Institut Chakpori de médecine tibétaine

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Institut Chakpori de médecine tibétaine
Image illustrative de l'article Institut Chakpori de médecine tibétaine
Logo de l'institut Chakpori de médecine tibétaine
Généralités
Création 1695. Refondation en 1992
Pays Inde (Bengale-Occidental)
Coordonnées 27° 02′ 21″ nord, 88° 15′ 49″ est
Adresse Takdah Cantonment
Darjeeling
Site internet chagpori.org
Cadre éducatif
Directeur Dr. Teinlay P. Trogawa
Principal Dr. Jampa Khedup
Enseignants Dr. Tenzin Youtso, Dr Ven Jigme Namgyal
Niveau formation de 5 ans
Formation Médecine tibétaine en exil
Langues étudiées Tibétain, anglais
Localisation

Géolocalisation sur la carte : Inde

(Voir situation sur carte : Inde)
Point carte.svg

L'Institut Chakpori de médecine tibétaine était la plus ancienne école de médecine tibétaine[1]. Fondé en 1695 sur le mont Chakpori à Lhassa par le régent Sangyé Gyatso[2], il fut détruit lors du soulèvement de 1959[3].

Un nouvel institut sera refondé en 1992[4] par des Tibétains en exil dans la ville de Darjeeling, en Inde.

Dans la Région autonome du Tibet, après les réformes démocratiques, la faculté de médecine de Chakpori fusionna avec l'Institut de médecine et d'astrologie tibétaine[5],[N 1] pour former en 1959 puis en 1980, l'hôpital de médecine tibétaine de Lhassa puis en 1980, l'Hôpital de médecine tibétaine de la Région autonome du Tibet[6].[Passage problématique]

La faculté de médecine de Chakpori à Lhassa[modifier | modifier le code]

Vue du Chakpori en 1939, avec la faculté de médecine avant sa destruction en 1959.

La faculté de médecine de Chakpori fut fondée en 1695 sur la colline de Chakpori, près de Lhassa, par le régent Sangyé Gyatso. Elle était située à moins de 300 m au sud-ouest du Palais du Potala. C'est le 5e dalai-lama Lobsang Gyatso, tres impliqué dans le développement de la médecine au Tibet[N 2], qui en est à l'initiative[7]. Il prêtera une attention particulière à l'établissement de l'institut[N 3] mais décédera en 1682 avant sa fondation[7]. La légende raconte que l'école de médecine fut construite à l'endroit même où se situait la maison de Yutek Gampo, premier médecin et fondateur de la médecine tibétaine qui vécu pendant le règne du roi Songtsen Gampo[8].

Le système d'éducation mis en place à l'institut comprenait une formation complète à la médecine sanctionnée par des examens, et une attribution de grades[7]. De nombreux érudits de l'époque, dont le régent Sangyé Gyatso[N 4], s'impliqueront dans l'enseignement au sein de l'école qui formera de nombreux spécialistes réputés et participera à l’essor et au développement de la médecine tibétaine. Certains des premiers étudiants de l'institut seront invités au Potala pour transmettre leurs connaissances médicales au 6e dalai-lama Tsangyang Gyatso[7].

Parmi les érudits de renom qui enseigneront la médecine tibétaine à l'institut Chakpori de médecine tibétaine, Sangyé Gyatso rapporte la présence de médecins indiens, chinois et originaires d'une région mal définie qu'il nomme Trom, nom désignant probablement les terres d'Asie centrale situées à l'ouest du Tibet[9]. De nombreux textes sanskrits de médecine ayurvédique seront traduits en tibétain à cette époque. Les diplômés de l'institut Chakpori seront par la suite envoyés dans les grands monastères du Tibet pour y pratiquer et enseigner la médecine tibétaine[10]. Ainsi, à partir des connaissances réunies à l'institut Chapkori, la médecine tibétaine rayonnera pendant le siècle qui suivra vers la Mongolie, le nord-est de la Sibérie et les monastères bouddhistes situés dans ces zones, y diffusant notamment la connaissance de l'Ayurveda. Restée intacte jusqu'à l'occupation chinoise, c'est par son intermédiaire que des textes ayurvédiques tels que le RGyud-bZhi, perdus sous leur forme sanskrit, purent être sauvegardés[1].

Le temps passant et la médecine tibétaine ayant pris de l'essor, de nombreuses autres écoles de médecine apparaîtront dans les monastères bouddhistes, essentiellement dans l'est du Tibet[N 5]. Certaines d'entre elles développeront des pratiques différentes de celles enseignées à Chakpori, ce qui donnera parfois lieu à des débats[N 6], mais l'institut Chakpori de médecine restera la référence de la médecine traditionnelle tibétaine jusqu'à la Révolution culturelle[12].

