Exploration de Jupiter

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Jupiter photographiée par la caméra de la sonde spatiale Cassini–Huygens

L'exploration de Jupiter et de ses satellites à l'aide de sondes spatiales débute en 1973 avec le survol de la planète par Pioneer 10. Jupiter,du fait de sa distance de la Terre et du Soleil, est une destination spatiale complexe qui nécessite un savoir-faire et des ressources financières que, jusque là, seule l'agence spatiale américaine, la NASA, est parvenue à réunir. En 2016 une dizaine de missions spatiales ont visité Jupiter et ses satellites, dont près de la moitié avait pour objectif principal de bénéficier de l'assistance gravitationnelle de celle-ci pour atteindre une autre destination. Seules deux d'entre elles, Galileo et, depuis 2016, Juno ont pu mener des missions prolongées en se plaçant en orbite. Malgré la puissance toujours plus importante des télescopes terrestres, les missions spatiales, grâce aux mesures effectuées in situ, constituent une source d'information d'informations irremplaçable sur les caractéristiques du système jovien.

Enjeux scientifiques[modifier | modifier le code]

L'étude de la planète Jupiter débute avec l'invention de la lunette astronomique au début du XVIIe siècle. Gallilée découvre en 1610 avec la première de ces lunettes que Jupiter est accompagné par plusieurs lunes ce qui remet en question la conception de l'Univers de l'époque selon laquelle tout ce qui orbitait devait le faire autour de la Terre. Les quatre lunes découvertes, Io, Europe, Ganymède et Callisto prennent le nom de lunes galiléennes[1]. Les télescopes de plus en plus puissants permettent par la suite de découvrir la Grande Tache rouge dans l'atmosphère de Jupiter, une cinquième lune Amalthée (1892) et grâce à la spectroscopie d'identifier les principaux composants présents dans l'atmosphère visible de la planète géante.

Problèmes soulevés par une mission vers Jupiter[modifier | modifier le code]

L'exploration des planètes externes du système solaire telles que Jupiter présentent de nombreuses difficultés supplémentaires par aux planètes plus proches comme Mars et Vénus du fait de la distance et d'un milieu plus hostile.

Vitesse de lancement[modifier | modifier le code]

Pour parvenir à lancer une sonde spatiale vers une planète externe du système solaire comme Jupiter il faut que la vitesse de départ soit très importante : il faut en effet s'extraire de manière plus importante du puits gravitationnel du système solaire et, compte tenu de la distance (Jupiter est cinq fois plus éloigné du Soleil que la Terre), faut aller plus vite pour que le temps de temps de transit entre la Terre et Jupiter ne soit pas trop important. Mais cette vitesse élevée nécessite de freiner de manière plus importante à l'arrivée sur Jupiter si on souhaite s'insérer en orbite autour de la planète. Tous ces paramètres jouent sur la taille du lanceur qui envoie la sonde spatiale dans l'espace. Pour gérer ces contraintes les agences spatiales peuvent avoir recours à un lanceur plus important avec un impact sur le cout, réduire la taille de la sonde spatiale, utiliser l'assistance gravitationnelle d'autres planètes pour gagner en vitesse (mais au pris d'un allongement du temps de transit) ou effectuer un simple survol qui demande moins d'ergols qu'une insertion en orbite.

Énergie[modifier | modifier le code]

Pour fonctionner une sonde spatiale a besoin de disposer en permanence d'énergie. Les engins spatiaux développés récemment doivent disposer d'une puissance électrique comprise entre 300 et 2 500 watts pour alimenter les ordinateurs embarqués, l'émetteur-récepteur radio, les moteurs, les instruments scientifiques, les radiateurs ainsi que de nombreux autres équipements. Il n'existe que deux sources possibles d'énergie pour un engin spatial interplanétaire : les panneaux solaires et les RTG qui reposent sur la décomposition d'un élément radioactif. Au niveau de l'orbite de Jupiter cinq fois plus éloignée du Soleil que la Terre une sonde spatiale reçoit 25 (5×5) fois moins d'énergie solaire qu'au niveau de la Terre. Aussi jusqu'au lancement de la sonde spatiale Juno, toutes les sondes ayant visité Jupiter étaient équipés de RTG. Mais cet équipement est couteux et l'isotope de plutonium qu'il utilise n'est pratiquement plus produit. Pour Juno, la NASA a choisit d'équiper la sonde de panneaux solaries d'une superficie de (45 m2 qui, grâce à leur technologie avancée, parviennent à fournir 428 watts au niveau de Jupiter.

