Guerre des Saxons

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Guerre des Saxons
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte de l'expansion de l'Empire franc, entre 481 et 814.
Informations générales
Date 772-804
Lieu Germanie
Issue

Victoire franque

  • Conversion des saxons au christianisme
Changements territoriaux L'Empire franc annexe les territoires saxons
Belligérants
Empire carolingienSaxons
Commandants
Charlemagne
Chamberlain Adalgisile
Contable Geilo
Comte Palatine Worad
Comte Theodoric
Widukind S'est rendu

La guerre des Saxons a été une série de campagnes militaires et d'insurrections qui durera trente-deux ans, commençant en 772, lorsque Charlemagne a envahi la Saxe païenne avec l'intention de la conquérir et se termina en 804, lorsque la dernière rébellion des tribus mécontentes a été écrasée. Au total, dix-huit batailles ont été livrées dans ce qui est maintenant le nord-ouest de l'Allemagne. Elles ont entraîné l'incorporation de la Saxe dans l'empire carolingien (751-987) et la conversion forcée des Saxons du paganisme germanique (en) au christianisme[1].

Malgré des revers répétés, les Saxons ont résisté résolument, revenant pour piller les domaines de Charlemagne dès qu'il a eu tourné ailleurs son attention. Le principal chef saxon, Widukind, était un adversaire résistant et ingénieux, mais pour ne pas perdre la face dans une situation périlleuse, et pour empêcher Charlemagne de continuer une guerre ennuyante, Widukind a accepté son offre de paix. L'accord a sauvé des droits exceptionnels aux chefs saxons dans leur pays d'origine. Widukind a été baptisé en 785 et enterré dans la seule église germanique sans flèche.

Le royaume de Saxe a été divisés en quatre régions. La plus proche de l'ancien royaume français d'Austrasie était la Westphalie, et la plus loin était l'Ostphalie. Entre ces deux régions était celui de l'Angrie (ou Angern) et au nord de ces trois, à la base de la péninsule du Jutland, était la Nordalbingie.

Première phase (772-780)[modifier | modifier le code]

À la mi-janvier 772, le saccage et l'incendie de l'église chrétienne de Deventer par une expédition de Saxons païens fut le casus belli pour la Première Guerre menée par Charlemagne contre les Saxons. Charlemagne a commencé par une invasion du royaume de Saxe, l'assujettissement des Angriens et la destruction de Irminsul, leur symbole sacré, à Eresburg près de Paderborn en 772 ou 773. Irminsul a peut-être été un tronc d'arbre creux, représentant vraisemblablement le pilier soutenant les cieux, semblable à l'arbre nordique Yggdrasil et apparemment une croyance commune des peuples germaniques. La campagne militaire de Charlemagne est arrivée jusqu'à la rivière Weser et a détruit plusieurs forteresses saxonnes majeures. Après avoir négocié avec des nobles saxons et obtenu des otages, Charlemagne a du détourner son attention sur sa guerre contre les Lombards dans le nord de l'Italie. Alors, les paysans saxons, dirigés par Widukind, ont pillé les terres de l'empire carolingien dans la région du Rhin. Les affrontements armés ont continué sans relâche pendant des années.

La deuxième campagne militaire de Charlemagne a eu lieu en 775. Il a traversé la Westphalie, conquérant le fort de Sigiburg (en), puis a traversé l'Angrie, où il a vaincu à nouveau les Saxons. Enfin, en Ostphalie, Charlemagne les a vaincus, et leur chef Hessi s'est converti au christianisme. Charlemagne retourna en Italie en repassant par les campements de Sigiburg et Eresburg de la Westphalie. Toute la Saxe, à l'exception de la Nordalbingie, était sous son contrôle. Pendant qu'il conduit sa campagne militaire en Italie, des Saxons récalcitrants se révoltent et détruisent la forteresse de Charlemagne d'Eresburg. Pour éviter que les Saxons n'apprennent qu'il a quitté l'Italie, Charlemagne rentre très rapidement en Saxe (se rendant à Lippe) pour la troisième fois en 776.