Soulèvement tibétain de 1959[modifier | modifier le code]

L'intervention militaire chinoise au Tibet conclu par l'Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet en 1951 laissa la société tibétaine traditionnelle continuer à fonctionner, et n'impacta pas le fonctionnement de l'institut Chakpori. Le glas de l'école de médecine sonne huit ans plus tard à la suite du soulèvement tibétain de mars 1959.

Vue du Chakpori aujourd'hui, avec l'antenne radio.

Lors de cet événement, une bataille aura lieu à Lhassa entre l'armée chinoise et les forces tibétaines. Les tibétains fortifient de nombreux bâtiments dont l'école de médecine[13],[N 7]. Occupée par un contingent de Khampas et de Lhasséens[14], elle fera partie des lieux où se dérouleront les affrontements. Des observateurs rapportent que l'école de médecine était devenu un véritable camp retranché, un fort d'où les tibétains, armés de pièces d'artillerie légère et de mortiers[15],[14],[N 8] utilisèrent aussi de vieux canons abandonnés depuis plusieurs décennies[14],[N 9] pour causer des ravages considérables au sein des troupes chinoises en contrebas[16]. D'autres observateurs rapportent que les tibétains n'étaient armés que d’épées et de fusils[17] et qu'à des tirs sporadiques, l'armée chinoise répliqua par un déluge d'obus[18]. Quoi qu'il en soit, l'institut de médecine sera totalement détruit par l'artillerie de l’armée populaire de libération.

Là où se trouvait l'ancienne école de médecine se dresse aujourd'hui une grande antenne radio[8].

Apres 1959[modifier | modifier le code]

Au Tibet[modifier | modifier le code]

Au Tibet, après ces événements [Quand ?], l'institut Chakpori de médecine tibétaine et le Men-Tsee-Khang fusionneront pour devenir une seule institution[5] nommée Hôpital de médecine tibétaine de Lhassa et qui deviendra en 1980 l'Institut de médecine tibétaine de la région autonome du Tibet, un institut de médecine et hôpital publique[6]. L'institut Chakpori continuera à jouer son rôle de cœur de l'académie de médecine du Tibet jusqu'à la Révolution culturelle, qui débute en 1966[19]. En 1993, dans le but de combler un manque d'école supérieur en médecine, le gouvernement chinois sépare l'Institut Chakpori de l'université du Tibet. C'est aujourd'hui un établissement d'enseignement supérieur indépendant nommé Institut de médecine traditionnelle tibétaine de Chakpori[20].

Refondation en Inde[modifier | modifier le code]

L'Institut Chakpori de médecine tibétaine est refondé en 1992 par Trogawa Rinpoché à Darjeeling[4]. Le projet initial prévoyait de l'édifier au Népal, mais en raison de la situation politique, les autorités népalaises refusèrent l’utilisation du nom de Chakpori[21]. L'institut est composé d'une école de médecine, d'une clinique et d'une pharmacie. L'enseignement dispensé est similaire à celui du men-tsee-khang de Dharamsala, fondé sur le Ghyü Shi et d'une durée de 5 ans suivi d’un an de clinicat[21]. L'examen final des étudiants de l'institut Chakpori de Darjeeling se déroule à Dharamsala. Des médecins tibétains y sont formés, et on y enseigne et développe aujourd'hui la médecine tibétaine en exil[22].

