Jean Garcin

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Jean Garcin
Jean Garcin, président du Conseil Général de Vaucluse
Jean Garcin, président du Conseil Général de Vaucluse

Surnom Commandant Bayard
Naissance 1917
Fontaine-de-Vaucluse, Vaucluse
Décès 2006 (à 89 ans)
L'Isle-sur-la-Sorgue, Vaucluse
Origine France
Allégeance Résistance intérieure française
Grade chef des Groupes Francs (MUR) du département de Vaucluse et de la région R2
chef du 3e Bureau Opérations et Actions avec le grade de lieutenant-colonel
Conflits Seconde Guerre mondiale
Commandement Inspecteur Régional des FFI
Faits d'armes plus de 40 opérations contre l’ennemi, toutes couronnées de succès,
Distinctions Officier de la Légion d'honneur
Croix de guerre 1939-1945 avec palmes
Autres fonctions conseiller général de L'Isle-sur-la-Sorgue
maire de Fontaine-de-Vaucluse
président du conseil général de Vaucluse
vice-président du conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur
Famille Siffrein Garcin, son grand-père, maire de Châteauneuf-de-Gadagne
Voltaire Garcin, son oncle, maire de Gadagne puis conseiller général
Robert Garcin, son père, maire de Fontaine-de-Vaucluse, mort à Buchenwald.

Jean Garcin (1917-2006), né à Fontaine-de-Vaucluse, est un résistant et un homme politique français. Connu sous le pseudonyme de commandant Bayard, il fut chef des Groupes Francs (MUR) du département de Vaucluse et de la région R2 durant la Seconde Guerre mondiale, puis nommé chef du 3e Bureau Opérations et Actions avec la grade de lieutenant-colonel avant le débarquement en Provence et Inspecteur Régional des FFI après le . Homme politique et socialiste, il fut élu conseiller général de L'Isle-sur-la-Sorgue (1945-1998), maire de Fontaine-de-Vaucluse, président du conseil général de Vaucluse (1970-1992) et vice-président du conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le , il fut fait officier de la Légion d’honneur.

Une famille d'industriels républicains[modifier | modifier le code]

Son arrière-grand-père, Jean Garcin, compagnon papetier, originaire de Savoie, s’installa au Moulin Rouge, sur les berges de la Sorgue, dans la commune du Thor en 1845. Il y créa une papeterie dont hérita Siffrein Garcin, son grand-père, qui fut élu maire de Châteauneuf-de-Gadagne. Les fils de celui-ci, Voltaire et Robert Garcin prirent sa succession. Le premier devint à son tour maire de Gadagne puis conseiller général, et Robert maire de Fontaine-de-Vaucluse. Les deux frères, fermes partisans du Front populaire, reçurent en leur usine et à leur table, Édouard Herriot, Léon Blum, Édouard Daladier et Louis Gros, député de Vaucluse qui fut l’un des quatre-vingts élus qui refusèrent les pleins pouvoirs à Pétain[1].

Son engagement dans la Résistance[modifier | modifier le code]

Après ses études secondaires, Jean Garcin devint étudiant à l’école d’ingénieurs de Grenoble. À la fin de l’année 1937, il fut incorporé pendant trois ans au 7e régiment du génie d’Avignon, où il devint caporal-chef et spécialiste des explosifs avant d’être démobilisé en juillet 1940[2].

De retour à l’usine familiale, il fut recruté dans la Résistance par un fonctionnaire de Vichy, Barthélemy Rique, alias Casimir, qui exerçait la fonction de contrôleur des prix et de réglementeur de la fabrication du papier[3].

Invité à une première réunion au garage Million d'Orange[4], il recruta ensuite Alphonse Bégou, dit « Lou Manescau », maréchal-ferrant du Thor, qui allait se faire connaître sous le pseudonyme de capitaine Balkan dans les Groupes francs[5], puis Jules Ten, maçon à Lagnes, alias Capitaine Crillon[6].

Leur première tâche fut de se fournir en équipement et en matériel sur le compte des chantiers de jeunesse de Cavaillon, Robion et Vaucluse[7], puis, de leur propre initiative, de commencer à saboter les installations de l’État français et des collaborateurs grâce à de la cheddite fournie par Pierre Bascou, propriétaire de la carrière du Four à Chaux à Coustellet[8].

Devenu le commandant Bayard, Jean Garcin, à la tête des Groupes francs de Vaucluse, reçut mission, le , de protéger l’atterrissage de Jean Moulin[9] qui devait être parachuté dans les Alpilles au cours de la nuit du à 15 km de Saint-Andiol.

