec le développement des ordres religieux et la création de circonscriptions religieuses de dimensions moindres, commence leur lente décadence et leur disparition progressive. En Ligurie se vérifie un phénomène semblable (n’oublions pas qu’en 1600 la Corse subit de facto la domination génoise), et un savant local a pu y affirmer qu’au XVe siècle commence « la période de la création fébrile des chapelles, des contestations fréquentes et insistantes, des contrats qui établissent l’autonomie de certaines églises afin de limiter les prétentions de piévans ». »

— Philippe Pergola in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge

Corse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pieve (Corse).

Durant tout le début du Moyen Âge, la Corse dépendait politiquement de l’Italie centrale et les caractéristiques administratives et socio-économiques de la pieve étaient très certainement constantes.

« C’est aux environs du Xe siècle que se généralise la formule quod est plebs baptismalis qui insiste sur le privilège du baptême réservé aux pievi (et bien entendu aux cathédrales !) ; d’autre part les cimetières se concentrent eux aussi autour des pievi qui jouent également un rôle de premier ordre pour le contrôle des voies de communication essentielles, (pour la perception des dîmes obligatoires en faveur de l’église), le long desquelles se trouvent systématiquement, en particulier aux croisements les plus importants. »

— Philippe Pergola in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge

L'ensemble des structures civiles et religieuses subira des modifications en raison du dépeuplement causé surtout par l'occupation sarrasine au IXe siècle et les incessantes incursions barbaresques. Aussi la Corse du XVe siècle compte-t-elle 2 à 3 fois moins d'évêchés et de pièves qu'au Ve siècle. Avec la Révolution en 1790, les pievi deviennent des cantons.

Les Pisans, puis les Génois, se fondèrent sur les paroisses et les pièves religieuses pour former leurs circonscriptions administratives. Cette répartition sera conservée par le Gouvernement National de Pascal Paoli, ainsi que par l’administration française de l'Ancien Régime.

Il est important de distinguer les pièves civiles, des pièves judiciaires et des pièves religieuses.

Chaque piève religieuse était dirigée par un abbé, le piévan (u piuvanu), installé dans l'église principale. Il était secondé par quelques vicaires. Son territoire s'étendait sur les églises secondaires et les chapelles de plusieurs villages et les curés de ceux-ci se trouvaient placés sous son autorité.

Le mot « pieve » désigne donc à la fois le territoire, le canton, les paroisses soumises à la juridiction du piévan, l’église principale du canton (dans ce cas écrite avec une majuscule : Pieve), les biens qui forment le patrimoine de cette église, le lieu-dit où se trouvait l'église piévane, et parfois le hameau qui s'y est développé (dans ce cas, Pieve reprend une majuscule).

L'étendue des pièves a grandement fluctué, notamment du fait de leur nombre variable. Au début du XVIIe siècle, on comptait 66 pièves en Corse.

La piève a joué un rôle essentiel dans la Corse médiévale, à la fois lieu de diffusion de la religion chrétienne, lieu de pouvoir et de justice.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Treccani en ligne
  2. Philippe Pergola in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge - Cervione août 1979

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Pergola, de l'Institut Pontifical d’Archéologie Chrétienne à Rome, in Orientations nouvelles pour l’histoire socio-culturelle, économique et politique de la Corse du Moyen Âge - Cervione août 1979
  • (it) Fabio Lombardi (photogr. Gian Paolo Senni), Pievi di Romagna, Cesena, Il Ponte Vecchio, , 96 p. (ISBN 978-8-88312231-6)
  • (it) R. Zanussi San Colombano d'Irlanda Abate d'Europa - Ed. Pontegobbo
  • (it) A.Maestri. Il culto di San Colombano in Italia. Archivio storico di Lodi. 1939 e segg.
  • (it) Archivum Bobiense Rivista annuale degli Archivi storici Bobiensi (1979-2008). Bobbio
  • (it) Amintore Fanfani, Una Pieve in Italia, Marsilio, , 192 p. (ISBN 978-8-83179468-8)
  • François J. Casta, Le diocèse d'Ajaccio, éditions Beauchesne, Paris 1974.

Articles connexes[modifier | modifier le code]