Écrin du cœur d'Anne de Bretagne

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Écrin du cœur d'Anne de Bretagne
Reliquaire Anne de Bretagne - Musée de Bretagne 20141102-02.JPG

Reliquaire présenté au musée de Bretagne en 2014.

Artiste
orfèvre anonyme de la cour de Blois et peut-être dessiné par Jean Perréal
Date
début du XVIe siècle
Localisation
Propriétaire
L'autre face du cardiotaphe. La tache sombre est due au transfert du fer et du plomb des boîtes métalliques qui le contenaient[1].

L'écrin du cœur d'Anne de Bretagne, souvent appelé reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne, est un objet funéraire d'orfèvrerie, fabriqué au début du XVIe siècle pour accueillir le cœur de la duchesse Anne de Bretagne (1477-1514), reine de France. Il est conservé au musée départemental Thomas-Dobrée de Nantes.

Description[modifier | modifier le code]

L'écrin (ou reliquaire) du cœur (appelé cardiotaphe) de la duchesse Anne de Bretagne, exécuté par un orfèvre anonyme de la cour de Blois et peut-être dessiné par Jean Perréal (l'absence de poinçon et d'archives rendant cette attribution hypothétique), est une boîte ovale, bivalve, en tôle d'or repoussée et guillochée, articulée par une charnière, bordée d'une cordelière d'or et sommée d'une couronne (un cercle de lettres romaines[Note 1], sommé de neuf fleurs de lys alternant avec neuf trèfles ornés de filigranes qui dissimulent un fermoir en forme de « M » romain émaillé vert foncé). Ce précieux vaisseau amati au ciselet pour lui donner un aspect satiné est cerné d'inscriptions en lettres d'or rehaussées d'émail vert, bleu, rouge, à la gloire du cœur d'Anne[2]. Sur les deux coques[Note 2], on peut lire ces inscriptions :

Sur l'une des faces extérieures : Sur l'autre :

« En ce petit vaisseau
De fin or pur et munde
Repose ung plus grand cueur
Que oncque dame eut au munde
Anne fut le nom delle
En France deux fois royne
Duchesse des Bretons
Royale et Souveraine.

M VC XIII »

« Ce cueur fut si très hault
Que de la terre aux cieulx
Sa vertu libérale
Accroissoit mieulx et miulx
Mais Dieu en a reprins
Sa portion meilleure
Et ceste part terrestre
En grand dueil nous demeur. »

IXE Ianvier

Sur le revêtement intérieur en émail blanc, d'un côté : Et de l'autre :

« O cueur caste et pudicque
O juste et benoît cueur
Cueur magnanime et franc
De tout vice vainqueur. »

« Cueur digne entre tous
De couronne céleste
Ore est ton cler esprit
Hord de paine et moleste. »

L'année indiquée est en chiffres romains, sous forme abrégée. L'écriture complète serait « MCCCCXIII », mais le « C » au-dessus du « V » signifie « cinq (V) cents (C) ». L'année de décès de la duchesse est, depuis plusieurs siècles, établie en 1514, mais cette mort est survenue antérieurement à la réforme de 1563-1564 du calendrier décidée par Charles IX, modification avant laquelle l'année commençait le 16 avril[3].

Historique[modifier | modifier le code]

Selon sa volonté, le cœur d'Anne de Bretagne a été placé dans un écrin, qui fut enfermé dans une autre boîte en plomb puis une autre en fer. Il fut ensuite transporté à Nantes en grande pompe pour être déposé, le , en la chapelle des Carmes, dans un coffre à la tête du tombeau de François II de Bretagne qu'elle avait fait réaliser pour ses parents (ce monument fut transféré plus tard à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes).

En 1727, Gérard Mellier, alors maire de Nantes, fait exhumer l'écrin, craignant que les religieux n'en aient fait fondre l'or. La boîte est vide car le cœur s'est probablement désagrégé[4]. Le , pour répondre à une instruction de la Convention nationale, le reliquaire est à nouveau exhumé, vidé, saisi puis, au titre de la collecte des métaux précieux appartenant aux églises, envoyé à la Monnaie de Nantes pour y être fondu. Mais, reconnu « Monument des Sciences et des Arts », il est préservé et transféré au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale. Il est rendu à Nantes aux Musées départementaux de Loire-Inférieure (actuellement Loire-Atlantique) le à des fins d'exposition, puis au musée d'Archéologie de l'Oratoire à partir du , au musée Dobrée depuis le [5].

