Ausiàs March

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Ausiàs March
Ausias Marc.jpg
Ausiàs March
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Ausiàs March (qui se prononce [Auzyàs Mark]) (Beniarjó ?, 1400 - Valence, 3 mars 1459), est un poète et chevalier valencien. Il est l'une des figures majeures du siècle d'or valencien et l'un des plus importants et influents auteurs de la littérature classique en langue catalane.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'une famille de la petite noblesse valencienne, lui-même fils d'un chevalier, il fut le beau-frère de Joanot Martorell, auteur de Tirant le Blanc, dont il épousa une sœur. On ignore son lieu exact de naissance. Selon certains, il serait né à Valence ou à Beniarjó (un village près de Gandie), d'autres le disent natif d'Alicante. On connaît cependant le nom de ses parents : son père était le chevalier et poète Pere March et sa mère Leonor Ripoll.

Il portait le titre de seigneur de Beniarjó, de Pardines et de Vernissa. Pendant sa jeunesse, il participa aux expéditions entreprises par le roi Alphonse V le Magnanime en Méditerranée, en Corse et en Sardaigne.

Il fut armé chevalier en 1419. Six ans plus tard, il se retira dans ses fiefs valenciens pour finalement se retirer à Gandie. C'est durant cette période que débuta sa relation personnelle et littéraire avec le prince Charles d'Aragon, héritier du trône de Navarre.

Après avoir passé quelques années sur ses terres, puis à Valence, il commença son œuvre en 1430. À 40 ans il se maria avec Isabel Martorell, sœur de Joanot Martorell, mais deux ans après leur union cette dernière mourut ; il épousa alors Joana Escorna, qui mourut à son tour au cours de l'année 1443.

Ausiàs March mourut quant à lui le 3 mars 1459 dans la capitale du Royaume de Valence, laissant derrière lui cinq fils, tous bâtards. Il repose dans la cathédrale Sainte-Marie de Valence près de la Porta de l'Almoyna tandis que sa famille et ses deux épouses ont été ensevelies dans le monastère de Sant Jeroni de Cotalba[1].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Le mythe selon lequel March aurait été un poète solitaire n'est pas fondé. Certains chercheurs ont tiré cette conclusion du fait que le « je » de ses poèmes se présente comme tel, mais la sincérité n'est pas exactement une vertu de la poésie courtoise. Le public du poète est l'aristocratie, qui a commencé à avoir accès à la culture. Jusqu'à cette date, la connaissance était la chasse gardée de l'Église. À travers la poésie, March divulgue des savoirs très divers, empruntés à la philosophie, la médecine, la théologie ou la morale[2].

Mais la grande innovation de March est son approche de l'amour. Le poète utilise les lieux communs littéraires de la poésie des troubadours et il y adjoint d'autres traditions, tels le stilnovismo italien, les sources classiques et la mystique chrétienne. Une autre erreur est de croire que le poète aurait rompu avec la tradition des troubadours. Les quatre premiers vers du poème XXIII ont été souvent mal interprétés. Lleixant a part l'estil dels trobadors / qui, per escalf, traspassen veritat, / e sostraent mon voler afectat / perquè no em torb, diré el que trob en vós. [Mettant à part le style des troubadours / qui, par ardeur, outrepassent le vrai, / et dérobant mon désir affecté / sans trouble je dirai ce que je trouve en vous]. À l'époque de March, le mot poète ne s'emploie que pour désigner les poètes classiques, alors que ceux qui composent des vers en langue vulgaire sont appelés troubadours. Par conséquent, il ne s'agit pas d'une déclaration de rupture avec la poésie troubadouresque. L'amoureux dit de façon hyperbolique que, contrairement à ce que font les autres poètes, qui exagèrent, il ne fera qu'énoncer objectivement les vertus de la dame. Il s'agit d'un procédé littéraire[2].

