Facteur intrinsèque

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Le facteur intrinsèque (FI), appelé aussi facteur intrinsèque gastrique ou facteur de Castle (du nom de son découvreur William Bosworth Castle), est une glycoprotéine sécrétée par les cellules pariétales de la muqueuse de l'estomac. Il est nécessaire à l'absorption intestinale de la vitamine B12 (ou cobalamine)[1]. Dans l'espèce humaine, le facteur intrinsèque est codé par le gène GIF[2]:989.

L'haptocorrine (aussi connue sous le nom de transcobalamine I, ou TC-1) est une glycoprotéine sécrétée par les glandes salivaires qui se lie à la vitamine B12[3]. Elle protège la vitamine B12 de l'acidité gastrique, lui permettant de traverser l'estomac sans dommage pour rejoindre le duodénum[3]. Dans l'environnement intestinal, moins acide, les enzymes pancréatiques dissolvent ce transporteur glycoprotéique et la vitamine B12 peut alors se lier au facteur intrinsèque[3]. Ce nouveau complexe est absorbé par les cellules (entérocytes) de l'iléon[3]. À l'intérieur a lieu une nouvelle dissociation, puis la vitamine B12 se lie à une autre protéine, la transcobalamine II (TC-2) et ce complexe quitte la cellule intestinale pour se diriger vers le foie[2].

Sécrétion[modifier | modifier le code]

Le facteur intrinsèque est sécrété dans l'estomac et on le retrouve aussi bien dans le suc gastrique que dans la muqueuse de cet organe[4]. Son pH optimum d'action est voisin de 7[5]. Sa concentration dans le suc gastrique est indépendante de la quantité d'acide chlorhydrique ou de pepsine présente[6], par exemple le facteur intrinsèque peut être sécrété même en l'absence de pepsine.

Le site précis de sécrétion varie d'une espèce à l'autre. Chez le cochon, la zone de sécrétion comprend le pylore et le début du duodénum[7]; chez l'homme elle s'étend dans le fundus et le corps de l'estomac[8].

Le fait que le facteur intrinsèque humain soit physiologiquement produit en quantité restreinte limite l'aborption de vitamine B12 à 2 µg par repas environ, ce qui correspond à un apport journalier suffisant en vitamine B12[9].

Insuffisance[modifier | modifier le code]

Dans la maladie de Biermer (anciennement : "anémie pernicieuse") qui est une maladie auto-immune, la présence d'auto-anticorps dirigés contre le facteur intrinsèque et/ou contre les cellules pariétales elles-mêmes conduit à un déficit en facteur intrinsèque, d'où une malabsorption de la vitamine B12 qui entraîne une anémie mégaloblastique[10]. Dans les gastrites atrophiques, la destruction des cellules pariétales est également la cause d'un déficit en facteur intrinsèque et d'une anémie[11]. L'insuffisance pancréatique exocrine, en interférant avec la dissociation intestinale normale du complexe formé par la vitamine B12 et son premier transporteur (transcobalamine I) et en empêchant ainsi sa liaison au facteur intrinsèque, peut être une autre cause de malabsorption[12]. Parmi les autres facteurs de risque de déficit en facteur intrinsèque se trouvent toutes les situations de lésion ou de résection de la paroi gastrique, et notamment : certaines chirurgies bariatriques (gastrectomies), les tumeurs gastriques, les ulcères gastriques, la consommation excessive d'alcool.

Certaines mutations du gène GIF sont la cause d'une maladie héréditaire très rare, le déficit congénital en facteur intrinsèque, où l'on retrouve une malabsorption de la vitamine B12[13].

Traitement[modifier | modifier le code]

