Renseignement d'origine humaine

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Le renseignement d'origine humaine, abrégé en ROHUM, est un renseignement dont la source est un individu[1].

Par extension, le renseignement humain désigne l'ensemble des activités de traitement de ce type d'information (collecte, évaluation, analyse, diffusion)

Le renseignement humain se distingue du renseignement technique (renseignement d'origine électromagnétique, renseignement d'origine image), et du renseignement d'origine source ouverte.

Termes et définitions[modifier | modifier le code]

Les activités de recherche humaine sont menées par un officier traitant auprès d'honorables correspondants, c'est-à-dire des personnes de confiance qui collaborent bénévolement pour un service de renseignement, ou auprès d'agents qui, eux, collaborent avec le service de renseignement contre rétribution, qu'elle soit financière ou autre[1].

Description[modifier | modifier le code]

La théorisation du mode de recrutement et de traitement d'une source humaine, aussi appelée agent, a conduit à identifier quatre « leviers » dits MICE[2], pour l'inciter à fournir le renseignement auxquels il a accès :

  • l'argent (Money) ;
  • l'idéologie (Ideology) : convictions religieuses, politiques, etc. ;
  • la coercition (Coercion) : chantage, menaces, torture, etc.) ;
  • l'ego : vanité, désir de se mettre en avant

« Il y a deux façons stupides d'essayer d'obtenir du renseignement : c'est la torture et l'argent. La torture le type vous dit tout pour que ça s'arrête, et l'argent, il vous dit tout pour que ça continue ! » - Alain Chouet[3]

Historique[modifier | modifier le code]

L'ancien officier du KGB Oleg Kalouguine remarque :

« Durant mes trente-deux ans en fonction au KGB [de 1958 à 1990], les grands espions qui vinrent à nous parce qu'ils croyaient au communisme, comme Kim Philby, se raréfièrent constamment et finalement disparurent totalement. En même temps, le nombre d'officiers du KGB qui devinrent mécontents du communisme soviétique et firent défection à l'Ouest augmenta brusquement. Le KGB fut touché par un double coup dévastateur où le nombre de bons espions se réduisait pendant que le nombre de défecteurs explosait[4]. »

L'année 1985 fut surnommée par les journaux américains « l'année de l'espion » (« The Year of the Spy (en) ») car plusieurs affaires d'espionnage très médiatisées éclatèrent cette année-là (John Anthony Walker, Larry Wu-Tai Chin, Jonathan Pollard, Ronald Pelton, etc.). Cela engendra de nombreux ouvrages documentaires sur le sujet[5].

Le renseignement technique aux dépens du renseignement humain ?[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre froide, la difficulté à pénétrer le bloc soviétique par des méthodes classiques de renseignement humain poussa les services de renseignement des États-Unis à se tourner vers des formes de renseignement techniques : renseignement d'origine électromagnétique et renseignement d'origine image[6]. Le développement de l'avion Lockheed U-2 puis des satellites de reconnaissance ont par exemple permis de considérablement préciser les estimations sur les armements stratégiques soviétiques.

Les points de vue sur l'importance relative du renseignement humain et technique sont variés. Par exemple, l'ancien directeur de la CIA Stansfield Turner (1977-1981) écrivait en 1985 que « l'espionnage humain est devenu un complément aux systèmes techniques. L'espionnage soit va chercher dans les trous que les systèmes techniques ne peuvent souder, soit revérifie les résultats de la collecte technique[7]. » D'autres, au contraire, mettent en avant que seules les sources humaines peuvent renseigner sur les intentions d'une cible[8].

Les commissions parlementaires sur les attentats du 11-septembre 2001 et sur les erreurs à propos des armes de destruction massives en Irak ont montré l'importance qu'elles accordent au renseignement humain en critiquant des insuffisances de la CIA dans ce domaine[9]. Elles mettent également en avant la nécessité de partager et d'intégrer le renseignement des sources de types différents au niveau opérationnel[10].

