Mérule pleureuse

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Serpula lacrymans

Description de cette image, également commentée ci-après

Mérule pleureuse en gros plan

Classification
Règne Fungi
Embranchement Basidiomycota
Classe Agaricomycetes
Sous-classe Agaricomycetidae
Ordre Boletales
Famille Serpulaceae
Genre Serpula

Nom binominal

Serpula lacrymans
(Wulfen) J. Schröt., 1885

Synonymes

  • Boletus lacrymans Wulfen, 1781
  • Merulius lacrymans (Wulfen) Schumach., 1801

La Mérule pleureuse ou Mérule pleureur[1] (Serpula lacrymans, jadis Merulius lacrymans) est une espèce de champignons basidiomycètes de la famille des Serpulaceae. Son épithète spécifique, lacrymans ou « pleureuse », vient des larmes colorées qu'exsude son mycélium. C'est le champignons du bois le plus souvent en cause lors d'attaques en intérieur. On l'appelle aussi en français « mérule des maisons » ou plus simplement mérule, bien que d'autres espèces comparables soient concernées à travers le monde.

Peu visible dans la nature, où il détruit les souches de feuillus comme de conifères, ce champignon lignivore est un redoutable ennemi du bois œuvré et de tous les matériaux contenant de la cellulose (livres, cartonnages, etc.). Il est à l'origine de la pourriture cubique qui dégrade la cellulose, sans toucher à la lignine. Il revêt donc une importance économique particulière selon l'Agence nationale de l'habitat[2]

Taxonomie[modifier | modifier le code]

Nom binomial accepté[modifier | modifier le code]

Serpula lacrymans (Wulfen) J. Schröt., 1885[3]

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Boletus lacrymans Wulfen 1781 (synonyme)
  • Boletus obliquus Bolton 1788 (synonyme)
  • Gyrophana lacrymans (Wulfen) Pat. 1900 (synonyme)
  • Merulius destruens Pers. 1801 (synonyme)
  • Merulius destruens var. destruens Pers. 1801 (synonyme)
  • Merulius domesticus H.G. Falk 1912 (synonyme)
  • Merulius giganteus Saut. 1877 (synonyme)
  • Merulius guillemotii Boud. 1894 (synonyme)
  • Merulius lacrimans (Wulfen) Schumach. 1803 (synonyme)
  • Merulius lacrymans (Wulfen) Schumach. 1801 (synonyme)
  • Merulius lacrymans var. guillemotii (Boud.) Boud. 1911 (synonyme)
  • Merulius lacrymans var. terrestris Peck 1897 (synonyme)
  • Merulius terrestris (Peck) Burt 1917 (synonyme)
  • Merulius vastator Tode 1783 (synonyme)
  • Merulius vastator var. vastator Tode 1783 (synonyme)
  • Serpula destruens (Pers.) Gray 1821 (synonyme)
  • Serpula domestica (Falck) Bondartsev 1948 (synonyme)
  • Serpula terrestris (Burt) S. Ahmad 1972 (synonyme)
  • Sesia gigantea (Saut.) Kuntze 1891 (synonyme)
  • Sistotrema cellare Pers. 1801 (synonyme)
  • Sistotrema cellare var. cellare Pers. 1801 (synonyme)
  • Xylomyzon destruens (Pers.) Pers. 1825 (synonyme)

Description[modifier | modifier le code]

Mérule pleureuse dans un sous bassement

La mérule se manifeste par l'apparition d'une substance semblable à de l'ouate épaisse et blanche ou à une toile d'araignée qui vire ensuite au gris.

Les filaments gris argenté du mycélium d'un diamètre de 6 à 8 mm peuvent aller jusqu’à plusieurs mètres de longueur. Ils s'insinuent au cœur du bois et peuvent même traverser la maçonnerie. À l’état sec, les filaments deviennent cassants.

Quelquefois, la mérule se manifeste sous la forme d'un véritable sporophore rond à elliptique à marge de croissance blanche. Le champignon se présente sous la forme d'une masse molle, visqueuse, de un à deux centimètres d’épaisseur et de couleur rouge brun. Il contient des spores de couleur rouge.