Distance entre la Terre et Jupiter[modifier | modifier le code]

La distance entre les opérateurs au sol et Jupiter impose à la fois une grande autonomie des programmes tournant sur l'ordinateur embarqué et un système de communication à la fois puissant (taille de l'antenne, puissance en watts de l'émetteur) et précis (antenne grand gain).

Rayonnement ionisant[modifier | modifier le code]

Jupiter possède un champ magnétique 14 fois plus puissant que celui de la Terre, allant de 4,2 G à l'équateur à 10 à 14 G aux pôles. Le différentiel de vitesse entre le champ magnétique en rotation rapide de Jupiter (un tour en 10 heures environ) et la rotation plus lente du satellite Io autour de Jupiter (un tour en 40 heures) arrache de l’atmosphère de cette lune environ une tonne d'ions de soufre et d'oxygène par seconde et accélère ces particules à grande vitesse, de sorte qu'ils effectuent également un tour de Jupiter en dix heures. Ces ions forment un gigantesque tore autour de Jupiter à l'origine d'un rayonnement ionisant intense susceptible de tuer un être humain en quelques jours et qui détériore rapidement une électronique même si celle-ci est durcie et qu'elle bénéficie d'un blindage. Les missions à destination de Jupiter évitent généralement de traverser le tore sauf lorsque l'objectif de la mission, comme dans le cas de Juno, l'impose. Dans ce cas la vie de l'engin spatial est relativement brève.

Historique de l'exploration par des missions spatiales[modifier | modifier le code]

Depuis 1973, une dizaine de missions spatiales ont visité Jupiter et ses satellites.

Synthèse des missions d'exploration des planètes externes du système solaire
Sonde spatiale Année
lancement
Objectifs principaux Jupiter Saturne Uranus Neptune Pluton Au-delà de Pluton Statut
Drapeau des États-UnisPioneer 10 1972 Ceinture d'astéroïdes
Jupiter
Survol en 1973 Distance max du Soleil : 67 UA Mission achevée en 2003
Drapeau des États-Unis Pioneer 11 1973 Saturne Survol en 1974 1979 Mission achevée en 1995
Drapeau des États-Unis Voyager 1 1977 Jupiter
Saturne
Titan
Survol en 1979 1980 Distance Soleil > 136 UA (2016) En cours
Drapeau des États-UnisVoyager 2 1977 Neptune
Uranus
Survol en 1979 1981 1986 1989 Distance Soleil > 112 UA(2016) En cours
Drapeau des États-Unis Galileo 1989 Jupiter et satellites galliléens Orbiteur (1995) Mission achevée en 2003
Drapeau des États-Unis Ulysses 1990 Soleil Survol en 1992 Mission achevée en 2009
Drapeau des États-UnisDrapeau de l’Union européenneCassini–Huygens 1997 Saturne
Titan (sonde atmosphérique)
Survol en 2000 En orbite depuis 2004 Fin prévue en 2017
Drapeau des États-Unis New Horizons 2006 Pluton et TNO Survol en 2007 2015 survol 2014 MU69 (2019) en cours
Drapeau des États-UnisJuno 2011 Jupiter Orbiteur (2016) Fin prévue en 2017
Missions en cours de développement
Drapeau de l’Union européenne JUICE 2022 Callisto
Europe
Ganymède
Orbiteur en 2030 fin prévue en 2033
Légende : Les missions sont des survols sauf signalé explicitement autrement, en vert les objectifs principaux de chaque mission

Le programme Pioneer (survols)[modifier | modifier le code]

Article principal : Programme Pioneer.

L'exploration spatiale de Jupiter débute avec le survol de la planète par les petites (256 kg au lancement) sondes spatiales Pioneer 10 (1973) et Pioneer 11 (1974) : celles-ci passent à faible distance de Jupiter et de plusieurs de ses lunes en effectuant les premières photos détaillées de ces corps célestes. Les données collectées par les instruments permettent de découvrir que la ceinture de radiation autour de la planète géante est dix fois plus intense que ce qui était prévu[2]. mais les deux sondes y survivent sans dommage. Les trajectoires des engins permetteent d'affiner les estimations de masse du système jovien. Les occultations de leur signaux radios par la planète géante conduisirent à de meilleures mesures du diamètre et de l'aplatissement polaire[3],[4].

