Dénialisme

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En psychologie comportementale, le dénialisme (denialism) est le choix de nier un fait ou un consensus sans justification rationnelle. Le terme adéquat est « dénégation »[réf. souhaitée] ; mais le terme de « déni » est plus souvent employé, par abus de langage et par anglicisme[réf. nécessaire][a]. C'est parfois un moyen mis en place afin d'éviter une vérité psychologiquement inconfortable[1].

Face à la science, le dénialisme est, le rejet du consensus scientifique sur un sujet donné, en faveur d'idées radicales controversées[2] à un niveau médiatique. Ce déni se caractérise donc par le rejet des preuves scientifiques accablantes ; la création de contenus faussement scientifiques ; les tentatives de générer une controverse[3][4] ; les tentatives de nier l'existence d'un consensus.

En sociologie, le dénialisme est aussi un comportement individuel ou collectif de malhonnêteté ou de laxisme qui consiste à ne pas prendre en compte un fait.

Description[modifier | modifier le code]

Face à la science, le dénialisme se caractérise par le rejet des preuves scientifiques ; la création de contenus faussement scientifiques ; les tentatives de générer une controverse[3][4] ; les tentatives de nier l'existence d'un consensus. Si cette posture est irrationnelle ; ses motivations ne le sont généralement pas.

Le déni de la science s’est accru considérablement ces dernières années. Un facteur majeur est la propagation rapide de la désinformation et des fausses nouvelles par les médias sociaux (comme Facebook), ainsi que la mise en évidence de cette désinformation dans les recherches Google[5]. Cependant, John Cook et ses collègues[6],[7],[8] ont montré que la théorie de l’inoculation psychologique peut contrer le déni.

Les motivations et les causes du déni comprennent les croyances religieuses, le machiavélisme (populisme) et l'intérêt personnel (économique, politique ou financier, etc.) ; mais aussi, les mécanismes de défense destinés à protéger la psyché contre des faits et des idées mentalement dérangeants[9][10], souvent appelés dissonance cognitive en termes de psychologie.

Une autre cause importante du déni est le refus d'endosser ses responsabilités (« c'est pas mon problème. »). La nature du déni n'est alors plus dans la non-reconnaissance d'un fait ; mais dans le refus de le prendre en considération (eg. le déni de justice, la politique de l'autruche). C'est une forme implicite du déni.[réf. souhaitée]

Dénialisme et négationnisme[modifier | modifier le code]

En langue française, les termes dénialisme et négationnisme ont deux sens voisins mais sensiblement différents. Tous deux désignent le déni de faits établis, mais le dénialisme désigne plutôt le déni de faits scientifiques tel que le réchauffement climatique tandis que le négationnisme désigne le déni de faits historiques telle que la Shoah. Comme l'explique le philosophe Normand Baillargeon, « on pourra être tenté de traduire dénialisme par « négationnisme ». Cependant, ce serait oublier que ce mot désigne déjà, en français, le refus d’admettre la réalité de la Shoah qui est un fait historiquement prouvé. »[réf. nécessaire] Le terme négationnisme est également utilisé par certains pour désigner le déni de l'existence de communautés immigrantes en France, d'une deuxième religion comme l'Islam ou encore des guerres coloniales tel que la guerre d'Algérie[11][source insuffisante]. On peut considérer le négationalisme comme un cas particulier de dénialisme, visant des faits établis par la science historique.

Exemples[modifier | modifier le code]

Il y a de nombreux cas de dénialisme, les principaux sont d'après Normand Baillargeon[12] :

Déni du réchauffement climatique[modifier | modifier le code]

« Déni du réchauffement climatique » est une expression qui désigne, de manière générale, une attitude de déni face au consensus scientifique relatif au réchauffement de la planète.

Certaines personnes admettent qu'il y a un réel changement, allant dans le sens d'un réchauffement global, mais nient que ce changement a une origine ou une part anthropique ; ils l'attribuent exclusivement aux variations naturelles du climat. D'autres nient que ce changement affecte déjà négativement les écosystèmes ou qu'il puisse affecter les sociétés humaines, estimant parfois que le CO2 ou le réchauffement est une chance pour le tourisme ou l'agriculture ; ces derniers jugent alors inutile toute démarche d'adaptation au changement climatique[13].

Certains « négateurs » approuvent le terme de « déni ». D'autres préfèrent se dire « climatosceptiques »[13], mais plusieurs scientifiques estiment que le mot « scepticisme » est désormais inexact pour qualifier l'attitude de négation du réchauffement climatique anthropique[14],[15].

Au sens large, ce déni peut aussi être « implicite » : quand des individus ou des groupes sociaux acceptent les hypothèses et démonstrations scientifiques, mais sans parvenir à les traduire en action ou en changements de comportements. Plusieurs travaux de sciences sociales ont analysé ces attitudes, en les classant comme des formes de négationnisme[16],[17] voire de pseudoscience[18]. Toutes ces formes de déni alimentent la controverse sur le changement climatique, et inversement.