Sa fragilité et sa valeur patrimoniale sont telles qu'il est rarement prêté. Une escorte policière l'accompagne notamment lorsqu'il est prêté au château des ducs de Bretagne en 2007 le temps d'une exposition intitulée Anne de Bretagne, une Histoire, un mythe[5]. À l'occasion des 500 ans de la mort d'Anne de Bretagne en 2014, le musée Dobrée organise l'exposition « Le cœur d'Anne de Bretagne » au château de Châteaubriant (Grand Patrimoine de Loire-Atlantique)[6]. Pour la même occasion, l'écrin est prêté au château de Blois, de Nantes et au Musée de Bretagne à Rennes[7]. À cette occasion également, l'écrin est numérisé en 3D et analysé par spectrométrie de fluorescence X au laboratoire Archéosciences de l'Université de Rennes-I. Cette analyse révèle que les deux coques sont composées d'or à près de 90 %, les lettres à 85 %, la cordelière à 85 % et ses nœuds à 80 %, l'argent et le cuivre qui complètent l'alliage ayant pour objet de diminuer la malléabilité de l'objet[1].

Une réplique fidèle de cet écrin, réalisée en 1991, est acquise par le musée du château des ducs de Bretagne qui le prête également pour des expositions[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Inscription « CVEVR. DE. VERTVS. ORNE. DIGNEMENT. COURONNE. » encadrée de sept rangs de cordelières filigranées et d'une chaîne également filigranée à la base.
  2. . À l'intérieur des deux coques en émail blanc (composé d'un verre au plomb opacifié par de l'oxyde d'étain), figure sur les bords l'inscription circulaire :
    O. CVEVR. CASTE. ET. PUDIQUE. O. IUSTE. ET. BE(NOIST). CVEVR.
    CVEVR. MAGNANIME. ET. FRANC. DE. TOUT. VICE. VAINCQVEVR. CVEVR. DIGNE. ENTRE. TOVS. DE. COVRONNE. CELESTE.
    ORE. EST. TON. CLER. ESPRIT. HORS. DE. PAINE. ET. MOLESTE.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Guirec Querré du Laboratoire Archéosciences de l'université de Rennes 1, « Analyse et numérisation du cœur reliquaire », conférence au Musée de Bretagne de Rennes, 21 octobre 2014.
  2. Didier Le Fur, Anne de Bretagne : miroir d'une reine, historiographie d'un mythe, Guénégaud, (ISBN 2-85023-103-7, notice BnF no FRBNF37757022), p. 223.
  3. L'écrin d'Anne de Bretagne en 3D, p. « L'écrin en 1514 - Écrin fermé - Pourquoi 1513 ? ».
  4. Henri de Berranger, Évocation du vieux Nantes, Paris, Les Éditions de Minuit, (réimpr. 1994), 2e éd. (1re éd. 1960) (ISBN 2-7073-0061-6), p. 130.
  5. a et b Collectif, Anne de Bretagne. Une histoire, un mythe, Somogy, , p. 44.
  6. « GPLA - 2014 - Le cœur d'Anne de Bretagne », sur Grand Patrimoine de Loire-Atlantique (consulté le 27 novembre 2014).
  7. « Histoire. Le reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne est arrivé à Rennes », sur Ouest-France, .
  8. Histoire mouvementée du reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laure Barthet (dir.) et Camille Broucke (dir.), Le cœur d'Anne de Bretagne, Milan, Silvana Editoriale, , 223 p. (ISBN 9788836628476).
  • Pierre-Gilles Girault (préf. Élizabeth Latrémolière), Les funérailles d'Anne de Bretagne, reine de France : l'hermine regrettée, Montreuil, Gourcuff-Gradenigo, , 95 p. (ISBN 978-2-35340-175-8).
    Ouvrage s'appuyant sur l'exposition réalisée au château royal de Blois, du 15 mars au 6 avril 2014, et au château des ducs de Bretagne - musée d'histoire de Nantes du 8 avril au 18 mai 2014

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