Kader Attia
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français |
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artiste |
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Abraaj Group Art Prize (d) () Prix Marcel-Duchamp () Prix Joan-Miró () |
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Kader Attia né le à Dugny (Seine-Saint-Denis en France) est un artiste français d'origine algérienne.
Biographie et parcours
[modifier | modifier le code]Né en France à Dugny (Seine-Saint-Denis), de parents d'origine algérienne, Adelkader Franck Attia grandit à Garge-les-Gonesses/Sarcelles. Son enfance est baignée dans un milieu cosmopolite et pluriculturel, où les religions catholiques, juives et musulmanes se mélangent. Kader Attia, qui a la double nationalité, est profondément marqué par les différents allers-retours qu'il effectue entre sa banlieue et l'Algérie (Bab El Oued) avec sa famille.
Dès l'âge de onze ans, il commence à travailler sur le marché de Sarcelles afin de financer ses cours de football. L'ambiance du marché, faite de rencontres et d’échanges, contraste fortement avec les bancs de l’école qui ne l'attirent que peu ; c'est pourtant son professeur de dessin qui le pousse à aller aux portes ouvertes de l'École supérieure des arts appliqués de Paris, ainsi qu'au Musée du Louvre.
Une fois son baccalauréat obtenu, il suit une formation à l’École Duperré[1] dont il obtient le diplôme en 1993. Puis, il effectue un an à l'École Massana[1] de Barcelone (1994), avant d'effectuer un service civil au Congo-Brazzaville durant deux ans. Ce séjour le marque durablement et c'est au Congo que ses premières photos sont exposées. À son retour à Paris, Kader Attia intègre l'École nationale supérieure des Arts Décoratifs[1] pendant deux ans, et il se lance dans une production artistique poursuivie à Berlin où il réside actuellement.
Le jeune artiste participe à la Biennale de Venise en 2003[2], ainsi qu'à la Biennale d'art contemporain de Lyon en 2005. Ces deux participations participent activement à sa reconnaissance sur la scène internationale. Il en va de même avec sa participation à la dOCUMENTA 13 (2012), à Cassel[3].
Lauréat en 2016 du prix Marcel-Duchamp[4], il expose à cette occasion le film-essai Réfléchir à la mémoire, dans lequel des entretiens de chirurgiens et psychanalystes alternent avec des images de personnes amputées, un miroir étant disposé de manière à faire croire que le membre disparu existe toujours.
Le 17 octobre 2016[5], Kader Attia inaugure La Colonie[6], un lieu qu'il crée en souhaitant le dédier au partage. La ligne curatoriale apparaît comme « décoloniale » : le lieu accueille des évènements militants en soutien à différentes causes communautaires et/ou minoritaires ethniques, notamment Parole d'honneur (le média des Indigènes de la République)[7] ou encore les évènements du collectif Décoloniser les arts, critiqué pour ses positions racialistes et « décoloniale »[8]. De ces échanges résultent parfois une publication, comme un ouvrage abordant la prostitution coloniale et post-coloniale[9], regroupant des contributions d'Hélène Hazera, de Françoise Vergès, ou encore de Grisélidis Réal. En 2020, l'espace indépendant ferme définitivement ses portes à cause de la pandémie de COVID-19[10].
En 2023, il prend position dans une tribune de l'Humanité, lancée par la Legal Team antiraciste et qui demande des mesures politiques contre les violences policières. Elle fait suite à la Mort de Nahel survenue à Nanterre quelques semaines plus tôt[11].
En 2025, Kader Attia anime un cycle de conférences dispensées au Musée du Louvre, intitulé « Leçons d'artiste - Kader Attia au Louvre »[12]. Le 3 avril 2025, la première conférence aborde « Le corps/regard face à l’art et la matière ». Elle est suivie d'une seconde leçon, intitulée « Caresses et violences dans la société du regard », le 5 juin. Le cycle s'achève sur « Le corps/regard à l’ère du numérique », tenue le 25 septembre avec de multiples intervenants, tels que Philippe Dagen ou Tarek El-Ariss.
