Différenciation pédagogique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La différenciation pédagogique vise à modifier la manière d'enseigner pour améliorer la réussite des élèves.

Selon Philippe Perrenoud, « Différencier, c'est rompre avec la pédagogie frontale, la même leçon, les mêmes exercices pour tous ; c'est surtout mettre en place une organisation du travail et des dispositifs qui placent régulièrement chacun, chacune dans une situation optimale. Cette organisation consiste à utiliser toutes les ressources disponibles, à jouer sur tous les paramètres, pour organiser les activités de telle sorte que chaque élève soit constamment ou du moins très souvent confronté aux situations didactiques les plus fécondes pour lui. »

Pour pratiquer une pédagogie différenciée, il est indispensable de mettre en œuvre des méthodes de travail variées et diversifiées, adaptées aux besoins et au style cognitif de chaque élève afin qu’il aille aussi loin et aussi haut que possible.

Selon Philippe Meirieu : « L’expression de pédagogie différenciée est un pléonasme, il n’y a de pédagogie que différenciée, puisqu’il n’y a de savoir que dans et par le chemin qui y mène ». (L’école, mode d’emploi).

Loi d'orientation sur l'éducation[modifier | modifier le code]

La Loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 précise dans son préambule : « Mettre l’enfant au centre du système éducatif, c’est d’abord le prendre tel qu’il est, avec ses acquis et ses faiblesses. C’est donc construire les apprentissages sur les compétences acquises précédemment : cela suppose de ne pas reprendre, fût-ce pour un groupe d’élève, des apprentissages déjà maîtrisés. Cela implique aussi que, quelle que soit la classe, les lacunes éventuelles de certains élèves soient comblées avant qu’ils n’abordent les apprentissages ultérieurs… ». De plus elle énonce que « pour assurer l’égalité et la réussite des élèves l’enseignement est adapté à leur diversité ».

Il existe plusieurs sens à la notion de pédagogie différenciée mais tous sans exception répondent à une même préoccupation, celle d’adapter l’enseignement à la diversité des élèves.

L’idée de pédagogie différenciée apparait en 1971 avec Louis Legrand, qui la définit comme « un effort de diversification méthodologique susceptible de répondre à la diversité des élèves[1]. »

Selon Halina Przesmycki, la pédagogie différenciée « met en œuvre un cadre souple où les apprentissages sont suffisamment explicités et diversifiés pour que les élèves apprennent selon leurs propres itinéraires d’appropriation tout en restant dans une démarche collective d'enseignement des savoirs et savoir-faire communs exigés[2]. »

André de Peretti affirme quant à lui qu’il s’agit d’une méthodologie d’enseignement et non d’une pédagogie. Face à des groupes d'élèves très hétérogènes, il est indispensable de mettre en œuvre une pédagogie à la fois variée, diversifiée, concertée et compréhensive.

Il n’y a pas de méthode unique : il doit y avoir une variété de réponses au moins égale à la variété des attentes, sinon le système est élitiste. La source principale de la différenciation est l’ « hétérogénéité » des élèves. En effet, la démocratisation du système éducatif a eu pour effet de rendre les classes hétérogènes.

Mais nous pouvons nous poser la question : qu’est-ce qui fait que les élèves sont dits « hétérogènes » ?

Selon Burns: tous les apprenants dont différents face au système scolaire. En effet, il n’y a pas deux apprenants qui progressent à la même vitesse, deux apprenants qui utilisent les mêmes techniques d’étude, deux apprenants qui résolvent les problèmes exactement de la même manière, deux apprenants qui possèdent le même profil d’intérêt, comme il n’y a pas deux apprenants qui soient motivés pour atteindre les mêmes buts.

L’hétérogénéité peut porter sur différents plans :

  1. Cognitif : il existe chez les élèves une grande hétérogénéité dans le degré d’acquisition des connaissances exigées et dans la richesse de leurs processus mentaux.
  2. Socioculturel : les élèves ont des valeurs, des croyances, des codes de langages et des types de socialisation différents.
  3. Psychologique et affectif : l’histoire ainsi que la personnalité de chaque apprenant, influent sur leur motivation, leur volonté, leur curiosité, leurs rythmes, leur relation avec leur professeur et leur relation avec les autres élèves.