Conditions de développement[modifier | modifier le code]

La mérule se développe principalement sur les résineux, mais aussi sur les feuillus. Aucune essence des régions tempérées ne résiste à la mérule ; seules quelques essences tropicales — iroko (Milicia excelsa), douka ou makoré (Tieghemella heckelii), doussié (Afzelia africana), etc. — présentent une résistance notable[CTBA 1].

Jeune Mérule

Les conditions de développement sont[CTBA 2] :

  • le taux d'humidité du bois (à partir de 22 %), l'humidité optimale est aux alentours de 35 %[4], le développement s'arrête à 40 %[5] ;
  • la température entre 20 et 26 °C, la mérule ne résiste cependant pas aux hautes températures ;
  • une atmosphère confinée ;
  • l'obscurité ;
  • vapeurs d'ammoniaque (lieux d'aisance).

Autrement dit, un bâtiment « sain » — clos, couvert, ventilé, etc. — et entretenu — sans fuites de plomberie — est à l'abri de la mérule.

Mode de propagation[modifier | modifier le code]

Mérule pleureuse dans un escalier.

La partie végétative de la mérule est un mycélium composé d'hyphes de moins de 10 μm de diamètre[CTBA 3] qui se développent dans les cavités du bois. En surface, les hyphes s'agglomèrent ou s'entremêlent et forment soit une toile grisâtre, soit des rhizomorphes souvent ramifiés en palmettes.

Les rhizomorphes de mérule sont capables de traverser la maçonnerie. Ils ont aussi la capacité de transporter de l'eau[CTBA 4], ce qui permet au champignon de se propager de proche en proche sur des pièces de bois a priori saines.

Les dégâts[modifier | modifier le code]

Article détaillé : pourriture cubique.

Les bois nus deviennent brunâtres, s'effritent et partent en morceaux en raison de la destruction de la cellulose. Les bois peints se boursouflent puis se craquellent. Les ramifications peuvent traverser les joints de ciment, les briques poreuses et abîmer ainsi les murs. Bien que la mérule pleureuse puisse traverser la maçonnerie, elle ne peut toutefois pas la détruire. Cette mérule colonise et détruit principalement le bois œuvré (charpentes, escaliers).

Traitement[modifier | modifier le code]

Mesures préventives[modifier | modifier le code]

Le moyen le plus sûr de protéger un bâtiment est de le maintenir dans des conditions où la mérule ne se développe pas, c'est-à-dire qu'il faut éviter les entrées d'eau et qu'il est nécessaire d'assurer une ventilation suffisante.

Les fuites de toiture et de plomberie doivent impérativement être rapidement réparées et il faut ventiler les bois humides. Les aérations[6] et les soupiraux doivent être maintenus fonctionnels. Les pièces de bois susceptibles d'être exposées à l'humidité[7] doivent pouvoir permettre à l'eau de s'évaporer : les peintures et les vernis imperméables sont donc à proscrire. Les dispositifs d'isolation thermique de la toiture ne doivent pas permettre la condensation au contact des bois de charpente, etc.[CTBA 5]

Mesures curatives[modifier | modifier le code]

La première des choses à faire est de rétablir les conditions où la mérule ne se développe pas[8]. Le traitement fongicide intervient en complément[CTBA 6].

L'assainissement consiste en un rétablissement du hors d'eau (recherche et suppression des causes de l'humidité) et une ventilation efficace pour permettre à l'eau de s'évaporer. Les obstacles à l'évaporation (par exemple un revêtement de sol imperméable) doivent être déposés.

Le traitement fongicide se déroule en trois phases :

  • la préparation consiste à éliminer tous les bois atteints et à dégager les bois à traiter ;
  • le traitement des sols et des murs consiste à dégager les maçonneries pour rechercher les rhizomorphes, à stériliser les maçonneries à la flamme, puis à traiter par pulvérisation, badigeonnage et/ou injections ;
  • le traitement des bois se pratique sur les bois secs. Les bois (quelle que soit l'essence) sont traités en profondeur dans les zones contaminées par injection, par remplissages répétés ou sous pression, et traités superficiellement dans les zones saines ou peu atteintes.

