Écrin du cœur d'Anne de Bretagne

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Écrin du cœur d'Anne de Bretagne
Reliquaire Anne de Bretagne - Musée de Bretagne 20141102-02.JPG

Reliquaire présenté au musée de Bretagne en 2014.

Artiste
orfèvre anonyme de la cour de Blois et peut-être dessiné par Jean Perréal
Date
début du XVIe siècle
Technique
orfèvrerie, guillochage et ciselure
Localisation
sous main de justice, Nantes (France)
L'autre face du cardiotaphe. La tache sombre est due au transfert du fer et du plomb des boîtes métalliques qui le contenaient[1].

L'écrin du cœur d'Anne de Bretagne, souvent appelé reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne, est un objet funéraire d'orfèvrerie, fabriqué au début du XVIe siècle pour accueillir le cœur de la duchesse Anne de Bretagne (1477-1514), reine de France. Il était conservé au musée départemental Thomas-Dobrée de Nantes depuis 1896.

Dérobé dans la nuit du 13 au 14 avril 2018, l'écrin a été retrouvé par la police le 21 avril 2018 dans les environs de Saint-Nazaire.

Description[modifier | modifier le code]

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L'écrin (ou reliquaire) du cœur (appelé cardiotaphe) de la duchesse Anne de Bretagne, exécuté par un orfèvre anonyme de la cour de Blois et peut-être dessiné par Jean Perréal (l'absence de poinçon et d'archives rendant cette attribution hypothétique).

Il s'agit d'une boîte ovale, bivalve, en tôle d'or repoussée et guillochée, articulée par une charnière, bordée d'une cordelière d'or. Il est amati au ciselet pour lui donner un aspect satiné. Il est cerné d'inscriptions en lettres d'or rehaussées d'émail vert, bleu, rouge, à la gloire du cœur d'Anne[2]. Sur les deux coques[Note 1], on peut lire ces inscriptions :

Sur l'une des faces extérieures : Sur l'autre :

« En ce petit vaisseau
De fin or pur et munde
Repose ung plus grand cueur
Que oncque dame eut au munde
Anne fut le nom delle
En France deux fois royne
Duchesse des Bretons
Royale et Souveraine.

M VC XIII »

« Ce cueur fut si très hault
Que de la terre aux cieulx
Sa vertu libéralle
Accroissoit mieulx et miulx
Mais Dieu en a reprins
Sa portion meilleure
Et ceste part terrestre
En grand dueil nous demeur. »

IXE Ianvier

Sur le revêtement intérieur en émail blanc, d'un côté : Et de l'autre :

« O cueur caste et pudicque
O juste et benoît cueur
Cueur magnanime et franc
De tout vice vainqueur. »

« Cueur digne entre tous
De couronne céleste
Ore est ton cler esprit
Hord de paine et moleste. »

L'année indiquée est en chiffres romains, sous forme abrégée. L'écriture complète serait « MCCCCCXIII », mais le « C » au-dessus du « V » signifie « cinq (V) cents (C) ». L'année de décès de la duchesse est, depuis plusieurs siècles, établie en 1514, mais cette mort est survenue antérieurement à la réforme de 1563-1564 du calendrier décidée par Charles IX, modification avant laquelle l'année commençait le 16 avril[3].

L'écrin est surmonté d'une couronne (un cercle de lettres romaines[Note 2], sommée de neuf fleurs de lys alternant avec neuf hermines ornés de filigranes qui dissimulent un fermoir en forme de « M » romain émaillé vert foncé).

Il pèse 470 grammes[4].

Historique[modifier | modifier le code]

Selon sa volonté, le cœur d'Anne de Bretagne a été placé dans un écrin qui fut enfermé dans une autre boîte en plomb puis une autre en fer. Il fut ensuite transporté à Nantes en grande pompe pour être déposé, le , en la chapelle des Carmes, dans un coffre à la tête du tombeau de François II de Bretagne qu'elle avait fait réaliser pour ses parents (ce monument fut transféré plus tard à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes).

