Formidable (1751)

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Formidable
Image illustrative de l'article Formidable (1751)
Modèle de vaisseau de 80 canons du même type que le Formidable au milieu du XVIIIème siècle. (Dessin et texte de Nicolas Ozanne)

Autres noms HMS Formidable
Type Vaisseau de ligne
Histoire
A servi dans Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Naval Ensign of the United Kingdom.svg Royal Navy
Quille posée [1]
Lancement
Statut Démantelé en 1768
Équipage
Équipage 800 hommes[2]
Caractéristiques techniques
Longueur 54,13 m
Maître-bau 13,44 m
Tirant d'eau 6,58 m
Déplacement 1 800 t
Propulsion Voile
Caractéristiques militaires
Armement 80 canons

Le Formidable est un vaisseau de ligne à deux-ponts portant 80 canons, construit par Jacques Luc Coulomb à Brest en 1749-50, et lancé en 1751. Il est mis en chantier pendant la vague de construction qui sépare la fin de guerre de Succession d'Autriche (1748) du début de la guerre de Sept Ans (1755)[3]. C'est un vaisseau de force lancé selon les normes définies dans les années 1740 par les constructeurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de pouvoir tenir tête à la marine anglaise qui dispose de beaucoup plus de navires[4] depuis la fin des guerres de Louis XIV. Il sert régulièrement de navire-amiral lors de la guerre de Sept Ans, conflit au cours duquel il est capturé par la Royal Navy, laquelle l'intègre dans ses effectifs jusqu'en 1768.

La carrière du vaisseau[modifier | modifier le code]

Les premiers armements[modifier | modifier le code]

Deux-ponts de 80 canons, le Formidable est le quatrième bâtiment de ce type lancé par la Marine royale, après le Tonnant (1743), le Soleil-Royal (1749) et le Foudroyant (1750). Il porte l’armement standard de l’époque pour cette catégorie de navire : trente pièces de 36 livres sur la batterie basse, 32 pièces de 18 livres sur la deuxième batterie et dix-huit pièces de 8 sur les gaillards. Sachant que la marine de Louis XV ne construit plus de trois-ponts de 100-110 canons depuis 1742, le Formidable fait partie des plus puissantes unités de la flotte[5]. Il n’est dépassé en armement que par le Soleil Royal, vaisseau symbole de la puissance royale sur mer et qui embarque sur sa deuxième batterie des pièces de 24 livres au lieu de 18[6].

La logique voudrait que le Soleil-Royal serve de vaisseau amiral pour les opérations dans l’Atlantique lorsque débute la guerre de Sept Ans, mais la Monarchie, prudente, ne veut pas risquer de perdre cette unité de guerre au nom prestigieux et symbolique[7]. C’est donc le Formidable qui est le plus souvent employé dans ce rôle alors que le Soleil Royal reste à quai à Brest les quatre premières années du conflit.

En 1755, le Formidable est armé sous les ordres du comte de Kersaint[8]. Il sert de navire-amiral à une escadre de 6 vaisseaux et 3 frégates aux ordres du lieutenant général Macnemara qui doit escorter 18 bâtiments portant des renforts pour le Canada (aux ordres, elle, de Dubois de La Motte)[9]. Les ordres de Macnemara étant de prendre le moins de risque possible face aux forces anglaises, il se contente de faire une croisière sur les côtes avant de rentrer (3 mai-20 mai 1755), laissant Dubois de La Motte terminer seul la mission[9]. Macnemara malade et démissionnaire, le Formidable reste dans la même force, mais celle-ci passe sous les ordres de Duguay qui patrouille au large de Brest pour protéger l'arrivée des convois de commerce, mission dont il s’acquitte parfaitement[10].

En 1757, il est placé sous les ordres du comte de Guichen et sert encore une fois de navire amiral à Dubois de la Motte qui doit passer en Amérique avec 9 vaisseaux et 2 frégates pour y défendre Louisbourg[11]. Le 3 mai, il quitte Brest à la tête de l'escadre et arrive à bon port quelques semaines plus tard, participant ainsi à l'importante concentration navale qui sauve Louisbourg de l'invasion cette année-là. En octobre, le Formidable quitte la place pour rentrer en France. Comme les autres vaisseaux, il est touché par la grave épidémie de typhus qui ravage les équipages et qui contamine Brest en novembre, faisant des milliers de morts dans la ville[12]. En 1758, le Formidable franchit une nouvelle fois l'Atlantique, mais seul, pour tenter de porter secours à Louisbourg, assiégée par des forces considérables. Son commandant, le comte de Blénac-Courbon, jugeant le franchissement du dispositif anglais impossible, préfère faire demi-tour et rentrer sur Brest[13].

