Programme Phoenix

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38° 57′ 06″ N 77° 08′ 48″ O / 38.95167, -77.14667

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Le programme Phoenix (connu au Viêt Nam sous le nom de Kế Hoạch Phụng Hoàng) était une opération secrète américaine pendant la guerre du Viêt Nam, qui combinait le recueil de renseignements et la mise sur pied d’opérations contre-révolutionnaires lancées à partir de la fin de 1969. Il s’agissait de retourner les méthodes de contrôle de la population et de guérilla contre le Front national de libération du Sud Viêt Nam dans le territoire de la République du Viêt Nam (Sud-Vietnam). Les officiels américains le définissent comme un effort systématique de coordination du renseignement et de l'exploitation[1].

Cette opération est très controversée à cause des méthodes radicales utilisées durant celle-ci.

Origine[modifier | modifier le code]

À partir de 1965, les États-Unis avaient développé un réseau de renseignement qui couvrait tout le Sud-Viêtnam afin de lutter contre le terrorisme. Face à une efficacité très limitée, la Central Intelligence Agency créa le programme Phoenix[2].

Organisation[modifier | modifier le code]

À l'occasion de ce programme qui est l'une des activités du Civil Operations and Revolutionary Development Support (en) créé le 9 mai 1967, les forces spéciales américaines et la CIA opérèrent en étroite collaboration avec les unités de reconnaissance provinciales (URP). Celles-ci étaient formées à partir d’unités telles que les forces MIKE (groupes de choc d’élite sud-vietnamien, qui avaient suivi l’entraînement des forces spéciales) et les Chieu Hoi qui rassemblaient les défecteurs du Viêt-Cong.

Les URP, corps de professionnels bien payés, furent sans doute les meilleures troupes indigènes jamais déployées en République du Viêt Nam.

Leurs conseillers sont aussi bien des membres des Special Forces de l’US Army que des SEAL de l’US Navy.

Bras armé du programme Phoenix, les URP opéraient par groupes de 10 ou 20 hommes, commandés par des instructeurs américains. Ils menèrent à bien les missions les plus diverses : renseignement et reconnaissance, embuscades et raids contre les collecteurs d’impôts, enlèvements de responsables susceptibles de fournir des informations vitales et, au besoin, assassinats ou représailles.

Ce programme fut une réussite dans le delta du Mékong, en partie en raison de la présence des SEAL et des URP. Dans l’ensemble, de 1967 à 1971, l’infrastructure du Viêt-Cong au Sud Viêt Nam passa de 80 000 ou 100 000 personnes à moins de 2 000 et même à un millier selon certaines sources.

Le nombre de victimes de cette opération parmi lesquelles il y aurait eu des civils, serait selon les sources, de 26 000 à 41 000 personnes[3],[4].

Controverses sur l'origine du programme[modifier | modifier le code]

Selon un entretien du colonel américain Carl Bernard avec la journaliste Marie-Monique Robin, c'est à partir d'un résumé du livre, non encore publié, du colonel Roger Trinquier, La guerre moderne, effectué par Paul Aussaresses et C. Bernard, que Robert Komer (en), un responsable de la CIA qui deviendra l'un des conseillers du président Lyndon Johnson pour la guerre du Viêt-nam, « a conçu l'opération Phoénix, qui est en fait une copie de la bataille d'Alger appliquée à tout le Viêt-nam du Sud. (...) Pour cela, on retournait des prisonniers, puis on les mettait dans des commandos, dirigés par des agents de la CIA ou par des bérets verts, qui agissaient exactement comme l'escadron de la mort de Paul Aussaresses. »[5]

Selon William Colby[6], l'opération Phoénix ne commença qu'en 1969 et selon un article de Robert Kaiser dans le Washington Post, on n'a jamais pu trouver la moindre trace d'assassinats.

Commissions d'enquête parlementaires[modifier | modifier le code]

Après le Watergate (1972), la lumière se jette sur la CIA et ses opérations illégales et immorales. C'est ainsi que l'opération Phoenix est critiquée. Ses dessous sont révélées en partie par un article en une du New York Times écrit par le journaliste Seymour Hersch le 22 décembre 1974 ( The New York Times "Huge C.I.A. Operation Reported in U.S. Against Anti-War Forces."). La Commission Rockfeller fut nommée par le président Carter pour enquêter. En 1975 le Sénat lance la Commission Church. La même année, le président Ford lance la Commission Nedzi remplacée 5 mois plus tard par la Commission Pike. Ces diverses commissions questionnent William Colby sur l'opération Phoenix et les assassinats ciblés. Ces remous coûtent à Colby sa place de directeur de la CIA, remplacé par G. Bush. Rien ne sera reconnu officiellement. Colby se suicidera en 1996.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Vietnam: Politique et projet, 1970 Audiences devant le comité des affaires étrangères du Sénat des États-Unis, Deuxième séance sur les opérations civiles et le programme de soutien de développement rural, février/mars 1970
  2. (en) Alfred W. McCoy, A Question of Torture : CIA Interrogation, From the Cold War to the War on Terror, New-York, Holt paperbacks,‎ , 1e éd., 310 p. (ISBN 0-8050-8248-4), p. 63-65
  3. (en) Alfred W. McCoy, A question of torture: CIA interrogation, from the Cold War to the War on Terror, Macmillan,‎ (ISBN 978-0-8050-8041-4), p. 68
  4. (en) Seymour Hersh, « Moving Targets », The New Yorker,‎ (lire en ligne) : « According to official South Vietnamese statistics, Phoenix claimed nearly forty-one thousand victims between 1968 and 1972; the U.S. counted more than twenty thousand in the same time span. »
  5. Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, p. 254 (entretien de l'auteur avec Carl Bernard)
  6. William Colby, 30 ans de CIA, chapitre IX, Projet Phoénix, vraies et fausses bavures, 1re édition 1978

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eric Denécé, Histoire mondiale des conflits - Thématique : Viêt Nam no 1 de janvier-février 2004
  • William Karel, CIA guerres secrètes 1ere partie 1947-1977 : opérations clandestines, 2003
  • (en) Frank Snepp, Decent Interval, Random House, New York, 1978
  • (en) Colonel William L. Knapp, Phoenix/Phung Hoang and the Future: A Critical Analysis of the US/GVN Program to Neutralize the Viet Cong Infrastructure, Army War College, Carlisle Barracks, Pennsylvanie, 8 mars 1971 [lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]