Marie Dormoy

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Marie Dormoy
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Marie Dormoy et Paul Léautaud en 1952.
Naissance
Décès (à 87 ans)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres
Articles, Mémoires

Marie Dormoy () est une écrivaine, critique d'art et traductrice française, directrice de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet de 1932 à 1956. Au cœur de sa vie artistique, elle a fréquenté Antoine Bourdelle, Lucien Michelot, André Suarès, Auguste Perret, Ambroise Vollard, Aristide Maillol, Paul Léautaud. Elle est connue pour le rôle majeur qu'elle a joué dans la conservation et la publication du Journal littéraire de Paul Léautaud.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie Dormoy est née le 3 novembre 1886 dans une famille catholique et bourgeoise.

À quinze ans, sous la forme d'attouchements répétés[1], elle découvre l'amour et la musique auprès du compositeur Lucien Michelot[2] (1850-1929), ami de ses parents, maître de chapelle et titulaire de l'orgue de l'église Notre-Dame-des-Champs à Montparnasse et un des premiers actionnaires du Mercure de France. Il lui donne le goût du piano et des lettres et l'initie à l'ondinisme, pratique pour laquelle elle éprouvera toujours une dilection toute particulière[1],[3],[4].

En 1921, à 35 ans, elle rencontre dans l'atelier du sculpteur Bourdelle l'architecte Auguste Perret. Les Mémoires de Marie Dormoy racontent l'amour fou qu'elle eut pour cet architecte, qui devient son amant en 1925[2]. Elle se met à son service et donne des articles documentés sur l’architecture à la revue L’Amour de l’art. C'est en apportant un article sur Bourdelle au siège du Mercure de France, en 1922, qu'elle croise pour la première fois Paul Léautaud[5] qui vient de publier un extrait de son Journal dans le Mercure de France sur la mort de Charles-Louis Philippe. Elle découvre l'existence du Journal dont elle comprend l'importance et auquel elle va consacrer le reste de sa vie.

Sa traduction intégrale des Lettres de Michel-Ange, publiée en deux volumes en 1926 et dédicacée à Lucien Michelot, lui vaut le prix Langlois de l'Académie française 1927[6].

En 1924, elle est engagée par le grand couturier et mécène Jacques Doucet (1853-1929) comme bibliothécaire de la collection de manuscrits, correspondances, livres et archives qu'il s'est constituée à partir de 1916, à l'initiative d'André Suarès, autour des œuvres de Baudelaire, Nerval, Verlaine, Rimbaud, Gide, Claudel, Jammes et Valéry. Elle succède à ce poste à André Breton. Après la mort en 1929 de Jacques Doucet qui lègue sa collection à l'Université de Paris et l'acceptation du legs par l'Université en 1932, Marie Dormoy devient la première conservatrice de la Bibliothèque littéraire Jacques-Doucet transférée dans une salle de la Bibliothèque Sainte-Geneviève place du Panthéon. Elle le reste jusqu'en 1956.

En 1930, le marchand d'art Ambroise Vollard[7] l'engage comme secrétaire. Elle fera également fonction de dame de compagnie, jusqu'à la mort de Vollard en 1939, en l’accompagnant à Vittel où il se rend régulièrement en cure[8] (Léautaud est jaloux de cette relation, comme il l'avait été de l'écrivain André Suarès). C'est par Vollard qu'elle fait la connaissance de Maillol et de Matisse qui deviennent des amis (Matisse fera le portrait de Léautaud à sa demande).

En 1933[9], Paul Léautaud devient son amant, remplaçant progressivement Anne Cayssac, surnommée « Le Fléau ». Elle a 46 ans, il en a 61. Le couple est disparate : autant Marie Dormoy aime aller au concert et au théâtre, a le goût des sorties et soupers en ville (elle a une voiture, ce qui est rare pour une femme en 1930), autant Paul Léautaud a l'amour de la solitude et déteste les mondanités. Dans son Journal particulier (1933-1939), Léautaud consigne tous les détails de leur relation[9]. Trois années de ce journal (1933, 1935, 1936) — l'année 1934 est définitivement perdue — ont été publiées après la mort de Marie Dormoy par Édith Silve au Mercure de France.

Dès 1932, Marie Dormoy veut faire acheter le manuscrit du Journal littéraire par la Société d’Amis de la bibliothèque Jacques-Doucet. Le Comité littéraire de cette société dont font partie Paul Valéry, André Gide, Jean Paulhan, Jean Giraudoux, donne son accord, mais le Comité mondain chargé de recueillir les fonds et composé de jeunes femmes de la bonne société ne donne pas suite, après une visite de ses membres au pavillon de Léautaud, racontée avec humour dans les Mémoires de Marie Dormoy[10].

Elle craint alors de voir disparaître le manuscrit dont Léautaud dissimule les feuilles partout dans son pavillon, jusqu’au four de son poêle, craignant toujours qu’on le lui dérobe. En décembre 1935, après s'être heurtée aux hésitations et à la mauvaise volonté de l’écrivain qui lui n'est pas pressé et alterne à son égard confiance et défiance, elle contribue à sauver le texte du Journal en commençant à dactylographier les feuillets, plusieurs milliers, rédigés à la plume d’oie et difficilement déchiffrables. Le 1er mars 1936, elle a déjà « tapé près de 600 feuillets », écrit Léautaud admiratif dans son Journal.

Elle évacue en 1940 le manuscrit du Journal en même temps que les archives de la bibliothèque Doucet au château de Poligny (Mayenne).