Le programme Voyager (survols)[modifier | modifier le code]

Article principal : Programme Voyager.
Voyager 2

Six ans après les sondes spatiales Pioneer le système jovien est survolé en 1979 par Voyager 1 et Voyager 2[5]. Les nombreux instruments emportés par ces sondes spatiales beaucoup mieux équipées permettent d'effectuer une étude approfondie des lunes galiléennes. Ces observations aboutissent à la découverte des anneaux de Jupiter et confirment que la grande tache rouge correspond à un anticyclone et que ses caractéristiques évoluent dans le temps. Le point d'orgue de ces missions est l'observation de volcans actifs à la surface du satellite Io qui sont les premiers découverts sur d'autres corps du système solaire que la Terre. Les sondes spatiales découvrent dans le sillage de Io un tore d'atomes ionisés qui jouent un rôle important dans la magnétosphère de Jupiter[3] ,[6].

Ulysses (survol)[modifier | modifier le code]

Article principal : Programme Voyager.

La sonde spatiale Ulysses traverse à deux reprises le système jovien (en 1992 et en 2004). Ulysse utilise l'assistance gravitationnelle de la planète géante pour quitter le plan de l'écliptique et se placer sur une orbite polaire autour du Soleil l'objet principal de sa mission. Durant son survol de Jupiter, la sonde spatiale étudie la magnétosphère de Jupiter. Aucune photographie ne fut prise, la sonde ne possédant aucune caméra[7].

L'orbiteur Galileo[modifier | modifier le code]

Article principal : Galileo (sonde spatiale).
La sonde Galileo en préparation

La sonde Galileo est, jusqu'en 2016, le seul engin spatial à s'être placé en orbite Jupiter et à avoir pu étudier en profondeur Jupiter et ses lunes. La sonde spatiale atteint Jupiter en décembre 1995 et entame alors une mission d'exploration d'une durée de 8 ans. Malgré une antenne parabolique grand gain défectueuse affectant fortement la quantité de données pouvant être transmise, Galileo parvient à transmettre des informations sur l'ensemble du système jovien. Au début de sa mission scientifique Galileo lâche une petite sonde atmosphérique qui pénètre dans l'atmosphère de Jupiter et fournit la composition élémentaire des couches supérieures de celle-ci avant d'être écrasée par la pression. Les données recueillies remettent en cause une partie des théories admises sur le processus de formation des planètes du Système solaire. La sonde spatiale survole à de nombreuses reprises les satellites galiléens ainsi que la lune Amalthée. La présence probable d'océans liquides sous la banquise qui recouvre Europe est déduite des observations effectuées et le volcanisme d'Io est confirmé. La sonde est également témoin de l'impact de la destruction de la comète Shoemaker-Levy 9 en 1994 lors de son approche de Jupiter [8],[8].

Cassini-Huygens (survol)[modifier | modifier le code]

Article principal : Cassini-Huygens.

En décembre 2000, la sonde Cassini, en route pour Saturne, survole Jupiter : elle prend des images à haute résolution de la planète et en coordination avec la sonde Galileo étudie sa magnétosphère très étendue ainsi que ses interactions avec le vent solaire. L'intensité de la ceinture de radiations est mesurée avec plus de précision et se révèle beaucoup plus élevée que prévu. Ces informations seront utilisées pour dimensionner les protections de la sonde spatiale Juno lancée par la suite[9]. Avant Juno, la sonde New Horizons est la dernière à survoler Jupiter le 28 février 2007[10]. La sonde spatiale observe des éclairs aux pôles, la création de nuages d'ammoniac et étudie la circulation des particules chargées dans la queue magnétique de la planète[11]

New Horizons (survol)[modifier | modifier le code]

Article principal : New Horizons.

La sonde spatiale New Horizons, en route pour Pluton, survole Jupiter pour une manœuvre d'assistance gravitationnelle. L'engin spatiale passe au plus près de la planète géante le 28 février 2007[12]. Des photos du système jovien sont prises à partir du 4 septembre 2006 ; les instruments de la sonde permettent de préciser les caractéristiques orbitales des lunes internes de Jupiter, particulièrement d'Amalthée [13]. Les caméras de New Horizons photographient l'éjection de plasma par les volcans de Io et plus généralement effectue des prises de vue détaillées des lunes galiléennes[14],[15].

