Le Tour de la France par deux enfants

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Le Tour de la France
par deux enfants
Image illustrative de l'article Le Tour de la France par deux enfants
Le départ d’André et Julien Volden de Phalsbourg

Auteur G. Bruno
Pays Drapeau de la France France
Genre Livre de lecture
Éditeur Belin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1877

Le Tour de la France par deux enfants est un manuel de lecture scolaire d'Augustine Fouillée (née Tuillerie), écrit sous le pseudonyme de G. Bruno[n 1], et publié en 1877.

Livre de lecture scolaire[modifier | modifier le code]

Publié par les éditions Belin en 1877, ce manuel sert à l’origine pour l'apprentissage de la lecture du cours moyen des écoles de la IIIe République[1]. « Livre de lecture courante », il est vendu à toutes les écoles, publiques ou religieuses, ainsi qu'aux collectivités locales ou associations diverses[1]. Son succès est tel qu’il atteint un tirage de 7,4 millions d'exemplaires en 1914, année qui le voit passer le cap des 400 éditions[2] et il sera utilisé jusque dans les années 1950[3].

Pédagogie[modifier | modifier le code]

Ce livre de propagande très patriotique vise à la formation civique, géographique, scientifique, historique et morale de la jeunesse. L'ouvrage, illustré de 200 gravures en noir et blanc, est rédigé comme un roman au ton paternaliste, composé de nombreux dialogues, pour apporter aux enfants des éléments vivants, éprouvés, d’une véritable culture[1].

Les 121 chapitres exposent toutes les activités du pays, agricoles, industrielles, artisanales ou commerciales, évoquent les grands hommes et les faits glorieux de l'Histoire de France, et distillent une morale républicaine qui prône le travail, l'épargne et la discipline sociale. Les 121 sujets sont extrêmement variés, allant de la composition du beurre à Vercingétorix ou des métiers à tricoter à l'apparition de la photographie[1].

Chaque chapitre commence par une maxime moralisatrice et s’organise autour d’un thème principal par lequel est présenté un territoire de France pour en faire connaître toutes les activités. Aux questions spontanées des enfants sont toujours apportées des réponses simples, avec une carte située toujours sous les yeux, pour l’enseignement de la géographie.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le public continuait à réclamer, après sa disparition du programme, le Tour de la France par deux enfants. En 1976, il s’en est vendu 8 400 000 exemplaires, dont 7 000 000 exemplaires avant 1914[4]. L’ouvrage est réédité, en 2000, par Belin[n 2], en 2006, par France Loisirs, puis par Jean-Pierre Rioux[5] en 2012 aux éditions Tallandier. Au total, cet ouvrage fait l'objet de 500 éditions[1].

L’histoire[modifier | modifier le code]

L’ensemble relate le périple par de multiples moyens de transport de deux orphelins, André et Julien Volden, respectivement quatorze et sept ans. À la suite de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par les Prussiens et du décès de leur père (charpentier lorrain et veuf de bonne heure), ils quittent Phalsbourg et partent à la recherche d'un oncle paternel habitant Marseille à travers les provinces françaises[1]. La diversité des populations amène la curiosité et habitue aux différences. Des passages sur la saveur des nourritures du terroir, ou sur l’étrangeté des patois atténuée par l’apprentissage méthodique du français sont ainsi présents. Malgré leur origine lorraine, les deux enfants ne sont pas touchés par l’idéal ambiant de la revanche propre à cette époque. L’histoire est apprise par les traces, monuments et symboles, les vies exemplaires des inventeurs, soldats patriotes et bienfaiteurs. À chaque rencontre, l’idée de paix gagne sur la réalité des luttes et des conflits. Ils sont attentifs à la découverte du pays et fort zélés à reconnaître cette patrie. Ils accumulent une richesse de savoirs nées de l’apprentissage des techniques, de l’habileté dans le travail : ils s’initient à l’agriculture, à l’économie domestique, à l’hygiène… chaque rencontre est prétexte à enrichir leur expérience. Toutes ces connaissances aboutiront à l’établissement final dans la ferme presque idéale de La Grand’Lande.

Parcours[modifier | modifier le code]

L'édition de 1904 fait apparaître une carte de France qui retrace le parcours des deux enfants à travers le pays, de la Moselle au Perche, par terre et par mer.

