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Féminazi

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Manifestation d'un groupe de nationalistes polonais pendant la Journée internationale des droits des femmes à Varsovie en 2010, tenant des pancartes indiquant « Feminazi Stop ! » et des drapeaux polonais.

Féminazi ou féminazie est un terme péjoratif utilisé pour désigner des femmes féministes afin d'en discréditer les arguments. C'est un mot-valise composé des termes « féminisme » et « nazisme », popularisé par le républicain américain Rush Limbaugh au début des années 1990.

Le « féminazisme » n'existe pas ; il s'agit d'un terme pour réduire les féministes au silence, les censurer.

Définition[modifier | modifier le code]

« Féminazi » est une expression péjorative utilisée pour discréditer des femmes féministes qui, du point de vue des personnes utilisant cette expression, font preuve d'autoritarisme ou d'extrémisme[1].

Origine[modifier | modifier le code]

« Feminazi »[2] est un mot-valise composé à partir des noms « feminist » et « nazi ». Selon The Oxford Dictionary of American Political Slang[3], il fait référence de manière péjorative à une « féministe engagée ou une femme témoignant d'une forte volonté ».

Rush Limbaugh.

L'animateur de radio conservateur Rush Limbaugh, qui popularise le terme[4],[5],[6] crédite l'universitaire Thomas Hazlett (en) de l'invention de ce mot[7]. Il utilise cette expression péjorative pour désigner « deux douzaines de féministes pour qui la chose la plus importante dans la vie est de faire en sorte que le plus grand nombre d'avortements puissent être pratiqués »[8].

Limbaugh, très critique du mouvement féministe[9] indique que le terme fait référence aux féministes radicales dont le but serait selon lui de promouvoir les avortements[3],[10] et qu'il juge arrivistes et convaincues de l'inutilité des hommes[10]. Limbaugh fait une distinction entre les feminazis et les personnes de bonne foi se réclamant du féminisme car subissant une mauvaise influence[pas clair][9]. Le terme est cependant vite utilisé par amalgame pour qualifier toutes les féministes[11]. Limbaugh utilise encore ce terme dans ses émissions et ses publications pour qualifier certains mouvements pro-choix ou défenseurs de la contraception aux États-Unis[12],[8].

Selon l'ouvrage A Dictionary of Slang and Unconventional English (en), Limbaugh utilise le terme pour « marginaliser n'importe quelle personne féministe en la décrivant comme radicalement opposée aux hommes »[13], et le New York Times indique que le terme est l'un des qualificatifs favoris de Limbaugh pour décrire les militantes pour le droit des femmes[14]. Toril Moi (en) estime que la terminologie de Limbaugh reflète des préjugés répandus et haineux envers les féministes[10].

La féministe Gloria Steinem explique de son son coté « Je n'ai jamais rencontré personne qui corresponde à cette description [de vouloir promouvoir le maximums d'avortements] bien que [Limbaugh] m'arrose copieusement de ce qualificatif parmi de nombreux autres »[15].

Usage[modifier | modifier le code]

Un bus de protestation espagnol contre les lois sexistes sur la violence domestique, exigeant que les lois soient non sexistes.

Suivant Limbaugh, le terme est utilisé pour désigner toutes les féministes par leurs détracteurs[16] notamment en décrivant les féministes comme autoritaires, détestant les hommes et la féminité[17] afin d'en discréditer les arguments. Il est utilisé dans le discours dominant américain pour donner une image des femmes comme étant « extrêmement vigilantes dans la perception des préjugés, au point de percevoir à tort le sexisme et le racisme alors qu'ils n'existent pas vraiment »[18].

En Australie le terme se répand suite à la publication en 1995 du livre The First Stone (en), et est utilisé dans les médias pour décrire les féministes comme étant menaçantes, « vindicatives » et « puritaines ».

En mars 2019, Hazte Oír (es), un groupe conservateur catholique traditionaliste[19] espagnol, lance une campagne de bus contre les « Féminazis » avec une image d'Hitler portant du rouge à lèvres, pour protester contre les lois espagnoles sur les violences domestiques, celles-ci étant selon ce groupe discriminatoires envers les hommes[20],[21]. Le parti d'extrême droite espagnol Vox en fait aussi usage pendant la campagne des législatives de 2019[22],[23].