Œuvre
[modifier | modifier le code]Kader Attia est un témoin de son époque et voit dans l'art un moyen d'expression et de réflexion sur les questionnements qui lui sont chers, tels que la difficulté à vivre entre les cultures occidentale et orientale, l'islam comme repli communautaire, ou bien la relation complexe qu'entretient la culture dominante, celle de la consommation, avec l'identité réfractaire des pays émergents. Sa volonté première est d’interroger le spectateur sur la société actuelle et ses dérives identitaires[13].
« Je cherche à déclencher un sentiment politique chez le spectateur. Mon travail est comme nous tous confronté à la réalité. Ce qui m’intéresse, c’est lorsqu'une œuvre pose une question politique pas seulement d’un point de vue linguistique, formel, mais plus d’un point de vue éthique. »
L’évolution de son œuvre tend vers une part de poésie plus importante, il fuit la brutalité que revêtent en général les œuvres politiques. Si ses premiers témoignages sont directs (photographies), ses œuvres vont évoluer vers l'installation en passant par la création de la marque Hallal[14].
« J’essaie maintenant de fuir le caractère peut-être un peu trop criard, trop bruyant que l’on trouve dans les œuvres d’art à caractère politique en général et dans mes travaux qui remontent à quelques années. »
Kader Attia entretient une relation particulière avec l'architecture et s’intéresse fortement aux travaux de Michel Foucault et Le Corbusier, comme l'atteste l'exposition Construire, déconstruire, reconstruire : Le Corps utopique[3] au Musée d'Art moderne de Paris.
L'œuvre de Kader Attia peut être décrite comme consistant en une exploration symbolique des traumatismes et des peurs de sa propre enfance, tout en revendiquant la pluralité de ses appartenances culturelles (culture populaire et culture cultivée, culture des cités, culture de l'enfance…)
Médias
[modifier | modifier le code]Kader Attia utilise de nombreux moyens d'expression, qu'il choisit en fonction du sens qu'il donne à son œuvre. Le choix du matériau, malgré l'importance de ceux-ci, ne se décide qu'à la fin de sa réflexion.
À priori donc, la production de Kader Attia n'est ni homogène ni réellement identifiable par son esthétique ou sa forme, l'essence même de chaque projet est le seul lien qui les unit. Chaque œuvre s'inscrit uniquement dans le prolongement d'une réflexion et non sur le perfectionnement d'une technique.
« En recherche permanente, j’aime beaucoup me confronter à des techniques différentes, comme la photo, la vidéo, la peinture, le fer, la céramique, les pigeons de la Biennale de Lyon, les forêts gigantesques d’INFINITIES que j’ai fait tourner au milieu des miroirs à la dernière foire de Bâle, ou encore le restaurant que j’ai envoyé en Chine. À première vue, on peut trouver de très grandes différences entre chacune de mes œuvres »
Photographie
[modifier | modifier le code]La photographie est son premier medium, comme l'attestent ses premières expositions qui ne comprennent que ce type d’œuvre. Réalisée entre 1997 et 2001, la série Photostories, conservée dans la collection du Centre national des arts plastiques, regroupe trois albums photographiques, intitulés respectivement « Femmes », « Hommes » et « Fétiches »[15]. Kader Attia invite les visiteurs à feuilleter ces albums qui immortalisent son quotidien et les personnes qui croisent sa route.
À ses débuts, Kader Attia l'emploie comme témoin de prédilection des problèmes sociaux et identitaires. Par exemple, La Piste d'atterrissage (2000-2002) est une série photographique, qui expose la vie de femmes transgenres précaires d'origine algérienne, installées dans le nord de Paris[16]. Exposée pour la première fois à l'Atelier du Centre National de la Photographie en 2000[17], cette œuvre est à l'origine constituée d'environ 160 diapositives, réalisées entre 1997 et 1999.
Installation
[modifier | modifier le code]L'installation est le moyen d'expression le plus prisé de Kader Attia, comme le montre la majorité de ses œuvres. L'emploi des matériaux varie considérablement en fonction de l'effet que veut produire Kader Attia sur le spectateur.