En 1943, elle achète pour la bibliothèque Doucet le manuscrit du Journal (47 années à l'époque) pour un prix de 45 000 FF (Paul Valéry et Alfred Vallette, le directeur du Mercure de France l'estimaient à 100 000 FF en 1932).

Bien que sa liaison avec Léautaud s'achève en 1939[11], Marie Dormoy reste une amie très proche. C'est elle qui propose au vieil écrivain de publier le premier tome du Journal en 1952. Il lui faut des trésors de patience pour arriver à ses fins. Le premier tome du Journal littéraire n'est publié au Mercure de France qu’en 1954, le deuxième en 1955, le troisième en 1956 deux mois après la mort de l'écrivain. Marie Dormoy, devenue sa légataire universelle et son exécutrice testamentaire, consacrera plus de neuf années à l'édition des 16 tomes restants.

Elle fait éditer aussi, en 1956, le premier Journal particulier consacré au couple que formèrent Léautaud et Anne Cayssac de 1914 à 1930. Elle écrit la préface qu'elle signe Pierre Michelot, du nom de son amant de jeunesse, Lucien Michelot, qu'elle appelait son « Cher Souvenir ». Quant au prénom Pierre, c’est celui qu’elle donne à Léautaud dans un roman qu’elle tente d’écrire à partir de sa liaison avec l’écrivain.

En 1964, elle publie aux Éditions du Bélier, Le Petit ouvrage inachevé, récit écrit par Léautaud en 1935 opposant les deux femmes qu'il a aimées, Anne Cayssac et elle-même, et en 1969 au Mercure de France un ouvrage iconographique consacré à l'écrivain, Paul Léautaud, Images et textes réunis par Marie Dormoy.

Marie Dormoy a laissé des Mémoires non publiés à ce jour[12]. Elle est morte en 1974 à l'âge de 87 ans.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Lettres de Michel-Ange (trad. Marie Dormoy), Paris, Rieder, (prix Langlois de l'Académie française 1927[6])
  • Marie Dormoy, L'Exorcisée (roman), Paris, Ernest Flammarion, , 248 p.
  • Marie Dormoy, L'Initiation sentimentale (roman), Paris, Ernest Flammarion, , 245 p.
  • Marie Dormoy, Jacques Doucet, Paris, Édouard Champion, coll. « Les Amis d'Édouard », , 29 p.
  • Marie Dormoy, « Les idées d'A. Perret sur l'acoustique », La Revue musicale,‎
  • Marie Dormoy, La Vraie Marion de Lorme, Paris, Edgar Malfère, coll. « Galerie d'histoire littéraire / Bibliothèque du Hérisson », , 256 p.
  • Poésies de Michel-Ange (trad. Marie Dormoy), Paris, Aimé Jourde,
  • Marie Dormoy, L'Architecture française, Éditions de « L'Architecture d'aujourd'hui », , 170 p.
    Réédité en 1951 avec une préface de Louis Hautecœur.
  • Paul Léautaud (introduction de Marie Dormoy), Lettres à ma mère, Paris, Mercure de France,
  • Correspondance générale de Paul Léautaud (édition établie par Marie Dormoy), Paris, Flammarion, , 1238 p. (ISBN 2-08-060550-X) (prix Dumas-Millier de l'Académie française[6])

Prix[modifier | modifier le code]

  • 1927 : Prix Langlois pour Lettres de Michel-Ange[6]
  • 1970 : Prix Dumas-Millier pour l'édition des œuvres et de la correspondance de Paul Léautaud

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Préface à Paul Léautaud, Journal particulier. 1936, édition établie et annotée par Édith Silve, Mercure de France, 2016.
  2. a et b Marie Dormoy et Auguste Perret, Correspondance, Olivier Plat, fondationlaposte.org (consulté le 5 mars 2017).
  3. Serge Koster, Pluie d'or : pour une théorie liquide du plaisir, La Musardine, collection « L'attrape-corps », 2001.
  4. « Léautaud inédit : “C'est une folie de faire l'amour” », bibliobs.nouvelobs.com, 17 avril 2012.
  5. Sagaert 2006, p. 64
  6. a b c et d Académie française, « Marie Dormoy », sur www.academie-francaise.fr (consulté le 5 mars 2017).
  7. Sagaert 2006, p. 65
  8. Bernard Pivot, « Léautaud, misanthrope érotomane », Le Journal du Dimanche, 22 avril 2012 (consulté le 7 mars 2017).
  9. a et b Jérôme Dupuis, « La vie sexuelle de Paul Léautaud », L'Express livres, 26 avril 2012 (consulté le 5 mars 2017).
  10. L'extrait figure dans le tome XIX de l'édition originale du Journal au Mercure de France.
  11. Sagaert 2006, p. 63
  12. Préface à Paul Léautaud, Journal particulier. 1936, édition établie et annotée par Édith Silve, Mercure de France, 2016, p. 9.

Bibliographie complémentaire[modifier | modifier le code]

  • Paul Léautaud, Lettres à Marie Dormoy, Paris, Albin Michel, (réimpr. 1988)
  • Paul Léautaud, Journal particulier 1933, Paris, Mercure de France,
  • Paul Léautaud, Journal particulier 1935, Paris, Mercure de France,
  • Paul Léautaud, Journal particulier 1936, Paris, Mercure de France,
  • Marie Dormoy et Auguste Perret (édition établie, présentée et annotée par Ana Bela de Aurojo), Correspondance 1922-1953, Éditions du Linteau, DL, , 548 p. (ISBN 978-2-910342-52-4)
    Comporte une bibliographie de et sur Marie Dormoy, p. 529-534.

Liens externes[modifier | modifier le code]