Brutalisme

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L'Hôtel de ville de Boston (Massachusetts), réalisé par Kallmann McKinnell & Knowles en 1969.

Le brutalisme désigne un style architectural issu du mouvement moderne, dont les principaux représentants sont Marcel Breuer, Jacques Kalisz, Bertrand Goldberg et Fernand Boukobza. Il connut une grande popularité entre les années 1950 et 1970 avant de décliner peu à peu, bien que divers architectes s'inspirent encore des principes de ce courant. Il se distingue notamment par la répétition de certains éléments comme les fenêtres, ainsi que par l'absence d'ornements et le caractère « brut » du béton.

Les premiers exemples d'architecture brutaliste sont inspirés des travaux de l'architecte franco-suisse Le Corbusier, notamment de sa Cité radieuse (1952). Parallèle au mouvement artistique du Pop art, le brutalisme s'exprime notamment à travers la réalisation de bâtiments institutionnels et d'universités au Royaume-Uni, en France, en Europe de l'Est et aux États-Unis. Généralement de dimensions imposantes, ces édifices mettent en avant leur verticalité et la rudesse du béton, constituant une réaction aux courants architecturaux antérieurs (le style Beaux-Arts notamment), marqués par davantage de frivolité.

Le terme de brutalisme a parfois servi à désigner de manière générale les édifices massifs en béton, devenus impopulaires à la fin du XXe siècle.

Définition[modifier | modifier le code]

Le terme « brutalisme » vient du français « brut ». Le « béton brut » est le terme employé par Le Corbusier (celui-ci voit dans le béton son côté sauvage, naturel, primitif, sans transformation).

La forme du béton est marquée par les planches de bois ayant servi au moulage . Cette technique est exploitée par Le Corbusier[1]. C'est aux architectes anglais Alison et Peter Smithson que l'on doit l'usage par antiphrase de ce terme et la création de ce néologisme en architecture en 1954, Peter Smithson se faisant appeler Brutus en hommage au sénateur romain qui a tué César pour sauver la République romaine[2]. Mais le terme ne devient véritablement populaire et positif à ses débuts qu'avec la parution de New Brutalism (Le Nouveau Brutalisme, traduction littérale : La Nouvelle Brutalité), ouvrage du critique Reyner Banham qui emploie le mot pour désigner la révolution architecturale en cours en Angleterre: celle des matériaux, des formes et des fonctions de l'habitat et des édifices publics avec leur accessibilité de voirie. La vision des concepteurs de ce mouvement est plutôt éthique, philosophique, la vision établie par la population est plutôt sensible.

Selon Banham, le brutalisme ne servait pas tant à désigner un style architectural à part entière qu'un état d'esprit partagé par les architectes composant le mouvement. En outre, le terme provient de la critique et n'était que peu employé par les représentants de ce genre eux-mêmes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

L'inspiration initiale de ce mouvement issu du Mouvement moderne est trouvée dans les formes développées par Mies van der Rohe[3]. Elles sont malheureusement mal traduites dans la reconstruction de l'Angleterre d'après guerre et reproduisent mal le Mouvement moderne. Le brutalisme est alors déterminé par des architectes britanniques suivant les analyses de l'historien d'art allemand Rudolf Wittkower et ses notions d'harmonie. Les fondateurs du brutalisme, les Smithson adhèrent au Team X qui revoit l'organisation de la ville: ses constructions se situent non plus dans une société autour de la production industrielle, mais dans une société où les individus qui sont en rapport avec leur environnement immédiat utilisent et consomment cette production.

Le brutalisme reste en opposition à l'enseignement formaliste, par exemple celui de Colin Rowe, continuant le formalisme historisciste anglo-saxon appliqué pendant la révolution industrielle. Il sera critiqué par les théoriciens du brutalisme, en particulier par Reyner Banham, pour l'invalidité de ses principes dans la pratique contemporaine. Ainsi, en réaction aux formalistes, les constructions à architecture brutaliste chercheront à opposer, comme les modernistes, la « belle » matérialité (à vertu d'économie) aux principes formels (dispendieux) aboutissant au « beau ».

« …le romantisme du mal foutu (parce qu'on n'a pas les moyens matériels d'obtenir plus de la construction qui est quand même obtenue)… » est la remarque fondatrice de Le Corbusier[4]. Cette option prise initialement par Le Corbusier pour l'apparence de ses Unités d'Habitation fournit le principe brutaliste régissant les cités nouvelles d'habitation dues à la migration de population des campagnes vers les villes dans le monde, fortement dans le monde industrialisé, à l'« Ouest » comme dans les pays du bloc politique « Est ». Cependant le principe de « machine à habiter » de Le Corbusier n'est pas retenu, mais plutôt la notion de « plateau libre à équiper » pour les volumes intérieurs (souhaité y compris pour le logement) complété par la séparation des circulations automobile et piétonne.

