Daucus carota

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Daucus carota
Description de cette image, également commentée ci-après
Ombelle de carotte sauvage (Daucus carota), diamètre : 8 cm.
Classification selon Tropicos
Règne Plantae
Classe Equisetopsida
Sous-classe Magnoliidae
Super-ordre Asteranae
Ordre Apiales
Famille Apiaceae
Genre Daucus

Nom binominal

Daucus carota
L., 1753[1]

Statut de conservation UICN

DD  : Données insuffisantes

Daucus carota (carottes sauvages et cultivées) est une espèce de plantes à fleurs dicotylédones de la famille des Apiaceae, originaire des régions tempérées de l'Ancien monde.

Les carottes cultivées appartiennent à la sous-espèce, Daucus carota subsp. sativus.

Description[modifier | modifier le code]

Coupe transversale de la racine montrant le phloème secondaire hypertrophié.

Appareil végétatif[modifier | modifier le code]

La carotte sauvage est une plante herbacée érigée, souvent annuelle, parfois bisannuelle[2], faisant jusqu'à 50 cm de hauteur au stade de maturité végétative, et jusqu'à 150 cm au moment de la floraison[3]. La racine pivotante droite, conique à cylindrique, de 5 à 50 cm de long et de 2 à 5 cm de diamètre au niveau du collet, comporte de nombreuses racines secondaires fibreuses[2]. Tout comme le radis et la betterave, la tubérisation de cette racine correspond à l'hypertrophie de l'hypocotyle et d'une petite partie de la racine pivot. Cette transformation de la racine en organe de réserve, le tubercule, « est due principalement au développement du phloème secondaire. Le xylème secondaire développé participe néanmoins au stockage des glucides, principalement du saccharose, dans les vacuoles des cellules parenchymateuses »[4]. La plante a une solide tige, pleine, avec une consistance plutôt coriace, à section ronde. Elle a une surface striée, rêche et hispide. Elle est parfois ramifiée dans sa partie supérieure[2]. Elle est parcourue par des canaux sécréteurs, particulièrement abondants dans les cannelures de la hampe florale[5] qui fait de 10 à 55 cm de long[2].

Les feuilles basales de la rosette ont des pétioles de 2 à 12 cm de long. Oblongues à triangulaires, elles sont composées pennées (feuille bi à tripennatiséquée), formées de 10 à 15 folioles, elles-mêmes formées de segments séparés linéaires à lancéolés (de 2 à 15 mm de long, 0.8 à 4 mm de large). Leur face supérieure est glabre ou glabrescente, leur face inférieure poilue. Les feuilles caulinaires sont subpétiolées ou ont des pétioles dressés et des lobules terminaux petits ou minces[2].

Appareil reproducteur[modifier | modifier le code]

L'inflorescence de certaines variétés a une fleur centrale stérile (appelée « Mouche de la carotte[6] »), d'un pourpre foncé, dont le rôle reste encore débattu[7].

Les fleurs, généralement de petite taille due à l'inflorescence relativement condensée, sont obovales, de couleur blanc terne, sont regroupées dans des ombelles denses et aplaties, comprenant de 20 à 40 rayons grêles inégaux et arqués[8]. Les fleurs à symétrie pentamère peuvent être roses lorsqu'elles sont en bouton. L'ombelle peut présenter en son centre une minuscule fleur rouge, bordeaux ou brune, colorée par des anthocyanines. L'involucre est composé de 7 à 13 bractées[8] pennées ou trifurquées, caractère qui permet de différencier la plante d'autres ombellifères à fleurs blanches. Ces bractées de 0.3 à 3 cm de long sont couronnées par un long apex et entourées de marges scarieuses[2]. Chaque ombellule porte de 5 à 7 bractéoles légèrement scarieuses, aux marges blanches ciliées[2]. Le périanthe est constitué d'un calice à 5 sépales minuscules à dents dressées ou absents[9] (perte évolutive), et d'une corolle à 5 pétales libres émarginés, à limbe recourbé vers l'intérieur[10]. L'androcée est isostémone, avec 5 étamines alternipétales, à filets libres, et avec des anthères à déhiscence longitudinale. Le gynécée comprend deux carpelles antéro-postérieurs, soudés en un ovaire infère à deux carpelles[8].

