Musée départemental Thomas-Dobrée

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Musée départemental
Thomas-Dobrée
(« Musée Dobrée »)
Le palais Dobrée.
Le palais Dobrée.
Informations géographiques
Pays France
Ville Nantes
Adresse 18, rue Voltaire
Coordonnées 47° 12′ 44″ nord, 1° 34′ 01″ ouest
Informations générales
Date d’inauguration 1899
Collections Œuvres du Moyen Âge jusqu'au XXe siècle, archéologie
Informations visiteurs
Site web Le musée Dobrée

Géolocalisation sur la carte : Nantes

(Voir situation sur carte : Nantes)
Musée départementalThomas-Dobrée(« Musée Dobrée »)

Le musée départemental Thomas-Dobrée, couramment appelé musée Dobrée est un musée situé dans le centre-ville de Nantes, en France, dans le quartier Graslin, à proximité du Muséum d'histoire naturelle et du cours Cambronne, non loin de la médiathèque Jacques-Demy.

Voulu par l'armateur et mécène nantais Thomas Dobrée (1810-1895), il appartient au conseil départemental de la Loire-Atlantique. Il est riche d'une collection archéologique, d'abord installée dans le manoir de la Touche datant du XVe siècle puis dans le bâtiment Voltaire entre 1974 et 2010, et des collections léguées par Thomas Dobrée, présentées dans le palais à l'architecture originale, édifié au XIXe siècle.

Fermé depuis le 3 janvier 2011, afin d'effectuer de vastes travaux de restructuration et d'agrandissement, il aurait dû rouvrir ses portes en 2015[1],[2], mais le Tribunal administratif, le 16 juillet 2012, a donné raison au recours présenté par une association hostile au projet, et annulé le permis de construire accordé par Nantes Métropole en août 2011. Cette décision a été confirmée par la cour administrative d'appel de Nantes, le 14 février 2014[3]. Toutefois, certains espaces restent ouverts au public pour des expositions temporaires et des évènements culturels.

Site[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Par acte passé devant notaire le 8 août 1894, Thomas Dobrée lègue palais et collections au Département de Loire-Inférieure ; la donation prévoit que le Département pourra transférer son musée d'archéologie dans le manoir de la Touche, mais impose de séparer l'accès aux collections archéologiques de celui du palais Dobrée (ce fut le cas jusqu'à la fermeture des musées). Le conseil général accepte cette donation et décide que le futur musée s'appellera musée Thomas-Dobrée. Dès 1896, les collections archéologiques sont installées.

Bâtiments[modifier | modifier le code]

Le manoir de la Touche ou manoir de Jean V[modifier | modifier le code]

Façade côté rue

Vers 1425-1440, l'évêque Jean de Malestroit fit édifier une résidence d'été, composée d'un manoir, de son grand puits (orné au XIXe siècle par Thomas Dobrée à la manière de celui présent dans la cour du château des ducs de Bretagne de Nantes[4]) et de la chapelle épiscopale Saint-Gabriel.

Le tribunal suprême de l'évêque de Nantes y siégea en 1440 à l'occasion du procès de Gilles de Rais. L'édifice porte aussi le nom de « manoir Jean V » car ce duc de Bretagne, grand-oncle de la duchesse Anne de Bretagne, y mourut en 1442.

Façade côté cour

Après avoir été la résidence d'été des évêques de Nantes, il abrita le séminaire des prêtres irlandais installés dans la ville depuis le XVIIe siècle[5], et le resta jusqu'à la Révolution. Au même moment, trois évêques exilés, Messeigneurs Barry, O'Keeffe (en) et Comerford, respectivement évêques de Cork, de Limerick et de Waterford[5], de la communauté des irlandais de Nantes, habitent la ville.

Ce manoir du XVe siècle a été remanié au XIXe siècle après son acquisition par Thomas Dobrée, qui l'a légué au département pour y accueillir le musée d'archéologie. Une inscription en breton sur la tour dite « des Irlandais » témoigne de la soif de connaissance qui porta Thomas Dobrée toute sa vie : « Ann dianaf a rog ac'hanoun » (en breton moderne : « An dianav a rog ac’hanon », c'est-à-dire : « L’inconnu me dévore »).

Portail et bénitier de la chapelle Saint-Gabriel[modifier | modifier le code]

La chapelle Saint-Gabriel, dite « chapelle des Irlandais », avait été édifiée au XVe siècle (vers 1425-1440) pour servir de chapelle épiscopale à la résidence des évêques de Nantes. Elle se situait à l'emplacement du palais Dobrée. Thomas Dobrée en ordonna la démolition, qui fut exécutée en 1866 et 1867. Il souhaita cependant préserver le portail et le bénitier de l'édifice, qui furent déplacés au pignon ouest du manoir de la Touche. La console, destinée à porter la statue de la niche centrale, est ornée des armes de l'évêque Jean de Malestroit, martelées sans doute à la Révolution. Une partie des pierres de la chapelle servit à réaliser les assises du puits situé au nord du manoir.

