Transition démographique

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La transition démographique est le phénomène démographique du passage d'une population ayant des taux de natalité et de mortalité élevés à une population ayant des taux de natalité et de mortalité faibles. Ce type d'évolution a été observé sur les pays d'Europe occidentale à partir de la fin du XVIIIe siècle, puis sur l'ensemble des autres pays au cours des siècles suivants, au fur et à mesure de leur développement.

L'observation de la transition démographique a permis aux démographes d'établir des modèles de simulation tels que ceux de l'ONU pour prévoir la population future.

Les premiers démographes ont travaillé sur l'évolution des populations des pays européens et nord-américains, notamment Adolphe Landry en France et sa collègue Louise Duroy, repris par Notestein aux États-Unis au début du XXe siècle.

Définition[modifier | modifier le code]

L'Institut national d'etudes demographiques (INED) décrit la transition démographique comme « le passage d’un régime traditionnel où la fécondité et la mortalité sont élevées et s’équilibrent à peu près, à un régime où la natalité et la mortalité sont faibles et s’équilibrent également »[1].

Phases de la transition[modifier | modifier le code]

La transition démographique

Régime démographique traditionnel (pré-transition)[modifier | modifier le code]

La situation ancienne (ou traditionnelle) est une situation d'équilibre, caractérisée par un fort taux de natalité et un fort taux de mortalité, dont la combinaison résulte en un accroissement naturel proche de zéro en moyenne. Cette phase est ponctuée de nombreux pics de mortalité dus à des guerres, des épidémies ou encore des famines. Le fort taux de natalité compense à la fois ces pics de mortalité et le fort taux de mortalité infantile. Les pays pauvres sont pour la plupart dans ce cas.

Première phase de transition (transition amorcée)[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité chute fortement (amélioration de l'alimentation, de l'hygiène, progrès sanitaire, industrialisation dans le cas des pays riches, progrès de la médecine, etc.) tandis que la natalité reste forte, voire augmente. L'accroissement naturel est donc fort, ce qui signifie une croissance rapide de la population.

En Europe, la mise en place des États modernes contribue dès le XVIIe siècle et au XVIIIe siècle à la limitation des épidémies (peste : institution de quarantaines ; variole : débuts de la vaccine) et à l'atténuation des famines par l'amélioration des réseaux routiers et financiers, permettant l'acheminement et la conservation des vivres[2].

Seconde phase de transition (transition avancée)[modifier | modifier le code]

La mortalité continue à baisser mais plus lentement et la natalité se met elle aussi à décroître par un changement des mœurs adaptés aux précédents progrès. Le maximum de l'accroissement naturel est atteint au début de cette deuxième phase. Puis la natalité baisse plus fortement et on a donc une décélération du rythme d'accroissement de la population.

Emmanuel Le Roy Ladurie constate à la fin du XVIIIe siècle en France « une attitude nouvelle vis-à-vis du couple, de la femme, plus respectée, de l'enfant, valorisé donc plus rare, de la propriété enfin de plus en plus conçue comme ce qui doit être divisé le moins possible, dans un système de valeurs issues de la bourgeoisie qui commencent à se répandre dans les campagnes sous l'influence de l'alphabétisation ». Le sociologue Daniel Bertaux émet aussi l'avis que « l'hypothèse la plus vraisemblable est que l'accession à la propriété privée de la terre a freiné la démographie paysanne »[2].

Régime démographique moderne (post-transition)[modifier | modifier le code]

On observe ici des taux de natalité et de mortalité faibles. La mortalité est à peu près égale d'une année à l'autre et la régulation de la population se fait désormais par la natalité qui connaît des fluctuations (pendant le régime traditionnel c'était la mortalité qui avait ce rôle régulateur).