Projets avortés centrés sur l'étude de la lune Europe[modifier | modifier le code]

La lune Europe de Jupiter constitue un objectif scientifique de premier plan depuis que les données fournies par la sonde Galileo à la fin des années 1990, ont permis de déterminer qu'il existait probablement un océan d'eau liquide sous sa surface glacée qui pourrait abriter des formes de vie. Mais la mission d'exploration, qui doit se dérouler dans une région de l'espace fortement irradiée, est complexe et couteuses. Plusieurs projets élaborés au cours des années 2000 échouent faute de disposer de moyens financiers suffisants.

Europa Orbiter[modifier | modifier le code]

En 1997 la NASA, très satisfaite des résultats des missions interplanétaires à faible coût du programme Discovery et de la première mission Mars Surveyor, décide de transposer ce concept à des objectifs prioritaires beaucoup plus complexes. L'étude de trois missions est confiée au centre spatial JPL dans le cadre d'un projet surnommé Fire and Ice (Le feu et la glace). Parmi celles-ci figurent Europa Orbiter qui doit étudier la lune Europa avec un nombre d'instruments réduit pour limiter les coûts. L'enveloppe budgétaire prévue est de 190 millions US $ mais les coûts s'envolent au fur et à mesure de l'avancement de l'étude pour atteindre 1,4 milliard US $. Le projet est alors abandonné[16].

Jupiter Icy Moons Orbiter[modifier | modifier le code]

L'administrateur de la NASA suivant a une démarche complètement opposée. Il fait étudier au début des années 2000 la mission Jupiter Icy Moons Orbiter (JIMO) dont l'objectif est l'exploration des satellites glacés de Jupiter avec comme cible principal la lune Europe. La sonde spatiale de 36 tonnes doit disposer d'un réacteur nucléaire qui permet l'emport de plusieurs centaines de kilogrammes d'instrumentation scientifique[17]. Ce projet au coût démesuré (16 milliards US$ alors que l'allocation budgétaire annuelle pour le développement des missions interplanétaires est inférieure à 1 milliard US$) est abandonné en 2005 lorsque la priorité est donnée au programme spatial habité avec le projet de retour de l'homme sur la Lune (Programme Constellation)[18].

Schéma du vaisseau JIMO : longueur 59 mètres pour une masse en orbite basse terrestre de 36 tonnes

Tentative de collaboration entre la NASA et l'Agence spatiale européenne[modifier | modifier le code]

Les deux missions EJSM : JEO de la NASA et JGO de l'Agence spatiale européenne (vue d'artiste).

Début 2008, la NASA et l'Agence spatiale européenne étudient conjointement une mission baptisée Outer Planet Flagship Mission destinée à explorer les satellites glacées des planètes extérieures. Deux projets sont évalués : Europa Jupiter System Mission (EJSM) centrée sur l'étude de la lune Europe de Jupiter et Titan Saturn System Mission (TSSM) à destination du système saturnien et en particulier de Titan. En février 2009 les deux agences annoncent qu'elle ont décider de développer en priorité EJSM : le lancement doit intervenir en 2020 avec une arrivée en 2026. Le projet sélectionné comporte deux missions lourdes (sondes spatiales de 45 tonnes emportant chacune 11 instruments scientifiques) dotés d'objectifs complémentaires  :

  • Jupiter Europa Orbiter (JEO) développé par la NASA qui doit principalement porter sur l'étude des lunes de Jupiter Europe et Io. Contrairement au projet précédent, cette mission repose sur des technologies maitrisées. JEO doit effectuer une étude approfondie du système jovien avant de se placer en orbite autour d'Europe pour une durée de 9 mois. Son coût est évalué à 4,7 milliards US$
  • Jupiter Ganymede Orbiter (JGO) développé par l'Agence spatiale européenne l'objectif principal dont l'objectif est d'étudier Ganymede et Callisto. Il est prévu que la sonde spatiale effectue plusieurs survols au-dessus de Callisto avant de se placer en orbite autour de Ganymède pour une étude plus approfondie. La mission principale s'achève en 2029. L'objectif scientifique de la mission est de déterminer dans quelle mesure les lunes de Jupiter et en en particulier Ganymède sont susceptibles d'accueillir la vie. Son coût est évalué à 710 millions €[19].