En 1727, Gérard Mellier, alors maire de Nantes, fait exhumer l'écrin, craignant que les religieux n'en aient fait fondre l'or. La boîte est vide car le cœur s'est probablement désagrégé[5]. Le , pour répondre à une instruction de la Convention nationale, le reliquaire est à nouveau exhumé, vidé, puis saisi au titre de la collecte des métaux précieux appartenant aux églises, et envoyé à la Monnaie de Nantes pour y être fondu. Mais, reconnu « Monument des Sciences et des Arts », il est préservé et transféré au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. Il est rendu à Nantes aux Musées départementaux de Loire-Inférieure (actuellement Loire-Atlantique) le à des fins d'exposition, puis au musée d'Archéologie de l'Oratoire à partir du , au musée Dobrée depuis le [6].

Sa fragilité et sa valeur patrimoniale sont telles qu'il est rarement prêté. Une escorte policière l'a accompagné lorsqu'il a été prêté au château des ducs de Bretagne en 2007 le temps d'une exposition intitulée Anne de Bretagne, une Histoire, un mythe[6]. À l'occasion des 500 ans de la mort d'Anne de Bretagne en 2014, le musée Dobrée organise l'exposition « Le cœur d'Anne de Bretagne » au château de Châteaubriant (Grand Patrimoine de Loire-Atlantique)[7]. Pour la même occasion, l'écrin est prêté au château de Blois, de Nantes et au Musée de Bretagne à Rennes[8]. À cette occasion également, l'écrin est numérisé en 3D et analysé par spectrométrie de fluorescence X au laboratoire Archéosciences de l'Université de Rennes-I. Cette analyse révèle que les deux coques sont composées d'or à près de 90 %, les lettres à 85 %, la cordelière à 85 % et ses nœuds à 80 %, l'argent et le cuivre qui complètent l'alliage ayant pour objet de diminuer la malléabilité de l'objet[1].

Une réplique fidèle de cet écrin a été réalisée en 1991 par un joaillier allemand, Jürgen Abeler (1933-2010), de Wuppertal. Elle a été acquise par le musée du château des ducs de Bretagne qui la prête également pour des expositions[4],[9]. Cette œuvre avait été réalisée pour l'exposition La Bretagne au temps des ducs qui s'est tenue à l'Abbaye de Daoulas (Finistère) du 15 juin 1991 au 6 octobre 1991[4].

L'écrin original avait été assuré par le passé à hauteur de cinq millions d'euros[4].

Le vol de l'écrin[modifier | modifier le code]

L'écrin a été volé durant la nuit du vendredi 13 avril au samedi 14 avril 2018 au sein du musée départemental Thomas-Dobrée où il était exposé dans le bâtiment Voltaire dans le cadre d'une exposition intitulée « Voyage dans les collections »[10],[11]. Le vol de cet objet emblématique de l'histoire de la Bretagne a provoqué une vive émotion[12].

D'après les bandes vidéos et les informations livrées par les enquêteurs, le forfait aurait été commis par quatre individus casqués qui se sont introduits dans le musée. L'alarme aurait retenti vers 3 h 30 du matin. Une société de sécurité se serait alors rendue sur place mais n'aurait rien remarqué de particulier. Selon le quotidien Ouest-France, un gardien était présent la nuit du vol du reliquaire[13]. Le vol a été constaté à la prise de service des employés du musée à 9 h et n'a été signalé aux autorités que vers 11 h 30[14]. Probablement intéressés par l'or, les malfaiteurs se sont emparés également d'une statue hindoue dorée datant de la fin du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, ainsi que d'une cinquantaine de monnaies médiévales en or des rois de France et des ducs bretons, dont un exemplaire de la cadière d'Anne de Bretagne. Le détail des œuvres volées a été mis en ligne par le musée Dobrée[15].

