Mosquée Ketchaoua

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Mosquée Ketchaoua
Image illustrative de l'article Mosquée Ketchaoua
La mosquée Ketchaoua vue de la façade est.
Présentation
Nom local جامع كتشاوة
Culte Islam
Type Mosquée
Début de la construction Plusieurs versions
Autres campagnes de travaux
  • 1794 (restauration du dey Hassan)
  • 1832 (remaniement coloniaux)
Style dominant Style mauresque et romano-byzantin
Protection Patrimoine mondial Patrimoine mondial (1992), classée avec l’ensemble de la médina : la Casbah d'Alger,[1]
Géographie
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Département Alger
Ville Alger
Coordonnées 36° 47′ 06″ nord, 3° 03′ 38″ est

Géolocalisation sur la carte : Algérie

(Voir situation sur carte : Algérie)
Mosquée Ketchaoua

Géolocalisation sur la carte : Wilaya d'Alger

(Voir situation sur carte : Wilaya d'Alger)
Mosquée Ketchaoua

La mosquée Ketchaoua — en arabe : جامع كتشاوة (djamaa ketchaoua) — est une mosquée historique faisant partie du patrimoine classé de la basse casbah d'Alger. Elle est le symbole de l'histoire de la capitale algérienne. Construite en 1436, elle aurait été massivement remaniée au XVIIIe siècle sous le gouvernement du dey Hassan. Elle le sera à nouveau au XIXe siècle, après sa réquisition en 1832, pour être affectée au culte catholique durant la période coloniale sous le nom de cathédrale Saint-Philippe, qu'elle conservera jusqu'à l'indépendance de l'Algérie en 1962, date à laquelle elle est redevenue une mosquée. Elle est classée, avec l'ensemble de la casbah (la médina d'Alger), au patrimoine mondial par l'UNESCO[1]. La façade actuelle est l'œuvre de l'architecte français Albert Ballu.

Histoire[modifier | modifier le code]

Période médiévale[modifier | modifier le code]

La date de fondation de la mosquée est l'objet de plusieurs hypothèses, elle l'aurait été construite en 1436[2]. Selon Myriam Bacha, la mosquée Ketchaoua serait un établissement au moins antérieur au XVIe siècle et aurait subi une restructuration et un agrandissement en 1794[3]. Selon Golvin, l’édifice actuel date de 1794, et fut bâti sur un lieu de prière plus ancien[4]. Cependant selon Guemriche, l'édifice daterait de 1612 avant d'être remanié en 1794[5].

La première mosquée Ketchaoua d'Alger aurait été bâtie par la tribu Rebai en 1436[6].[réf. à confirmer]

Période de la Régence d'Alger[modifier | modifier le code]

Mosquée de 1794 du dey Hassan, telle que constatée par Ravoisier (v.1842)

Le premier acte habous qui en atteste l'existence date de 1612[7]. Cet acte la situe justement auprès de l'emplacement d'une source, au lieu-dit « Le plateau des chèvres », d'où le nom ketchaoua en langue turque. Cette mosquée s'effondra en moins de deux siècles et un bâtiment plus important est construit vers 1613 sous le gouvernement de la Régence ottomane, très vite effondré, lui aussi.

La mosquée est à nouveau reconstruite en 1794 sous le gouvernement du dey Hassan à qui elle doit sa forme actuelle. La vaste salle de prière repose sur des substructures voutées qui compensent le terrain déclive[4]. Elle comporte alors une salle de prière carrée de 11,50 mètres de côté surplombée par une grande coupole octogonale et entourée d'une double rangée de galerie (similaires à une autre mosquée algéroise : celle d'Ali Bitchin). Ces galeries d'arcades opposées au mirhab constituent des espaces coiffés de coupoles secondaires et sont séparées par des arcs doubleaux et reposent sur des pendentifs. Tous les arcs de forme brisée et outrepassés sont supportés par d'importantes colonnes à vaste chapiteaux. L'architecture globale, plutôt rare en Afrique du Nord, évoque celle des mosquées à grande coupole centrale de Turquie[4].

Période de la colonisation française : la cathédrale Saint-Philippe[modifier | modifier le code]

Plan des travaux de réaménagement prévus en 1842 par Ravoisier ; ils ont été réalisés partiellement. Les extensions est et ouest sont représentées en hachuré et sont réalisés en supplément du bâtiment carré central d'origine.