La perte du navire à la bataille des Cardinaux[modifier | modifier le code]

Le lendemain de la bataille des Cardinaux, avec à gauche, le Formidable amariné par une frégate.

En 1759, le Formidable passe le plus clair de son temps enfermé à Brest, comme presque tous les navires du Ponant, afin de se préparer à une opération de débarquement en Angleterre. Le vaisseau est maintenant commandé par le chef d'escadre Louis de Saint-André du Verger qui a pour commandant en second son frère aîné Marc-Antoine[14]. Le Formidable fait partie de l'escadre de 21 vaisseaux sous les ordres de Conflans qui sort de Brest le 14 novembre et qui doit se rendre dans la région de Vannes où l'attend l'armée d'invasion qu'elle doit escorter vers les îles britanniques. Il dispose d'un équipage complet de 800 hommes[14] alors que nombre de navires, à la suite de l'épidémie de typhus de l'année précédente et aux rafles de la marine anglaise sur les navires civils, n'ont que des équipages incomplets ou de fortune[15].

Dans l'armée navale, le Formidable sert de navire-amiral à l'escadre bleue, c'est à dire l'arrière-garde, composée de 7 vaisseaux[14]. Le 24 novembre, l'escadre de Conflans est repérée par celle de Hawke qui croise au large de la Bretagne depuis des mois. Devant le déséquilibre des forces (les Anglais ont plusieurs vaisseaux de plus), Conflans essaie d'éviter le combat et se replie dans la baie de Quiberon. Mais Hawke ordonne la poursuite générale et les vaisseaux anglais les plus rapides réussissent à rattraper l'arrière-garde près des récifs des Cardinaux[16]. Ils engagent le combat en début d'après-midi en attaquant les bâtiments français sur les deux bords. Le Formidable, que son commandant à placé en queue de ligne pour tenter d'amortir le choc[16], livre un combat aussi désespéré qu'acharné au milieu de 9 vaisseaux ennemis[17]. Il réussit même, un temps, à secourir un autre navire de l'arrière-garde en difficulté, le Héros. Accablé sous les coups, le Formidable a son gouvernail brisé, ses mats hachés, son équipage décimé.

Il menace de couler bas lorsque le même boulet tue les deux frères Saint-André du Verger : Louis a la tête emportée et Marc-Antoine le corps coupé en deux[18]. Vers 16 heures, complètement désemparé, réduit à l'état de « carcasse recouverte de cadavres » (Jean Meyer, Martine Acerra)[19] il est contraint de baisser pavillon alors que le reste de l'escadre anglaise arrive sur le champ de bataille[16]. Le nombre des victimes n'est pas connu avec précision. Une source ancienne parle de 300 morts[16]. Une autre relate qu'il ne reste plus qu'une soixantaine d'hommes en état de combattre[20]. Parmi les survivants se trouve le jeune Lapérouse, futur explorateur du Pacifique sous Louis XVI[15]. L'historien Georges Lacour-Gayet juge le combat du Formidable comme l’« une des pages les plus honorables de l’histoire maritime française[21]. »

Le Formidable fait partie des 6 navires perdus par la Marine royale lors de cette lourde défaire qui met un terme aux projets de débarquement en Angleterre[12]. Dans le détail, c'est l'un des deux vaisseaux de 80 canons perdus sur les quatre engagés dans la bataille : le Soleil-Royal, que le ministère s'était décidé à mobiliser comme bâtiment-amiral de l'escadre ayant été incendié sur ordre de Conflans pour échapper à la capture ; les deux autres, le Tonnant, et l’Orient s'étant enfuit le lendemain du combat vers l’île d’Aix. Sur l'intégralité du conflit (1755-1763), le Formidable est l'un des 37 vaisseaux perdus par la France[22]. Amariné par le HMS Resolution, puis par une frégate, il est rebaptisé HMS Formidable. Réparé et intégré à la Royal Navy, il sert jusqu'en 1768, date de son démantèlement[23]. Son nom sera relevé sous la Révolution française par un autre vaisseau de 80 canons lancé en 1795. Sorti en 2014, le jeu en ligne Assassin's Creed: Rogue qui se déroule en partie dans le contexte de la guerre de Sept Ans, met en scène le Formidable présenté comme un « navire de légende ».