Dessin
[modifier | modifier le code]Le dessin sert l'artiste dans la conception de ses œuvres mais aussi dans la dénonciation et l'expression du thème de la crise identitaire, mêlant les silhouettes d'hommes et de femmes portant les stigmates de notre société de consommation et d'innombrables logos ou autres signes religieux. Les dessins de Kader Attia ne sont pas exposés mais paraissent dans certains ouvrages qui lui sont dédiés.
Expositions collectives
[modifier | modifier le code]Liste non exhaustive.
- 2019 : MOMENTA, La vie des choses, Montréal
- 2016 : Prix Marcel-Duchamp, Centre Georges-Pompidou, Paris
- 2015 : Biennale d'art contemporain de Lyon
- 2012 : dOCUMENTA 13
- 2011 : - : Paris-Delhi-Bombay..., Centre Pompidou, Paris, France.
- 2010 : - : La Route de la Soie (Saatchi Galery), au Tri Postal (Lille) dans le cadre de Lille3000
Expositions personnelles
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Liste non exhaustive.
- 2019 : Kader Attia : The Museum of Emotion, 13 février au 6 mai, Londres, Hayward Gallery[18]
- 2018 : Les racines poussent aussi dans le béton, au , Vitry-sur-Seine, MacVal[19]
- 2015 : Kader Attia, Les blessures sont là, au , Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts
- 2013 :
- 2012 : Construire, déconstruire, reconstruire : le corps utopique, au 19 août, musée d'art moderne de la ville de Paris
- 2009 : au , Centre de création contemporaine (CCC), Tours
- 2008 :
- au , Henry Art Gallery, Seattle
- Jusqu'au : Institut d’art contemporain de Boston
- 2007 :
- Dialogues méditerranéens à la Citadelle de Saint-Tropez [1]
- Galerie Christian Naguel, Berlin
- États-Unis (Chelsea Museum, Arting Space New York, Boston, Los Angeles…)
- : Emptiness/Fullness, 2007, une installation regroupant des vierges en papier aluminium moulées sur du vide, exposée dans l' Expérience Pommery#4, exposition organisée par Daniel Buren, regroupant des œuvres de 37 artistes plasticiens dans les caves des crayères de la Maison de champagne Pommery à Reims
- : Institut d’art contemporain de Boston
- 2006 :
- Tsunami, Le Magasin CNAC de Grenoble
- Holly Land, Biennale des Cannaries
- Musée d'art contemporain de Lyon
- Basel Art Fair, Unlimited : Galerie Daniel Templon, Paris
- 2005 :
- Foire Internationale d'Art Contemporain (FIAC), dans le cadre du Prix Marcel Duchamp
- Biennale d'art contemporain de Lyon (Flying Rats)
- 2003 :
- Exposition de l'œuvre Correspondance, stand galerie Kamel Mennour, Paris
- 50e Biennale de Venise, Fault Lines, commissaire Gilane Tawadros
- 2002 : Alter Ego, galerie Kamel Mennour, Paris
- 2001 : Photostories, galerie Martine et Thibault de la Châtre, Paris
- 2000 : La Piste d'atterrissage, diaporama, l'Atelier, Centre national de la photographie, Paris[17]
- 1997 : Instants Urbains, Galerie L’œil du huit, Paris, France
- 1996 : Humanistes au Congo, Centre culturel Français de Brazzaville, Brazzaville, Congo
Prix et récompenses
[modifier | modifier le code]- 2017 : Prix Joan Miró[20]
- 2016 : Prix Marcel-Duchamp
Notes et références
[modifier | modifier le code]- Régis Durand, Kader Attia, Huarte Contemporary Art Centre, (ISBN 978-84-612-5809-3)
- ↑ Dreams and conflicts: the dictatorship of the viewer 50th international art exhibition [exhibition, Venezia, 2003], Rizzoli La Biennale di Venezia, coll. « La Biennale de Venise », (ISBN 978-0-8478-2559-2)
- « Construire, déconstruire, reconstruire : le corps utopique | Musée d'Art Moderne de Paris », sur www.mam.paris.fr (consulté le )
- ↑ Jéremy Billault, « Prix Marcel Duchamp 2016 : Kader Attia, lauréat de la nouvelle formule », sur Beaux Arts, (consulté le )