La poésie de la fin'amor est régie par ses propres règles, les règles courtoises, selon lesquelles l'amour adultère est accepté socialement et le mari gilós tourné en ridicule. En revanche, l'amoureux des poèmes de March aime une dame qui est un modèle de vertu et de chasteté et qu'il ne pourra jamais posséder. Cet idéal amoureux doit beaucoup au stéréotype de la donna angelicata des poèmes stilnovistes italiens (Dante, Pétrarque), qui parlent d'un personnage féminin qui rédime les hommes du désir et qui se situe entre l'humain et le divin. Cette idée est illustrée dans le poème XXIII, cité précédemment : ‘tan gran delit tot hom entenent ha / e ocupat se troba en vós entendre / que lo desig del cos no es pot estendre / a lleig voler, ans com a mort està' [tant grand plaisir a tout homme d'esprit / et il s'occupe de vous comprendre / car le désir du corps ne peut s'étendre / au vil appétit, mais est comme mort], v. 37-40[2].

Ausiàs March fait appel au thème de l'impossibilité de l'amour réciproque pour explorer psychologiquement la douleur que ressent le bon Amador, le seul capable d'aimer jusqu'au bout. De fait, les traités médicaux et le prêche scolastique médiéval décrivent l'amour comme une maladie qui obscurcit le jugement rationnel de l'amoureux et l'empêche d'atteindre à la connaissance intellectuelle. Cette conception de l'amour est également présente dans les poèmes de March[2].

Voilà la petite révolution du poète et l'un de ses principaux mérites. March est conscient du changement des mentalités qui a eu lieu dans la société depuis le XIIIe siècle. Les discours ecclésiastiques ont été intériorisés et, loin de reproduire le modèle troubadouresque qui légitimait les infidélités, le poète catalan a construit un nouveau modèle lyrique et renouvelé les images et le langage amoureux. Dans le poème IV, il aborde la nécessité de choisir entre deux femmes représentant les deux types d'amour : le charnel et le vertueux. Le « je » choisit daimer droitement (v. 16). Cet idéal amoureux apparaît dans le poème XVIII sous la forme d'une révélation divine au ‘pus extrem amador' [l'amoureux le plus extrême] (XLVI)[2].

Le modèle métrique le plus récurrent dans l'œuvre du poète, et celui qui allait être le plus employé dans la tradition lyrique catalane, même après la Renaixença du XIXe siècle, sont les strophes de 8 vers décasyllabiques (4 + 6) à rimes consonantiques croisées (abba cddc), alternativement féminines et masculines. Les chansons finissent généralement par un envoi de quatre vers dans lesquels apparaît le signal de la bien-aimée (les grands cycles de la poésie amoureuse marchienne sont définis par les signaux Lys parmi les chardons et Plena de seny [Pleine de sagesse]). Toutefois, le Chant spirituel (CV) remplace la rime consonantique par les vers blancs et la thématique des chants d'amour et des chants de mort (XCIII-XCVIII) – qui représente presque la totalité du travail du poète – par le motif religieux. Dans cette composition, le « je » se sait pécheur et implore Dieu de l'aider à se repentir de ses propres fautes par amour de Lui plutôt que par crainte de l'enfer[2].

March déploie toute sa créativité à travers les ressources rhétoriques. Sa poésie est richement expressive et dominée par le jeu antithétique, les métaphores quotidiennes ou navales, la personnification, l'hyperbole et la question rhétorique[2].

En définitive, Ausiàs March représente un tournant dans la poésie catalane, car il n'a pas seulement renouvelé la tradition des troubadours en y adjoignant des emprunts aux auteurs classiques, à la lyrique française, au stilnovistes italiens et à la littérature chrétienne, il a aussi exercé une grande influence sur la poésie de la Renaissance espagnole (Garcilaso de la Vega, Juan Boscán, Fernando de Herrera). On dispose actuellement des éditions critiques de Pagès (1912-1914), Bohigas (1952-1959) et Archer (1997)[2].

