Déficit de femmes

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Le déficit de femmes désigne le déséquilibre du sex-ratio en faveur des hommes dans certains pays. Cette situation existe notamment en Asie, en particulier en Chine, en Inde, au Pakistan, en Afghanistan.

Dans ces pays, la naissance d'une fille est souvent considérée comme un poids car elle quitte sa famille à son mariage pour enrichir un autre foyer. Ce coût est parfois aggravé par le paiement d'une dot au moment du mariage par la famille de la femme. À l'inverse, un garçon assure la continuité du foyer et des revenus. Pour s'épargner ces inconvénients, des couples choisissent alors d'avoir des garçons plutôt que des filles. Ce choix peut prendre la forme d'un avortement si l'on peut déterminer le sexe du fœtus, d'infanticides à la naissance, ou de négligence des filles au profit des garçons.

Une idylle enfantine, tableau de Bouguereau peint en 1900.

Projections démographiques[modifier | modifier le code]

Les estimations actuelles (2008) concernant le déficit de femmes portent sur 100 millions de personnes[1] et pourrait atteindre 200 millions en 2025[2].

Chine[modifier | modifier le code]

Estampe décrivant la répartition des rôles de la vie communautaire dans la culture chinoise traditionnelle.

De façon traditionnelle, en Chine, la naissance d’une fille est considérée par les familles comme un désastre. Selon les traditions ancestrales, c’est par le garçon que se transmettra le nom et le patrimoine de la famille. De plus, c’est lui qui restera, même après son mariage, auprès de ses parents et s’occupera d’eux à leur vieillesse.

Quant à la fille, elle est appelée à se marier un jour et à quitter ainsi les siens. De ce fait, elle est perçue comme une charge, un fardeau lourd à supporter économiquement. En Chine, la politique de l'enfant unique en vigueur depuis 1979 a aggravé la situation des filles : « Puisqu’il ne faut avoir qu’un seul enfant alors ce sera forcément un garçon », tel est le raisonnement de millions de parents.

Le recours grandissant à l’échographie prénatale, y compris dans les campagnes, est la principale cause des interruptions volontaires de grossesse.

Un déséquilibre filles/garçons se creuse : on compte 117 naissances masculines en moyenne pour 100 naissances féminines alors qu'au niveau mondial, 105 garçons naissent en moyenne, pour 100 filles[1]. Un grand nombre d’hommes ne trouveront jamais de femme pour créer une famille dans les années à venir, ce qui engendre des trafics de femmes et une accentuation du développement de la prostitution en République populaire de Chine.

Inde[modifier | modifier le code]

Migration pendulaire à Mumbai. Depuis sa transition démographique, l'Inde a multiplié par 5 sa population, mais l'écart entre les naissances des garçons et des filles a été décuplé dans la même durée [réf. nécessaire].

En Inde, la naissance d'une fille peut signifier pour ses parents une catastrophe financière annoncée car ils devront payer une dot importante pour la marier. Pour cette raison des femmes préfèrent vérifier le sexe du fœtus lors de l'échographie, bien que l'annonce du sexe par le médecin soit interdite par la loi. Certaines femmes avortent plusieurs fois dans leur vie jusqu’à être sûres d’attendre un garçon.

Ce sont les régions prospères et les grandes villes, là où les dots sont élevées, qui voient naître le moins de filles : certains villages du Penjab affichent moitié moins de naissances de filles que de garçons. D’où un déficit croissant de femmes : au recensement de 2001, l’Inde comptait plus de 36 millions d'hommes de plus que de femmes. À Mumbai, par exemple, les femmes « manquantes » représentent presque un quart de la population féminine[3].

Cette situation a des conséquences considérables qui inquiètent les autorités publiques de voir des villages entiers d'hommes célibataires se constituer, avec les déséquilibres induits ; ainsi que des trafics d'êtres humains comportant des rapts qui sont apparus en réponse à cette situation.