Puis, lors de la constitution des Mouvements unis de la Résistance (MUR), entre la fin 1942 et le début 1943, il se plaça sous la direction de Kléber, chef départemental de Vaucluse, qui n’était autre qu'Yvonne de Komornicka[10].

Ses premiers contacts avec le Maquis Ventoux eurent lieu le , lors de la capture d'un camion allemand, rempli d'armes et de munitions sur la route de Carpentras à Sault par les Groupes francs de Vaucluse sous sa direction[11]. La première rencontre de Bayard avec les chefs du maquis, le colonel Philippe Beyne et son adjoint, Maxime Fischer, se déroula à Sault au cours du mois de décembre suivant. Préférant garder son indépendance organisationnelle, Jean Garcin refusa l’invitation des deux hommes à rejoindre le maquis et fut placé avec ses hommes sous les ordres de Charles Gonard, alias Morlot, chef des Groupes francs de la région R2[12].

Immédiatement, ce dernier lui demanda de prendre en charge le secteur de Marseille[13] puis lors de la montée de Morlot à Paris, en 1943, il lui succéda à la tête des Groupes francs de la R2 qui comprenait les départements de Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, du Gard, du Var, des Basses-Alpes et des Alpes-Maritimes[14].

Ce fut à ce titre que le , à Marseille, place des Trois Lucs, il participa à la sécurité d'une réunion importante de la Résistance avec d'autres camarades, quand arrivèrent cinq miliciens en patrouille. Alors que deux membres du groupe étaient contrôlés, le chef des miliciens sortit son arme et la pointa sur les autres membres. Il voulut tirer mais son pistolet s'enraya. Bayard dégaina et abattit les miliciens permettant ainsi à son groupe de s'échapper[15].

C'est également sous son autorité, d'après un membre de son groupe franc au "maquis du chat" à Lagnes, qu'il avait été décidé d'organiser la sécurité d'une autre importante réunion de hauts responsables résistants le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire (Rhône) Comme le groupe franc avait reçu peu avant de partir un contre-ordre incompréhensible, cette réunion avec Jean Moulin et des hauts responsables de la résistance s'est bizarrement déroulée sans protection, ce qui a beaucoup facilité leurs arrestations par la Gestapo de Lyon et Klaus Barbie et cela peu après l'arrestation du chef des MUR à Paris… La venue de René Hardy à cette réunion alors qu'il n'y était pas convoqué et son arrestation par Klaus Barbie suivie de sa libération inexpliquée peu avant cet épisode ont amené nombre de résistants à suspecter ce dernier d'avoir été un important agent double qui renseigna Klaus Barbie notamment sur cette réunion importante de coordination de la résistance. Jean Garcin regretta beaucoup de ne pas y avoir été avec son groupe.

Il organisa ensuite l’évasion de Lucette Choisy, le . Cette résistante enceinte, avait été arrêtée par la Gestapo et incarcérée à l'hôpital de la Conception de Marseille. Elle était l’épouse du capitaine Pierre Choisy, un des responsables du réseau anglais Buckmaster dans le sud de la France[16].

Puis, le , toujours à la tête des GF des Bouches-du-Rhône et de Vaucluse, il fit saboter l’usine d'alumine de Gardanne, privant l’occupant du quart de la production française d'aluminium[17]. La répression nazie s'amplifiant, il eut l’audace, le 22 mars suivant, de pénétrer nuitamment dans la prison Chave de Marseille et réussit à faire évader 12 résistants qui y étaient incarcérés[18].

Sur sa lancée, il décida d’éliminer Frochmann, chef de l'office de placement allemand d'Aix-en-Provence, et son collaborateur français Hermann. Ils furent abattus en sortant d’un restaurant à 21 heures 30 le [19]. Puis le 10 août, Bayard et ses hommes, déguisés en officiers SS, pénétrèrent dans l'hôpital Salvator de Marseille et repartirent avec 7 résistants qui y étaient hospitalisés et qui devaient être fusillés[20].

Peu avant le débarquement de Provence, Bayard était entré à l’état-major de la région R2 avec le grade de lieutenant-colonel et le titre de chef du 3e bureau Opérations et Actions[21]. Après le débarquement, il fut chargé du commandement des FFI de la région d'Apt[22] puis nommé inspecteur régional des FFI de la R2[23].

