Orchestre de chambre

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Dans la musique instrumentale classique, un orchestre de chambre est un orchestre de taille modeste — d'une trentaine de musiciens maximum[1] — destiné aux œuvres du XVIIe au XXe siècle, n'exigeant pas un très grand nombre d'instrumentistes.

Histoire[modifier | modifier le code]

À la fin de la Renaissance, le terme « chambre » désigne toute formation qui est profane et hors du théâtre, quel que soit l'orchestre. Puis assez vite, le mot désigne tous les orchestres d'une cour qu'il soit profane, de la chapelle et du théâtre. Selon l'acceptation moderne — l’ambiguïté du vocabulaire est une des difficultés de la définition — ce genre de formation n'appartient pas au domaine de la musique de chambre[2] : néanmoins on peut noter le caractère intimiste de ses prestations, souvent en lien avec le lieu de la représentation (des salons, des églises, ou, tout simplement, des salles de concert de dimensions réduites). Dans le traité d'instrumentation de H. Herpf (1935), se trouve la première définition de la notion de ce type d'orchestre : « un petit orchestre dont la composition peut être chaque fois modifiée selon la nature de la composition et ses exigences sonores »[3] tout en précisant la difficulté de cerner le point de séparation entre la musique de chambre à gros effectifs (octuor, nonette...) et l'orchestre de chambre[4].

Le vocabulaire change à la fin du XVIIIe siècle : le terme musique de chambre prend le sens que nous lui connaissons[5]. Il s'oppose ainsi à la musique pour orchestre symphonique et ne laisse aucune place pour l'ancien orchestre de chambre. L'orchestre pendant tout le XIXe siècle s'enfle considérablement dans les périodes romantique et post-romantique. Les effectifs sont adaptés à des salles de plus grandes dimensions et à un répertoire spécifique.

La réinvention de l'orchestre de chambre est attribué au début du XXe siècle[6], par Louis Fleury en 1929, principalement face aux circonstances d'ordre économique : « l'indisponibilité de la majorité des instrumentistes d'orchestre (appelés sous les drapeaux) et la monté continuelles des salaires »[7]. Cependant, hors mis le chef d'œuvre et l'exceptionnel, Siegfried Idyll de Richard Wagner, le mouvement des compositeurs souhaitant revenir à une écriture symphonique plus sobre s’entame dans les vingt dernières années du XIXe siècle, tels la Suite Holberg (1884) de Grieg, la Suite en de D'Indy, Idylle (1887) pour cordes de Janáček, Le Carnaval des animaux (1887) à l'instrumentation très originale de Saint-Saëns, Zingaresca (1902) de Maurice Emmanuel (et plus tardivement la Suite française, 1935), la Sinfonietta pour petit orchestre de Max Reger (1905), la Suite d'Albert Rousseletc. qui tous accusent un infléchissement vers un orchestre différent de celui des classiques[8].

Les deux musiciens qui changent tout, sont Schönberg et Stravinski (L'Histoire du soldat 1918, Pulcinella 1922, Ragtime, Concerto pour piano, Suites pour petit orchestre, Dumbarton Oaks 1938, Concerto pour orchestre et cordes 1946, etc.)[9],[10]. Dans leurs sillages, l'orchestration avec une économie de moyen, séduit nombre de musiciens : Florent Schmitt (la version originale de La Tragédie de Salomé, 1907), Korngold (Sinfonietta, 1911), Franz Schreker (Kammersinfonie, 1916 pour 23 solistes), Anton Webern (Quatre mélodies, avec 13 instruments), Villa-Lobos (Sinfonietta), Paul Hindemith (Lüstige Sinfonietta et les Kammermusik), Darius Milhaud (dix Symphonies pour petit orchestre 7 à 12 instruments), Arthur Honegger (Suite pour le dit des jeux du monde), Erik Satie (Socrate)[11]. D'autres compositeurs connus pour leur orchestre sur-développé, tel Richard Strauss s'essaye dans Ariadne (1912) à concentrer son écriture sur une petite formation ; et Albert Roussel dans Le Festin de l'araignée se suffit de trente-deux instruments[12].

À Bâle, Paul Sacher avec son orchestre de chambre fondé en 1926, composé en moyenne de vingt à vingt-trois exécutants[13], donne un impulsion particulière à la création, commandant une centaine d'œuvres et à son actif, plus de deux cent créations[14] : Béla Bartók (Musique pour cordes, percussion et célesta, 1937), Elliott Carter, Martinů (Double concerto pour cordes, piano et timbales, 1940), Casella, Honegger, Křenek, Witold Lutosławski, Frank Martin (Petite symphonie concertante, 1946...) et Stravinski (Concerto en ré). À Zurich, il dirige aussi le Collegium musicum qui créer les Métamorphoses de Richard Strauss en 1946, œuvre qui nécessite vingt-trois instruments à cordes.

Répertoire[modifier | modifier le code]

Le répertoire habituel de l'orchestre de chambre, peut être constitué de cantates, oratorios (partitions dans lesquelles l'orchestre accompagne le chant, choral ou soliste), etc. mais il est bien entendu qu'il peut aussi comporter des œuvres très diverses, conçues pour orchestre seul, telles que des suites (enchaînement de pièces, à l'origine ayant le caractère de la danse, et qui sont tirées ou non d'une œuvre plus importante).

L'orchestre de chambre est constitué de musiciens regroupés en pupitres : il ne s'agit pas d'un ensemble de solistes. Cependant certaines œuvres sont conçues pour des solistes, par exemple la Symphonie de chambre d'Arnold Schönberg pour quinze instrumentistes sans doublures. Le concept est alors relié à l'extension des formations de musique de chambre[15].

Structure[modifier | modifier le code]

L'orchestre de chambre est organisé autour du quatuor ou quintette des cordes frottées : premiers violons (généralement au nombre de trois ou quatre), seconds violons (généralement trois), altos (deux), violoncelles (deux) et une contrebasse. Il est dirigé par un chef d'orchestre[16] ou non.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon le dictionnaire de la musique Harvard, « vingt-cinq ». Cité par Pincherle 1948, p. 5.
  2. Pincherle 1948, p. 6–8.
  3. Cité par Pincherle 1948, p. 5.
  4. Cobbett 1999, p. 1080.
  5. Pincherle 1948, p. 30.
  6. Cobbett 1999, p. 1080 et 1082.
  7. Cobbett 1999, p. 1081.
  8. Pincherle 1948, p. 33–35.
  9. Pincherle 1948, p. 38–39.
  10. Cobbett 1999, p. 1082.
  11. Pincherle 1948, p. 39–40.
  12. Pincherle 1948, p. 41.
  13. Pincherle 1948, p. 55.
  14. Alain Pâris, Dictionnaire des interprètes et de l'interprétation musicale, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », , 4e éd., 1278 p. (ISBN 2221080645, OCLC 901287624), p. 767.
  15. Pincherle 1948, p. 6 et 35.
  16. Ici par exemple, quelques enregistrements de l'English Chamber Orchestra, avec pour chacun mention du chef d'orchestre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles contextuels[modifier | modifier le code]