Found footage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Found footage est le terme anglais (traduction littérale : « enregistrement trouvé ») qui désigne la récupération de métrages de pellicules impressionnées ou de bandes vidéos dans le but de fabriquer un autre film. On parle ici de remploi (en anglais : reappropriation), de recyclage ou de détournement de matériaux vidéos.

L'expression désigne également un sous-genre du cinéma fantastique popularisé en 1999 par le film Le Projet Blair Witch.

Définition[modifier | modifier le code]

L'esthétique found footage — manière prise ici comme élément dramaturgique à l'intérieur d'une construction fictionnelle — est utilisée par les réalisateurs de faux documentaires et de films d'horreur, auxquels elle confère une dimension hyperréaliste ou du moins vériste : la plupart du temps, ces productions fabriquent elles-mêmes leurs found footages.

Dans le cinéma d'avant-garde[modifier | modifier le code]

Cette pratique s'inscrit dans la lignée de celle du centon, en littérature, et dans celle de la spolia, en architecture. Elle est utilisée dans le cinéma expérimental depuis le lettrisme, en France, et, plus particulièrement avec le Traité de bave et d'éternité, d'Isidore Isou (1951), et les travaux de Bruce Conner aux États-Unis, notamment A Movie (1958).

Certaines formes de détournements ont une ampleur politique et peuvent prêter à confusion, agrégeant des formes de théorie du complot[1].

Cinéastes d'avant-garde qui utilisent cette technique[modifier | modifier le code]

Dans le cinéma fantastique[modifier | modifier le code]

Le found footage, dont les prémices remontent au moins aux années 1960-1970 avec les films de Peter Watkins[6] (La Bombe, Punishment Park,...) ainsi qu'à Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato en ce qui concerne l'horreur[6], a été popularisé par le succès du Projet Blair Witch en 1999, avant de connaître un net regain de notoriété à la fin des années 2000, avec des films comme REC (2007), Cloverfield (2008) ou Paranormal Activity (2009), qui ont ouvert la voie à la première véritable vague de films du genre[7].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Souvent spécifique à l'horreur[7],[8], il consiste à présenter une partie ou la totalité d'un film comme étant un enregistrement vidéo authentique, la plupart du temps filmé par les protagonistes de l'histoire[7],[8].

Ce genre se caractérise par ses images prises sur le vif, par sa caméra faisant intégralement partie de l'action et par sa qualité visuelle et sonore volontairement dégradées[8].

Un cadre de référence « film amateur »[modifier | modifier le code]

Les productions found footage prennent l'apparence d'images amateur, au moyen de différentes techniques de tournage[9] :

Outre ces techniques, la qualité de l'image peut aussi être dégradée volontairement[9]. En particulier, le transfert sur pellicule 35mm ou dans des formats numériques destinés à la projection en salle ou à la commercialisation, d'images filmées au préalable dans des formats substandards (16mm ou vidéo amateur tel que le Hi-8), contribue à l'esthétique « sale » qui renforce le malaise chez le spectateur[9].

Effets secondaires chez certains spectateurs[modifier | modifier le code]

Avertissement à l’entrée d’un cinéma AMC sur les éventuels effets secondaires provoqués par le film Cloverfield.

Avec Le Projet Blair Witch, on se rend compte que le style particulier de tournage des films found footage provoque chez certains spectateurs des symptômes semblables au mal des transports (cinétose due aux films et autres vidéos)[10]. Pour le film Cloverfield en 2008, les cinémas américains AMC Theatres installent des messages à l'entrée des salles de projection pour mettre en garde les spectateurs contre ces effets secondaires éventuels provoqués par le film[11],[12].

Un modèle économique à bas coût très lucratif[modifier | modifier le code]

Le coût de production des films found footage est très faible, d’où une rentabilité élevée en cas de succès public[7],[13]. Ainsi, Le Projet Blair Witch rapporte presque 250 millions de dollars dans le monde pour un budget initial d'environ 25 000 dollars[13],[14]. Plus récemment, Paranormal Activity réalise des bénéfices de 200 millions de dollars pour un budget initial de 15 000 dollars[13]. Les sommes économisées au moment du tournage permettent un budget plus conséquent pour la promotion des films[13].