- ↑ « La Colonie, quartier général de l’intelligentsia « décoloniale » », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « Kader Attia - Palais de Tokyo », sur palaisdetokyo.com (consulté le )
- ↑ « Paroles d'honneur »
- ↑ « "La Racialisation culturelle", dossier sur La Marchandisation de l'art », Cités no 75, Presses universitaires de France,
- ↑ Prostitution coloniale et post-coloniale, la Colonie éditions, (ISBN 978-2-348-05760-1)
- ↑ Sandra Onana, « Fermeture de la Colonie : «Réimaginer ce lieu sans associer le centre culturel à un bar» », sur Libération (consulté le )
- ↑ « Tribune. Mort de Nahel : « Cette fois, tout le monde a vu » - L'Humanité », sur https://www.humanite.fr, (consulté le )
- ↑ « Leçons d'artiste - Kader Attia au Louvre », sur Le Louvre, (consulté le )
- ↑ Brigitte Derlon, Monique Jeudy-Ballini, Kader Attia et Yto Barrada, « Le Maghreb en partage. Entretien croisé avec Kader Attia et Yto Barrada », Perspective. Actualité en histoire de l’art, no 2, , p. 65–80 (ISSN 1777-7852, DOI 10.4000/perspective.7513, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « La machine à rêve de Kader Attia | Musée de l'histoire de l'immigration | Palais de la Porte Dorée », sur www.histoire-immigration.fr (consulté le )
- ↑ « | Cnap », sur www.cnap.fr (consulté le )
- ↑ Hélène Hazera (photogr. Kader Attia), « Les soeurs du boulevard », Têtu, no 35, , p. 8-20
- Régis Centre national de la photographie et Claire Jacquet, Ateliers 1997-2002, Centre national de la photographie, (ISBN 978-2-86754-129-2), p. 79-80
- ↑ cda, « Le musée des émotions de Kader Attia à Londres », sur Connaissance des Arts, (consulté le )
- ↑ « Rendez-vous culture - Mac Val: « Les racines poussent aussi dans le béton » de l'artiste Kader Attia », RFI, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Fundació Joan Miró, « Kader Attia | Joan Miró Prize », sur Fundació Joan Miró (consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (fr + en) Yves Aupetitallot et Thierry Pratt, Kader Attia : [exposition], Musée d' art contemporain de Lyon, 15 Juin-13 Août 2006 ; le MAGASIN, centre national d' art contemporain de Grenoble, 21 Octobre 2006-7 Janvier 2007, Zurich, JRP Ringier, (ISBN 978-2-940271-81-8)
- (es + en + fr) Régis Durand, Octavio Zaya et Hannah Feldman, Centro Huarte de Arte Contemporáneo - Huarte, Espagne, Kader Attia : [exposition, Huarte, Centro Huarte de Arte contemporeano, 4 juillet - 28 septembre 2008], Huarte, Centro Huarte, (ISBN 978-84-612-5809-3)
- (de + en + fr) Kader Attia, The repair : from Occident to extra-Occidental cultures, Berlin, The Green Box, (ISBN 978-3-941644-53-3)
- (en + fr) Kobena Mercer, Noémie Étienne, Brigitte Derlon, Monique Jeudy-Ballini et Nicole Schweizer, Musée cantonal des beaux-arts - Lausanne, Suisse, Kader Attia : [exposition], Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts, [22 mai-30 août 2015], Zurich, JRP Ringier, (ISBN 978-3-03764-412-6)
- (fr + en) Kader Attia, Musée d'art contemporain du Val-de-Marne - Vitry-sur-Seine, Les racines poussent aussi dans le béton : [exposition, MacVal, Vitry-sur-Seine, du 14 avril au 16 septembre 2018], Vitry-sur-Seine, MacVal, (ISBN 978-2-916324-97-5)
- (en) Kader Attia, The Landing Strip - Kader Attia, Londres, Hayward Gallery, (ISBN 9781853323683)
Liens externes
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- Site officiel
- Ressources relatives aux beaux-arts :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à l'audiovisuel :
- Ressource relative à la recherche :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Kader Attia sur le site de La Criée, Centre d'art contemporain situé à Rennes