À la suite de la prise d'Alger, la mosquée est réquisitionnée par le duc de Rovigo. Invoquant ses droits protégés par la convention du signée par Bourmont lors de la prise d'Alger, la population refuse jusqu'à la dernière minute de donner son accord pour la réquisition de l'édifice et organise une résistance[8]. Suite à l'alerte donnée par un moqadem de la confrérie de la Taïbiya qui rameute la population, le duc de Rovigo donne l'ordre d'occuper la mosquée le . Quatre mille musulmans environ se barricadent dans l'édifice. L'entrée dans l'édifice par la force provoque un mouvement de foule qui fait plusieurs victimes[8].

Dès 1832, la mosquée devient le premier lieu de culte chrétien issu de la conversion d'une mosquée ottomane[9]. Par la bulle Singulari divinae du [10], le pape Grégoire XVI élève l'église au rang de cathédrale.

La mosquée est choisie pour son raffinement architectural. Un projet de restauration et de reconversion est élaboré dès le milieu des années 1830. En 1839, un certain Ravoisié établit une proposition détaillée de restauration[8]. Ce projet de restauration et de reconversion, malgré les études et les moyens engagés, est un échec car le site reste mal adapté et trop étroit pour accueillir une cathédrale et en assurer un accès aisé[8].

La mosquée est largement remaniée, sa façade est presque entièrement reconstruite, dotée de deux tours, d'un escalier monumental et alignée sur celle de Dar Hassan pacha : le palais d'Hiver. Les architectes Harou-Romain, puis Féraud dirigent les travaux de 1845 à 1860 et enfin Ballu achève la reconstruction et la décoration en 1890[3]. L'aménagement du portail permet de mettre au jour des vestiges antiques : une mosaïque romaine de l'antique Icosium, plusieurs médailles et une citerne d'eau en bon état de conservation. Cependant ces « restaurations » ont consisté à effectuer des modifications radicales et des reconstructions. Le cachet architectural de la façade teinté de style mauresque est dû aux travaux de cette époque. Cependant ils ne permettent toujours pas à la fin du XIXe siècle de stabiliser l'édifice et les coût engagés dépassent ceux qu'auraient coûté un bâtiment neuf[8].

Suite à la saisie de l'édifice, le mufti de la mosquée aurait déclaré au duc de Rovigo : « Notre mosquée aura changé de culte, mais pas de Maître, le Dieu unique »[5]. Certains versets du Coran, ornant la salle de prière, ont été conservé en raison de leur message abordant la ferveur du croyant et la soumission au Seigneur. Or en 1909, une thèse antagoniste émerge, selon laquelle la cathédrale serait un nouvel édifice fondé sur le remplacement par pans entier de l'ancien édifice[5],[note 1].

Reconversion en mosquée à l'indépendance[modifier | modifier le code]

L’église Saint-Philippe garde sa fonction de cathédrale de la ville d’Alger jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962 où elle est reconvertie en mosquée. Le ministère algérien des habous et l'archevêque d'Alger annoncent, par une déclaration publique commune, transfert comme un « don d'amitié librement consenti par l'Église au nom des chrétiens d'Algérie »[9]. La première prière solennelle du vendredi y est célébrée le  ; elle se déroule au-dessus d'une crypte qui abrite encore les tombeaux des évêques[9].

L'orgue installé en 1929, est en partie détruit à ce moment-là[11]. Une de ses cloches, Augustine, fondue en par Burdin aîné, est offerte, après 1963, à la chapelle bretonne des Sept-Saints, lieu d'un célèbre pèlerinage islamo-chrétien en France ; rapportée d'Alger, elle placée dans le clocher de l'église paroissiale du Vieux-Marché le  ; surnommée « cloche de l'unité », elle est classée le [12].

Faisant partie du site de la casbah d'Alger, elle est inscrite de ce fait par l'UNESCO sur la liste du patrimoine mondial[13]. Depuis 2008, des travaux de consolidation ont été entrepris pour arrêter la dégradation des tours de la façade[14].

Au début de 2015, les travaux de restauration et de renforcement sont démarrés par l'Agence turque de coopération et de coordination (TIKA). La réouverture est prévue pour fin 2016.

Description[modifier | modifier le code]

Question book-4.svg
Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)
Pour l'améliorer, ajoutez des références vérifiables [comment faire ?] ou le modèle {{Référence nécessaire}} sur les passages nécessitant une source.
La cathédrale Saint-Philippe d'Alger en 1899.

La mosquée Ketchaoua reprend le corps d'une cathédrale chrétienne, son plan en forme basilical allongé reprend aussi le plan dit jésuite, avec une nef central large couverte par une voûte en berceau et des nefs latérales de moindre importance. Son transept est peu saillant et au croisement un dôme ovale recouvre le tout.