Quelquefois, le taux d'accroissement naturel peut devenir négatif, ce qui entraîne alors le problème du vieillissement de la population, et plus tard, une diminution de celle-ci. On retrouve ce cas dans plusieurs pays occidentaux, où le taux d'accroissement naturel est négatif. Les pays développés sont pour la plupart dans ce cas : selon les prévisions démographiques de l'ONU, 51 pays verront leur population décroître entre 2017 et 2050 ; 46 % de la population mondiale vit en 2010-2015 dans des pays ayant un taux de fertilité inférieur à 2,1 naissances par femme : toute l'Europe et l'Amérique du Nord, 19 pays d'Asie, 15 d'Amérique latine ; les plus grands pays à basse fertilité sont la Chine, les États-Unis, le Brésil, la Russie, le Japon et le Vietnam. A l'inverse, la croissance démographique reste très élevée dans le groupe des 47 pays les moins développés, dont 33 pays africains[3].

Exemples de transitions[modifier | modifier le code]

Transition démographique en Suède : estimations des taux de natalité (bleu) et de mortalité (rouge) de 1735 à 2000.
Transition démographique dans 5 pays : Allemagne, Suède, Chili, Maurice, Chine. Taux de natalité en vert/ mortalité en rouge.

Les premiers pays à avoir connu la transition démographique sont les pays européens. La durée de la transition est variable selon les pays. Par exemple, la transition a duré deux siècles et demi en Suède[4], un peu moins en Angleterre[5], alors que la Corée du Sud l'a réalisée en 60 ans[6].

La plupart des pays d'Europe connaissent à partir des années 1990 un déficit démographique naturel, ce qui a engendré l’idée d’une « seconde transition démographique », où le vieillissement s'accompagnerait d'une diminution de la population ; mais ce déficit a été largement compensé par l'immigration, et la démographie des pays de l'est s'est légèrement redressée au cours des années 2000, tout en restant déficitaire[7].

Aujourd'hui, tous les pays ont au moins commencé la première phase de baisse préalable de la mortalité. L'espérance de vie à la naissance va ainsi, en 2010-2015, de 60 ans en Afrique (moins de 60 dans certains pays moins avancés et fortement touchés par le sida : Mali 56 ans, Lesotho 52,5, Nigeria 51,9, Burundi 56) à 83,3 ans au Japon contre 25 ans dans les sociétés pré-transitionnelles. Quasiment tous les pays ont aussi commencé la deuxième phase de baisse de la fécondité : l'indicateur conjoncturel de fécondité (nombre moyen d'enfants par femme) est, en 2010-2015, de 2,52 pour la population mondiale ; tous les continents sont au-dessous de cette moyenne, sauf l'Afrique (4,72) ; seulement 8 % de la population mondiale vit dans des pays dont le taux de fertilité dépasse 5 enfants par femme, contre près de 25 % en 1975-1980 ; sur les 22 pays dépassant ce seuil, 20 sont en Afrique et 2 en Asie ; les plus grands sont le Nigeria, la République démocratique du Congo, la Tanzanie, l'Ouganda et l'Afghanistan[3].

Critiques du modèle[modifier | modifier le code]

Transition française[modifier | modifier le code]

L'observation de la transition démographique française a fait douter certains auteurs de l'universalité du schéma classique. En effet, en France on observe, à partir de 1750 et tout au long de la transition, une chute relativement conjointe et simultanée des taux de natalité et de mortalité, ce qui empêche la France de connaître un essor démographique rapide lors de cette transition[5]. L'augmentation de la population au terme de la transition démographique française est l'une des plus faibles au monde, mais elle est cependant significative : près de 100 %[8].

Système ouvert / fermé[modifier | modifier le code]

La description des étapes de la transition démographique présentée dans les chapitres précédents se place dans l'hypothèse d'un système fermé, c'est-à-dire sans migrations internationales, pour prendre en compte uniquement les entrées et sorties « naturelles ». Or, les populations sont des systèmes ouverts avec une régulation interne (natalité et mortalité) et une régulation externe (migrations). Cette dernière a des conséquences sur le volume de la population et cela de façon directe (arrivée - départ) ou indirecte (fécondité différente des populations immigrées...).