Le parcours de deux enfants figuré sur la carte de France

Marques de l’époque[modifier | modifier le code]

Page de titre, 1878

Ce manuel de lecture vient chronologiquement à la suite de la publication quelques années auparavant par la même auteure de Francinet. Principes généraux de la morale, de l’industrie, du commerce et de l’agriculture. Il n'est pas possible de faire le compte des exclusions ou oublis dans ce manuel d’initiation à la France, mais il ne faut pas oublier le contexte de l’époque et le but de l’auteur de cultiver l’espoir en ne traitant pas de querelles d’adultes. Cet ouvrage moralisateur est publié après la guerre franco-allemande de 1870, période où l'unité nationale prime[6] : « morale et patrie » souligne Pierre Nora[1] pour cet ouvrage sous-titré d'ailleurs « Devoir et patrie. Livre de lecture courante avec 200 gravures instructives pour leçons de choses ».

Un passage notoire du livre[n 3] divise l’humanité en quatre races (blanche, jaune, noire et rouge), la race blanche étant dite la plus parfaite[1].

D'une édition à l'autre, le texte est discrètement mis à jour. Notamment, les chiffres de population et les données économiques sont rajeunis, introduisant progressivement l'anachronisme puisque l'histoire est solidement datée autour du 1er octobre 1872, date limite de l'option des Alsaciens-Lorrains pour la France[n 4]. Un épilogue de huit chapitres, daté de 1905 dans le déroulement de l'histoire, fait réapparaître les jeunes héros devenus des hommes mûrs, et permet d'introduire les colonies de la France, Pasteur, l'électricité, le téléphone, le cinématographe, et le métropolitain.

Dans l’édition de 1906, toute référence à Dieu, à la religion, est supprimée, même dans les expressions les plus courantes. Les enfants ne visitent plus Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille. Fénelon, Bossuet, Vincent de Paul disparaissent. Jean Jaurès s’étonnera, en 1910, de cette autocensure. L’auteur avait, en fait, tenté de substituer à la morale religieuse une idéologie de la fraternité et de la solidarité : un idéal de paix[1]. Cela accentue la tonalité laïque du livre[1], et souligne un optimisme à l’égard d’une société sans référence au surnaturel, strictement humaine et œuvrant au règne de la raison et de la concorde. Ainsi, certains passages sombres de l'histoire de France sont absent, tels le massacre de la Saint-Barthélemy, la Révolution française et sa Terreur ou encore la Commune de Paris[1]. Grand succès de librairie de l’école laïque, on décrit parfois ce manuel scolaire comme le « Petit Livre rouge de la République ».

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En hommage à Giordano Bruno, philosophe italien du XVIe siècle brûlé par l’Inquisition pour avoir soutenu des thèses trop rationalistes pour son époque.
  2. G. Bruno, Le Tour de la France par deux Enfants, Belin, 2000 (ISBN 2-7011-0042-9)
  3. Chapitre LXXV, Les Quatre Races d’hommes.
  4. Voir notamment le chapitre 113 sur les Halles de Paris.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Peras - L'Express 2015, p. 95
  2. Journal de la librairie, Cercle belge de la librairie, , p. 186
  3. Jean-Pierre Rioux, « Le Tour de la France par deux enfants », émission La Marche de l'Histoire sur France inter, 26 juin 2012
  4. François Caradec, Histoire de la littérature enfantine, Paris, Albin Michel, 1977, p. 187.
  5. Émission du 25 juin 2012 de La marche de l'histoire, par Jean Lebrun, sur France inter
  6. Peras - L'Express 2015, p. 94
  7. [lire en ligne] des exemples, sur Internet Archive.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Réédition[modifier | modifier le code]

  • G. Bruno (préf. Jean-Pierre Roux), Le Tour de la France par deux enfants, Tallandier, .

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Cabanel, Le Tour de la Nation par des enfants. Romans scolaires et espaces nationaux (XIXe-XXe siècles), Paris, Belin 2007.
  • Jacques Ozouf et Mona Ozouf, « Le petit livre rouge de la République », in Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, t. 1, Paris, Gallimard, 1997, p. 291-321.
  • Martine Watrelot, « Aux sources du "Tour de la France par deux enfants" », Revue d’histoire moderne et contemporaine, no 46-2,‎ avril-juin 1999, p. 311-324 (lire en ligne)

Presse[modifier | modifier le code]

  • Delphine Peras, « Deux enfants à l'école de la patrie », L'Express, no 3364-3365,‎ (ISSN 0014-5270) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]