Collège Clisthène

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Le collège Clisthène est un collège expérimental public français fondé à Bordeaux en 2002. Il est connu depuis que le journaliste du Monde, Luc Cédelle, lui a consacré un livre intitulé un plaisir de collège aux Éditions du Seuil en 2008 et que Béatrice Schönberg l'a présenté dans la première émission sur France 2 des « 100 français qui font bouger... l’école » la même année[1].

Quasi unique en France dans son organisation, le projet de collège a été validé par le Conseil national de l'innovation pour la réussite scolaire en 2001 et a ouvert ses portes l'année suivante, dans un quartier populaire de Bordeaux, le Grand Parc, en recrutant des élèves « ordinaires » sur carte scolaire.

L'approche choisie pour cette expérimentation est systémique : c'est un établissement scolaire dans sa totalité qui bénéficie d'une expérimentation globale. C’est sur le collège qu’elle porte, tant sur le plan pédagogique et éducatif que sur celui de l’organisation générale, car il s’agit sans conteste d'un maillon faible du Système éducatif français et que c’est le dernier lieu ou l’ensemble d’une classe d’âge se retrouve.

Origine et inspirations[modifier | modifier le code]

L'établissement a été fondé par Jean-François Boulagnon[2] et Géraldine Rabier[3].

En tant que collège expérimental, Clisthène s'appuie sur :

Objectifs[modifier | modifier le code]

Les objectifs de départ sont, comme l'a dit à l'AFP le , le sociologue François Dubet à l’ouverture de Clisthène, de transformer le collège pour le rendre « plus juste, plus efficace, plus démocratique, ouvert à tous les élèves, à moyens constants et avec des élèves ordinaires », d’apporter des réponses innovantes aux problèmes du système éducatif et de répondre à l’évolution de la société et aux attentes des acteurs de l’école.

Cette expérimentation s’articule autour de trois grands axes :

  • Susciter l'intérêt et la motivation par la diversification pédagogique, pour permettre la réussite de chaque élève et lutter préventivement contre l’échec, le décrochage scolaire.
  • Prévenir la violence scolaire en mettant la totalité d’un établissement au service de cette mission.
  • Permettre un apprentissage authentique de la démocratie par la mise en situation réelle, la responsabilisation progressive.

L'idée de départ est de faire bouger le modèle existant ou la forme scolaire, en particulier dans l'organisation du temps de la journée ou des semaines.

Organisation du temps scolaire ou pédagogique[modifier | modifier le code]

Clisthène met en application le principe des trois tiers-temps :

  • 1/3 temps disciplinaires le matin : emploi du temps souple, pédagogie active et différenciée ; un travail sur les compétences et le socle commun
  • 1/3 temps interdisciplinaire composé de 2 ½ journées dans la semaine et de six semaines totalement interdisciplinaires dans l’année.
  • 1/3 temps d’ateliers artistiques, technologiques, sportifs ou sociaux l’après-midi (2 h) pour donner du temps aux matières sacrifiées au collège, initier à la découverte de la voie professionnelle, initier à des matières non enseignées comme telles au collège (éducation aux médias par exemple)

L'organisation permet la différenciation pédagogique pour chaque élève. En effet le professeur est amené à varier les modalités d'apprentissage : travail personnel, petit groupe, points méthodologiques, place plus grande aux questions et à l'oral, conseil individualisé, évaluation critériée (réf : les nombreux travaux de Philippe Meirieu et ceux cités dans les Cahiers pédagogiques).

