Jeanne Hersch

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Hersch.
Tombe de Jeanne Hersch au Cimetière des Rois.

Jeanne Hersch ( à Genève - à Genève) est une philosophe suisse, reconnue internationalement, dont l'œuvre a pour centre le concept de liberté. Elle a été professeur de philosophie à l'Université de Genève, directrice de la division philosophique de l'Unesco, et représentante de la Suisse au conseil exécutif de cette même organisation. Elle a été la compagne du politicien et professeur d'université André Oltramare.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille d'immigrants juifs polonais. Son père, Liebmann Hersch, était professeur de démographie et de statistiques à l'université de Genève ; sa mère, Liba Lichtenbaum, a eu une formation de médecin, sans toutefois exercer cette profession, elle a travaillé à la SDN, section du désarmement. Tous deux étaient des militants du Bund, mouvement socialiste juif et laïc, et l'éducation de Jeanne est imprégnée des notions de justice sociale, de démocratie et de liberté[1].

Formation[modifier | modifier le code]

Après l'école secondaire, elle entre à la faculté des Lettres de l'Université de Genève en 1928, où elle obtiendra sa licence en 1931 (avec un travail sur Henri Bergson), et où elle aura pour professeur André Oltramare qui deviendra plus tard son compagnon. Elle complète sa formation par plusieurs séjours à l'étranger entre 1930 et 1933 à Paris à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et dans deux universités allemandes: celle de Heidelberg où elle étudie la philosophie avec Karl Jaspers qu'elle considérera toujours comme son maître et dont elle traduira les principaux ouvrages pour le faire connaître du public francophone, puis celle de Fribourg-en-Brisgau dont le recteur à cette époque, 1933, n'est autre que Martin Heidegger . Elle assiste à l'avènement du régime hitlérien et rentre à Genève, où elle a acquis la nationalité suisse en 1931.

Carrière[modifier | modifier le code]

Elle occupe d'abord un poste de professeur de français, latin et philosophie à l'École internationale de Genève de 1933 à 1956.

Dès 1956 elle enseigne la philosophie à l'Université de Genève, où elle sera titularisée professeur ordinaire en 1962, elle est la première femme professeur de philosophie dans cette université.

Elle commence très tôt son œuvre écrite en publiant à 26 ans un ouvrage de philosophie, L'illusion philosophique, où elle raconte sa découverte de la philosophie à travers les thèses existentialistes de Karl Jaspers.

Son rayonnement intellectuel lui vaut une reconnaissance internationale et en 1960 elle est appelée à créer et diriger la division de philosophie de l'Unesco, puis en 1966 elle devient la représentante de la Suisse au conseil exécutif de cette organisation des Nations Unies.

En 1968 pour célébrer le 20è anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, elle entreprend un ouvrage capital, Le Droit d'être un homme, dans lequel elle réunit des milliers de textes de cultures et d'époques différentes qui évoquent la dignité de la personne.

Engagement politique[modifier | modifier le code]

En 1939, elle adhère au parti socialiste genevois[2]. En tant qu'intellectuelle, elle a souvent pris position sur les problèmes politiques de son temps, en s'engageant toujours pour la liberté de l'individu contre les pouvoirs qui la menacent, qu'il s'agisse de gouvernements ou d'idéologies. Elle a toujours affiché ses convictions personnelles, même quand celles-ci étaient opposées aux positions du parti socialiste, par exemple sur la politiques de la drogue ou sur l'affaire Kopp. Dans un article, Jeanne Hersch, une démocrate, André Gavillet, ancien conseiller d'Etat vaudois, résume les différentes prises de positions de la philosophe.[3]

Livres[modifier | modifier le code]

Jeanne Hersch est l'auteur d'une quinzaine d'ouvrages et, en prenant sa retraite en 1977, elle a continué d'écrire; c'est même de cette période que datent certains de ces ouvrages les plus importants, notamment Eclairer l'Obscur, dont le titre résume sa démarche telle qu'elle l'a expliquée à la fin du long entretien accordé à la Télévision romande en 1972: la clarté de la parole est le meilleur moyen de révéler la profondeur et la complexité d'un concept, comme une torche qui éclaire le fond d'un puits, dit-elle.[4] Une année avant sa mort paraît L'Etonnement philosophique, dans lequel elle refait l'histoire de la philosophie à partir de l'étonnement comme capacité fondamentale d'interroger et de mettre en doute les évidences.

Décès[modifier | modifier le code]

Elle s'éteint à Genève le 5 juin 2000 et est ensevelie au Cimetière des Rois où reposent les personnalités de la ville qui ont le plus contribué à son rayonnement.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1936 : L'illusion philosophique, Ed Plon
  • 1940 : Temps alternés, Ed.: Metropolis, 1990, ISBN 2-88340-009-1
  • 1946 : L'être et la forme, Ed La Baconnière
  • 1956 : Idéologies et réalité
  • 1956 : Traduction du polonais en français de Sur les bords de l'Issa, de Czeslaw Milosz
  • 1968 : Le droit d'être un homme, Unesco, Payot
  • 1978 : Karl Jaspers, Ed.: L'Âge d'Homme, poche, 2007, ISBN 2-8251-1727-7
  • 1981 : L'étonnement philosophique (De l'école Milet à Karl Jaspers, Poche, Ed: Gallimard , 1999, ISBN 2-07-032784-1)
  • 1981 : L'ennemi c'est le nihilisme
  • 1985 : Textes
  • 1986 : Éclairer l'obscur, Ed l'Age d'Homme
  • 1986 : Traduction en français de Philosophie, de Karl Jaspers
  • 1986 : Temps et musique
  • 1991 : et coll.: La Suisse, état de droit : Le Retrait d'Elisabeth Kopp, Ed.: L'Âge d'Homme, 1991, ISBN 2-8251-0186-9
  • 2008 : L'exigence absolue de la liberté. Textes sur les droits humains (1973-1995), Ed.: MētisPresses, 2008, Coll.: Voltiges, ISBN 2-940406-06-5

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Emmanuel Dufour Kowalski : Jeanne Hersch : Présence dans le temps, Ed.: L'Âge d'Homme, 1999, ISBN 2-8251-1299-2
  • Collectif: Jeanne Hersch, la dame aux paradoxes, Ed.: L'Âge d'Homme, 2003, ISBN 2-8251-1798-6

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. En Direct avec, émission de la TSR, entretien avec Gaston Nicole et Roland Bahy, le 21 février 1972, archives RTS
  2. « La philosophe Jeanne Hersch célèbre ses 85 ans », Journal de Genève,‎ , p. 21 (lire en ligne)
  3. Domaine public, 16 juin 2000, article d'André Gavillet, Jeanne Hersch, une démocrate
  4. En Direct avec, 21 février 1972, entretien avec Gaston Nicole et Roland Bahy, archives RTS