La façade reprend le principe d'une église gothique à façade harmonique : deux tours de campaniles (d’allure d’un minaret de l’époque mamelouk d’Égypte) de part et d'autre, cernent dans une parfaite symétrie un corps central reprenant un parvis et une galerie à trois arcade.

Ce qui innove dans ce plan, c’est le cachet orientalisant mélangé à style néo-romano-byzantin. Il s'agit là donc d'un style purement éclectique, qui fait appel direct à divers sources (renaissance pour le plan, gothique pour la composition de la façade, orientalisant pour les décors des tours de campanile, et un corps romano-byzantin).

Contrairement à tous ce qui se dit dans certains ouvrages, il s'agit bel et bien d'une église construite en tant que tel sur les trace de l'ancienne mosquée Ketchaoua, et son hammam (celui de Hassan Pacha).

Aujourd'hui, seules les colonnes du parvis d'entrée sont originelles, de l'ancienne mosquée : tout le reste est une construction française datant de 1844-1878.

La mosquée dans l'espace de la médina[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Casbah d'Alger.

La Ketchaoua se situe dans la basse casbah, traditionnellement un lieu d'échange et de pouvoir de la médina d'Alger. En effet le secteur concentre divers palais comme Dar Hassan Pacha — mitoyen de la mosquée et devenu l'ancien palais d'Hiver du gouverneur général de la période coloniale — et le palais des raïs[15]. C'est aussi le secteur du Dar soltan el kedim, ou palais de la Jenina, l'ancien palais du dey avant 1817 dont il subsiste une dépendance : Dar Aziza[16]. Largement remanié durant la période coloniale, la basse casbah possède un quartier de style mauresque typique avec ses ruelles sinueuse qui tranche avec l'urbanisme colonial périphérique. Conformément à la vocation commerciale du quartier les ruelles autour de la mosquée Ketchaoua sont le siège d'un souk aux marchandises diverses[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Guemriche 2012, p. 290 semble prendre ses distance avec cette hypothèse qu'il introduit ainsi : « Or, des esprits (malins, forcément) oseront affirmer, en 1909 »

Références[modifier | modifier le code]

  • Parmi les artistes ayant participé à sa décoration : le peintre Louis Matout (1811-1888)
  1. a et b UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Casbah d'Alger », sur whc.unesco.org (consulté le 14 août 2016)
  2. « Qantara », sur www.qantara-med.org (consulté le 14 août 2016)
  3. a et b Myriam Bacha, Architectures au Maghreb (XIXe-XXe siècles): Réinvention du patrimoine, Presses universitaires François-Rabelais, (ISBN 9782869062603, lire en ligne), p. 248-249
  4. a, b et c Lucien Golvin, Le legs des Ottomans dans le domaine artistique en Afrique du Nord, Persée, 1985 en ligne
  5. a, b et c Salah GUEMRICHE, Alger la Blanche: biographies d'une ville, EDI8, (ISBN 9782262040390, lire en ligne)
  6. http://www.elwatan.com/Les-travaux-de-confortement
  7. Henri Klein, Feuillets d’El Djazair, Tome I et II, Alger, Edition du Tell,
  8. a, b, c, d et e Nabila Oulebsir, Les Usages du patrimoine: Monuments, musées et politique coloniale en Algérie, 1830-1930, Les Éditions de la MSH, (ISBN 9782735110063, lire en ligne), p. 87-91
  9. a, b et c Dalila Senhadji Khiat, « Les mosquées en Algérie ou l'espace reconquis : l'exemple d'Oran », L'Année du Maghreb, vol. VI,‎ , p. 291-303 (DOI 10.4000/anneemaghreb.907, lire en ligne), sect. 2 : « Ketchaoua, brève histoire d'un transfert », § 13 [consulté le ].
  10. (la) La bulle Singulari divinae du , dans Raffaele de Martinis, Iuris pontificii de propaganda fide, I, V, Rome, 1893, p. 200 (consulté le ]
  11. Orgues de la cathédrale Saint-Philippe d'Alger
  12. Notice no PM22001410, base Palissy, ministère français de la Culture [consulté le ].
  13. CNDP fiche pédagogique
  14. El Moudjahid 21/09/2008
  15. a et b Lilia Makhloufi, « Les ambiances dans les vieilles villes algériennes : entre cultures, identités et héritages sensoriels », dans Ambiances in action / Ambiances en acte(s) - International Congress on Ambiances, Montreal 2012, (ISSN 1969-6663, lire en ligne), p. 487-492
  16. Nadir Assari, Alger: des origines à la régence turque, Alpha, (ISBN 9789961780152, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Patrimoine
Histoire

Lien externe[modifier | modifier le code]