Ces phases sont commencées lorsque l'infection est découverte, et l'infection est parfois très avancée. Il est alors indispensable de procéder à des destructions importantes des structures en bois du bâtiment, si les planchers et les poutres sont contaminées[9].

Importance économique[modifier | modifier le code]

La mérule en France en nombre de communes touchées par département (Source: Institut technologique FCBA)
rouge: 50 à 100%
orange: 25 à 50%
or: 5 à 25%
jaune: 0,5 à 5%
gris: moins de 0,5%
blanc: Inconnu

La mérule pleureuse est le plus répandu des champignons lignivores dans les bâtiments, surtout à cause de la mauvaise connaissance du bois. Dans certaines régions, comme la Bretagne[10], le propriétaire de l’immeuble a l’obligation de signaler toute attaque de mérule pleureuse à l’autorité. En France, lors d’un achat d'appartement/maison la signalisation du champignon via un diagnostic commandité par le propriétaire n'est pas obligatoire, contrairement au plomb ou aux termites. La principale difficulté est que la mérule peut traverser les murs et donc infecter une habitation saine depuis la cave du voisin. Le Finistère est le département français le plus touché par la mérule avec au moins 50% des communes concernées par le fléau.

Perspectives de la recherche[modifier | modifier le code]

Dans la revue Science du 14 juillet 2011, des chercheurs de l’INRA et du CNRS ont fait part d'avancées importantes. Ils sont en effet parvenus à « caractériser le mécanisme de dépolymérisation de la lignine » par la Mérule pleureuse. La meilleure compréhension du procédé utilisé par ce parasite va certainement permettre de mettre au point de nouvelles techniques de lutte et même intéresser le secteur de la bioénergie, à la recherche de processus accélérant la dégradation des polymères du bois en vue de la fabrication de biocarburant[11].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif CTBA, Insectes et champignons du bois, Paris, CTBA,‎ 1996 (réimpr. 2000), 116 p. (ISBN 2-85684-036-1)
    CTBA : Centre technique du bois et de l'ameublement. Site internet.
  1. p. 94.
  2. p. 93.
  3. p. 92.
  4. p. 94.
  5. p. 94-95.
  6. p. 95.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. le nom mérule s'emploie indifféremment au masculin ou au féminin
  2. Mérules sur le site de l'Agence nationale de l'habitat.
  3. J. Schrot. Meddn Soc. Faune Flore Fenn. 11:21; 1885
  4. Le bois, quelle que soit son essence, est considéré comme saturé en eau à partir de 30 % d'humidité (où l'humidité se calcule ainsi : \textstyle\frac{\left(Masse_{humide}-Masse_{anhydre}\right)\times100}{Masse_{anhydre}}) ; voir cette explication sur l'humidité du bois.
  5. CTBA Pôle construction, Le traitement des bois dans la construction, Paris, Eyrolles,‎ 2000 (réimpr. 2004), 140 p. (ISBN 2-212-11844-9), p. 61.
  6. À savoir non seulement les aérations des pièces à vivre, mais aussi les aérations des planchers — en particulier si les revêtements de sol sont étanches (dallage plastique, linoleum, sol vinylique, etc.) —, les ventilations de vide sanitaire, les ventilations des bois de charpente, etc.
  7. Notamment dans les pièces humides (salles de bains, toilettes, cuisines, etc.) ou en façade (menuiseries).
  8. Le CTBA affirme qu'à une humidité inférieure à 22 %, la mérule ne survit pas plus de trois semaines.
  9. Zone interdite, M6, dimanche 13 février 2011.
  10. http://www.consoglobe.com/merule-fleau-maisons-3386-cg
  11. Service Presse INRA, « La mérule démasquée », sur inra.fr,‎ 15 juillet 2011 (consulté le 9 octobre 2012)

Liens externes[modifier | modifier le code]