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Bataille d'Aïn Djalout

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Bataille d'Aïn Djalout
Description de l'image Campaign of the Battle of Ain Jalut 1260.svg.
Informations générales
Date
Lieu Maayan Harod, Vallée de Jezreel, Galilée, Palestine (région)[1]
Issue

Victoire du Sultanat mamelouk d'Égypte

  • Coup d'arrêt à l'expansion des Mongols vers l'ouest
Belligérants
Sultanat mamelouk
Ayyoubides
Ilkhanat (Empire mongol)
Royaume de Géorgie Royaume arménien de Cilicie
Commandants
Sayf ad-Dîn Qutuz
Baybars
Ketboğa
Forces en présence
15 000 à 20 000 hommes[2],[3],[4] 10 000 à 12 000 hommes[5],[6],[7],[8]
Pertes
Inconnues 1 500 morts[9]

Invasions mongoles en Syrie

Coordonnées 32° 33′ nord, 35° 21′ est

La bataille d'Aïn Djalout[10] oppose le le sultanat mamelouk d'Égypte à l'ilkhanat mongol de Perse dans la vallée de Jezreel, actuellement en Israël.

L'empire mongol y subit une défaite historique, qui arrêta sa progression vers l'Ouest, entamée par les conquêtes de Gengis Khan à partir de 1203.

Antérieurement, les Mongols avaient envahi la Géorgie (1220), l'Anatolie (1243), la Cilicie arménienne (1244), l'Iran (1256) et l'Irak (1258).

Les armées mongoles de l'ilkhan Houlagou poussent en 1260 sur la Syrie où ils s'emparent d'Alep et de Damas. Ils menacent l'Égypte du sultan mamelouk Qutuz, dont ils exigent la soumission[11].

De son côté l'Égypte avait accueilli une pléthore de forces musulmanes qui avaient fuient l'avance les Mongols[11] et ne craignait plus les Croisés établis au Proche-Orient. Jérusalem avait été pillée par des troupes turques en 1244 et était repassée sous le contrôle du sultan d'Égypte après l'échec de la septième croisade. Le royaume arménien de Cilicie et la Principauté d'Antioche avaient dû se soumettre aux Mongols[12] mais le pape interdisait toute alliance avec les Mongols.

Finalement, l'envoyé de Houlagou exigeant la soumission de l'Égypte fut massacré à instigation de Baybars, qui en s'avança en Palestine avec des troupes mameloukes[11].

Contre-offensive des Mamelouks d'Égypte

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Houlagou Khan, à la tête de l'Ilkhanat, dirige l'offensive occidentale et conquiert l'Irak du califat abbasside en prenant Bagdad en 1258, puis la Syrie (prise d'Alep en , puis de Damas). Après la capture de ce dernier territoire, il fait envoyer des émissaires auprès du sultan Al-Muzaffar Sayf ad-Dîn Qutuz et exige la soumission du sultanat mamelouk[11],[12]. Entre temps, Houlagou apprend la nouvelle de la mort de Môngke et se retire à Ahlat le , laissant un régiment (tumen) de 10.000 hommes en Syrie commandés par le général Ketboğa[11],[12].

Sur les conseils de Baybars, le sultan Qutuz fait décapiter les émissaires et fait avancer son avant-garde vers la Syrie le [11]. Dans ce contexte, Qutuz redoute toutefois les États croisés, mais il sait que les barons du royaume de Jérusalem refusent toute alliance avec les mongols. Ainsi, lorsque les troupes mameloukes approchent de Gaza, des émissaires francs sont envoyés afin de garantir le libre passage et de rester neutre dans ce conflit[12]. En conséquence, la garnison de Ketboga est repoussée de Gaza et ce dernier fait avancer le régiment vers Aïn Djalout à l'ouest d'Afoula dans la vallée de Jezréel, à Maayan Harod (“Source d'Hérode” ; Aïn Djalout en arabe, “Source de Goliath”)[11].

Déroulement de la bataille

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L'affrontement se déroule le et met les Mongols en légère infériorité numérique. Du côté mongol, au tumen de 10.000 hommes mongols pouvait s'ajouter un autre tumen recruté parmi la population locale syrienne, cependant Ketboga n'avait emmené qu'un contingent de 2000 de ces auxiliaires, craignant leur manque de fiabilité[12]. Les troupes mameloukes s'élèvent quant à elle de 15.000 à 20.000 hommes.

Dès le début de la bataille, Baybars dirige l'avant-garde contre laquelle l'armée mongole charge à deux reprises sur l'aile gauche, menaçant de les mettre en déroute. Cette tactique de repli vise en réalité à amener les troupes mongoles dans une embuscade au milieu des collines. Le reste de l'armée mamelouke, menée par Qutuz, rallie la bataille et commence à encercler les troupes mongoles[11],[12].