Au fur et à mesure de la montée en graines, les ombelles se recourbent vers le haut sur les bords, devenant plus encombrées et développant une surface concave, formant une sorte de nid, d'où le nom vernaculaire de « nid d'oiseau » donné à cette plante[11],[12]. Lorsque les ombelles desséchées se détachent de la plante, elles se transforment en virevoltant[13].

Le fruit est un schizocarpe oblong-ovoïde aplati (de 3 à 4 mm de long, 1.5 à 2 mm de large)[2], se séparant à maturité en deux méricarpes à graine unique, à cinq côtes primaires hérissées de soies divergentes et quatre côtes secondaires portant une rangée d'épines crochues en alène (selon qu'ils sont ébarbés ou non, on en compte respectivement de 950 à 700 au gramme)[14]. Ce fruit est botaniquement parlant un diakène portant un style court et des aiguillons crochus qui favorisent l'épizoochorie[15].

Confusion possible[modifier | modifier le code]

Semblable d'aspect général à la mortelle ciguë, Daucus carota s'en distingue par un ensemble de caractères : feuilles tri-pennées, présence de poils fins sur ses solides tiges vertes et sur ses feuilles, racine à odeur caractéristique de carotte, et parfois présence d'une unique fleur rouge foncé au centre de l'ombelle[16],[17].

Distribution[modifier | modifier le code]

Daucus carota est une espèce probablement originaire d'Asie occidentale ou du Proche-Orient, mais son aire de répartition actuelle englobe toutes les régions tempérées et chaudes du monde, notamment le bassin méditerranéen, l'Asie sud-occidentale, l'Afrique tropicale, l'Australie et l'Amérique du Nord et du Sud.

Espèce thermophile et héliophile présente dans les milieux à sols secs, elle est considérée comme une mauvaise herbe des cultures dans de nombreux pays[18]. Espèce neutrocalcicole, mésoxérophile à tendance nitrocline, elle vit typiquement sur des pentes montagneuses, dans des « friches vivaces et prairies sèches, pelouses calcicoles, bermes, talus, bords des cultures et jachères ». Présentant un caractère anthropophile, elle s'immisce dans toutes les formations rudérales sèches (Onopordetalia acanthii)[2],[19].

Taxinomie[modifier | modifier le code]

L'espèce Daucus carota a été décrite officiellement pour la première fois par Linné dans son Species Plantarum publié en 1753[20].

Synonymes[modifier | modifier le code]

Au cours de son histoire taxinomique, l'espèce a reçu un certain nombre de synonymes[21] :

  • Daucus abyssinicus C.A. Mey.
  • Daucus carota convar. afganicus Setchkarev
  • Daucus carota convar. sativus Setchkarev
  • Daucus carota L. subsp. sativus (Hoffm.) Thell.
  • Daucus carota L. var. atrorubens Alef.
  • Daucus carota L. var. sativus DC.
  • Daucus carota L. var. sativus Hoffm.
  • Daucus carota var. sativus Hoffm.
  • Daucus gingidium L.
  • Daucus sativa (Hoffm.) Pass.

Liste des sous-espèces[modifier | modifier le code]

Selon The Plant List (10 août 2015)[1] :

  • sous-espèce Daucus carota subsp. azoricus Franco
  • sous-espèce Daucus carota subsp. commutatus (Paol.) Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. drepanensis (Arcang.) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. fontanesii Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. gadecaei (Rouy & E.G.Camus) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. gummifer (Syme) Hook.f.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. halophilus (Brot.) A.Pujadas
  • sous-espèce Daucus carota subsp. hispanicus (Gouan) Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. majoricus A.Pujadas
  • sous-espèce Daucus carota subsp. maritimus (Lam.) Batt.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. maximus (Desf.) Ball
  • sous-espèce Daucus carota subsp. rupestris (Guss.) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. sativus (Hoffm.) Arcang. (carotte cultivée).