Les Saxons ont de nouveau été mis à ses pieds, bien que Widukind ait fui chez les Danois. Charlemagne a construit un nouveau camp à Karlstadt. En 777, il a organisé un séjour mililtaire à Paderborn pour intégrer pleinement la Saxe dans l'empire carolingien. Beaucoup de Saxons furent baptisés.

Charlemagne et les Saxons, A. de Neuville, c. 1869

Le but principal du séjour militaire était de convertir la Saxe païenne au christianisme. Des missionnaires, principalement des Anglo-Saxons d'Angleterre, ont été recrutés pour mener à bien cette tâche. Charlemagne a publié un certain nombre de décrets conçus pour briser la résistance saxonne et infliger la peine capitale à quiconque persiste à observer des pratiques païennes ou à ne pas respecter la paix du roi. La parole de Dieu ne devant pas être propagée par l'épée, mais par la persuasion, le proche conseiller de Charlemagne, Alcuin d'York (plus tard abbé de l'abbaye Saint-Martin de Marmoutier à Tours), à exhorter la clémence, mais les guerres ont continué. La position sévère et intransigeante de Charlemagne lui a donné le surnom de « boucher des Saxons ».

À l'été 779, Charlemagne est de nouveau entré en Saxe et a conquis l'Ostphalie, l'Angrie et la Westphalie. Lors d'un séjour près de Lippspringe, il a divisé la localité en quartiers missionnaires et en comtés français. Il a lui-même assisté à plusieurs baptêmes de masse (780). Il est ensuite retourné en Italie, et il n'y a pas eu de révolte saxonne. De 780 à 782, la Saxe a été en paix.

Phase intermédiaire (782-785)[modifier | modifier le code]

Charlemagne est revenu en Saxe en 782, a institué un code de la loi et a nommé des comtes, tant Saxons que Français. Les lois étaient sévères sur les questions religieuses, à savoir le paganisme natif des Saxons. Cela a provoqué un renouvellement de l'ancien conflit. Cette année, en automne, Widukind est revenu et a mené une révolte qui a entraîné de nombreux assauts contre l'Église chrétienne. Les Saxons ont envahi la région des Chattes, une tribu germanique déjà convertie au christianisme par Saint Boniface et fermement dans l'empire carolingien. Widukind a anéanti une armée carolingienne dans le massif montagneux du Süntel alors que Charlemagne faisait campagne contre les Sorabes.

En réponse à ce revers, Charlemagne a ordonné au tribunal de sang de Verden, la décapitation de 4500 Saxons ayant pratiqué le paganisme après avoir été convertis au christianisme, tandis que Widukind s'est de nouveau échappé au Danemark. Sur ce « Blutgericht (en) » (tribunal du sang), certains historiens ont déclaré que le massacre ne s'est pas produit, ou qu'il s'agissait en fait d'une bataille, mais selon Alessandro Barbero, aucune de ces affirmations n'est crédible[2].

Ce massacre a causé une guerre constante pendant deux années consécutives (de 783 à 785), avec Charlemagne hivernant dans le centre de la Saxe, à Minden. Peu à peu les Carolingiens ont gagné le dessus. Le tournant est venu en 785, lorsque Widukind s'est lui-même baptisé et a juré fidélité à Charlemagne. Widukind aurait accepté de se rendre (en) contre la promesse de ne pas être tué. C'est après ces années de guerre que Charlemagne a pu prétendre avoir vaincu la Saxe qui connu la paix pendant sept années, bien que des révoltes se soient poursuivies de façon sporadique jusqu'en 804.

Conversion des Saxons, A. de Neuville, c. 1869

En faisant allusion aux Saxons, le poète contemporain Paderborn Epic (en), loue la terreur comme un moyen de conversion : « ce que l'esprit contraire et l'âme perverse refusent de faire avec la persuasion, laissez-les sauter pour accomplir lorsqu'ils sont contraints par la peur »[3].