Ses faits d’armes dans la Résistance lui ont valu de recevoir le le grade d’officier de la Légion d’honneur, promotion comptant l’attribution de la Croix de guerre 1939-1945 avec palmes. Ce décret signé par le président René Coty et le président du Conseil, Maurice Bourgès-Maunoury, souligne que Bayard avait mené plus de 40 opérations contre l’ennemi, toutes couronnées de succès, et que celles-ci avaient semé la perturbation dans ses services, détruit son matériel, désorganisé son ravitaillement, saboté ses dépôts de carburants et freiné ses déplacements par chemins de fer[24].

Son engagement politique[modifier | modifier le code]

Après la guerre, respectant la tradition familiale, il entra en politique en tant que maire de Fontaine-de-Vaucluse. Il siégea pendant un quart de siècle au Conseil Municipal du Thor, aux côtés d’Alphonse Bégou et de Gaston Manuel. Puis devint Conseiller Général du Canton de L'Isle-sur-la-Sorgue pendant plus d’un demi-siècle. Ses collègues de l’assemblée départementale, l'élirent président du Conseil général de Vaucluse de 1970 à 1992[25].

Il se consacra particulièrement au maintien, à l'entretien et à la restauration de l’irrigation du département, à la mise en place du schéma routier de Vaucluse, et dès 1984, à la prise en charge par le département de la construction de collèges d'enseignement. Il convainquit ses collègues du Conseil général d'une nécessaire décentralisation culturelle départementale et, c'est dans ce cadre, qu'il fut à l'initiative de la création au Thor de l'Auditorium Jean Moulin qui fut complétée par celle de l’École départementale de musique et de danse du Thor. À Fontaine-de-Vaucluse, il fut à l’origine de la création du Musée de la Résistance et du centre culturel et artisanal Vallis Clausa[25].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Jean Garcin a fait publier en 1996, aux Éditions Alain-Barthélémy, à Avignon, ses souvenirs de la Résistance sous le titre Nous étions des terroristes, (ISBN 2879230748). Il a dédié son livre à son père Robert Garcin, prisonnier politique lors de l’Occupation, déporté en Allemagne sous le matricule no 39554 et mort à Buchenwald le .

L’exemplaire qu’il a dédicacé au musée de la Résistance de Fontaine-de-Vaucluse, créé à son initiative, porte, en dédicace, « Nous étions des terroristes, oui mais ardents défenseurs de la Liberté, pour que la mémoire demeure » – le 6 décembre 1996 - .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Garcin, op. cit., p. 20.
  2. Jean Garcin, op. cit., p. 21.
  3. Jean Garcin, op. cit., p. 26.
  4. Jean Garcin, op. cit., p. 27.
  5. Jean Garcin, op. cit., p. 28.
  6. Jean Garcin, op. cit., p. 29.
  7. Jean Garcin, op. cit., p. 32.
  8. Jean Garcin, op. cit., p. 33.
  9. Jean Garcin, op. cit., p. 36.
  10. Jean Garcin, op. cit., p. 39.
  11. Aimé Autrand, op. cit., p. 94.
  12. Jean Garcin, op. cit., p. 46-47.
  13. Jean Garcin, op. cit., p. 49.
  14. Jean Garcin, op. cit., p. 97.
  15. Jean Garcin, op. cit., p. 106-107.
  16. Jean Garcin, op. cit., p. 108-109.
  17. Jean Garcin, op. cit., p. 114-115.
  18. Jean Garcin op. cit., p. 118-119.
  19. Jean Garcin, op. cit., p. 129.
  20. Jean Garcin, op. cit., p. 121.
  21. Jean Garcin, op. cit., p. 166-167..
  22. Jean Garcin, op. cit., p. 183.
  23. Jean Garcin, op. cit., p. 187.
  24. Jean Garcin, op. cit., 4e de couverture.
  25. a et b Biographie de Jean Garcin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographie 


Plaquette de commémoration 
  • La Mémoire gravée. Monuments, stèles et plaques commémoratives de la Seconde Guerre mondiale dans le département de Vaucluse, publication de l'Association des amis du musée de la Résistance et de la Déportation, L'Isle-sur-la-Sorgue, 2002.
  • Vaucluse 44, l'année de la liberté retrouvée. Aspects de la Résistance et de la Libération, Publication du service départemental de l'Office national des anciens combattants de Vaucluse, mission du 60e anniversaire des débarquements et de la libération de la France, Imprimerie de l'Ouvèze, Avignon, 2004.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]