Escadrons de la mort, l'école française

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Escadrons de la mort, l’école française est un livre de Marie-Monique Robin, dont elle a aussi fait un film documentaire, diffusé la première fois sur Canal+ le 1er septembre 2003, et rediffusé en 2004.

Enquête[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de son enquête, Robin a notamment effectué un ensemble d'entretiens avec des militaires français, américains et latino-américains (dont le général Paul Aussaresses, le colonel Charles Lacheroy, l'ex-chef de la DINA chilienne Manuel Contreras, des anciens membres de l'OAS, le général argentin Harguindeguy, le général Bignone, le général Díaz Bessone - diffusé en Argentine, cet entretien provoquera une « commotion nationale », selon le journaliste Horacio Verbitsky, qui explique que « C'est la première fois qu'un général de la junte reconnaît l'existence des disparus, et surtout c'est la première fois que l'un d'eux admet que la disparition fut une technique de guerre programmée et planifiée[1] » ; Bessone a été à la suite de cela traduit devant un Conseil de guerre[2], etc.). Elle a aussi eu des entretiens avec un certain nombre de journalistes travaillant sur les dictatures en Amérique latine et l'opération Condor, ainsi qu'avec des membres du MIR, des anciens de la Direction de la Surveillance du territoire française tels Alain Montarrat, ou Yacef Saâdi du FLN.

Elle montre ainsi comment les méthodes employées par l'armée française pendant la guerre d'Algérie, en particulier pendant la bataille d'Alger, ont ensuite été enseignées aux États-Unis et en Amérique du Sud (à Fort Bragg, au Centre d'instruction de la guerre dans la jungle de Manaus au Brésil).

Accord de coopération militaire entre Paris et Buenos Aires[modifier | modifier le code]

En outre, elle dévoile l'existence d'un accord de coopération militaire secret entre la France et l'Argentine, qui établit une mission militaire de 1960 à 1981 à Buenos Aires. À la suite de cette découverte, elle interroge Pierre Messmer, nommé Ministre des Armées au moment de la signature de l'accord, qui créé une « mission permanente d'assesseurs militaires en Argentine », qui lui dit:

« C'est le général De Gaulle lui-même qui avait décidé qu'il y aurait une mission, sur la proposition du ministre des Affaires étrangères. Cela dit, déjà avant la Seconde Guerre mondiale, les missions militaires françaises en Amérique du Sud étaient assez nombreuses. Il y en avait une au Brésil, en Colombie, au Venezuela. C'était une tradition. Les États-Unis n'avaient pas encore, à ce moment-là, mis la main sur l'instruction et la fourniture de matériel aux armées sud-américaines. Mais en 1960, je pense que l'Argentine était surtout intéressée par l'expérience de la France dans le domaine de la guerre révolutionnaire justement[3] »

Programme Phoenix[modifier | modifier le code]

Selon un entretien du colonel américain Carl Bernard avec Robin, c'est à partir d'un résumé du livre, non encore publié, du colonel Roger Trinquier, La guerre moderne, effectué par Paul Aussaresses et C. Bernard, que Robert Komer, un agent de la CIA qui deviendra l'un des conseillers du président Lyndon Johnson pour la guerre du Viêt-nam, « a conçu le programme Phoenix, qui est en fait une copie de la bataille d'Alger appliquée à tout le Viêt-nam du Sud. […] Pour cela, on retournait des prisonniers, puis on les mettait dans des commandos, dirigés par des agents de la CIA ou par des bérets verts, qui agissaient exactement comme l'escadron de la mort de Paul Aussaresses[4]. »

Prix du meilleur documentaire[modifier | modifier le code]

Robin a reçu en 2004, pour son film documentaire, le prix du « meilleur documentaire politique de l'année » décerné à l'Assemblée nationale, que le médiateur de la République Bernard Stasi lui a donné.

Son livre a reçu un large écho en Argentine, et a aussi été salué en France[5],[6].

Commission d’enquête[modifier | modifier le code]

À la suite de cette enquête de Robin, les députés Verts Noël Mamère, Martine Billard et Yves Cochet ont déposé, le 10 septembre 2003, devant la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, alors présidée par Édouard Balladur, une demande de constitution d'une Commission parlementaire pour enquêter sur le « rôle de la France dans le soutien aux régimes militaires en Amérique latine de 1973 à 1984 » [7]. À l'exception du Monde et de Télérama, la presse a passé sous silence cette requête. En définitive, le député UMP Roland Blum, responsable de la Commission, a publié en décembre 2003 un rapport qui affirmait qu'aucun accord entre la France et l'Argentine n'avait été signé (bien que Robin donne la cote exacte du rapport dans les Archives du Quai d'Orsay[8],[9]). Roland Blum a refusé de recevoir Robin, avant ou après cette décision.

Enfin, lorsque le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin voyagea au Chili en février 2004, à la suite d'une question de journalistes locaux, il répondit qu'il n'y avait eu aucune coopération entre la France et les régimes militaires d'Amérique latine[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p. 335.
  2. Entretien avec Marie-Monique Robin, LDH
  3. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], p. 175
  4. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p. 254 (entretien de l'auteur avec Carl Bernard)
  5. Le journaliste Paulo Paranagua, du Monde, qualifie ainsi le livre de Robin, à l'occasion d'une chronique d'un livre de Sergio Correa da Costa, comme constituant un « excellent ouvrage » : « Un réquisitoire contre Juan Peron », Le Monde, 8 avril 2008
  6. Voir l'appréciation de Gilles Ferragu, maître de conférences à l'université Paris-X : « escadrons de la mort, l’école française » par Marie-Monique Robin
  7. MM. Giscard d'Estaing et Messmer pourraient être entendus sur l'aide aux dictatures sud-américaines, Le Monde, 25 septembre 2003
  8. « Série B. Amérique 1952-1963. Sous-série : Argentine, n° 74. Cotes : 18.6.1. mars 52-août 63 ».
  9. RAPPORT FAIT AU NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SUR LA PROPOSITION DE RÉSOLUTION (n° 1060), tendant à la création d'une commission d'enquête sur le rôle de la France dans le soutien aux régimes militaires d'Amérique latine entre 1973 et 1984, PAR M. ROLAND BLUM, Assemblée nationale française
  10. Argentine : M. de Villepin défend les firmes françaises, Le Monde, 5 février 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]