Journée[modifier | modifier le code]

L'emploi du temps tient compte des rythmes biologiques des élèves et leurs temps forts dans la journée : réactiver la capacité d'attention des élèves, tenir compte des plages d’attention (le creux de l’après repas) permettre que la fin de journée, souvent redoutée par les enseignants, soit mieux vécue. Ce travail a été effectué en liaison avec Hubert Montagner[4] et François Testu[5]

La journée scolaire est la suivante :

  • Un temps d’accueil du matin (1/2 h) avec différents pôles (CDI, informatique, lecture, actualité, petit-déjeuner), sas anxiolytique et temps de préapprentissage qui conditionne le bon fonctionnement de la matinée de cours.
  • La séquence d'enseignement de base est de 1 h30 - 1 h40 pour toutes les disciplines, parfois 2 h.
  • Une plage d’aide au travail l’après-midi pour finir la journée en groupe de tutorat : le deuxième groupe d’insertion des élèves avec la classe (12 élèves de tous les niveaux) encadrés par leur tuteur.

L'organisation par plages longues et la limitation des déplacements (salle de cours fixes par classe) permet de gagner 1/2 h d'apprentissage par jour soit 2 h semaine (gain de temps lié aux déplacements, démarrage de cours). les activités proposées engendrent une vie scolaire plus apaisée et une baisse très importante des incivilités. On observe qu’à Clisthène, malgré un horaire d'enseignement réduit, on réalise un gain d'enseignement/apprentissage conséquent sur la séquence d'enseignement avec un rythme qui respecte davantage les besoins des jeunes.

Semaine[modifier | modifier le code]

La semaine comprend deux demi-journées de projets interdisciplinaires dans la semaine (un matin, un après-midi). Ces plages longues permettent d'organiser des activités d'apprentissages plus variées et motivantes.

Semaines interdisciplinaires au cours de l'année[modifier | modifier le code]

L'année scolaire comprend 6 semaines interdisciplinaires, en plus des demi-journées. Ces temps interdisciplinaires sont consacrés à un thème et sont organisés en différents temps, dont un travail de groupe regroupant les élèves des différents niveaux. Ils visent à favoriser l’autonomie, les modes d’apprentissage ouvert, le travail en équipe, le recours à la recherche documentaire[6].

Le temps professeur[modifier | modifier le code]

Le temps de service des enseignants . Le décret de 1950 fixe le temps de service des professeurs (36 h = 18 h cours + 18 h préparation). À Clisthène on le réaménage de l’intérieur : Le temps de présence dans l’établissement est de 24 h qui se subdivise en temps d’enseignement (13h-15h), tutorat et temps réservés à l’aide et au conseil des élèves (3-5h), concertation en équipe (2 h 15), implication dans la vie de l’établissement (3 h), remplacements/formation (1 h). Pour répondre à l’un des principaux griefs des parents, toutes les heures de cours sont assurées en cas d’absence de professeurs. Le remplacement est annualisé dans son temps de service.

Conditions institutionnelles du travail en équipe[modifier | modifier le code]

La réunion de concertation hebdomadaire (2 h 15), toutes les activités de l’établissement sont impulsées, régulées et évaluées dans le cadre de cette réunion. Les décisions sont collégiales. Le travail collectif permet de se centrer sur les acquis essentiels. La question du quoi apprendre d'essentiel précède celle du comment apprendre (démarche des actuels nouveaux programmes déclinés en compétences. La nouvelle organisation facilite la coformation dans la durée, sans perturber les cours. Elle permet d'« outiller » les professeurs et de diffuser les « bonnes pratiques ».

À travers notamment une nouvelle gestion des ressources humaines, l'organisation vise, par une responsabilisation accrue des enseignants à engendrer une plus grande motivation, le sentiment d’appartenir à une équipe, un établissement, et d'avoir de l'emprise sur leur métier.