Dans son livre Angry White Men (en), le sociologue Michael Kimmel indique que le terme est utilisé pour attaquer des campagnes féministes pour l'égalité des salaires et la protection contre le viol et la violence conjugale en l'associant au génocide nazi[6].

Motifs d'usage[modifier | modifier le code]

Pour les sociologues Michael Kimmel et Michael Kaufman, le terme « féminazi », popularisé par la droite, est un bon exemple de réaction à l'encontre des féministes et pour le maintien des « privilèges masculins »[24].

Réduire au silence[modifier | modifier le code]

L'expression semble avoir pour but de réduire les femmes au silence[1]. Le terme ("ggolfemi" en coréen) est utilisé en Corée pour réduire les féministes au silence[pas clair][25].

Selon notamment Candi S. Carter Olson et Victoria LaPoe, la tolérance envers un vocabulaire tel que « féminazi » a pour effet de nuire et réduire la présence active des femmes et des personnes LGBTIQ qui se sentent harcelées et brimées de leur droit de s'exprimer par ce trolling[26].

Jackson Katz (en), auteur et éducateur américain engagé contre la violence, soutient qu'il s'agit d'une expression propagandiste qui vise à harceler et réduire au silence les femmes[27].

Des critiques du terme au sein du mouvement féministe apparaissent rapidement[28]. Il est relevé que l'effet visé et effectif de l'utilisation de tels termes agressifs envers les féministes et les communautés LGBTIQ est de réduire les personnes visées au silence par autocensure[29].

Accentuer l'antiféminisme[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé par des anti-féministes dans les médias sociaux[30],[31], ainsi que par le mouvement pour les droits des hommes[25]. Par exemple, le Tumblr women against feminism utilise le terme pour étiqueter les féministes, qu'il qualifie «(d)'armée ultime des femmes en colère et vindicatives», qui planifient la «domination féminine»[32].

La féministe Jessa Crispin (en) dit entendre plus souvent des jeunes femmes que des hommes de droite utiliser ce terme, de la même façon, c'est-à-dire pour porter honte et se dissocier des féministes[33]. Les personnes œuvrant dans le soutien aux victimes de viol, sont forcées de se défendre contre les conséquences (financière, refus d'accès à l'aides aux victimes, marginalisation politique) engendrées par l'étiquetage en tant que « féminazis » par des autorités ou des citoyens[34].

Réactions[modifier | modifier le code]

Gloria Steinem lance l'idée d'un boycott de Limbaugh pour protester contre l'utilisation de ce terme en déclarant « Hitler vint au pouvoir contre le puissant mouvement féministe en Allemagne, détruisit les cliniques de planning familial et déclara l'avortement crime d'État, toutes opinions ressemblant fortement à celles de Limbaugh »[35],[36].

Virginie Fortin crée un spectacle humoristique intitulé Feminazie pour offrir une critique humoristique et féministe à cette expression péjorative[37],[38],[39],[40],[41] où elle déclare : « C'est pas facile d'être féministe, en fait c'est plus facile d'être raciste que féministe selon une étude menée par Éric Zemmour » et que les nazis « seraient extrêmement fâchés qu'on associe le nazisme au féminisme ».