Des campagnes visant à saper la confiance du public dans les sciences du climat ont été mises en évidence, en Amérique du Nord notamment. Elles ont été décrites comme une « machine à produire du déni », construite, financée et entretenue par des intérêts industriels, politiques et idéologiques, trouvant des relais dans les médias conservateurs et les « blogueurs sceptiques » afin de créer l'impression qu'il existe une grande incertitude autour des données montrant que la planète se réchauffe[19],[20].

Selon des observateurs tels que Naomi Klein (2011), ces campagnes de déni sont soutenues par ceux qui prônent des politiques économiques conservatrices, et par des intérêts industriels opposés à la réglementation ou la taxation des émissions de CO2 (et équivalent CO2)[21], en particulier les lobbies du charbon et plus généralement des énergies fossiles, les frères Koch, des groupes de défense de l'industrie ainsi que des think tanks conservateurs et libertariens, souvent américains[22],[23],[24],[25]. Plus de 90 % des articles « sceptiques » sur le changement climatique proviennent de groupes de réflexion classés à droite[26].

Bien que, depuis la fin des années 1970, les sociétés pétrolières soient arrivées au cours de leurs recherches à des conclusions correspondant largement au consensus scientifique sur le réchauffement de la planète, elles ont fomenté une longue campagne de dénégation du changement climatique — durant plusieurs décennies — en s'appuyant sur une stratégie qui a été comparée au déni organisé sur les dangers du tabagisme par l'industrie du tabac[27],[28],[29].

Le déni du changement climatique et la controverse politique sur le réchauffement ont eu une forte incidence sur les politiques en matière de réchauffement de la planète, sapant une partie des efforts déployés pour lutter contre le changement climatique ou pour s'y adapter[30],[22],[31]. Ceux qui encouragent ou créent ce déni utilisent couramment des tactiques et moyens rhétoriques donnant l’apparence d’une controverse scientifique là où il n’y en a pas[32],[33].

Déni de la théorie du germe[modifier | modifier le code]

Le déni de la théorie du germe est une croyance pseudoscientifique qui prétend que les bactéries et virus ne causent pas de maladies.

SIDA[modifier | modifier le code]

La négation du SIDA et de nombreuses théories du complot liées fleurissent notamment sur Internet[34]. Thabo Mbeki, ancien président sud-africain, a freiné l'accès des malades sud-africains aux antirétroviraux en partie sous l'influence de ce dénialisme[35].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette subtilité n'existe pas en anglais, où il n'existe qu'un seul terme “denial”.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maslin 2009.
  2. Scudellari 2010.
  3. a et b Diethelm et McKee 2009.
  4. a et b McKee et Diethelm 2010.
  5. (en) Sander van der Linden, Anthony Leiserowitz, Seth Rosenthal et Edward Maibach, « Inoculating the Public against Misinformation about Climate Change », Global Challenges, vol. 1, no 2,‎ , p. 1600008 (PMID 31565263, PMCID PMC6607159, DOI 10.1002/gch2.201600008, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) John Cook, Stephan Lewandowsky et Ullrich K. H. Ecker, « Neutralizing misinformation through inoculation: Exposing misleading argumentation techniques reduces their influence », PLOS ONE, vol. 12, no 5,‎ , e0175799 (ISSN 1932-6203, DOI 10.1371/journal.pone.0175799, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. Andrew Zucker, « Commentary: Using Critical Thinking Skills to Counter Misinformation », Science Scope, vol. 042, no 08,‎ (ISSN 0887-2376, DOI 10.2505/4/ss19_042_08_6, lire en ligne, consulté le )
  8. (en-US) Marc Kreidler, « Using Humor and Games to Counter Science Misinformation | Skeptical Inquirer » [archive du ], (consulté le )
  9. Hambling 2009.
  10. Monbiot 2006.
  11. Patrick Harismendy, « Algérie-France : sortie(s) de guerre et « entrée en paix » », dans Algérie : sortie(s) de guerre, Presses universitaires de Rennes, (ISBN 978-2-7535-3264-9, lire en ligne), p. 9–13
  12. Normand Baillargeon, « Un nouvel ennemi: le dénialisme », Québec Science,‎ (lire en ligne)
  13. a et b (en) « Why Is It Called Denial? », National Center for Science Education, (consulté le )
  14. Karin Edvardsson Björnberg et al., « Climate and environmental science denial: A review of the scientific literature published in 1990-2015 », Journal of Cleaner Production, vol. 167,‎ , p. 229–241 (DOI 10.1016/j.jclepro.2017.08.066)
  15. Saffron J. O'Neill, sjoneill@unimelb.edu.au et Max Boykoff, « Climate denier, skeptic, or contrarian? », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 107, no 39,‎ , E151 (ISSN 0027-8424, PMID 20807754, PMCID 2947866, DOI 10.1073/pnas.1010507107, Bibcode 2010PNAS..107E.151O) :

    « Using the language of denialism brings a moralistic tone into the climate change debate that we would do well to avoid. Further, labeling views as denialist has the potential to inappropriately link such views with Holocaust denial… However, skepticism forms an integral part of the scientific method and thus the term is frequently misapplied in such phrases as "climate change skeptic". »