La gare centrale de Tbilissi, d'architecture brutaliste des années 1980. Elle fut rénovée en 2010.

L'éducation supérieure qui se démocratise dans ce monde utilise aussi les principes brutalistes pour établir rapidement des campus universitaires de façon peu onéreuse. Par exemple l'Institut de technologie de l'Illinois aux États-Unis 1956, le Centre des arts à l'université de Bochum en Allemagne 1966, l'École fédérale d'architecture et d'urbanisme de São Paulo au Brésil 1969 utilisent le brutalisme. En Australie la Haute cour d'Australie d'architecture brutaliste fut bâtie en 1978. En Italie, plusieurs architectes ont dessiné des œuvres importantes brutalistes comme la Torre Velasca à Milan du Groupe BBPR en 1958. En France la construction marquante du brutalisme fut le centre administratif de Pantin de Jacques Kalisz en 1972. Au Québec (Canada) de 1955 à 1965, le campus de l'Université Laval témoigne de ce mouvement mis de l'avant dans la capitale nationale.

La composition des cités par des cellules d'habitat agrégées sur plusieurs niveaux ayant des plans multiples par variation modulaire et une répétitivité de système constructif avec beaucoup de verre pour la lumière se poursuit dans ce mouvement en Europe. Des cadres de poutrelles acier et brique de remplissage sont utilisés au Royaume uni, des panneaux béton et briques apparentes sont utilisés en Scandinavie, Suisse, France. (En France ce modèle en Lego très utilisé est considéré en général comme venant de Suède).

La démarche architecturale ne comportait pas la mise en avant de la plasticité du matériau béton pour les formes globales harmonieuses données à la construction comme dans le Mouvement moderne poursuivi en Amérique du Sud, mais n'imposait pas non plus le béton. Un grand nombre des constructions d'Alison et Peter Smithson les fondateurs du brutalisme sont en fait constituées en brique acier et verre, par exemple la Hustanson School de Norfolk Angleterre 1954. Cependant les marques de l'architecture maintenant qualifiée de brutaliste furent obtenues au cours du temps par des fonds de banche rapportés sculptant la surface du mur ouvragé en béton. On a obtenu ainsi en bas-relief des cannelures, des polyèdres, des portions de tore en plan vertical. Beaucoup des architectures exploitant ce « béton architectonique » sont considérées comme appartenant au brutalisme à tort ou à raison.

Le Palatul Telefoanelor à Cluj-Napoca en Roumanie

Au plus fort de sa popularité, le brutalisme était associé à une idéologie utopique dans la mouvance « sociale » affichée par ses promoteurs[5]. L'échec en Occident des projets d'implantation de « communautés fonctionnelles » dans les ensembles urbains à architecture brutaliste, (notamment en Grande-Bretagne), a jeté le discrédit et sur l'idéologie et sur le style architectural et sur le matériau [6] qui l'incarnaient: le brutalisme architectural était traduit en « brutalité » sociale associée puis est devenu synonyme de « brutalité » économique par une métonymie qui ne s'est exprimée que dans ce contexte, et qui utilise ce terme pour son architecture rejetée. En France ce concept est traduit par l'idée que l'urbanisation est faite par des « bétonneux ».

Un bon nombre des ouvrages architecturaux de cette époque et ultérieurs exprimant la matérialité « brute » ne se réclament pas du brutalisme, mais plus simplement de l'expressionnisme continué, du mouvement moderne continué (par exemple l'Église Notre-Dame de Royan). Le brutalisme porte dès son origine une part de choc à produire entre deux esthétiques de la matière. Cette démarche architecturale initiale du brutalisme fut philosophiquement identique à la démarche du mouvement déconstructiviste (prendre place en opposition, en contrepartie, en remplacement) mais ce dernier mouvement déconstructiviste s'exprime justement contre l'utopie esthétique moderne soutenue par le brutalisme.

Cependant la philosophie du brutalisme a été poursuivie en Amérique du Sud après le Mouvement moderne: par exemple en 1982 à Sao Paulo au Brésil Lina Bo Bardi reprenant l'ancienne usine Pompeia construit des salles de sport, un château d'eau en trois bâtiments brutalistes qu'elle considère être dans l' « archittetura povera »[7]. La philosophie du brutalisme est encore de nos jours poursuivie par des architectes contemporains par exemple Jacques Herzog qui utilisent encore la simplicité des formes géométriques simples agrégées dans des enveloppes montrant positivement leur structure et leur éléments de remplissage brique et béton.

