Guide de nectar

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Images d'une fleur de Mimulus en lumière visible (à gauche) et en ultraviolette (à droite), montrant le guide à nectar sombre.

Le guide de nectar, appelé aussi guide à nectar ou guide nectarifère correspond, chez certaines espèces de fleurs, à des dessins particuliers sur les pétales (lignes rayonnant du centre de la fleur, points ou taches) ayant pour fonction de guider les pollinisateurs vers leur nourriture, généralement du nectar, du pollen, ou les deux. Certaines plantes attirent par leurs guides les pollinisateurs vers leurs résines, leurs parfums, leurs cires ou leurs huiles : ce ne sont pas des guides nectarifères au sens propre mais ils ont un rôle dans le guidage des insectes[1]. Aussi, le terme général de guide floral est parfois utilisé[2].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les fleurs tout juste écloses du marronnier sont blanc crème avec un cœur jaune servant de guide à nectar. Les fleur fécondées ont un cœur rouge qui fait disparaître ce guide aux yeux des insectes ne voyant pas cette couleur.

De nombreuses espèces sauvages d’abeilles ont une préférence innée pour les pétales dans la gamme colorée du violet-bleu[3],[4], couleurs souvent associées à des fleurs plus riches en nectar[5],[6]. Les abeilles ont en effet des yeux composés constitués de 6 900 ommatidies comportant neuf types de cellules photoréceptrices qui ont des sensibilités spectrales différentes. Depuis les travaux de Karl von Frisch, les chercheurs ont mis en évidence que leur spectre visible s'étend de 330 nm à 650 nm et distingue 5 bandes : 650-500 nm, « jaune de l'abeille » qui correspond aux couleurs orange, jaune et vert de l'Homme ; 500-480 nm, « bleu-vert de l'Abeille » ; 480-410 nm « bleu » ; 410-390 nm « violet » ; 360-300 nm « ultra-violet ». Comme chez l'Homme, leur vision trichromatique est construite à partir de trois couleurs primaires (vert, bleu et ultra-violet) mais décalée vers les faibles longueurs d'ondes, ne reconnaissant pas le rouge qui leur semble très foncé, presque noir. Elles distinguent également le « pourpre de l'Abeille » qui résulte du mélange des lumières des deux extrémités du spectre, jaune et ultra-violet[7].

Mais de nombreuses plantes n’ont pas la capacité génétique et biochimique de produire des pigments dans le spectre bleu à ultraviolet[8]. Aussi élaborent-elles des guides parfois visibles pour l'homme, tels les guides oranges de la Linaria genistifolia sur ses fleurs jaunes ou les rayures au fond de la corolle des Viola odorata. Chez certaines plantes, comme le tournesol ou les onagres, ils ne sont visibles que sous une lumière ultraviolette que peuvent percevoir les abeilles ou certains insectes. La vision dans les ultraviolets leur permet de percevoir ces guides nectarifères ainsi que les zones contrastées situées généralement à la base des pétales (exemple des renoncules), ce qui les attire vers la source de nectar[9]. Les fleurs aux pétales rouges, couleur non perçue par les abeilles, peuvent utiliser d'autres dispositifs (émission d'ultra-violet, d'odeur plus forte)[10].

Ce guide peut disparaître pour orienter différemment les pollinisateurs. Par exemple, l'inflorescence au printemps du marronnier d'Inde est constituée de fleurs blanc crème avec des taches jaunes au centre, servant de signaux à nectar. Quand la fleur est fécondée (n'ayant donc plus besoin d'être pollinisées), les taches deviennent rouges, couleur non perçue par les pollinisateurs qui se concentrent sur celles qui restent à féconder[11].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) S L Buchmann, « The Ecology of Oil Flowers and their Bees », Annual Review of Ecology and Systematics, vol. 18, no 1,‎ , p. 343-369 (DOI 10.1146/annurev.es.18.110187.002015)
  2. (en) Dinkel T., Lunau K, « How drone flies (Eristalis tenax L., Syrphidae, Diptera) use floral guides to locate food sources », Journal of Insect Physiology, vol. 47, no 10,‎ , p. 1111-1118
  3. (en) M. Giurfa, J. Núñez, L. Chittka, R. Menzel, « Colour preferences of flower-naive honeybees », Journal of Comparative Physiology A, vol. 77, no 3,‎ , p. 247–259
  4. (en) Nigel E. Raine, Thomas C. Ings, Anna Dornhaus, Nehal Saleh, Lars Chittka, « Adaptation, Genetic Drift, Pleiotropy, and History in the Evolution of Bee Foraging Behavior », Adv. Stud. Behav., vol. 36,‎ , p. 305–354 (DOI 10.1016/S0065-3454(06)36007-X)
  5. (en) Nigel E. Raine, Lars Chittka, « Nectar production rates of 75 bumblebee-visited flower species in a German flora (Hymenoptera: Apidae: Bombus terrestris) », Entomol. Gen, vol. 30, no 2,‎ , p. 191–192
  6. (en) Nigel E. Raine, Lars Chittka, « The adaptive significance of sensory bias in a foraging context: floral colour preferences in the bumblebee Bombus terrestris », PLoS One, vol. 2,‎ (DOI 10.1371/journal.pone.0000556)
  7. J. Raccaud-Schoeller, Les insectes : physiologie, développement, Masson, , p. 77
  8. (en) K. Yoshida, M. Mori, T. Kondo, « Blue flower color development by anthocyanins: from chemical structure to cell physiology », Nat Prod Rep., vol. 26, no 7,‎ , p. 884-915 (DOI 10.1039/b800165k)
  9. La récolte du pollen et du nectar par l'Abeille domestique, sur biologie.ens-lyon.fr
  10. Vincent Albouy, Les insectes ont-ils un cerveau ?, Quae, (lire en ligne), p. 34
  11. Vincent Albouy, « Les fleurs parlent aux insectes », Insectes, no 133,‎ , p. 9

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]