Émigration et durée de la transition démographique[modifier | modifier le code]

Il semble exister une relation entre la possibilité d'émigrer et la durée de la transition démographique : en effet, la grande émigration européenne du XIXe-XXe siècle correspond à la phase d'accroissement maximale de la transition démographique. Le démographe Jean-Claude Chesnais étudie les grandes migrations transocéaniques de la période 1846-1932 : 18 millions d'émigrants ont quitté les îles britanniques, soit 64 % de la population initiale (dont 5,44 millions pour l'Irlande, soit 66 %), 11,1 millions ont quitté l'Italie (48 %), etc ; les États-Unis ont reçu 34,24 millions d'immigrants de 1821 à 1932, soit 320 % de la population initiale. Il note que « le pic d'émigration tend le plus souvent à coïncider, à quelques années près, avec le pic de croissance naturelle de la population et que c'est au moment où la proportion de jeunes adultes est exceptionnellement élevée que l'on assiste au gonflement de l'émigration transocéanique »[8].

La durée de la transition démographique n'est-elle donc pas liée à la possibilité d'émigrer ? On peut émettre l'hypothèse suivante : lorsque l'accroissement d'une population est maximale, apparait un déséquilibre entre le nombre d'hommes et des moyens d'existence (récoltes à se partager, nombre d'emplois disponibles...). Il en résulte un appauvrissement. Il s'ensuit une nécessaire émigration. C'est le cas de l'Irlande affamée du XIXe siècle vers les États-Unis (crise de la pomme de terre) ou de l'Italie après le second conflit mondial vers des pays plus au Nord. Or, ce sont majoritairement les jeunes qui émigrent. Leur départ a pour conséquence de faire chuter le nombre des naissances dans leur pays d'origine. Taux de natalité et taux de mortalité se rejoignent donc plus rapidement du fait de cette émigration. Le raisonnement est inverse pour le pays d'accueil : l'apport de jeunes immigrants maintient un haut niveau de natalité et par là même prolonge la transition démographique.

On pourrait énoncer la loi suivante : les vagues d'immigration ont pour conséquence de réduire le nombre d'années de la phase de transition démographique pour le pays de départ et de l'allonger pour le pays d'accueil . Ceci n'est — rappelons-le — qu'une hypothèse. À l'inverse, on observe une transition démographique rapide dans certains pays du tiers monde, lorsque des restrictions de plus en plus fortes s'opposent à l'émigration vers les pays développés.

Natalité et mortalité[modifier | modifier le code]

Les études sur la transition démographique se focalisent habituellement sur la natalité et la mortalité ; or il existe d'autres indicateurs, notamment la structure par âge, qui influence la natalité et la mortalité. Indépendamment de la natalité et de la mortalité, un système démographique peut maintenir sa structure par âge si des politiques d'émigration ou d'immigration interviennent comme facteur de régulation. Inversement, une stabilité des taux de natalité et de mortalité peut s'accompagner de modifications de la structure par âge notamment dans le cas du vieillissement d'une population post-transitionnelle.

Une autre critique, généralisant l'évolution européenne ou de pays comme l'Iran ou le Brésil, souligne que le taux de natalité à la fin de la transition, loin d'idéalement se stabiliser environ au niveau du taux de mortalité, poursuivrait sa baisse, provoquant un déclin démographique, précédé puis accompagné du vieillissement des populations.

Diversité des cultures[modifier | modifier le code]

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L'interprétation de la transition démographique est éminemment politique et idéologique : pour certains, elle nie la diversité des peuples et des cultures et prétend rendre compte de l'une de leurs dimensions les plus profondes et complexes - la reproduction - à l'aide d'un schéma de pensée unique. Il n'est pas en effet démontré que les peuples africains et européens aient les mêmes réactions démographiques face à un même événement. Ainsi, les progrès de la médecine font chuter le taux de mortalité infantile. L'histoire démographique des pays européens montre que cette chute s'est accompagnée quelques décennies après d'une réduction volontaire des naissances. Or, en Afrique, la transition est plus lente. La transition démographique est également question de mentalité et de culture mais aussi de contrôle volontaire des naissances notamment par l'accès à l'éducation -en particulier des filles- et l'accès aux moyens de contraception.