Le palais Dobrée[modifier | modifier le code]

L'entrée du Palais Dobrée

Issu d'une ancienne famille huguenote originaire de Normandie, établie à Guernesey au XVIe siècle[6], dont les membres étaient devenus négociants et armateurs sur le port de Nantes[7], Thomas Dobrée abandonne les affaires à vingt-huit ans pour collectionner les œuvres d'art[8]. À partir de 1862, il se consacre à l'édification de son « palais »[9], destiné à accueillir les dix mille objets d'art qu'il passe sa vie à traquer[10]. Ses collections sont particulièrement riches en livres précieux (incunables, impressions bretonnes anciennes), en manuscrits à peintures, en autographes, en monnaies et médailles, en arts graphiques (notamment les graveurs allemands et néerlandais). Mais elles comprennent aussi une importante collection de sculptures, de peintures et d'objets d'arts décoratifs du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, à commencer par le l'écrin du cœur d'Anne de Bretagne.

Après avoir fait appel à Viollet-le-Duc, pour la construction d'une maison de style néoroman, le célèbre architecte lui présenta un projet que le collectionneur refusa, le jugeant trop proche du style néogothique. Dobrée fit alors construire dans le périmètre immédiat du manoir médiéval du duc de Bretagne Jean V (datant du XVe siècle), un palais répondant à ses attentes, et qui fut l'œuvre commune des architectes Simon, Boismen, Chenantais et Le Diberder, sur le dos desquels il était en permanence. Le palais ne fut achevé qu'en 1899, soit quatre ans après la mort de Thomas Dobrée[11].

Bâtiment Voltaire[modifier | modifier le code]

En 1974, une extension des bâtiments s'impose et une construction moderne est établie dans l'angle sud-ouest du jardin. C'est là que sont présentées les collections de l'ancien Musée d'archéologie (notamment la collection égyptienne), les bâtiments « historiques » restant dévolus aux collections de Thomas Dobrée.

Restructuration et agrandissement[modifier | modifier le code]

En janvier 2010 un projet de restructuration et de modernisation du musée est adopté par le Conseil général. L'architecte Dominique Perrault est retenu pour mener à bien le projet, qui consistait notamment en la construction de nouveaux espaces souterrains d'exposition aménagés sous les jardins, ceux-ci devant abriter l’accueil, des ateliers pédagogiques, un auditorium de 200 places et des salles d’expositions temporaires (soit 700 m2 au total). Les 4 200 m2 du palais Dobrée et les 950 m2 du manoir de la Touche devaient être entièrement rénovés et mis aux normes en matière d’accessibilité au public. Quant à l’extension construite en 1974 dans un des angles du domaine, rue Voltaire, il était prévu de la détruire en partie, puis de la reconstruire et de l'habiller d’une pierre similaire à celle des bâtiments historiques ; cet édifice étant dévolu aux activités de conservation et de recherche - avec l’installation des réserves, d’une muséothèque et du centre de documentation. Enfin, les 8 000 m2 de jardins devaient être réorganisés avec la création d'un jardin médiéval, d'un verger, et l’évocation d’une lande[12], au détriment de tilleuls centenaires, classés.

Le 16 juillet 2012, en retenant quatre des « sept ou huit » éléments, techniques et juridiques, soumis par l'association Nantes Patrimoine en se fondant sur le code de l'urbanisme, arguments repris et présentés par le rapporteur public, le Tribunal administratif a retoqué le projet, passé de 26 M€ à 47 M€ en trois ans, même si le site du Conseil général présente toujours le projet Perrault en l'état, puisque l'assemblée départementale envisage de faire appel de ce jugement[13]. Il devient certain que le projet d'extension du musée ne sera donc pas réalisé tel quel en février 2014, lorsque la cour administrative d'appel de Nantes confirme l'annulation de permis de construire[14].

Cette annulation s'appuie sur quatre motifs : exhaussement du sol jusqu'à 1,80 m et assimilation des sous-sols projetés à un « affouillement » par le juge et non à une « infrastructure », en zone UA.1 du PLU de Nantes où ils sont interdits, même si le projet pouvait être modifié sur le premier point et faire l'objet d'un pourvoi en cassation sur le second[15], mais surtout, imprécision au document graphique du PLU de la marge de recul sur voie correspondant ici à la « limite de mise en valeur » des trois bâtiments inscrits sur le terrain au « patrimoine nantais », qui conditionne l'emprise de la bande constructible de 30 m, et enfin inclusion par la ville de la marge de recul dans le calcul du pourcentage d'espaces de pleine terre de la « bande constructible... secondaire » (expression plus confuse que celle d'« espaces libres », en surface, de l'article R. 123-9 13° du C.U.), alors que le juge a estimé la définition au PLU de cette marge incompatible avec toute zone « constructible », et donc bien son possible traitement en espace vert, de sorte qu'une modification du PLU pour lever ses imprécisions semble nécessaire[réf. souhaitée].