Début 2011, à la suite de réductions budgétaires, la NASA annonce l'annulation de sa participation. L'Agence spatiale européenne décide de poursuivre seule la mission vers les satellites de Jupiter sur la base d'un cahier des charges remanié[20]. En mai 2012, l'ESA annonce qu'elle a sélectionné le projet Jupiter Icy Moon Explorer (JUICE), évolution du projet JGO, pour un lancement vers 2020 dans le cadre du programme scientifique Cosmic Vision.

L'Agence d'exploration aérospatiale japonaise (JAXA) et l'Agence spatiale fédérale russe (FKA) souhaitaient également participer à EJSM avec deux projets à un stade moins avancé qui seront tous deux annulés à la suite du retrait de la NASA :

L'orbiteur JUICE[modifier | modifier le code]

Article principal : Jupiter Icy Moon Explorer.

La mission de l'Agence spatiale européenne Jupiter Icy Moon Explorer (JUICE), dont le lancement est planifié en 2022, est la première mission vers les planètes externes du système solaire qui n'est pas développée par la NASA. Cette sonde spatiale doit étudier en les survolant à plusieurs reprises trois des lunes glacées de Jupiter - Callisto, Europe et Ganymède - avant de se placer en orbite en 2032 autour de cette dernière pour une étude plus approfondie qui doit s'achever en 2033. Pour parvenir jusqu'au système jovien la sonde utilisera à quatre reprises l'assistance gravitationnelle de la Terre et de Vénus.

L'orbiteur Juno[modifier | modifier le code]

Article principal : Juno (sonde spatiale).
Vue d'artiste de la sonde Juno.

La NASA lance en 2011 la sonde Juno, dont l'objectif est d'effectuer une étude détaillée de la structure interne de Jupiter depuis une orbite polaire en rasant périodiquement sa surface[21]. La sonde spatiale est la deuxième mission du programme New Frontiers qui regroupe des missions d'exploration du Système solaire nécessitant un budget moyen. Son coût total est de 1,1 milliard de dollars. La sonde spatiale doit collecter sur place des données sur les couches internes de Jupiter, la composition de son atmosphère et les caractéristiques de sa magnétosphère. Ces éléments doivent permettre de reconstituer la manière dont Jupiter s'est formée et de corriger ou d'affiner le scénario de formation des planètes du Système solaire dans lequel Jupiter a, du fait de sa masse importante, joué un rôle majeur. La sonde spatiale s'insère en juillet 2016 sur une orbite très elliptique d'une période de 14 jours qui fait passer la sonde à très basse altitude au-dessus de la planète de pôle en pôle en évitant en grande partie la ceinture de radiations très intense susceptible de l'endommager. La mission doit durer une année au cours de laquelle Juno réalisera 36 survols de la planète. Juno emporte huit instruments scientifiques dont deux spectromètres, un radiomètre, un magnétomètre et un ensemble d'instruments dédiés à l'étude des pôles de Jupiter. Juno est la première sonde spatiale à destination d'une planète externe qui utilise des panneaux solaires au lieu de générateurs thermoélectriques à radioisotope.

Missions étudiées (situation en 2016)[modifier | modifier le code]

Europa Clipper[modifier | modifier le code]

Europa Clipper (vue d'artiste.

À la suite de l'abandon de Jupiter Europa Orbiter (JEO) l'agence spatiale américaine décide d'étudier en 2012 trois types de mission vers la lune Europe - un orbiteur, un engin effectuant des survols et un atterrisseur - en imposant que le coût du projet reste inférieur à 2 milliards US$. Le projet d'atterrisseur est rapidement éliminé, faute d'informations suffisamment précises sur les sites les plus intéressants sur le plan scientifique et sur la topographie des zones d'atterrissage. Dans l'enveloppe budgétaire imposée, l'orbiteur a une durée de vie estimée à 30 jours. La version effectuant des survols doit réaliser 34 passages à proximité de la lune en accumulant l'équivalent de 6 jours d'observation. Malgré cette durée d'observation beaucoup plus brève, ce dernier engin peut retourner près de trois fois plus de données car le débit en transmission est beaucoup plus faible que le volume collecté par les instruments : la sonde spatiale dispose en effet de 7 à 10 jours entre chaque survol pour transférer les données. Compte tenu des objectifs poursuivis, la mission effectuant des survols est préférée car elle permet une bonne mise en œuvre des instruments clés comme le radar chargé d'observer sous la glace ou le spectromètre infrarouge chargé d'identifier les éléments chimiques présents. Au cours des deux années suivantes, les caractéristiques de la mission sont affinées : 11 survols sont ajoutés et des instruments complémentaires sont étudiés. Le projet, dont le coût est désormais évalué à 2,1 milliards US $ sans inclure le lanceur lourd Atlas V, est rebaptisé Europa Clipper (également Europa Multiple-Flyby Mission).