Dans la plupart des pays, la maladie de Biermer est traitée au moyen d'injections intramusculaires de vitamine B12[14]. Lorsqu'elle est ingérée sans facteur intrinsèque, la vitamine B12 est aussi absorbée mais à un taux inférieur à 1% de l'absorption en présence de facteur intrinsèque[15]. Bien que les quantités absorbées soient faibles, l'administration per os de vitamine B12 corrige efficacement les symptômes de la maladie de Biermer[16]. La voie sublinguale peut aussi être utilisée, sans preuve toutefois de sa supériorité par rapport à l'ingestion[17]. En dépit d'une efficacité prouvée, il n'y a qu'au Canada et en Suède que l'administration orale de vitamine B12 est utilisée en routine[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Human Physiology: The Basis of Medicine, Oxford University Press, (ISBN 978-019-856878-0), p. 230
  2. a et b (en) « Gastric intrinsic factor: the gastric and small intestinal stages of cobalamin absorption. a personal journey », Biochimie, vol. 95, no 5,‎ , p. 989–94 (PMID 23274574, DOI 10.1016/j.biochi.2012.12.006)
  3. a, b, c et d (en) « Physiological and molecular aspects of cobalamin transport », Sub-Cellular Biochemistry, vol. 56,‎ , p. 347–67 (PMID 22116708, DOI 10.1007/978-94-007-2199-9_18)
  4. (en) K.N. Sharma, Textbook Of Biochemistry, Biotechnology, Allied And Molecular Medicine, PHI Learning Private Limited, (ISBN 978-81-203-5125-7), « Gastrointestinal System », p. 632
  5. (en) « Effect of pH changes on the binding of vitamin B12 by intrinsic factor », Journal of Clinical Pathology, vol. 24, no 3,‎ , p. 239–43 (PMID 5103294, PMCID 476962, DOI 10.1136/jcp.24.3.239)
  6. (en) « The independent secretion of acid, pepsin, and intrinsic factor by the human stomach », Gastroenterology, vol. 34, no 2,‎ , p. 196–209 (PMID 13512593, DOI 10.1016/S0016-5085(58)80102-X)
  7. (en) « Intrinsic factor in the pyloric and duodenal secretions of the pig », Lancet, vol. 267, no 6838,‎ , p. 578–80 (PMID 13193076, DOI 10.1016/S0140-6736(54)90355-4)
  8. (en) « Human gastric intrinsic factor expression is not restricted to parietal cells », Journal of Anatomy, vol. 189, no Pt 2,‎ , p. 303–13 (PMID 8886952, PMCID 1167747)
  9. (en) « Vitamin B12 sources and bioavailability », Experimental Biology and Medicine, vol. 232, no 10,‎ , p. 1266–74 (PMID 17959839, DOI 10.3181/0703-MR-67, lire en ligne)
  10. (en) « Autoimmune mechanisms in pernicious anaemia & thyroid disease », Autoimmunity Reviews, vol. 14, no 9,‎ , p. 763–8 (PMID 25936607, DOI 10.1016/j.autrev.2015.04.011)
  11. (en) « Autoimmune atrophic gastritis--pathogenesis, pathology and management », Nature Reviews. Gastroenterology & Hepatology, vol. 10, no 9,‎ , p. 529–41 (PMID 23774773, DOI 10.1038/nrgastro.2013.101)
  12. (en) « Malabsorption of vitamin B12 in pancreatic insufficiency of the adult and of the child », Pancreas, vol. 5, no 5,‎ , p. 559–67 (PMID 2235967, DOI 10.1097/00006676-199009000-00011, lire en ligne)
  13. (en) « Vitamin B12 absorption: mammalian physiology and acquired and inherited disorders », Biochimie, vol. 95, no 5,‎ , p. 1002–7 (PMID 23178706, DOI 10.1016/j.biochi.2012.11.004)
  14. a et b (en) « Vitamin B12 deficiency - A 21st century perspective », Clinical Medicine (London, England), vol. 15, no 2,‎ , p. 145–50 (PMID 25824066, DOI 10.7861/clinmedicine.15-2-145)
  15. (en) « What is new in vitamin B(12)? », Current Opinion in Gastroenterology, vol. 21, no 2,‎ , p. 183–6 (PMID 15711210, DOI 10.1097/01.mog.0000148331.96932.44, lire en ligne)
  16. (en) « Efficacy of oral cobalamin (vitamin B12) therapy », Expert Opinion on Pharmacotherapy, vol. 11, no 2,‎ , p. 249–56 (PMID 20088746, DOI 10.1517/14656560903456053)
  17. (en) « Replacement therapy for vitamin B12 deficiency: comparison between the sublingual and oral route », British Journal of Clinical Pharmacology, vol. 56, no 6,‎ , p. 635–8 (PMID 14616423, PMCID 1884303, DOI 10.1046/j.1365-2125.2003.01907.x)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]