Mémorial national sud-africain du bois Delville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Mémorial national sud-africain du bois Delville
South African Commemorative Museum (September 2010) 2.JPG

Longueval, entrée du musée sud-africain

Présentation
Type
arc de triomphe
Statut patrimonial
Localisation
Situation
Coordonnées
Localisation sur la carte de France
voir sur la carte de France
Red pog.svg
Localisation sur la carte de la Somme
voir sur la carte de la Somme
Red pog.svg

Le mémorial national sud-africain du bois Delville est un monument commémoratif de la Première Guerre mondiale situé sur le territoire de la commune de Longueval, dans le département de la Somme. Il commémore l’engagement des troupes sud-africaines pendant la Grande guerre. Un musée commémoratif retrace l’histoire de la participation de l’Afrique du Sud à la Première, à la Seconde Guerre mondiale et aux différents conflits de la guerre froide. Le cimetière militaire britannique du bois Delville est situé en face du mémorial.

Le bois Delville représente, pour les Sud-Africains, le lieu où les soldats de l'Union sud-africaine ont été engagés pour la première fois sur le front occidental. Le , la brigade sud-africaine, composée de quatre bataillons, environ 3 150 hommes, avait reçu l'ordre de tenir ses positions « coûte que coûte ». Sous le feu incessant de l'artillerie ennemie, ils avaient résisté et connus un véritable enfer (Delville wood sera rebaptisé Devil wood, le bois du Diable). Quand ils furent relevés le , ils laissèrent 1 080 des leurs, tués ou disparus et 1 735 blessés[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille du bois Delville.

Les combats du bois Delville (juillet 1916)[modifier | modifier le code]

Situé dans un parc de 63 ha, le mémorial national sud-africain du bois Delville commémore le sacrifice sur le sol de France des soldats de la 1re Brigade d'infanterie sud-africaine (1st South African Infantry Brigade) qui prit part aux combats de la Bataille de la Somme à partir du .

Pendant cinq jours, les Sud-Africains, commandés par le brigadier-général Henry Timson Lukin, subirent, coupés de l'arrière, dans le secteur de Longueval, au bois Delville appelé Devil Wood (bois du Diable) par les soldats anglophones, de très violents tirs d'artillerie (jusque 400 coups à la minute). Des 3 200 hommes qui constituaient la brigade, seuls 143 sortirent indemnes des tranchées…

Les Sud-Africains dans la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Au cours des deux guerres mondiales, si seuls les hommes blancs ont pu s'enrôler en tant que combattants au sein des Forces de Défense sud-africaines, les noirs, les métis et les Indiens d'Afrique du Sud avaient pu s'engager volontairement pour servir militairement en tant que non-combattants. Si 90 000 Sud-Africains noirs et métis accomplirent principalement des tâches de travail et de transport, 25 000 volontaires noirs servirent en France au sein du South African Native Labour Contingent (SANLC), la plupart d'entre eux affectés au déchargement dans les grands ports français[2].

En 1917, le navire Mendi, transportant un contingent du SANLC de 802 soldats noirs, 5 officiers blancs et 17 sous-officiers, sombra, emportant avec lui 626 hommes du SANLC (un épisode de la guerre représenté sur un des panneaux du musée, œuvre de Jo Roos). La plupart d'entre eux sont commémorés sur le mémorial aux disparus en mer d'Hollybrook à Southampton.

En tout, sur 11 575 Sud-Africains tués durant la Première Guerre mondiale, il y eut, en Europe, 1 120 morts parmi les recrues des SANLC dont 260 enterrés au cimetière britannique d'Arques-la-Bataille.

En outre, deux bataillons du Cape Corps servirent en tant qu'unités combattantes en Afrique orientale et en Palestine durant la Première Guerre mondiale[3].

1986, protestation contre le mémorial aux soldats sud-africains[modifier | modifier le code]

Une manifestation contre l'apartheid[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative en anglais, afrikaans et français relatant l'ouverture du musée national sud-africain à Longueval par le président Pieter Botha le .

En , le MRAP organise avec la Ligue des droits de l'homme et SOS Racisme, une manifestation à Longueval pour protester contre l'hommage rendu par le président Botha aux soldats sud-africains[4].
La CGT est la première à organiser, le , une journée d'action contre la visite du président sud-africain. Cela s'est concrétisée par une journée de manifestation à Paris et en provinces au cours de laquelle se sont joints plusieurs personnalités engagées comme Bernard Lavilliers, Salif KeÏta, Rachid Bahri, Jean Ferrat, Bernadette Lafont, Isabelle Huppert, Didier Daeninckx, des dirigeants de la CGT, de l'OIM, de l'ANC, du PCF, de la SWAPO, de la FEN, du SNES, de la jeunesse communiste, de l'AFASPA (Association française d’amitié et de solidarité avec les peuples d’Afrique), etc.[5].
Le , ils sont rejoints par la section de Lille du Parti communiste français, la Ligue communiste révolutionnaire, des associations regroupant des immigrés, le Comité régional anti-fasciste et anti-raciste (CRAFAR), l'Union locale de Lille de la CFDT, le Mouvement de la paix[6].
Lors de la manifestation, le MRAP plante, devant l'église de Longueval, deux arbres, l'un à feuilles blanches et l'autre à feuilles rouges, pour dénoncer un régime qui classe les hommes selon la couleur de leur peau. »[7],[8],[9],[10].