Conditions d'une communauté éducative[modifier | modifier le code]

  • Repenser la place et le rôle des élèves, l'organisation promeut une participation effective des élèves (rôles pédagogiques dans les cours et éducatif à l’extérieur), des lieux et des temps de paroles institutionnalisés, une responsabilisation progressive, des activités systématiquement resituées dans une perspective d'apprentissage de la citoyenneté.
  • Engager tout l’établissement dans la lutte contre la violence scolaire par la mise en pratique des invariants décrits dans les rapports de l'Inspection générale et des chercheurs depuis 30 ans : la mise en place de repères et de limites claires, la mise en place d’une relation de confiance entre élèves et adultes, une conception de l’établissement comme lieu d’apprentissage de la parole, (Jacques Lacan : « la violence, c’est de la parole non aboutie ») , un travail en équipe de tous les adultes, une inscription dans l’environnement et une effective coéducation.
  • Mettre en place une véritable coéducation avec les parents :
    • une réponse apportée aux griefs traditionnels des parents vis-à-vis de l’école : remplacement systématisé des professeurs, entrées et sorties à horaires fixes, emploi du temps fondés sur les rythmes chronobiologiques des élèves.(travail en concertation avec Georges Dupon Lahitte[7] et la FCPE)
    • une organisation de l’établissement pour faciliter le dialogue : Le groupe de tutorat est la base de cette relation: l’élection dans chaque groupe de tutorat d’un parent délégué et de quatre parents relais pour le passage de l’information, un travail de suivi par le tuteur-référent, un bilan écrit du trimestre de l’élève remis en mains propres à la famille débouchant sur un contrat de progrès individuel réaliste (c'est-à-dire à la portée de chaque élève).
    • une politique d’établissement visant à associer les parents en les consultant (réunion mensuelle), les informant et en communiquant avec eux en organisant le dialogue (bulletin de liaison bi-hebdomadaire, plan de travail des élèves distribué chaque vendredi aux familles) et en les faisant participer à la vie du collège (participation au temps d’accueil et aux ateliers, café des parents, repas de fin de trimestre). la réussite de cette attitude est pointée dans des masters de sociologie[8].

La question de la mixité sociale est cruciale pour l'avenir de l'école de la république. Elle est équilibrée à Clisthène[9], des classes sociales aisées qui l’avaient déserté depuis 25 ans viennent dans un quartier difficile scolariser leur enfant à Clisthène.

Développements[modifier | modifier le code]

À la rentrée 2015, le collège ouvre une seconde classe de sixième, puis de cinquième l'année suivante[10]. Cela était demandé depuis plusieurs années.

Le collège Clisthène est mentionné comme ayant inspiré, pour certains aspects de son fonctionnement, la réforme du collège en France devant entrer en vigueur à la rentrée 2016[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une centaine de reportages lui ont été consacrés par la presse nationale (TF1, France 2 (2 fois), France 3(5 fois), M6, Libération, l'Humanité, le Figaro, Les Échos, France Culture (2 fois), France Inter, France Info, Europe 1, RMC, RTL)
  2. Président de la Fédération des établissements scolaires publics innovants, il a été aussi journaliste à France Culture et France 3. Il est à l'initiative de plusieurs projets innovants dans l'éducation nationale.
  3. CPE puis journaliste indépendant (collabore notamment à France 2 et France 3)
  4. Hubert MONTAGNER, Docteur ès sciences, professeur des universités, ancien directeur de recherche à l'Inserm, auteurs de nombreux ouvrages
  5. professeur en psychologie à l'université François Rabelais de Tours et spécialiste des rythmes scolaires
  6. Clisthène, un collège de la réussite et du plaisir, dossier hors-série numérique de 76 pages, des Cahiers pédagogiques, 12 août 2009, page 43 Épisode 4 : Décloisonner, donner du sens, Article paru dans le N°459 de janvier 2008 Anne Hiribarren, Vincent Guédé.
  7. Ancien président de la FCPE
  8. Mihaita Magheru « co-éducation : la réussite de Clisthène » Master 2 de sociologie
  9. Tribune libre du sociologue François Dubet, Sud Ouest du 3 octobre 2006
  10. Clisthène : une pédagogie sur mesure qui fait école, Walid Salem, Rue89 Bordeaux, 3 avril 2015
  11. Bordeaux : le collège qui a inspiré la réforme, Francetv info, le 10/04/2015

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]