Louchébem

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le louchébem ou loucherbem, dans son nom complet largonji des louchébems (« jargon des bouchers »), désigne l'argot des bouchers parisiens et lyonnais de la première moitié du XIXe siècle. Le louchébem reste de nos jours connu et usité dans cet univers professionnel[1].

Définition[modifier | modifier le code]

Le louchébem est un largonji que le lexicographe Gaston Esnault[2] définit ainsi : « Le largonji substitue l à la consonne initiale de la première syllabe ou — si le mot commence par un l ou une voyelle — de la syllabe suivante et rétablit, en fin de mot, la consonne initiale avec un suffixe libre »[1].

Strictement, le louchémen est une « variété plus rigide de largonji [dans laquelle] la terminaison en èm [est] obligatoire »[1].

Le processus de création lexicale[modifier | modifier le code]

Le processus de création lexicale du louchébem se rapproche du verlan et du javanais. On « camoufle » des mots existants en les modifiant suivant une certaine règle : la consonne ou le groupe de consonnes au début du mot est reportée à la fin du mot et remplacée par un « l »[3], puis on ajoute un suffixe argotique au choix, par exemple -em/ème, -ji, -oc, -ic, -uche, -ès [4]. Ainsi s-ac se mue en l-ac-s-é, b-oucher en l-oucher-b-em, j-argon en l-argon-j-i, etc.

Le louchébem est d'abord et surtout d'un langage oral, et l'orthographe en est très souvent phonétisée.

Historique[modifier | modifier le code]

Le louchébem ne semble pas avoir été conçu par les bouchers de Paris[1]. Les plus anciens mots attestés du louchébem se trouvent, mêlés à l'argot du bagne de Brest, dans les écrits d'un forçat, Ansiaume, datés de [1].

Les louchébem des bouchers aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Encore aujourd'hui les bouchers se servent du louchébem en communauté. Voici quelques exemples :

  • l'argot = largomuche
  • à poil = à loilpé
  • bonjour = lonjourbem
  • boucher = louchébem
  • client = lienclès
  • café = laféquès
  • combien = lombienquès
  • comprend = lomprenquès
  • femme = lamfé ou lamdé (lamdé est plus précisément une « dame »)
  • gaffe (attention) = lafgué
  • garçon = larsonquès
  • gitan = litjoc (souvent associé à lafgué en raison de la réputation de cette ethnie)
  • gigot = ligogem
  • fou = louf (loufoque)
  • putain (prostitué) = lutinpem
  • porc = lorpic
  • maquereau = lacromuche
  • monsieur = lesieumic
  • morceau = lorsomic
  • pardessus = lardeuss (lardeussupem)
  • pardon = lardonpem
  • parler = larlépem
  • pas = dans le lap (dans l'expression lomprenquès dans le lap)
  • patron = latronpem ou latronpuche
  • pourboire = lourboirpem
  • sac = lacsé
  • toqué = locdu[5]

Le louchébem passé dans le français courant[modifier | modifier le code]

Certains mots de louchébem sont devenus communs et ont aujourd'hui leur place dans le langage familier.

C'est en particulier le cas de loufoque que Pierre Dac, fils de boucher[6], a contribué à populariser[7], au point d'être parfois présenté comme l'inventeur-même du mot[8].

Exemples :

  • cher = lerche (employé communément dans sa forme négative : pas lerche) ou lerchem ;
  • en douce = en loucedé ou en loucedoc ;
  • fou = loufoque ;
  • portefeuille = larfeuille ou lortefeuillepem ;
  • filou = loufiah (personne peu fiable, puis servile).

Le louchébem dans l'histoire[modifier | modifier le code]

Une version exacte du louchébem (aujourd'hui quasiment disparu sauf dans les communautés d'anciens résistants) était parlée par les résistants français pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le louchébem dans les arts[modifier | modifier le code]

On retrouve beaucoup de terme louchébem dans la littérature d'Alphonce Boudard : "Je me retrouve ce soir avec les Lettres à l’Amazone de Remy de Gourmont. Ça ne m’en apprend pas lerchem [cher] sur l’Inde, les Hindous et les Clancul. Non, et je ne parviens pas à les lire, ses somptueuses bafouilles au cher Maître." La métamorphose des cloportes.

Dans la chanson Sale Argot du groupe de rap français IAM, sur la mixtape IAM Official Mixtape, le rappeur Akhénaton rappe un couplet entier en louchébem.

Dans son album Méfiez-vous des petites filles, Philippe Marlu interprète Lansonchouille, première chanson en louchébem du millénaire, écrite par Stéphane 'Léfanstouf' Moreau[9].

Raymond Queneau a également utilisé le loucherbem dans un texte du même nom dans son recueil Exercices de style, publié en 1947.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Françoise Robert l'Argenton, « Larlépem largomuche du louchébem. Parler l'argot du boucher », Langue française, vol. 23, no 90 « Parlures argotiques »,‎ , p. 113-125 (DOI 10.3406/lfr.1991.6200, lire en ligne [PDF])
  2. Gaston Esnault, Dictionnaire historique des argots français, Paris, Larousse,‎ 1965, in-16 (20 cm), XVIII-648 p. (notice BnF no FRBNF32995075)
  3. Selon le Trésor de la langue française, l'adoption de l'initiale « l » est due aux prothèses populaires du type « mon lévier » au lieu de « mon évier ».
  4. Marguerite A. Mahler, Le Phénomène de l'abréviation: une première approximation, The French Review, Vol. 60, No. 5 (April 1987), p. 592-603.
  5. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Locdu » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  6. Jacques Pessis, Pierre Dac, mon maître 63, Paris, Le Cherche midi, coll. « Documents »,‎ [2de éd.] (réimpr. ) (1re éd. Paris, François Bourin, ), 154 x 240 mm, 398-XVI p. (ISBN 2-74910-152-2, 978-2-7491-0152-1 et 978-2-7491-3382-9, OCLC 870998223, notice BnF no FRBNF39913800, présentation en ligne), p. 13 (lire en ligne [PDF], consulté le 31 juillet 2015)
  7. Catherine Guennec, L'Argot (poche) pour les nuls, Paris, First, coll. « Pour les nuls »,‎ [1re éd.], 19 cm, 334 p. (ISBN 978-2-7540-5886-5, OCLC 897491700, notice BnF no FRBNF44209289, présentation en ligne), p. 185-186 (lire en ligne [PDF], consulté le 31 juillet 2015)
  8. « Pierre Dac, le roi des loufoques » [html], sur ina.fr, Institut national de l'audiovisuel,‎ publié le 4 février 2015, dernière mise à jour le 10 avril 2015 (consulté le 31 juillet 2015)
  9. Frédéric Jambon, Le Télégramme.com, « Philippe Marlu. "Méfiez-vous des petites filles" », consulté le 20/02/2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres procédés de déformation de mots à but cryptique :

Liens externes[modifier | modifier le code]