Japon[modifier | modifier le code]

Sans être concerné par la politique de l'enfant unique qui caractérise la Chine, le Japon montre des traits de similitude de par ses traditions sociales qui célèbrent les garçons dans une famille au détriment des filles. Le taux de masculinité pour la tranche d'âge 0-6 ans est toutefois de 105 : ce chiffre, stable dans le temps, est devenu inférieur de deux points à la moyenne mondiale, du fait de l'augmentation de celle-ci (soit 107 en 2011)[4].

Le détail est relevé par la romancière Amélie Nothomb qui affirme[5] avoir pris conscience, à trois ans dit-elle, de l'acuité des problématiques de la condition féminine dans son pays d'adoption en dénonçant le caractère inique des traditions visant, lors d'une fête calendaire, à hisser des fagnons-carpes sur un mat indiquant au voisinage la présence de garçons dans la maisonnée.[pertinence contestée]

Points de vue religieux[modifier | modifier le code]

  • Une prière juive du matin débute par "Merci mon Dieu de ne pas m'avoir fait femme..." (baroukh ata adonaï che lo asani isha)[6][réf. incomplète]. Cette bénédiction est aujourd'hui prononcée de façon minoritaire dans le judaïsme au niveau mondial, puisque les mouvements non orthodoxes l'ont remplacée par la formulation: " Béni sois-tu Eternel notre Dieu, Roi du monde, qui m'a créé à ton image" (en référence à Gen. 1:27)[7], phrase mettant en avant l'égalité et l'action commune des hommes et des femmes dans le rôle de poursuite de la création divine. Par ailleurs, cette bénédiction admet au moins une formulation exactement opposée: "Béni sois-tu Eternel notre Dieu, Roi du monde, qui m'a créée femme et non homme", comme l'atteste un livre de prière italien du 14iem siècle (voir: article du journal Haaretz). Au delà de cet élément unique de la pière, le judaïsme, s'il différencie les sexes, ne donne pas de prédominance de l'un sur l'autre. Un couple a fait son "devoir" s'il donne naissance à une fille et un garçon, de façon à conserver un équilibre de population. L'avortement n'est pas autorisé, sauf mise en danger de la vie de la mère et de l'enfant, et le passage de la ligature d'Isaac (souvent connu, à tort, comme son sacrifice) marque la fin symbolique de l'infanticide. Le vendredi soir, lors des prières d'entrée de chabbat, il est de coutume que les parents (père et mère) bénissent leurs enfants (filles et garçons), en appelant sur eux les qualités attribuées respectivement aux matriarches et patriarches.
  • En Inde lors des mariages, on souhaite à la jeune mariée de nombreux fils mais pas de filles.[réf. nécessaire]
  • Le catholicisme interdit l'avortement, quel que soit le sexe du bébé.
  • L'islam interdit l'infanticide. Le Coran contient des versets sur l'infanticide des filles à la naissance (sourate 81, versets 8 et 9): "Et qu’on demandera à la fillette enterrée vivante pour quel péché elle a été tuée"[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dwight H. Perkins, Steven Radelet, David L. Lindauer, Economie du développement traduit par Bruno Baron-Renault, 3ème édition, De Boeck, 2008, (ISBN 978-2-8041-4918-5), p 317-318
  2. Le Monde in Plantu, recueil «Je ne dois pas dessiner...», 2006
  3. Quand les femmes auront disparu. L’élimination des filles en Inde et en Asie, de Bénédicte Manier (La Découverte, 2008)
  4. Statistical Yearbook for Asia and the Pacific 2012, UNESCAP 2012
  5. Amélie Nothomb dans son roman autobiographique Métaphysique des tubes.
  6. Menahoth 43b-44a
  7. Voir l'article "Doit-on réciter la bénédiction " qui ne m'a pas fait femme"?", Rivon Krygier in La Loi juive à l'aube du XXIiem siècle, Paris, Biblieurope, 1999, pp. 195-217.
  8. Avant l'arrivée de l’islam, les Arabes idolâtres regardaient la naissance des filles comme un malheur, et souvent s’en débarras­saient en les enterrant vivantes.[réf. nécessaire]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]