Liste des sous-espèces et variétés[modifier | modifier le code]

Selon Tropicos (10 août 2015)[22] (Attention liste brute contenant possiblement des synonymes) :

  • sous-espèce Daucus carota subsp. abyssinicus (C.A. Mey.) ined.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. azoricus Franco
  • sous-espèce Daucus carota subsp. boissieri (Schweinf.) Hosni
  • sous-espèce Daucus carota subsp. cantabricus A. Pujadas
  • sous-espèce Daucus carota subsp. capillifolius (Gilli) Arb.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. carota
  • sous-espèce Daucus carota subsp. commutatus (Paol.) Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. dentatus (Bertol.) Fiori
  • sous-espèce Daucus carota subsp. drepanensis (Arcang.) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. fontanesii Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. gadecaei (Rouy & E.G. Camus) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. gummifer Hook. f.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. halophilus (Brot.) A. Pujadas
  • sous-espèce Daucus carota subsp. hispanicus Thell.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. hispidus Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. major Arcang.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. majoricus A. Pujadas
  • sous-espèce Daucus carota subsp. maritimus Batt.
  • sous-espèce Daucus carota subsp. mauritanicus (L.) Quézel & Santa
  • sous-espèce Daucus carota subsp. maximus (Desf.) Ball
  • sous-espèce Daucus carota subsp. parviflorus (Desf.) Fiori
  • sous-espèce Daucus carota subsp. rupestris (Guss.) Heywood
  • sous-espèce Daucus carota subsp. sativus (Hoffm.) Arcang. (carotte cultivée)
  • variété Daucus carota var. boissieri Schweinf.
  • variété Daucus carota var. carota
  • variété Daucus carota var. commutatus Paol.
  • variété Daucus carota var. gummifer Hook. f.
  • variété Daucus carota var. maritimus (Lam.) Steud.
  • variété Daucus carota var. sativus Hoffm.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Alimentaire[modifier | modifier le code]

Toute la plante est comestible. La racine, consommée crue ou cuite, est tendre et sucrée la première année. « L'année suivante, elle devient ligneuse à l'intérieur, avec pour seule partie comestible une mince couche extérieure charnue mais fibreuse », ce qui la rend inconsommable[23]. Les feuilles (appelées fanes), consommées crues ou cuites, peuvent être ajoutées aux salades que décorent les fleurs. Les Crétois récoltent les jeunes tiges (« stafilinakas ») à la saveur rappelant un peu l'anis[23]. Les fruits dégageant au froissement une odeur très aromatique de poire, forment un excellent condiment qui parfume desserts et boissons[24].

Un mythe veut que la consommation de carottes rende aimable, et les cuisses ou les fesses roses. Une explication est que le fait de croquer une carotte permet de « mordre », de décharger son agressivité sur l'aliment et de se calmer[25]. Cet adage pourrait s'expliquer aussi par une vieille tradition qui consiste à faire avancer un âne, animal têtu au fort caractère, en mettant une carotte sous son nez, ce qui rendait sa compagnie plus agréable[26]. Quant à la peau rose, elle peut être induite par une importante consommation de végétaux riches en caroténoïdes, ce qui peut entraîner une hypercaroténose. Les caroténoïdes de la carotte peuvent pigmenter et colorer certaines parties du corps qui fixent plus que d'autres la couleur (plis du nez et des lèvres, entre les doigts, plantes des pieds et paumes des mains, voire chez certains hommes de la peau du scrotum) mais pas les cuisses ou les fesses[26].

Moyen contraceptif[modifier | modifier le code]

Les Amish des États-Unis utilisaient les fruits de carotte comme moyen de contraception d'urgence[27].