Collections[modifier | modifier le code]

Musée d'archéologie[modifier | modifier le code]

Le musée d'archéologie, installé dans le bâtiment Voltaire, est constitué d'une collection égyptienne riche de plus de 500 pièces acquise depuis près de deux siècles (les deux dernières acquisitions datent de juin 2012) par le biais de dons, de dépôts et de legs divers. Elle a connu une histoire mouvementée, déménageant plusieurs fois et changeant d'affectation au cours des décennies.

Les premiers objets égyptiens sont donnés en 1819 par le célèbre voyageur archéologue et naturaliste nantais Frédéric Cailliaud (1789-1869). Puis, par testament, ce même Cailliaud lègue au musée d'archéologie une quarantaine d'objets rapportés de ses voyages en Égypte. Ces objets rejoignent le musée à sa mort en mai 1869. De ces premières acquisitions, il existe deux catalogues imprimés, établis en 1856 et 1869 par Fortuné Parenteau. En 1882, l'égyptologue Emmanuel de Rougé en dresse un inventaire qu'il présente à la Société nationale des antiquaires de France.

Au début du XXe siècle, un autre musée nantais, le Musée des Arts décoratifs (abrité dans le château des ducs), bénéficie d'une attribution par le musée Guimet d'un lot de tissus et d'objets mis au jour par Albert Gayet à Antinoë lors de ses campagnes de fouilles particulièrement fructueuses de 1907-1908.

En 1924, le musée du Louvre consent un dépôt d'environ 300 œuvres à ce musée. Juste retour des choses : parmi ces objets certains proviennent de la première collection Cailliaud, vendue en 1824 au Cabinet des médailles de la Bibliothèque du roi (future Bibliothèque nationale de France) et donnée par cet établissement au Louvre en 1907. Dans le dépôt du Louvre de 1924 se trouve également un beau lot de pièces provenant des fouilles françaises à Éléphantine et à Assiout.

En 1962, la collection égyptienne du musée des arts décoratifs est transférée au musée Dobrée où elle rejoint d'autres collections archéologiques, dont le fonds Cailliaud.

Galerie[modifier | modifier le code]

Vue panoramique du manoir Jean-V, du palais Dobrée et du jardin
Le manoir Jean-V, à gauche, et le palais Dobrée, à droite.
Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Milena Chessa, « Dominique Perrault rénovera le musée Dobrée à Nantes », sur Le Moniteur, (consulté le 4 décembre 2013).
  2. « Information pratiques musée Dobrée », conseil général de la Loire-Atlantique (consulté le 4 décembre 2013).
  3. « France, Cour administrative d'appel de Nantes, 2ème chambre, 14 février 2014, 12NT02620 » (consulté le 23 juillet 2014)
  4. Iconographie de Nantes, 1978, p. 18.
  5. a et b (en) Dr Richard Hayes, « Irish association with Nantes », (consulté le 4 décembre 2013).
  6. Thomas Dobrée, 1997, p. 18.
  7. Thomas Dobrée, 1997, p. 34.
  8. Thomas Dobrée, 1997, p. 85.
  9. Thomas Dobrée, 1997, p. 276.
  10. Thomas Dobrée, 1997, p. 116.
  11. Le palais Dobrée sur pss-archi.eu
  12. Daphné Bétard, « Le Musée Dobrée sera revu par Dominique Perrault », Le Journal des Arts, no 319,‎ (lire en ligne).
  13. J.-L. Le Brigand, « La justice recale la transformation du musée Dobrée à Nantes », (consulté le 4 décembre 2013).
  14. Yasmine Tigoé, « Nantes. L'extension du projet Dobrée tombe à l'eau », (consulté le 11 août 2014).
  15. En toute rigueur un « affouillement » ne concerne que l'abaissement de la surface du sol extérieur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Thomas Dobrée, 1810-1895. Un homme, un musée (catalogue), Nantes, Paris, Musée Dobrée et Somogy éditions d'art, , 328 p. (ISBN 2-901-40-914-8), iconographie en couleur.
  • Collectif, Iconographie de Nantes, Nantes, musée Dobrée, , 224 p. (notice BnF no FRBNF34612558p).
  • Yannick Le Marec et Philippe Caharel, Nantes, Mille ans d'histoire et d'architecture, Laval, Éditions Siloë, , 128 p. (ISBN 2-84231-267-8).

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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