La sécurité du musée Dobrée a été d'emblée mise en cause par certains observateurs[16],[17]. Face aux critiques[18], la responsable du musée, Julie Pellegrin, a indiqué que sa mission n'était pas de conserver le cardiotaphe dans un coffre-fort mais de l'exposer[19]. Des appels ont été solennellement lancés aux détenteurs de l'inestimable écrin afin de les dissuader de commettre l'irréparable en le fondant pour récupérer son or[20].

Le , trois hommes ont été placés en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire nantaise et devaient être présentés à un juge d’instruction le lendemain matin, en vue d'une éventuelle mise en examen[21]. Âgés de 23 et 25 ans, originaires du département — l'un a été arrêté à Saint-Nazaire, tandis que l'autre, déjà connu de la justice pour des affaires de vol, s'est présenté de lui-même à la police —, ces deux suspects ne semblent pas faire partie d'un groupe organisé, habitué à ce type d'opération. Les enquêteurs s'orientent désormais vers de la délinquance de droit commun. Le troisième individu, un mineur, a été remis en liberté[22]. Les deux autres suspects identifiés dans le cadre de l’enquête sont encore activement recherchés.

Le précieux reliquaire ainsi que les autres objets volés ont été retrouvés par la police le , « apparemment en bon état » selon le procureur de la République de Nantes, enterrés dans une zone boisée de Saint-Marc-sur-Mer sur la commune de Saint-Nazaire[23].

Après trois semaines de détention, l'un des deux suspects qui a permis notamment de retrouver les objets volés, a été remis en liberté le et assigné à résidence à son domicile sous bracelet électronique[24].

La controverse sur la propriété du reliquaire[modifier | modifier le code]

L'écrin n'a pas encore été rendu au musée Dobrée qui, en parallèle de son vaste chantier de rénovation, doit à présent faire face à la polémique autour des défaillances de son système de sécurité. La directrice du musée et la vice-présidente du conseil départemental chargée de la culture et du patrimoine ont exprimé leur soulagement tout en réaffirmant leur volonté de pouvoir présenter à nouveau le reliquaire du cœur d’Anne de Bretagne au public dans des conditions de sécurité renforcées[25]. Le vol de l'écrin a cependant ravivé une querelle déclenchée en 2007 au sujet de la propriété du précieux objet. Se fondant sur une étude juridique commandée par la ville de Nantes en 2006, Alain Croix, professeur d'histoire moderne, et Jean-Louis Jossic, ancien adjoint à la culture de la ville de Nantes, font valoir que le précieux reliquaire appartiendrait à la commune de Nantes et non au Conseil départemental de Loire-Atlantique[26].


Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. . À l'intérieur des deux coques en émail blanc (composé d'un verre au plomb opacifié par de l'oxyde d'étain), figure sur les bords l'inscription circulaire :
    O. CVEVR. CASTE. ET. PUDIQUE. O. IUSTE. ET. BE(NOIST). CVEVR.
    CVEVR. MAGNANIME. ET. FRANC. DE. TOUT. VICE. VAINCQVEVR. CVEVR. DIGNE. ENTRE. TOVS. DE. COVRONNE. CELESTE.
    ORE. EST. TON. CLER. ESPRIT. HORS. DE. PAINE. ET. MOLESTE.
  2. Inscription « CVEVR. DE. VERTVS. ORNE. DIGNEMENT. COURONNE. » encadrée de sept rangs de cordelières filigranées et d'une chaîne également filigranée à la base.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Guirec Querré du Laboratoire Archéosciences de l'université de Rennes 1, « Analyse et numérisation du cœur reliquaire », conférence au Musée de Bretagne de Rennes, 21 octobre 2014.
  2. Didier Le Fur, Anne de Bretagne : miroir d'une reine, historiographie d'un mythe, Guénégaud, (ISBN 2-85023-103-7, notice BnF no FRBNF37757022), p. 223.
  3. L'écrin d'Anne de Bretagne en 3D, p. « L'écrin en 1514 - Écrin fermé - Pourquoi 1513 ? ».
  4. a, b, c et d « Oui, il existe une copie du reliquaire du coeur d'Anne de Bretagne », Agence Bretagne Presse, 18 avril 2018.
  5. Henri de Berranger, Évocation du vieux Nantes, Paris, Les Éditions de Minuit, (réimpr. 1994), 2e éd. (1re éd. 1960) (ISBN 2-7073-0061-6), p. 130.
  6. a et b Collectif, Anne de Bretagne. Une histoire, un mythe, Somogy, , p. 44.
  7. « GPLA - 2014 - Le cœur d'Anne de Bretagne », sur Grand Patrimoine de Loire-Atlantique (consulté le 27 novembre 2014).
  8. « Histoire. Le reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne est arrivé à Rennes », sur Ouest-France, .
  9. Histoire mouvementée du reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne.
  10. « Voyage dans les collections du Musée Dobrée - Le voyage à Nantes », Le voyage à Nantes,‎ (lire en ligne)
  11. « Nantes : l'écrin du cœur d'Anne de Bretagne volé au musée Dobrée », France Bleu,‎ (lire en ligne)
  12. « Vol de l’écrin du cœur d’Anne de Bretagne : les internautes scandalisés, début d’une course contre la montre pour le retrouver », LCI,‎ (lire en ligne)
  13. Bertrand Guillot, « Nantes. Dobrée : il y avait bien un gardien au musée la nuit du vol du reliquaire », Ouest-France, 19 avril 2018.
  14. « Vol de l'écrin en or du cœur d'Anne de Bretagne : la police judiciaire a peu d'espoir de retrouver le reliquaire intact », francetvinfo.fr, 18 avril 2018.
  15. [PDF] « Liste prévisionnelle des œuvres volées », site du musée Dobrée.
  16. « Vol du reliquaire d’Anne de Bretagne : des priorités mal hiérarchisées ? », Breizh.info.bzh, 16 avril 2018.
  17. « Vol du cœur reliquaire d’Anne de Bretagne : la responsabilité écrasante du département de Loire-Atlantique », Breizh-info.bzh, 18 avril 2018.
  18. « Nantes. Disparition du reliquaire : “une grave responsabilité du Département” », Presse océan, 16 avril 2018.
  19. Julie Urbach, « Nantes : Le “cœur” d’Anne de Bretagne toujours introuvable, 5 questions autour de ce mystérieux vol », 20 Minutes, 17 avril 2018.
  20. « Nantes. Aux voleurs du reliquaire : “Ne commettez pas l'irréparable !” », Presse océan, 14 avril 2018.
  21. « Vol du reliquaire d'Anne de Bretagne à Nantes : trois hommes en garde à vue », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne).
  22. « Nantes. Vol du reliquaire d'Anne de Bretagne : deux hommes sous les verrous », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne).
  23. « VIDEO. Reliquaire d’Anne de Bretagne. Une enquête loin d’être terminée », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne).
  24. « Nantes. Vol du reliquaire d’Anne-de-Bretagne : un des suspects libéré », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne)
  25. « L’écrin du cœur d’Anne de Bretagne retrouvé près de Saint-Nazaire | Connaissance des Arts », Connaissance des Arts,‎ (lire en ligne)
  26. « Nantes. Le cœur d’Anne de Bretagne doit-il rester au musée Dobrée ? », Ouest-France.fr,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laure Barthet (dir.) et Camille Broucke (dir.), Le cœur d'Anne de Bretagne, Milan, Silvana Editoriale, , 223 p. (ISBN 9788836628476).
  • Pierre-Gilles Girault (préf. Élizabeth Latrémolière), Les funérailles d'Anne de Bretagne, reine de France : l'hermine regrettée, Montreuil, Gourcuff-Gradenigo, , 95 p. (ISBN 978-2-35340-175-8).
    Ouvrage s'appuyant sur l'exposition réalisée au château royal de Blois, du 15 mars au 6 avril 2014, et au château des ducs de Bretagne - musée d'histoire de Nantes du 8 avril au 18 mai 2014

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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