Le renseignement humain dans l’armée de terre française[modifier | modifier le code]

La doctrine militaire française distingue le renseignement d'origine humaine conversationnel (ROHUM-C), où un capteur humain interroge une source humaine, au renseignement d'origine humaine de reconnaissance (ROHUM-R), où un capteur humain collecte l'information par observation de l'adversaire sans contact.

Le terme anglo-saxon Human Intelligence (HUMINT) ne correspond qu'au ROHUM-C et non pas à la totalité du ROHUM[11].

En 2003, le renseignement militaire humain dans l'armée de terre française repose sur les unités suivantes[12] qui peuvent être mise à la disposition de la Direction du Renseignement militaire :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Renseignement d'origine humaine », sur www.defense.gouv.fr (consulté le 21 février 2009)
  2. D'autres listes de leviers existent, beaucoup moins connues, comme celle dite SANSOUCIS : solitude, argent, nouveauté, sexe, orgueil, utilité, contrainte, idéologie, suffisance (Gérard Desmaretz, Le renseignement humain, Paris, Chiron, , 303 p. (ISBN 978-2-702-70987-0, OCLC 424280218).).
  3. Yves Calvi (présentateur), Alain Chouet (interviewé). (). Réponses aux questions de l'émission « Les secrets des agents secrets » [production de télévision]. C dans l'air, France 5. La scène se produit à 6:00.
  4. (en) Oleg Kalugin, Spymaster: My Thirty-two Years in Intelligence and Espionage Against the West, New York, Basic Books, 2009 (ISBN 978-0-465-01445-3) p. 35
  5. (en) Katherine L. Herbig et Martin F. Wiskoff, Espionage Against the United States by American Citizens 1947-2001, Monterey, Californie, Defense Personnel Security Research Center, (lire en ligne), p. 2-3
  6. (en) Thomas R. Johnson, American Cryptology during the Cold War, 1945-1989, vol. I : The Struggle for Centralization, 1945-1960, Fort Meade, Center for Cryptologic History, National Security Agency, (lire en ligne), p. 230
  7. (en) Stansfield Turner, Secrecy and Democracy : The CIA in Transition, Boston, Houghton Mifflin, (ISBN 0-395-35573-7), p. 207
  8. Voir par exemple Robert Baer, La chute de la CIA : les mémoires d'un guerrier de l'ombre sur les fronts de l'islamisme [« See no evil »], Paris, Gallimard, (1re éd. 2002), 392 p. (ISBN 2-07-042854-0)
  9. (en) Loch K. Johnson, « Evaluating “Humint”: The Role of Foreign Agents in U.S. Security », papier présenté à la 50th Annual Convention « Exploring the Past, Anticipating the Future » de l'International Studies Association (ISA), New York, février 2009 [lire en ligne]. Un article du même titre a par la suite été publié : (en) Loch Johnson, « Evaluating “Humint”: The Role of Foreign Agents in U.S. Security », dans Comparative Strategy, vol. 29, no 4, 2010, p. 308-332
  10. (en) Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, The 9/11 Commission Report : Final Report of the National Commission on Terrorist Attacks Upon the United States, US Government Printing Office, (ISBN 0-16-072304-3, lire en ligne), p. 415-417
  11. Emmanuel Poucet, « Le renseignement de source humaine, espoirs et problèmes », Doctrine Tactique, no 9,‎ , p. 47, 74-77 (ISSN 2105-0643, lire en ligne [[PDF]])
  12. « Les principaux équipements en service en 2003 dans les forces terrestres », Objectif Doctrine, no 39,‎ , p. 28 (ISSN 1293-2671, lire en ligne [[PDF]])

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Caramello, Renseignement humain, Édition Lavauzelle, 2008, (ISBN 978-2-7025-1087-2).
  • Gérard Desmaretz, Le renseignement humain, Édition Chiron, 2004, (ISBN 2-7027-0987-7).
  • Dale Carnegie, Comment se faire des amis, Édition Hachette, 1938.

Article connexe[modifier | modifier le code]