Le brutalisme aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Principales caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les structures brutalistes se composent de formes géométriques massives et anguleuses qui frappent par leur répétition. Le brutalisme milite pour la réunion des fonctions dans les bâtiments, mais des espaces clairement distincts les uns des autres. Fréquemment, la conception du bâtiment laisse paraître l'intérieur des locaux, ainsi que la structure ou des commodités généralement soustraites à la vue des passants, telles que des citernes ou des installations de chauffage. Par exemple, l'Hôtel de ville de Boston, construit en 1968, distingue certaines parties de la façade pour refléter la diversité des usages internes du bâtiment : l'emplacement du bureau du maire ou les salles de réunion du conseil municipal peuvent ainsi être distinguées de l'extérieur.

La grande majorité des constructions brutalistes sont essentiellement composées de béton, notamment brut et sans le moindre ornement ou revêtement. Cependant, bien que le béton soit le trait caractéristique principal du mouvement, toutes les constructions brutalistes ne sont pas en béton : certaines incorporent d'autres matériaux de construction comme la brique, le verre, l'acier, la pierre grossièrement taillée, et les gabions. Il existe également des bâtiments souvent rattachés au brutalisme en raison de leur apparence massive et sans apprêt, ou parce qu'ils exhibent des matériaux ou des équipements structurels qui sont d'habitude dissimulés.

L'usage du béton brut dans le brutalisme vise notamment à rompre avec les fioritures et le raffinement du style Beaux-Arts, en promouvant une forme de simplicité et de dénuement. Toutefois, tous les bâtiments en béton ou dont la structure est exposée ne sauraient être rattachés au brutalisme, mais peuvent appartenir à des courants tels que le constructivisme, le style international, l'expressionnisme, le post-modernisme ou le déconstructivisme. De même, le courant a fréquemment été rapproché de l'architecture soviétique en raison de son usage du béton et des grands volumes. Le brutalisme a connu une grande popularité dans l'Europe de l'Est communiste, du milieu des années 1960 à la fin des années 1980, notamment en Bulgarie, Yougoslavie et Tchécoslovaquie[8]. Dans ce dernier pays, une variante nationale du brutalisme fut même développée (le « brutalisme tchèque »).

Réception critique[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, les bâtiments brutalistes font fréquemment l'objet de critiques. L'Hôtel de ville de Boston fut ainsi classé comme « le bâtiment le plus laid au monde » dans un sondage en 2008[9].

Principaux représentants[modifier | modifier le code]

Aile Huard du Cégep de Chicoutimi (Québec, Canada) par Paul-Marie Côté
Berlin, Wilhelmstrasse, ambassade tchèque construite de 1974 à 1978
  1. Marcel Breuer
  2. Fernand Boukobza
  3. Bertrand Goldberg
  4. Ernő Goldfinger
  5. Louis Kahn
  6. Jacques Kalisz
  7. Ram Karmi
  8. Le Corbusier
  9. Sigurd Lewerentz
  10. Berthold Lubetkin
  11. Kunio Maekawa
  12. Kenzo Tange
  13. Jean Renaudie
  14. Paul Rudolph
  15. Alison et Peter Smithson
  16. James Stirling
  17. Vittoriano Viganò
  18. Jean Zumbrunnen

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.fondationlecorbusier.fr/ Fondation Le Corbusier.
  2. (en) Kenneth Allinson, Architects and Architecture of London, Routledge, , p. 358
  3. « le brutalisme, paradigme et excès »
  4. Entretien radiophonique de Le Corbusier avec Georges Charensol, au 1 novembre 1962. (Au 27/06/2013 repris dans l’interview de Rudy Ricciotti dans Hors champ de Laure Adler sur franceculture.fr .)
  5. Notamment Peter et Alison Smithson pour le monde anglo-saxon.
  6. Un des inconvénients des œuvres en béton brut de qualité médiocre est qu'esthétiquement parlant, ce matériau vieillit assez mal : éclatement local du béton des façades par gonflement de l'armature acier oxydée, par exemple.
  7. « SESC, usine de "Pompeia" » film documentaire Copans/Musée Pompidou 2012.
  8. (en) Vladimir Kulić, Wolfgang Thaler et Maroje Mrduljaš, Modernism In-Between: The Mediatory Architectures of Socialist Yugoslavia, Berlin, Jovis, (ISBN 978-3-86859-147-7)
  9. (en) « Travel Picks: 10 top ugly buildings and monument », Reuters,‎ (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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