Le projet Europa Clipper prévoit le lancement au début de la décennie 2020 d'une sonde spatiale de plus de 3 tonnes emportant plusieurs instruments dont un radar permettant de sonder l'océan sous la glace. Après un transit de plus 6 ans avec un recours à l'assistance gravitationnelle de Vénus et de la Terre,la sonde spatiale doit se placer en orbite autour de Jupiter. La partie scientifique de la mission comporte 45 survols d'Europe sur une période de 3,5 ans. Des études préliminaires ont été lancées mais la NASA ne dispose pas en 2016 d'un budget lui permettant de développer la sonde spatiale.

Io Volacano Observer[modifier | modifier le code]

Io photographiée par Galileo.

Io Volcano Observer (IVO') est un projet d'étude du satellite Io de Jupiter proposé par l'Université de l'Arizona. IVO a été proposé à la NASA en 2009 et 2010 dans le cadre du programme Discovery qui finance des missions à cout modéré mais il n'a pas été retenu. Le projet est en 2016 en cours d'évaluation pour la sélection de la 13e mission de ce programme avec une date de lancement planifiée 2021. Dans le cadre de la mission, la sonde spatiale doit effectuer 7 survols de Io. Les objectifs scientifiques de la mission sont l'étude du volcanisme de Io Il s'agit d'étudier l'impact de la lune sur le système de Jupiter en mesurant les flux de chaleur globaux, le champ magnétique induit, la température de la lave, en déterminant la composition de son atmosphère, des panaches volcaniques et des laves[22], [23],[24].

Synthèse des projets à l'étude ou abandonnés[modifier | modifier le code]

Projets de mission à destination de Jupiter et de ses lunes
Projet Agence spatiale Date initialisation projet Type mission Objectif Statut en 2016 Date lancement prévue Remarques Référence
Europa Clipper Drapeau des États-Unis NASA 2012 Orbiteur Étude du satellite Europe En attente de financement Lancement prévu vers 2025
Jupiter Ganymede Orbiter Drapeau de l’Union européenne ESA 2008 Orbiteur Étude du satellite Europe Projet abandonné en 2011 2020 Participation européenne au programme EJSM
Jupiter Europa Orbiter Drapeau des États-Unis NASA 2008 Orbiteur Étude du satellite Europe Projet abandonné en 2011 2020 Participation américaine au programme EJSM
Jupiter Magnetospheric Orbiter Drapeau du Japon JAXA 2008 Orbiteur Étude da la magnétosphère de Jupiter Projet abandonné en 2011 2020 Participation japonaise au programme EJSM
Io Volcano Observer Drapeau des États-Unis NASA 2008 Orbiteur Étude du satellite Io En cours d'évaluation 2021 Candidat programme Discovery en 2008, 2009, 2015
Jupiter Icy Moons Orbiter Drapeau des États-Unis NASA 2000 Orbiteur Étude du satellite Europe Projet abandonné en 2005 Sonde spatiale de 36 t.
utilisation de la propulsion nucléaire électrique
Europa Orbiter Drapeau des États-Unis NASA 1997 Orbiteur Étude du satellite Europe Projet abandonné en 2002 Mission à bas cout [1]
Pioneer H Drapeau des États-Unis NASA 1971 Survol de Jupiter, sortie du plan de l'écliptique Étude du satellite Europe Projet abandonné en 1973 1974 Troisième mission du programme Pionner