Le mémorial contesté[modifier | modifier le code]

Selon toutes ces organisations, le but est non seulement de protester contre la venue du Président Botha mais aussi contre un mémorial organisé selon les principes de l'apartheid avec des tombes et des plaques pour les Blancs et une fosse commune sans aucun nom pour les Noirs[11]. Par ailleurs, le MRAP y voit un mémorial de l'apartheid et affirme que le monument ne comporte pas de noms de Sud-Africains Noirs[12].

En fait, le mémorial ne porte aucun nom[1] et aucun soldat noir sud-africain n'est alors enterré à Longueval. En effet, seuls les hommes blancs avaient eu le droit de s'enrôler dans les troupes combattantes au sein des Forces de défense de l'Union Sud-Africaine et de porter des armes. Enfin, le mémorial fut construit et inauguré en 1926, soit avant que la politique institutionnelle de l'apartheid n'ait été conçue et appliquée (1948-1991) quoique la ségrégation raciale existât, de fait, en Afrique du Sud.

Centenaire de la bataille du bois Delville[modifier | modifier le code]

Le président sud-africain Jacob Zuma, s'est rendu à Longueval, le accompagné du secrétaire d'État aux anciens combattants français pour inaugurer, au mémorial national sud-africain du bois Delville, un « mur de la mémoire » sur lequel sont inscrits les noms de 14 000 soldats sus-africains — toutes ethnies confondues — morts au cours des conflits auxquels l'Afrique du Sud a participé au XXe siècle.

Mémorial[modifier | modifier le code]

La pierre du Souvenir inaugurée en 1952 et dédiée à la mémoire de tous les Sud-Africains tombés durant la Seconde Guerre mondiale.

Le mémorial se situe en face du cimetière militaire du bois Delville, à l’extrémité d’une large allée bordée de chênes, dont les glands originels provenaient d’Afrique du Sud.

Le mémorial est composé de :

  • un arc de triomphe dû à Herbert Baker, surmonté par un groupe sculpté en bronze, réalisé par Alfred Turner. Cette sculpture est une allégorie représentant les Dioscures, Castor et Pollux, les jumeaux de la mythologie grecque, symbolisant les colons anglais et les Afrikaners (Boers) jadis ennemis mais désormais unis dans la guerre, tenant un cheval fougueux (symbolisant le nouvel État qu'est l'Union sud-africaine) ;
  • un cénotaphe situé quelques mètres derrière le monument. Il est l’œuvre de l’architecte Herbert Baker.

Le mémorial national sud-africain a été inauguré le , par le général James Barry Munnik Hertzog, premier Ministre sud-africain, l'écrivain et homme politique Sir Percy Fitzpatrick, le maréchal Douglas Haig et les veuves des généraux Louis Botha et H.T. Lukin.

Le , une pierre du Souvenir est inaugurée par la mère du major Edwin Swales, un aviateur sud-africain décoré à titre posthume de la Victoria Cross. Cet autel est alors dédié à la mémoire de tous les Sud-Africains tombés durant la Seconde Guerre mondiale.

Musée[modifier | modifier le code]

Le musée de Delville Wood.

Le , Pieter Botha, président de la République sud-africaine, inaugure, en face du cimetière militaire, le musée sud-africain en présence de vétérans sud-africains, du sous-préfet de Péronne, de Gaston Duclercq, maire de Longueval, du gouverneur militaire de Lille, d'hommes politiques et de ministres sud-africains (Pik Botha, Lourens Munnik, Adriaan Vlok), de représentants du Transkei, du Ciskei, du KwaZulu, Lebowa, KwaNdebele ou entre autres du Gazankulu[13], et dans l'assistance, de membres du Front national et de l'Union nationale des parachutistes[14].

Réplique du Fort de Bonne-Espérance du Cap, ce musée commémoratif, bâti autour de la Croix de la Consécration, commémore les 25 000 volontaires sud-africains, hommes et femmes de toutes races et de toutes religions, tombés au cours de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée (1950-1953) et présente des documents sur la participation de l'Afrique du Sud au blocus de Berlin (1948-1949) [15],[1].

Deux maisons de style colonial, représentent, selon l’architecte, les deux peuples blancs d’Afrique du Sud, et le mur semi-circulaire, les remparts de la civilisation. Les peintures et les sculptures sont les œuvres des Sud-Africains Mike Edwards, Danie de Jager et Jo Roos.

Cimetière militaire du bois Delville (Delville Wood Cemetery)[modifier | modifier le code]

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Le cimetière de Delville Wood.

La nécropole est située en face du mémorial du bois Delville. Elle contient 5 523 corps (5 242 Britanniques, 29 Canadiens, 81 Australiens, 19 Néo-Zélandais et 152 Sud-Africains), dont 3 500 non identifiés.