  16. Dunlap 2013, p. 691–698 : « There is debate over which term is most appropriate… Those involved in challenging climate science label themselves "skeptics"… Yet skepticism is…a common characteristic of scientists, making it inappropriate to allow those who deny AGW to don the mantle of skeptics…It seems best to think of skepticism-denial as a continuum, with some individuals (and interest groups) holding a skeptical view of AGW…and others in complete denial »
  17. Timmer 2014
  18. Sven Ove Hansson: Science denial as a form of pseudoscience. Studies in History and Philosophy of Science 63, (2017), 39-47, DOI:10.1016/j.shpsa.2017.05.002
  19. Dunlap 2013, p. 691–698 : « From the outset, there has been an organized "disinformation" campaign… to "manufacture uncertainty" over AGW … especially by attacking climate science and scientists … waged by a loose coalition of industrial (especially fossil fuels) interests and conservative foundations and think tanks … often assisted by a small number of 'contrarian scientists. … greatly aided by conservative media and politicians … and more recently by a bevy of skeptical bloggers. This 'denial machine' has played a crucial role in generating skepticism toward AGW among laypeople and policy makers »
  20. Begley 2007 : ICE and the Global Climate Coalition lobbied hard against a global treaty to curb greenhouse gases, and were joined by a central cog in the denial machine: the George C. Marshall Institute, a conservative think tank. … the denial machine—think tanks linking up with like-minded, contrarian researchers.
  21. (en) Naomi Klein, Capitalism vs. the Climate [PDF], The Nation, 2011 (consulté le 2 janvier 2012).
  22. a et b Jacques, Dunlap et Freeman 2008, p. 351 : « Conservative think tanks…and their backers launched a full-scale counter-movement… We suggest that this counter-movement has been central to the reversal of US support for environmental protection, both domestically and internationally. Its major tactic has been disputing the seriousness of environmental problems and undermining environmental science by promoting what we term 'environmental scepticism.' »
  23. Dunlap 2013 : « The campaign has been waged by a loose coalition of industrial (especially fossil fuels) interests and conservative foundations and think tanks… These actors are greatly aided by conservative media and politicians, and more recently by a bevy of skeptical bloggers. »
  24. David Michaels (2008), Doubt Is Their Product (en): How Industry's Assault on Science Threatens Your Health.
  25. James Hoggan et Richard Littlemore, Climate Cover-Up : The Crusade to Deny Global Warming, Vancouver, Greystone Books, , 250 p. (ISBN 978-1-55365-485-8, lire en ligne) See, e.g., p. 31 ff, describing industry-based advocacy strategies in the context of climate change denial, and p73 ff, describing involvement of free-market think tanks in climate-change denial.
  26. (en) Jordi Xifra, « Climate Change Deniers and Advocacy: A Situational Theory of Publics Approach », American Behavioral Scientist, vol. 60, no 3,‎ , p. 276-287 (DOI 10.1177/0002764215613403).
  27. (en) Timothy Egan, « Exxon Mobil and the G.O.P.: Fossil Fools », The New York Times,
  28. (en) Suzanne Goldenberg, « Exxon knew of climate change in 1981, email says – but it funded deniers for 27 more years », The Guardian, (consulté le ).
  29. (en) 'Shell knew': oil giant's 1991 film warned of climate change danger - The Guardian, 28 février 2017.
  30. Dunlap 2013 : Even though climate science has now firmly established that global warming is occurring, that human activities contribute to this warming… a significant portion of the American public remains ambivalent or unconcerned, and many policymakers (especially in the United States) deny the necessity of taking steps to reduce carbon emissions…From the outset, there has been an organized "disinformation" campaign… to generate skepticism and denial concerning AGW.
  31. Painter et Ashe 2012 : Despite a high degree of consensus amongst publishing climate researchers that global warming is occurring, and that it is anthropogenic, this discourse, promoted largely by non-scientists, has had a significant impact on public perceptions of the issue, fostering the impression that elite opinion is divided as to the nature and extent of the threat.
  32. (en) Mark Hoofnagle, « Hello Science blogs (Welcome to Denialism blog) », « Denialism is the employment of rhetorical tactics to give the appearance of argument or legitimate debate, when in actuality there is none. These false arguments are used when one has few or no facts to support one's viewpoint against a scientific consensus or against overwhelming evidence to the contrary. They are effective in distracting from actual useful debate using emotionally appealing, but ultimately empty and illogical assertions. Examples of common topics in which denialists employ their tactics include: Creationism/Intelligent Design, Global Warming denialism… » et « 5 general tactics are used by denialists to sow confusion. They are conspiracy, selectivity (cherry-picking), fake experts, impossible expectations (also known as moving goalposts), and general fallacies of logic.
  33. (en) Pascal Diethelm et Martin McKee, « Denialism: what is it and how should scientists respond? », The European Journal of Public Health, vol. 19, no 1,‎ , p. 2-4 (DOI 10.1093/eurpub/ckn139)
  34. « « Le sida n’existe pas » : le VIH aussi a ses théories du complot », sur rue89, (consulté le )
  35. Alan Vonlanthen, « Dossier – le dénialisme scientifique (ou négationnisme de la science) », sur podcastscience, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]