Liste des meilleures résultats au box-office mondial[modifier | modifier le code]

Rang Année Film Distribution Budget de production Recettes
1 1999 Le Projet Blair Witch Artisan 60 000 US$ 248 600 000 US$[15]
2 2011 Paranormal Activity 3 Paramount 5 000 000 US$ 207 000 000 US$[16]
3 2009 Paranormal Activity Paramount 15 000 US$ 193 400 000 US$[17]
4 2010 Paranormal Activity 2 Paramount 3 000 000 US$ 177 500 000 US$[18]
5 2008 Cloverfield Paramount 25 000 000 US$ 170 800 000 US$[19]
6 2014 Black Storm Warner 50 000 000 US$ 161 700 000 US$[20]
7 2012 Paranormal Activity 4 Paramount 5 000 000 US$ 142 800 000 US$[21]
8 2012 Chronicle Fox 12 000 000 US$ 126 600 000 US$[22]
9 2012 Projet X Warner 12 000 000 US$ 102 700 000 US$[23]
10 2012 Devil Inside Paramount 1 000 000 US$ 101 800 000 US$[24]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Théories du complot à propos des attentats du 11 septembre 2001, où les enregistrements vidéo servent d'arguments pour appuyer de supposées thèses.
  2. Jean-Michel Bouhours, L'avant-garde autrichienne au cinéma: 1955-1993, Centre Georges-Pompidou, 1996. (ISBN 2858508852 et 9782858508853)
  3. (en) Robin Blaetz, Women's experimental cinema: critical frameworks, Duke University Press, 2007. (ISBN 0-8223-4044-5 et 9780822340447)
  4. After the Avant-garde: Contemporary German and Austrian Experimental Film, extrait en ligne.
  5. Alphonse Cugier et Patrick Louguet, Impureté(s) cinématographique(s), L'Harmattan, 2007. (ISBN 2-296-02297-9 et 9782296022973)
  6. a et b (en)In Defence Of... Found Footage, the unfairly maligned horror subgenre, Matt Glasby, Digital Spy, 12 avril 2014
  7. a b c et d Olivier Bonnard, « Found footage, l’horreur à petit prix », sur L'Obs, (consulté le 27 décembre 2014).
  8. a b et c 10 "found footages" de l’angoisse à voir ou revoir avant Blair Witch, Alexandre Büyükodabas, Les Inrockuptibles, 23 septembre 2016
  9. a b et c Alain Boillat, L’inquiétante étrangeté du found footage horrifique : une approche théorique du programme « P.O.V » de l’édition 2012 du NIFFF, Association Décadrages, 2012, 21 p. (ISBN 978-2-9700668-5-9) [présentation en ligne]
  10. (en)The Dizzy Spell of Blair Witch Project, Emily Wax, The Washington Post, 30 juillet 1999
  11. (en)Some can't stomach this film, Rong-Gong Lin II, Los Angeles Times, 24 janvier 2008
  12. Le film Cloverfield donne la nausée, Le Figaro, 24 janvier 2008
  13. a b c et d Le film d’horreur américain, trop rentable pour survivre?, Romain Blondeau, Les Inrockuptibles, 30 janvier 2013
  14. Projet Blair Witch : la sorcière a 10 ans, Alexandre Hervaud, Libération, 16 juillet 2009
  15. The Blair Witch Project, Box Office Mojo.
  16. Paranormal Activity 3, Box Office Mojo.
  17. Paranormal Activity, Box Office Mojo.
  18. Paranormal Activity 2, Box Office Mojo.
  19. Cloverfield, Box Office Mojo.
  20. Black Storm, Box Office Mojo.
  21. Paranormal Activity 4, Box Office Mojo.
  22. Chronicle, Box Office Mojo.
  23. Projet X, Box Office Mojo.
  24. Devil Inside, Box Office Mojo.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Film found footage.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages

Articles de presse

  • Stéphane Delorme, « Found footage, mode d'emploi », Les Cahiers du cinéma, Hors-série n°4 (« Aux frontières du cinéma »), p. 90-92, janvier 2000.

Lien externe[modifier | modifier le code]