Symbole[modifier | modifier le code]

La carotte sauvage est la fleur officielle du comté de Howard (Maryland, États-Unis) depuis le 4 septembre 1984[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b The Plant List, consulté le 10 août 2015
  2. a b c d e f g h et i (en) Zhenghao Xu, Le Chang, Identification and control of common weeds, Springer, , p. 17.
  3. G. J. H. Grubben, Légumes, PROTA, (lire en ligne), p. 315.
  4. Valérie Boutin, Laurent Geray, Yann Krauss, Carole Vilbert, Atlas de biologie, Dunod, , p. 79.
  5. Marie-Pierre Arvy, François Gallouin, Légumes d'hier et d'aujourd'hui, Humensis, , p. 103.
  6. C'est également le nom de la mouche de la carotte, insecte dont la larve cause du dommage à cette plante en forant des galeries dans la racine. « Carotte Sauvage: le palace à insectes », sur sauvagesdupoitou.com, .
  7. Guide de nectar attirant les pollinisateurs ? Réduction d'infestation par des insectes parasites en mimant une galle déjà présente, ce qui dissuade ces insectes de pondre dessus ? Cf (en) Sabrina Polte, Klaus Reinhold, « The function of the wild carrot's dark central floret: attract, guide or deter ? », Plant Species Biology, vol. 28, no 1,‎ , p. 81–86 (DOI 10.1111/j.1442-1984.2012.00368.x).
  8. a b et c G. J. H. Grubben, Légumes, PROTA, , p. 316.
  9. Les sépales sont absents ou très réduits du fait que le calice est presque complètement soudé à l'ovaire.
  10. Marie-Pierre Arvy, François Gallouin, Légumes d'hier et d'aujourd'hui, Humensis, , p. 104.
  11. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Flore d'Île-de-France, Editions Quae, , p. 431.
  12. (en) Roger Tory Peterson, Margaret McKenny, A field guide to wildflowers, Houghton Mifflin Harcourt, , p. 48.
  13. (en) Herbert Waldron Faulkner, The Mysteries of the Flowers, Frederick A. Stokes, , p. 210.
  14. Marie-Pierre Arvy, François Gallouin, Légumes d'hier et d'aujourd'hui, Humensis, , p. 105.
  15. (en) David McClintock, R.S.R. Fitter, The Pocket Guide to Wild Flowers, Collins, , p. 103.
  16. (en) « Noxious weeds: Poison-hemlock », Washington, King County.
  17. (en) « Hemlock Poisoning », sur Medscape.
  18. (en) « Daucus carota L. », Center for New Crops & Plant Products,.
  19. Philippe Jauzein, Olivier Nawrot, Gérard Aymonin, Flore d'Ile-de-France, Quae, , p. 665.
  20. (la) Linné, Species Plantarum, vol. 1, Stockholm, Laurentii Salvii, (lire en ligne), p. 242
  21. (en) Stanley J. Kays, « 3. Latin binomials and synonyms », dans Cultivated Vegetables of the World: A Multilingual Onomasticon, Wageningen Academic Publishers, (ISBN 978-90-8686-720-2), p. 617–708
  22. Tropicos, consulté le 10 août 2015
  23. a et b François Couplan, Le régal végétal. Plantes sauvages comestibles, Editions Ellebore, (lire en ligne), p. 461.
  24. François Couplan, Le guide de la survie douce en pleine nature, Larousse, (lire en ligne), p. 112.
  25. Anne-Marie Adine, Jean-Paul Blanc, Les carottes rendent aimable ? 313 idées reçues sur la nutrition, First Editions, (lire en ligne), p. 17.
  26. a et b Emaline Pellettier, « Idée reçue : la carotte rend aimable et donne les fesses roses », sur topsante.com, .
  27. François Couplan, Le régal végétal. Plantes sauvages comestibles, Editions Ellebore, , p. 462.
  28. (en) « Official symbols », Howard County (MD) (consulté le 10 août 2015).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]