En 785 après J.-C., Charlemagne publie le capitulaire De partibus Saxoniae qui décrit l'intention religieuse de ses relations avec les Saxons : « si quelqu'un de la race des Saxons dissimulé entre eux aurait voulu se cacher non baptisé et avoir méprisé de venir au baptême et avoir voulu rester un païen, qu'il soit puni par la mort »[4].

Phase finale (792-804)[modifier | modifier le code]

En 792, la guerre des Carolingiens contre les Avars oblige à faire des recrutements forcés dans tout l'empire, ce qui cause des révoltes comme en Westphalie. Les Ostphaliens, et les Nordalbingiens se sont joints aux Westphaliens en 793, mais l'insurrection n'a pas réussi comme les précédentes et a été totalement écrasé en 794.

Une rébellion en Angrie suivit de près en 796, mais la présence personnelle de Charlemagne et la présence de fidèles chrétiens saxons et Slaves chrétiens l'ont immédiatement écrasé.

Vers la fin de la guerre, Charlemagne avait commencé à mettre davantage l'accent sur la réconciliation. En 797, il a assoupli les lois spéciales, et en 802, la « Lex Saxonum (en) » a été codifié comme common law saxonne. Cela a été accompagné par l'établissement de structures ecclésiastiques (y compris des évêchés à Paderborn, Münster, Brême, Minden, Verden et Osnabrück) qui ont permis la conversion au christianisme des Saxons.

La dernière insurrection du peuple d'Angrie s'est produite en 804, plus de trente ans après la première campagne de Charlemagne contre eux. Cette fois, la tribu la plus indisciplinée de tous, celle des Nordalbingiens, se trouvait désemparée pour se rebeller.

Pour mettre fin à la rébellion, Charlemagne convoque à Lippspringe près de Paderborn, son champ de mai en mai 804. Les derniers rebelles Saxons sont réduits. Pour consolider la frontière avec les Slaves, Charlemagne fait déporter 10 000 Nordalbingiens en Neustrie et donne leurs terres de la rive droite de l’embouchure de l’Elbe au loyal roi des Abodrites qui les colonise[5]. Charlemagne fait construire la forteresse de Hammaburg à l'origine de Hambourg.

En septembre 804, Charlemagne est à Cologne où il congédie son armée[6].

Éginhard, le biographe de Charlemagne, conclut la fin de la guerre par :

La guerre qui a duré tant d'années, a été terminée par l'adhésion aux termes offerts par le roi; qui renonçaient à leurs coutumes religieuses nationales et au culte des démons, à l'acceptation des sacrements de la foi et à la religion chrétienne et à l'union avec les Francs pour former un unique peuple

Un dernier soulèvement d'indépendance saxon, le mouvement Stellinga (en), eu lieu entre 841 et 845.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jennifer R. Davis (2015), Charlemagne's Practice of Empire (Cambridge: Cambridge University Press), p. 179. Les Annales regni Francorum enregistrent les batailles dans les années 772–80, 782–85, 793–99, 802 et 804.
  2. (en) Alessandro Barbero, Charlemagne: father of a continent, University of California Press, (ISBN 978-0-520-23943-2, lire en ligne), p. 46
  3. Mary Garrison, "The Emergence of Carolingian Latin Literature and the Court of Charlemagne (780–814)", Carolingian Culture: Emulation and Innovation, ed. Rosamond McKitterick (Cambridge, 1994), 133.: Quod mens laeva vetat suadendo animusque sinister, / Hoc saltim cupiant implere timore coacti.
  4. Munro, Dana Carleton (Trans.) (2004). Selections from the Laws of Charles the Great. (ISBN 978-1-4179-6511-3)
  5. Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi Histoire des Français Dumont, 1836
  6. Jean Baptiste Alexandre Théodore Teulet Œuvres complètes d'Éginhard J. Renouard, 1840

Bibliographie[modifier | modifier le code]