Jackson Katz (en) soutient qu'il n'existe pas de telles féministes, que le terme « féminazi » est un astucieux terme propagandiste qui vise à harceler et réduire au silence les femmes s'opposant aux violences masculine envers les femmes[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) « Feminazi: the go-to term for trolls out to silence women », Zoe Williams, The Guardian, 15 septembre 2015.
  2. (en) « Definition of FEMINAZI », sur www.merriam-webster.com (consulté le 31 décembre 2019)
  3. a et b (en) Grant Barrett, The Oxford Dictionary of American Political Slang, OUP USA, (ISBN 978-0-19-530447-3, lire en ligne), p. 105
  4. Rush Limbaugh dit avoir emprunté le mot à « son grand ami Tom Hazlett, qui a créé ce terme pour décrire les femmes qui ne tolèrent aucun avis différent qui questionnerait le féminisme militant ». Rush H. Limbaugh, The Way Things Ought to Be, Pocket Books, 1992, p. 193 lire en ligne.
  5. (en) Roger Chapman, Culture Wars: An Encyclopedia of Issues, Viewpoints, and Voices, M.E. Sharpe, (ISBN 978-0-7656-2250-1, lire en ligne)
  6. a et b (en) Michael Kimmel, Angry White Men: American Masculinity at the End of an Era, PublicAffairs, (ISBN 978-1-56858-962-6, lire en ligne)
  7. Limbaugh, Rush H., The way things ought to be, Pocket Books, (ISBN 0-671-75145-X et 978-0-671-75145-6, OCLC 26397008, lire en ligne)
  8. a et b (en) John K. Wilson, The Most Dangerous Man in America: Rush Limbaugh's Assault on Reason, Macmillan, (ISBN 9781429965446, lire en ligne)
  9. a et b (en) Kathleen Hall Jamieson et Joseph N. Cappella, Echo Chamber: Rush Limbaugh and the Conservative Media Establishment, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-974086-4, lire en ligne)
  10. a b et c Toril Moi, « “I Am Not a Feminist, But …”: How Feminism Became the F-Word », PMLA, vol. 121, no 5,‎ , p. 1735–1741 (ISSN 0030-8129, DOI 10.1632/pmla.2006.121.5.1735, lire en ligne, consulté le 31 décembre 2019)
  11. (en) Nancy Levit, The Gender Line: Men, Women, and the Law, NYU Press, (ISBN 978-0-8147-5295-1, lire en ligne)
  12. (en) Indu Chandrasekhar, « Barack Obama, ladies man: why the President deserves women's support », sur The Telegraph, .
  13. (en) Tom Dalzell et Terry Victor, The New Partridge Dictionary of Slang and Unconventional English, Routledge, (ISBN 978-1-317-37251-6, lire en ligne)
  14. (en-US) Katharine Q. Seelye, « Republicans Get a Pep Talk From Rush Limbaugh », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 31 décembre 2019)
  15. (en) Gloria Steinem, Outrageous Acts and Everyday Rebellions, Open Road Media, (ISBN 978-1-4532-5018-1, lire en ligne)
  16. (en) Nancy Levit, The Gender Line: Men, Women, and the Law, NYU Press, (ISBN 978-0-8147-5295-1, lire en ligne)
  17. Elizabeth Bridges, « Reacting to “The F-Word”: How the Media Shapes Public Reactions to the Feminist Movement », 2015 Honors Council of Illinois Region Student Research Symposium,‎ (lire en ligne, consulté le 31 décembre 2019)
  18. Deborah L. Brake, « Perceiving Subtle Sexism: Mapping the Social-Psychological Forces and Legal Narratives That Obscure Gender Bias », Columbia Journal of Gender and Law, vol. 16,‎ , p. 679 (lire en ligne, consulté le 4 janvier 2020)
  19. « Haro sur le bus transphobe en Espagne », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  20. (en) A. M. García López, « THE SPANISH POLITICS OF MONSTROSITY: QUEER UFOs, FEMINAZIS, AND OTHER FANTASTIC CREATURES », sur dspace.library.uu.nl, (consulté le 6 janvier 2020)
  21. (en-GB) Jessica Jones, « Spanish conservatives launch bus campaign against 'Feminazis' with image of lipstick-wearing Hitler », The Telegraph,‎ (ISSN 0307-1235, lire en ligne, consulté le 28 décembre 2019)
  22. « Espagne: Vox joue sur les provocateurs pour les législatives », sur Les Echos, (consulté le 12 janvier 2020)
  23. « En Espagne, Vox y va Franco », sur Libération.fr, (consulté le 12 janvier 2020)
  24. Michael Kaufman, Michael Kimmel, The Guy's Guide to Feminism. 2011 - 224 pages
  25. a et b (en) Kaitlyn Regehr et Jessica Ringrose, « Celebrity Victims and Wimpy Snowflakes: Using Personal Narratives to Challenge Digitally Mediated Rape Culture », dans Mediating Misogyny: Gender, Technology, and Harassment, Springer International Publishing, (ISBN 978-3-319-72917-6, DOI 10.1007/978-3-319-72917-6_18, lire en ligne), p. 353–369
  26. Candi S. Carter Olson et Victoria LaPoe. Journal of public interests communications. Vol. 1 No. 2. “Feminazis”, “libtards”, “snowflakes”, and “racists”: Trolling and the Spiral of Silence effect in women, LGBTQIA communities, and disability populations before and after the 2016 election. DOI: https://doi.org/10.32473/jpic.v1.i2.p116
  27. a et b (en) Jackson Katz, The Macho Paradox: Why Some Men Hurt Women and and how All Men Can Help, Sourcebooks, Inc., , 34 p. (ISBN 978-1-4022-5376-8, lire en ligne)
  28. (en) Tara Wood, « Guess What: Gloria Steinem is Not a Castrating Feminazi! », Ethos, vol. Volume 50 Issue 2,‎ (lire en ligne)
  29. (en) Candi S. Carter Olson* et Victoria LaPoe*, « “Feminazis,” “libtards,” “snowflakes,” and “racists”: Trolling and the Spiral of Silence effect in women, LGBTQIA communities, and disability populations before and after the 2016 election », The Journal of Public Interest Communications, vol. 1,‎ , p. 116 (ISSN 2573-4342, lire en ligne, consulté le 5 janvier 2020)
  30. (en) Rosalind Gill, Elisabeth K. Kelan et Christina M. Scharff, « A Postfeminist Sensibility at Work », Gender, Work & Organization, vol. 24, no 3,‎ , p. 226–244 (ISSN 1468-0432, DOI 10.1111/gwao.12132, lire en ligne, consulté le 6 janvier 2020)
  31. (en) Steve Kirkwood, Viviene Cree, Daniel Winterstein et Alex Nuttgens, « Encountering #Feminism on Twitter: Reflections on a Research Collaboration between Social Scientists and Computer Scientists », Sociological Research Online, vol. 23, no 4,‎ , p. 763–779 (ISSN 1360-7804, DOI 10.1177/1360780418781615, lire en ligne, consulté le 10 janvier 2020)
  32. Lyndsey Collins, « A Content Analysis of the Women Against Feminism Tumblr Page », Theses and Dissertations,‎ (lire en ligne, consulté le 6 janvier 2020)
  33. (en) Jessa Crispin, Why I Am Not a Feminist: A Feminist Manifesto, Melville House, (ISBN 978-1-61219-602-2, lire en ligne) :