Parmi les auxiliaires mongoles, les troupes recrutées localement se rangent du côté des Mamelouks, provoquant l'affaiblissement de l'aile droite mongole. Une autre partie des troupes, recrutées en Syrie, abandonnent le champs de bataille et l'aile gauche. L'encerclement est pratiquement complet, cependant Ketboga refuse de battre en retraite et les Mongols parviennent à briser une aile de l'armée mamelouke avant que celle-ci ne soit renforcée par des troupes menées par Qutuz[11],[12].

Les Mamelouks remportent cette bataille, capturent Ketboga et le décapitent[11],[12].

Après cette défaite, l'armée mamelouke prolonge son avancée en Syrie, tuant les Darugachi et la famille de Ketboga. Cette défaite décisive marque une première étape de la fin de la progression vers l'ouest des armées mongoles[11]. En effet, les Mongols avaient pour habitude de venger leurs défaites et une armée de 6000 hommes est envoyée à Alep pour piller la ville. Fait marquant qui suivi cet événement, ce sont des forces locales en sous-nombre qui parviennent à repousser l'armée mongole[12].

Par la suite, d'autres tentatives mongoles pour s'emparer de la Syrie échoueront, définitivement après la bataille de Marj as-Suffar opposant de nouveau les Mongols aux Mamelouks en 1303.

Cette victoire augmente grandement le pouvoir des Mamelouks, lesquels conserveront le contrôle de la Palestine et de la Syrie jusqu'à la conquête ottomane en 1516. Mais elle a également pour conséquence de démontrer aux émirs locaux soumis aux Mongols que ces derniers peuvent être vaincus, suscitant une vague de rébellions[12].

Les mamelouks ne remportent pas une victoire grâce à une supériorité numérique mais en raison d'une bonne maitrise des facteurs environnementaux. Tout d'abord, l'exploitation des collines entourant la vallée a permis de leurrer les mongols sur les effectifs mamelouks en les dissimulant. Ensuite, le positionnement mamelouk plaçait l'armée mongole avec le soleil face à eux au matin, affectant également la capacité de leurs archers. Du côté Mongol, l'absence de renseignement fiable et le recours à des auxiliaires peu fiables constituent deux facteurs supplémentaires à leur défaite[12].

Notes et références

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  1. Maplink : 32° 36′ nord, 35° 15′ est.
  2. John 2014.
  3. Nicolle 1990, p. 116.
  4. Waterson 2007, p. 75.
  5. Amitai-Preiss 1995, p. 27.
  6. Smith, Jr. 1984b, p. 310.
  7. Blair 1995.
  8. Smith, Jr. 1984a.
  9. Amitai-Preiss 1995, p. 43.
  10. Aïn Djalout en arabe : ʿayn jālūt, عين جالوت, source de Goliath. Ein Harod en hébreu : עין חרוד, source d'Hérode.
  11. a b c d e f g h i j et k (en) Christopher Pratt Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, Facts On File, (ISBN 978-0-8160-4671-3), p. 6.
  12. a b c d e f g h i j et k (en) Timothy May, The Mongol Empire: A Historical Encyclopedia [2 Volumes], Bloomsbury Academic, (ISBN 978-1-61069-339-4), p. 437-439.

Bibliographie

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  • René Grousset, L’empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Payot, , 4e éd. (1re éd. 1938), 669 p. (ISBN 978-2-262-00934-2 et 2-262-00934-1, présentation en ligne, lire en ligne), « Expédition de Hülegü en Syrie. », p. 451-460.
  • Jean-Paul Roux, Histoire de l'empire mongol, Paris, Fayard, , 597 p. (ISBN 978-2-213-03164-4).
  • Jacqueline Sublet et André Miquel, Les Trois vies du Sultan Baïbars, Paris, Imprimérie nationale éditions, coll. « orientale », , 256 p. (ISBN 978-2-110-81076-2).
  • [Smith, Jr. 1984a] (en) John Masson Smith, Jr., Mongol Armies And Indian Campaigns, University of California, Berkeley, 1984a
  • [Smith, Jr. 1984b] (en) John Masson Smith, Jr., Ayn Jālūt: Mamlūk Success or Mongol Failure?, coll. « Harvard Journal of Asiatic Studies », 1984b, p. 310
  • (en) Reuven Amitai-Preiss, Mongols and Mamluks: The Mamluk-Ilkhanid War, 1260–1281, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-46226-6, lire en ligne Inscription nécessaire)
  • (en) James Waterson, The Knights of Islam: The Wars of the Mamluks, London, Greenhill Books, (ISBN 978-1-85367-734-2)
  • (en) S. Blair, A compendium of chronicles: Rashid al-Din's illustrated history of the world, Nour Foundation,
  • (en) Simon John, Crusading and warfare in the Middle Ages : realities and representations, Burlington, VT, Ashgate Publishing Limited, , 258 p. (ISBN 978-1-4724-0741-2, présentation en ligne)
  • (en) D. Nicolle, The Mongol Warlords: Genghis Khan, Kublai Khan, Hülägü, Tamerlane. Plates by R. Hook, Pole, Firebird books, , p. 116

Liens externes

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