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Galileo Legacy site > Explorations > Galileo Galilei », NASA (consulté le 14 avril 2014)
  2. (en) « Galileo Legacy site > Explorations > Pioneers », NASA (consulté le 14 avril 2014)
  3. a et b (en) Eric Burgess, By Jupiter: Odysseys to a Giant, New York, Columbia University Press, (ISBN 978-0-231-05176-7, LCCN 82004139)
  4. Lawrence Lasher, « Pioneer Project Home Page », NASA Space Projects Division,‎ nil (consulté le 28 novembre 2006)
  5. (en) « Galileo Legacy site > Explorations > Pioneers », NASA (consulté le 14 avril 2014)
  6. « Jupiter », NASA Jet Propulsion Laboratory,‎ nil (consulté le 28 novembre 2006)
  7. [PDF] Chan, K.; Paredes, E. S.; Ryne, M. S., « Ulysses Attitude and Orbit Operations: 13+ Years of International Cooperation », American Institute of Aeronautics and Astronautics,‎ (consulté le 28 novembre 2006)
  8. a et b (en) Shannon McConnell, « Galileo: Journey to Jupiter », NASA Jet Propulsion Laboratory,‎ nil (consulté le 28 novembre 2006).
  9. (en) C. J. Hansen, S. J. Bolton, D. L. Matson, L. J. Spilker et J.-P. Lebreton, « The Cassini-Huygens flyby of Jupiter », Icarus, vol. 172, no 1,‎ , p. 1-8 (DOI 10.1016/j.icarus.2004.06.018). Résumé disponible sur ADS : 2004Icar..172....1H.
  10. (en) Amir Alexander, « New Horizons Mission Update: At Closest Approach, a Fresh View of Jupiter », Planetary society (consulté le 27 juillet 2007).
  11. (en) « Pluto-Bound New Horizons Sees Changes in Jupiter System », NASA/JPL,‎ .
  12. « "Mission Update: At Closest Approach, a Fresh View of Jupiter" » (consulté le 27 juillet 2007)
  13. « "Pluto-Bound New Horizons Provides New Look at Jupiter System" » (consulté le 27 juillet 2007)
  14. « New Horizons targets Jupiter kick », BBC News Online,‎ nil (consulté le 20 janvier 2007)
  15. Amir Alexander, « New Horizons Snaps First Picture of Jupiter », The Planetary Society,‎ nil (consulté le 19 décembre 2006)
  16. Robotic Exploration of the Solar System Part 3 Wows and Woes 1997-2003, p. 256
  17. (en) Michael Braukus, Carolina Martinez, « Prometheus Contract », JPL,‎ (consulté le 28 mai 2008)
  18. (en) Brian Berger, « NASA 2006 Budget Presented: Hubble, Nuclear Initiative Suffer », Space.com,‎ (consulté le 26 mai 2008)
  19. (en) Christian Erd, « EJSM/JGO Mission Overview EJSM, Instrument Workshop, July 27 – 29, 2010 » [PDF],‎
  20. New approach for L-class mission candidates, ESA, 19 Apr 2011
  21. « New Frontiers - Missions - Juno », NASA (consulté le 2 janvier 2007)
  22. (en) Alfred McEwen, « Io Volcano Observer (IVO) » [PDF], National Research Council,‎
  23. James Green, « Planetary Science Update and Lunar Science Plans » [PDF], Goddard Space Flight Center, NASA,‎ (consulté le 8 février 2010)
  24. Green James L., « Planetary Science Division Update » [PDF], NASA,‎ (consulté le 10 novembre 2009)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Richard O. Fimmel (NASA Ames), Pioneer Odyssey, (lire en ligne) — Histoire des missions Pioneer 10 et 11
  • (en) Michael Meltzer (NASA), Mission to Jupiter: a History of the Galileo Project, (lire en ligne) — Histoire du programme Galileo : développement du projet, déroulement de la mission, résultats scientifiques
  • Peter Bond (trad. Nicolas Dupont-Bloch), L'exploration du système solaire [« exploring the solar system »], De Boeck, (1re éd. 2012), 462 p. (ISBN 978-2-8041-8496-4)
  • (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 1 The Golden Age 1957-1982, Springer Praxis, (ISBN 978-0-387-49326-8)
  • (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 2 Hiatus and Renewal 1983-1996, Springer Praxis, (ISBN 978-0-387-78904-0)
  • (en) Paolo Ulivi et David M Harland, Robotic Exploration of the Solar System Part 3 Wows and Woes 1997-2003, Springer Praxis, (ISBN 978-0-387-09627-8)
  • (en) Paolo Ulivi et David M. Harland, Robotic exploration of the solar system : Part 4 : the Modern Era 2004-2013, Springer Praxis, , 567 p. (ISBN 978-1-4614-4811-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]