La clinique de l'institut Chakpori pratique une médecine tibétaine traditionnelle stricte. Elle n'utilise pas les méthodes de diagnostic de la médecine occidentale ou des autres types de médecines traditionnelles présentes à Darjeeling. Par exemple, les médecins de l'institut ne font pas de prises de sang et ne mesurent pas la pression sanguine. Dans les cas où le besoin se fait sentir de procéder à des analyses biomédicales ou d’interpréter un rapport d'examens, ils se réfèrent à leurs homologues des autres cultures. Ce comportement exclusif est inhabituel dans la région de Darjeeling, zone de mixité où se côtoient les cultures indienne, népalaise et tibétaine. La coutume en matière de médecine y est à l'inverse au pluralisme et au mélange de pratiques issues de toutes les cultures, appuyé par des analyses biomédicales solides[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Troru Tsenan says that after the democratic reforms in Tibet, Chakpori Medical College and the Lhasa Astro-Medical Institute merged to become one. »
  2. Des documents indiquent qu'il avait, des 1643, le projet de faire construire un institut de médecine au monastère de Drepung. Le projet avait du être abandonné faute de fonds.
  3. Le régent Sangyé Gyatso raconte cette époque et parle de l'attention particulière que porta le 5e dalai-lama Lobsang Gyatso à l'établissement de l'institut dans Sources du bouddhisme de Gandain, l'un des nombreux ouvrages qu'il écrivit
  4. le régent Sangyé Gyatso raconte dans son journal qu'il y enseigna en 1697.
  5. Par exemple dans les monastères de Degé, Palpung, Kathok, Kumbum et Labrang Trashikhyil
  6. Ces débats pouvaient par exemple porter sur des sujets tels que la nature du corps humain ou des divergences sur l'interprétation des tantras médicaux[11].
  7. Le Jokhang, le Potala, le lac de Rangoun et le Norbulingka seront au nombre des autres bâtiments fortifiés.
  8. Talty rapporte : « The Norbulingka was the first battleground in the battle for Lhasa, but skirmishes were being fought across the city. The Tibetan largely held the heights. They were dug in on Chakpori, the mountain overlooking Lhasa, and at the Medical College near its summit, with light artillery guns, mortars, and a few ancient cannons that had sat there for decades. »
  9. Dunham rapporte: « A contingent of Khampas and Lhassans marched up to the top of Chakpori (Iron Hill), a steep ridge where the ancient Medical College looked down over the Vale of Lhasa. Alongside several rusty cannons (which had been set up there in a previous era), they set up mortars and light artillery. [...] Iron Hill, the Medical College, became a turret tower camouflaged in prayer flags. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b O'Malley 1970, p. 351
  2. Aiming 2004, p. 20
  3. Dowman 2008, p. 49
  4. a, b et c Adams, Schrempf et Craig 2011, p. 140
  5. a et b Gyatso 2010, p. 22
  6. a et b « Médecine traditionnelle », sur xinhuanet.com
  7. a, b, c et d Aiming 2004, p. 21
  8. a et b Benson Booz 2001, p. 102
  9. Gyatso 2010, p. 2
  10. McKay 2005, p. 135-154
  11. Pollock 2011, p. 322
  12. Pollock 2011, p. 314
  13. Dunham 2006, p. 304
  14. a, b et c Dunham 2006, p. 276
  15. Talty 2011, p. 140-141
  16. Dunham 2006, p. 311
  17. McCarthy 2006, p. 184
  18. Levenson 1993, p. 57
  19. Tuttle et Schaffer 2013, p. 367
  20. Aiming 2004, p. 96
  21. a et b « Historique du Chagpori », sur chagpori.com
  22. (en) Blog consacré à Trogawa Rinpoché, médecin du Chakpori.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Zhou Aiming, Tibetan Education, China Intercontinental Press, , 170 p. (ISBN 978-7508505701, lire en ligne), p. 20, 96 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Keith Dowman, The Power-Places of Central Tibet : The Pilgrim's Guide, Londres, Vajra Publications, (1re éd. 1988), 345 p. (ISBN 978-9937506045, lire en ligne), p. 49 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Charles O'Malley, The History of Medical Education, Los Angeles, University of California Press, , 548 p. (lire en ligne), p. 351 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Sheldon Pollock, Forms of Knowledge in Early Modern Asia : Explorations in the Intellectual History of India and Tibet, 1500–1800, Duke University Press Books, , 392 p. (ISBN 0822349043, lire en ligne), p. 314 et 322 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Sangyé Gyatso, The Mirror of Beryl : A Historical Introduction to Tibetan Medicine, Wisdom Publications, , 696 p. (ISBN 0861714679, lire en ligne), p. 2-22 (introduction) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Mikel Dunham, Buddha's Warriors, Inde, Penguin Books, , 433 p., p. 276, 304 et 311 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Vincanne Adams, Mona Schrempf et Sienna R. Craig, Medicine Between Science and Religion : Explorations on Tibetan Grounds, Berghahn Books, , 324 p. (lire en ligne), p. 140 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Claude B. Levenson, La Chine envahit le Tibet- 1949-1959, Editions Complexe, , 116 p. (ISBN 2870275803, lire en ligne), p. 57 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Roger E. McCarthy, Tears of the Lotus : Accounts of Tibetan Resistance to the Chinese Invasion, 1950-1962, McFarland, , 269 p. (ISBN 0786428473, lire en ligne), p. 184 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Stephan Talty, Escape from the Land of Snows : The Young Dalai Lama's Harrowing Flight to Freedom and the Making of a Spiritual Hero, Broadway Books, , 320 p. (ISBN 0307460959, lire en ligne), p. 140-141 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Gray Tuttle et Kurtis R. Scheffer, « Tibetan Medicine and Buddhism on the eve of Modernity », The Tibetan History Reader, Columbia University Press,‎ , p. 367 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Alex McKay, « The Birth of a Clinic : The IMS Dispensary in Gyantsé (Tibet) », Medical History,‎ , p. 135-154 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Elisabeth Benson Booz, Tibet, NTC Publishing Group, , 208 p. (ISBN 0844298123), p. 102 Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Sangyé Gyatso, Sources du bouddhisme de Gandain

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]