Cependant ce facteur culturel est à relativiser. En effet le retard de l'Afrique subsaharienne dans la transition de la fécondité peut s'expliquer par la conjonction de facteurs natalistes non uniquement culturels : isolement géographique dans la période pré-coloniale, donc retard technique favorisant la fragmentation ethnique ; saignée de l'esclavage et faible densité jusqu'aux années soixante ; faiblesse des infrastructures de soins primaires et d'éducation de base, importance du Sida depuis les années 1980... Depuis le début des années 1990 l'amélioration lente des indicateurs sanitaires et éducatifs, l'urbanisation, la crise de l'emploi et du logement dans les zones urbaines, celle de l'accès au foncier dans beaucoup de zones rurales, un meilleur accès à la contraception moderne expliquent une transition de crise de la fécondité, c'est-à-dire sans amélioration notable du niveau de vie.

Un autre exemple tendant à relativiser les facteurs culturels est celui de l'Iran : contrairement à une idée largement répandue selon laquelle la baisse de la fécondité serait moindre et plus tardive dans les pays musulmans, la fécondité est passée de plus de 6 enfants par femme au milieu des années 1980 à 2,1 en 2000 ; le premier programme de planning familial en Iran a été lancé en 1967 sous le régime du shah mais n'a guère eu d'effet ; après la révolution islamique de 1979, le gouvernement a adopté une politique nataliste, renforcée pendant la guerre avec l’Irak, mais en décembre 1989 le gouvernement change radicalement son orientation démographique pour lancer un nouveau programme de planning familial, couronné de succès[9].

Globalement ces différentes critiques permettent de mieux expliquer la variété des chemins suivis par les différents pays. À l'échelle internationale la transition démographique a été confirmée dans les pays du Sud et devrait durer trois siècles de 1750 à 2050. Les problèmes liés à la basse fécondité, au vieillissement accéléré vont devenir alors progressivement plus importants, particulièrement en Europe et Asie orientale.

Transition démographique néolithique[modifier | modifier le code]

La transition démographique contemporaine n'est pas la seule transition démographique de l'histoire humaine. Au néolithique, l'apparition de l'agriculture entraîne une augmentation de la population et une forte augmentation de la fertilité, suivie d'une augmentation de la mortalité, par rapport aux populations de chasseurs-cueilleurs mésolithiques. Ce régime démographique se maintiendra jusqu'à la transition démographique contemporaine[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lexique : Transition démographique, INED.
  2. a et b Michel-Louis Lévy, La transition démographique en Occident, INED, Population et sociétés, n° 127, septembre 1979.
  3. a et b (en)[PDF]Nations unies, Département des Affaires Économiques et Sociales, World Population Prospects - The 2017 Revision - Key Findings and Advance Tables, (lire en ligne) (voir pages 4-6)
  4. Le changement caché du système démographique suédois à « l’Époque de la Grandeur », cairn.info, 2001 (voir figure 1).
  5. a et b Jacques Vallin et Graziella Caselli, « Quand l'Angleterre rattrapait la France », Population et sociétés, INED, no 346,‎ (ISSN 0184-7783, lire en ligne).
  6. Isabelle Attané et Magali Barbieri, La démographie de l’Asie de l’Est et du Sud-Est des années 1950 aux années 2000 (page 32), INED, Population n°64, 2009.
  7. Alexandre Adveev et al, Populations et tendances démographiques des pays européens (1980-2010) (voir pages 9, 17, 25), INED, Population n°66, 2011.
  8. a et b Michel-Louis Lévy, Les transitions démographiques, INED, Population & sociétés n° 207, novembre 1986.
  9. Mohammad Jalal Abbasi-Shavazi La fécondité en Iran : l'autre révolution, INED, Population & sociétés n° 373, novembre 2001.
  10. J P Bocquet-Appel, When the World’s Population Took Off: The Springboard of the Neolithic Demographic Transition, Science, vol. 333, 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Warren S. Thompson, « Population », American Sociological Review, no 34(6),‎ , p. 959-975.
  • Adolphe Landry, La révolution démographique : Études et essais sur les problèmes de la population, Paris, INED-Presses Universitaires de France, (1re éd. 1934).
  • (en) Frank W. Notestein, « Population — The Long View », dans Theodore W. Schultz, Food for the World, Chicago, University of Chicago Press, .

Articles connexes[modifier | modifier le code]