Les principes de la pédagogie différenciée[modifier | modifier le code]

Face à un traitement scolaire identique, les différences se transforment en inégalités, car un mode unifié d’enseignement valorise toujours les mêmes élèves.

Dans la pédagogie différenciée le rôle de l’enseignant n’est plus seulement de dispenser du savoir, mais aussi d’organiser des situations d’apprentissage variées. Puisque les obstacles ne sont pas les mêmes pour tous les apprenants, ils pourront être franchis en mettant à la disposition de chacun une diversité d’outils, de démarches d’entrées dans les apprentissages ou une possibilité de choix dans les objectifs à atteindre.

Plusieurs entrées sont possibles pour faire de la différenciation pédagogique :

Il faut expliciter les objectifs d’apprentissage et miser sur l’évaluation formative[modifier | modifier le code]

La pédagogie par objectifs correspond à l’effet attendu d’une situation d’enseignement sur les apprentissages, donc chez l’élève. L’objectif se définit comme le résultat escompté, par opposition au but qui énonçait le résultat recherché. Avec cette nuance il ne s’agit plus de répondre seulement à la question «  qu’est-ce qu’on veut » mais d’y adjoindre la question « qu’est-ce que l’on peut ? » c’est-à-dire la prise en compte des conditions et des moyens qui vont permettre à l’enseignant comme aux apprenants de prévoir. Un objectif énonce les habiletés à acquérir pour maitriser un savoir. Il précise les performances dont l’apprenant doit se montrer capable pour être reconnu compétent.

Ainsi la notion d’objectif est inséparable de celle de l’évaluation, non au sens de la notation et de la sanction, mais au sens de la vérification du fait que les résultats escomptés ont été atteints ou non. La notation a pour but de juger une personne à travers une valeur absolue. Le système de notation fonctionne sur une échelle quantitative. L’évaluation quant à elle, mesure l’écart entre le début et la fin d’une séquence pédagogique. C’est la progression qui est mesurée. L’évaluation permet de mesurer où l’on en est, c’est l’outil de pilotage des apprentissages.

L’évaluation formative va de pair avec la différenciation pédagogique car elle aide l’élève dans son apprentissage dans la mesure où elle lui permet de mesurer ses progrès à chaque étape de l’élaboration de la tâche et lui donne ainsi la confiance nécessaire pour la poursuite de son travail. L’évaluation formative est une évaluation en cours d’apprentissage qui aide l’élève à mieux comprendre ce qu’il fait et à adapter sa démarche. L’évaluation des acquisitions est importante pour l’élève car il pourra situer la nature et le degré de compétences qu’il a déjà acquises. Elle est aussi importante pour le maitre car il pourra, en vue des compétences déjà acquises par l’élève, lui proposer des itinéraires d’apprentissage adaptés à ses possibilités et à son profil pédagogique.

La méthodologie de la pédagogie par projet[modifier | modifier le code]

Le projet se situe entre action et organisation. La pédagogie de projet consiste à travailler par anticipation du résultat, et à travers cette finalité, organiser son action. L’anticipation de l’action est alors organisatrice. Elle permet de mettre en œuvre un savoir, de planifier le travail, d'instaurer une dimension sociale, de mettre en place un accompagnement, et de concevoir l’évaluation de son aboutissement. Le projet s’inscrit dans une dimension socio-constructiviste.

Pour Dewey, apprendre ce n’est pas accumuler des connaissances mais faire l’expérience de la réalisation d’un travail. Aussi, ce travail doit avoir un sens. Le projet implique l’élève dans les apprentissages et permet de comprendre la dimension sociale des savoirs. Le projet est une modalité du métier d’élève.

Pour Vassilef, dans une pédagogie par projets les compétences sociales sont immédiates. C’est une véritable formation à l’autonomie. La démarche de projet consiste dans un premier temps à faire un état des lieux avec une analyse des besoins et une analyse des moyens disponibles. Il faut définir ensuite les objectifs à atteindre et les valeurs qui vont orienter l’action. On distingue donc trois temps dans la démarche de projet : le temps d’organisation, le temps de mise en œuvre et l’évaluation.