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780, « 2. du deuxième rang », Ronald Deschênes donne 1749-50 comme année de construction.
  2. Le ratio habituel, sur tous les types de vaisseau de guerre au XVIIIème siècle est d'en moyenne 10 hommes par canon, quelle que soit la fonction de chacun à bord. C'est ainsi qu'un 100 canons emporte 1 000 hommes d'équipage, un 80 canons 800 hommes, un 74 canons 740, un 64 canons 640, etc... L'état-major est en sus. Cet effectif réglementaire peut cependant varier considérablement en cas d'épidémie, de perte au combat ou de manque de matelots à l'embarquement. Acerra et Zysberg 1997, p. 220. Voir aussi Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 105.
  3. Villiers 2015, p. 126.
  4. Meyer et Acerra 1994, p. 90-91.
  5. Le Foudroyant est le seul trois-ponts français de la première moitié du XVIIIe siècle. Lancé en 1724, il pourrit à quai avant d'être rayé des cadres en 1742 sans jamais avoir participé à aucune campagne. Quant au Royal Louis (124 canons), il brûle en 1742 sur sa cale de construction et on décide d'en rester là pour de nombreuses années. Meyer et Acerra 1994, p. 90. Le troisième Royal Louis de 116 canons, mis sur cale en 1758 et lancé en 1759, n'est opérationnel qu'en 1762.
  6. La taille et la puissance de feu de ces bâtiments dits de « premier rang » au milieu du XVIIIème siècle est donnée par Ronald Deschênes sur le site Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780. Nicolas Mioque donne les mêmes informations sur le site Trois-ponts, article Les vaisseaux de 80 canons français de 1740 à 1785, octobre 2011. Il fournit aussi un tableau comparatif de la taille et l’armement de tous ces navires, accompagné d’un important complément bibliographique.
  7. Vergé-Franceschi 2002, p. 1342.
  8. Troude 1867-1868, p. 326.
  9. a et b Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 254-255.
  10. Taillemite 2002, p. 152.
  11. Troude 1867-1868, p. 341.
  12. a et b Meyer et Acerra 1994, p. 106-108.
  13. Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 386.
  14. a, b et c Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 520-521.
  15. a et b Jean Meyer dans Vergé-Franceschi 2002, p. 299.
  16. a, b, c et d Rivière 1855, p. 419-421.
  17. Ces navires étaient les HMS Warspite (74 canons), Dorsetshire (70), Revenge (70), Magnanime (74), Torbay (70), Montagu (60), Resolution (74), Swiftsure (70) et Defiance (60). Troude 1867-1868, p. 397.
  18. Vergé-Franceschi 2002, p. 299 et p.1286.
  19. Meyer et Acerra 1994, p. 106-108. Expression reprise sur Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 356.
  20. Troude 1867-1868, p. 397. Georges Lacour-Gayet ne donne aucun état des pertes pour ce vaisseau.
  21. Lacour-Gayet 1902, édition revue et augmentée en 1910, p. 356. Ouvrage qui reste essentiel et récemment réédité. Vergé-Franceschi 2002, p. 841.
  22. Dans le détail : 18 vaisseaux pris par l'ennemi ; 19 vaisseaux brûlés ou perdus par naufrage. Vergé-Franceschi 2002, p. 1327.
  23. Ronald Deschênes sur le site AGH : Vaisseaux de ligne français de 1682 à 1780.
  24. Lettre écrite le 26 novembre 1759. Archives de la Chambre de Commerce de Nantes, carton Marine royale, n° 21, cote 5. Témoignage rapporté par le site infobretagne.com.
  25. Affirmation erronée, neuf vaisseaux anglais seulement ayant participé à ce combat (voir notes) mais qui trouve son origine dans l'intensité du combat combinée au fait qu'il s'agit d'un témoignage à chaud. Le témoin a naturellement augmenté le nombre de combattants compte-tenu que les vaisseaux anglais se sont relayés pour attaquer le navire français.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Michel Vergé-Franceschi, Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française, Rennes, éditions Ouest-France, Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Martine Acerra et André Zysberg, L'essor des marines de guerre européennes : vers 1680-1790, Paris, SEDES, coll. « Regards sur l'histoire » (no 119), , 298 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-7181-9515-0, notice BnF no FRBNF36697883) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Patrick Villiers, La France sur mer : De Louis XIII à Napoléon Ier, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », , 286 p. (ISBN 978-2-8185-0437-6). 
  • Jean-Michel Roche, Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours, t. 1, de 1671 à 1870, éditions LTP, , 530 p. (lire en ligne)
  • Étienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, éditions Tallandier, , 573 p. (ISBN 2-84734-008-4) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Henri Rivière, Histoire maritime de la France au dix-huitième siècle, t. 2, Paris, Le Normant, , 471 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Onésime Troude, Batailles navales de la France, t. 1, Paris, Challamel aîné, 1867-1868, 453 p. (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Georges Lacour-Gayet, La Marine militaire de la France sous le règne de Louis XV, Honoré Champion éditeur, 1902, édition revue et augmentée en 1910 (lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) David Lyon, The Sailing Navy List. All the Ships of the Royal Navy. Built, purchased and captured, 1688–1860, Londres, Conway Maritime Press, (ISBN 0-85177-617-5)

Liens internes[modifier | modifier le code]

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