    « I hear the word feminazi coming from young feminists' mouths today way more often than I have ever heard it coming from the mouths of right-wing men. And they're using it in a similar way, to shame and dissociate themselves from the activists and revolutionaries. »

  34. (en) Rose Corrigan, « Building Theory and Making Change: The Challenges of Studying Feminist Activism », Politics & Gender, vol. 9, no 4,‎ , p. 489–493 (ISSN 1743-923X et 1743-9248, DOI 10.1017/S1743923X13000354, lire en ligne, consulté le 11 janvier 2020)
  35. (en) « Ask Gloria (Continued) », sur feminist.com (consulté le 31 décembre 2019).
  36. (en) Michael Kaufman, The guy's guide to feminism, Seal Press, (ISBN 978-1-58005-362-4 et 1-58005-362-9, OCLC 707257256, lire en ligne).
  37. Raphaël Gendron-Martin, « La féministe qui aimait les combats ultimes », sur Le Journal de Montréal, .
  38. « Virginie Fortin - Féminazi », sur YouTube.com (consulté le 5 janvier 2020).
  39. « L’humoriste québécoise Virginie Fortin vient balancer sa joke en… », sur Femina (consulté le 5 janvier 2020)
  40. « Virginie Fortin: la trouille du cosmos », sur Le Soleil, (consulté le 5 janvier 2020)
  41. Stéphane Gobbo, « Wiesel – Rollman – Kominek, tiercé suisse et gagnant au Montreux Comedy », sur Le Temps.ch, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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