Il faut prendre en compte les spécificités de chacun[modifier | modifier le code]

Les enfants ont des motivations très différentes pour travailler et apprendre, et comprendre le sens d’un apprentissage, comme par exemple savoir quel est l’intérêt des livres pour vouloir apprendre à lire. L’enseignant doit observer comment l’enfant s’y prend pour apprendre. Cette observation s’accompagne d’un temps de réflexion accordé aux élèves pour qu’ils puissent expliciter leurs procédures, leurs stratégies : on parle de méta-cognition.

Il faut varier les modes de communication[modifier | modifier le code]

La communication peut être écrite, orale, imagée ou encore gestuelle. Tomlinson (2004, p. 63) réfère à la différenciation des productions. « Une production est un véhicule de communication par lequel l’élève démontre (et approfondit) ce qu’il a compris et ce qu’il peut réaliser après une assez longue période d’apprentissage (comme un mois d’étude de la mythologie). »

Il faut varier les situations d’apprentissage[modifier | modifier le code]

Pour cela il faut développer les apprentissages « méthodologiques » comme le tutorat qui permet une entraide entre des élèves de niveaux différents, l’aide au travail personnel, le soutien, la remédiation.

Il faut diversifier les activités proposées aux élèves[modifier | modifier le code]

Cette diversification peut se faire par un aménagement de l’emploi du temps, afin de mieux respecter les rythmes de chacun en évitant bien entendu de pénaliser ceux qui sont les plus lents simplement parce qu’ils doivent utiliser une stratégie d’apprentissage plus complexe pour atteindre un objectif fixé. En effet, un élève pourra exécuter une tâche rapidement tandis qu’un autre aura besoin de plus de temps.

La diversification peut aussi se faire en variant les lieux de déroulement des activités : autour d’une table, au coin lecture, dans une bibliothèque et bien d’autres endroits, ou en variant les supports utilisés : internet, support audio ou support vidéo.

L’enseignant peut aussi varier le mode de regroupement des élèves dans la classe : travail individuel ou travail de groupe. Il faut regrouper les élèves selon leurs besoins. Créer en quelque sorte de la discrimination positive. La pédagogie différenciée va de pair avec la notion de parcours, il n’y pas de programme général mais un curriculum avec plusieurs itinéraires possibles.

Les regroupements devraient permettre, même pour de courtes périodes, la création de véritables groupes favorables aux échanges entre les élèves, à la coopération entre eux et à l'émergence de conflits sociocognitifs c’est-à-dire la rencontre entre conceptions et représentations mentales différentes verbalisées par différents élèves et créant ainsi un déséquilibre les poussant à en savoir plus et à adopter un code commun.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Différencier revient tout simplement à varier le plus possible les actions pédagogiques pour que chaque élève puisse rencontrer à un moment de son cursus, des situations dans lesquelles il puisse réussir. Car lorsque ce moment arrive, l’élève prend conscience de sa valeur et trouve l’assurance nécessaire lui permettant d’affronter des tâches plus difficiles, construisant ainsi sa propre progression. En cela, la pédagogie différenciée est une pédagogie de la réussite, aidant les élèves en difficulté et luttant contre l’échec scolaire. Suivant la métaphore de Michel Serres qui définit la pédagogie comme « le voyage des enfants ». Différencier, c’est permettre à chacun, au sein du groupe « classe », de voyager vers des buts communs, par des chemins parfois différents, mais toujours accompagné par le maître.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Louis Legrand, La Différenciation pédagogique, Scarabée, CEMEA, Paris, 1984.
  2. Halina Przesmycki, La Pédagogie différenciée, Hachette Éducation, 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franc Morandi, Modèles et méthodes en pédagogie, Paris, Nathan 2001.
  • Franc Morandi, Pratiques et logiques en pédagogie, Paris, Nathan 2005.
  • Philippe Perrenoud, Pédagogie différenciée, Des intentions à l’action, Paris, ESF, 1997.
  • Marilee Sprenger, La Différenciation pédagogique : enseigner en fonction des styles d'apprentissage et de la mémoire, Montréal, Chenelière Éducation, 2010.
  • C. A. Tomlinson, La Classe différenciée. Montréal: Chenelière/McGraw-Hill, 2004.

Liens externes[modifier | modifier le code]