Les combats du bois Delville, surnommé Delvil's Wood (bois du Diable) par les soldats anglophones, (14-20 juillet 1916), ont fait 1 080 tués ou disparus sud-africains, seuls 152 d'entre eux reposent dans ce cimetière. Certains ont été inhumés dans d'autres cimetières (104 hommes sont morts des suites de leurs blessures) mais on estime que plus de 500 d'entre eux sont toujours ensevelis dans le bois.

Cette nécropole a été édifiée après le . Sont rassemblées là les tombes provenant d'autres cimetières ainsi que des tombes isolées.

Un symbole de la «  nation arc-en-ciel »[modifier | modifier le code]

Le dimanche , une cérémonie au cimetière militaire du bois Delville s’est tenue en présence du vice-président sud-africain, Cyril Ramaphosa, de Nathi Mthetwau, ministre de la Culture, et de Nomaindia Mfeketo, ministre adjointe aux Relations internationales et à la Coopération. À partir de ce jour, «  l’Afrique du Sud regarde son histoire pour la deuxième fois  », a affirmé Cyril Ramaphosa, en présidant à l’inhumation du premier soldat sud-africain noir mort en France, durant la Grande Guerre, Beleza Miengoua, volontaire noir de la SANLC, exhumé d'un cimetière du Havre et enterré désormais auprès de «  ses frères blancs  ». «  Durant l’apartheid, ils séparaient même les morts. Ainsi les soldats blancs ont été enterrés dans un même lieu, tandis que les soldats noirs ont été éparpillés dans différents cimetières de France. » Il s’agit là d’un symbole pour la cohésion de la Nation arc-en-ciel d’aujourd’hui, a rappelé Cyril Ramaphosa[16].

Beleza Miengoua est devenu officiellement, le symbole posthume des soldats noirs sud-africains morts lors de la Première Guerre mondiale et le seul dont le nom est inscrit sur un cénotaphe.

Autres lieux de mémoire évoquant le bois Delville[modifier | modifier le code]

Pretoria, Delville Monument, statue des Dioscures, réplique de celle de Longueval.

Deux autres monuments similaires représentent les Dioscures :

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le mémorial sud-africain.
  2. South African Native Labour Corps.
  3. La lutte pour la liberté et la démocratie en Afrique du Sud.
  4. Cf. Interdit de séjour, in Liberté, Lille, 30 octobre 1986 ; Levée de boucliers contre la venue de Pieter Botha, in Le Courrier picard, Amiens, 5 novembre 1986 ; Botha en France : une présence contestée, in L'Indépendant, Perpignan, 10 novembre 1986 ; La manif des antiracistes, in Midi Libre, Montpellier, 12 novembre 1986 ; La visite de M. Botha à Longeval, in La Voix du Nord, Lille, 12 novembre 1986 ; Botha à Longeval : le chef de l'apartheid sous haute protection, in La Marseillaise du Berry, Châteauroux et L'Écho Dordogne, Périgueux, 12 novembre 1986.
  5. Cf. Persona Non Grata, La Liberté, Lille, 6 novembre 1986 et Révoltés, La Liberté, Lille, 7 novembre 1986.
  6. Cf. Nord Matin, Lille, 8 novembre 1986.
  7. Le visiteur de la honte, Témoignage chrétien, du 17 au 23 novembre 1986, p. 3. Botha, le FN et les paras font la Somme, Libération, Paris, 12 novembre 1986.
  8. Racistes sous protection, Liberté, Lille, 12 novembre 1986.
  9. Longeval sur apartheid, Courrier de l'Oise, Chalons-sur-Saône, 12 novembre 1986. L'article contient par ailleurs une photo de ce militant du MRAP en train de crier contre un dignitaire (photo de G. Grignier). Voir également Le Courrier Picard d'Amiens du 12 novembre 1986.
  10. Longeval (Somme) : l'Afrique du Sud s'offre une belle contre-publicité, Nord Matin, Lille, 12 novembre 1986 ; Le Président Sud-Africain dans la Somme : représentant le gouvernement français, le sous-préfet de Péronne est hué par la foule en déposant une gerbe ; la manifestation anti-apartheid tourne à la bataille d'éclairs au chocolat, Nord Éclair, Roubaix, 12 novembre 1986.
  11. Cf. Nord Matin, Lille, 8 novembre 1986. Voir également Visa pour la Honte, dans je journal Révolution, Paris, du 14 novembre 1986, qui contient une photo de A. Senna des pierres tombales.
  12. Cf. Lyon Matin, Lyon, Saint-Étienne, 11 novembre 1986 ; Le Dauphiné Libéré, 11 novembre 1986 ; Vaucluse matin, Avignon, 11 novembre 1986.
  13. Hommage de la SADF.
  14. Botha, le FN et les paras font la Somme, Libération, Paris, 12 novembre 1986.
  15. Le musée national sud-africain inauguré en 1986 par Pieter Botha.
  16. Le Monde du 9 juillet 2014.