Quelques-unes de ses œuvres[modifier | modifier le code]

  • Plena de Seny (Pleine de raison)
  • Llir entre Cards (Le lys au milieu des chardons)
  • Amor, amor
  • Mon darrer bé (Mon ultime bien)
  • Oh, foll amor (Oh, fol amour)

Publications[modifier | modifier le code]

  • (fr) Chants d'amour et de mort, La Différence, 1994, (ISBN 978-2-72911013-0)
  • (fr) Chants de mort, José Corti, 1998
  • (fr) Jad Hatem, Suramour. Auziàs March, Ibn Zaydûn, Ibn ‘Arabî, Raymond Lulle Paris, Éd. du Cygne, 2011 (tr. catalane, Santa Coloma de Queralt, Obrador edèndum, 2011)

Famille[modifier | modifier le code]

  • Pere March I, notaire public à Barcelone sous le règne de Jacques Ier d'Aragon. Il reçoit en 1249, après le conquête du royaume de Valence, quelques hestares de terre dans la région de Gandie et des maisons dans la ville
    • Pere March II (mort en 1338), fils aîné, il occupe plusieurs fonctions à la cour des rois d'Aragon Jacques II, Alphonse IV et Pierre IV entre 1296 à 1338. Grâce à des faveurs royales, il acquiert le domaine d'Eramprunyà, près de Barcelone
      • Pere (ou Pericó) March III (mort vers 1350), panetier chez l'infant Alphonse jusqu'à sa montée sur le trône, puis maître des comptes des rois Alphonse IV et Pierre le Cérémonieux, membre du Conseil royal,
        • Pere (ou Pericó) March IV, sourd-muet,
      • Jacme ou Jaume March I (né à Barcelone en 1300, mort vers 1376), il se marie en 1334 et demeure à Valence en 1338, désigné par Berenguer comme son exécuteur testamentaire en 1341, présent en 1339 à la prestation de serment de Jacques III de Majorque à Pierre le Cérémonieux. Il est fait membre de l'ordre de chevalerie de Saint-Georges en 1360 par le roi Pierre le Cérémonieux, il hérite du domaine d'Eramprunyà, près de Barcelone. Le roi Pierre le Cérémonieux le fait son huissier d'arme, un des gentilshommes de sa maison. Il est membre d'un des conseils du roi d'Aragon en 1372. Celui-ci l'autorise à fortifier d'Aramprunyá en 1375 et 1376 et à prélever des contributions sur ses vassaux
        • Jacme ou Jaume March II (né en 1335, mort fin juillet 1410), participe à la lutte contre le Pierre Ier de Castille, chevalier, prend part au siège de Murvedre en 1365, poète, auteur du Débat entre Honor e Delit. Il hérite de la baronnie d'Eramprunyà. Il est élu député de la généralité de Catalogne, il assiste aux Corts de Montço en 1389 au cours desquels on reproche Jean Ier de passer son temps en fêtes, chasses et exercices de gai savoir. Il a aussi écrit Lo Rauser de vida gaya en se conformant aux principes du Gai Savoir proclamés en 1323 au Consistoire de Toulouse. Le roi Jean Ier autorise Jacme March III et Luís d'Aversó à fonder à Barcelone un consistoire du Gai Savoir. Martin Ier d'Aragon nomme le 12 août 1399 Jacme March III et Luís d'Aversó mainteneurs de l'Académie barcelonaise en ayant les mêmes prérogatives que leurs confrères de Toulouse.
          • Lluis March (mort en 1455)
            • Jacme ou Jaume March III
            • Francesch March
            • Ausiàs March II (mort en 1459)
        • Pere March V (né à Valence vers 1338, mort à Balaguer le 7 juin 1413), participe à la lutte contre le Pierre Ier de Castille. Il a hérité des biens que son père avait à Gandie et à Valence. Il a d'abord servi l'infant Pierre d'Aragon, comte de Ribagorce et d'Empúries, puis de son fils Alphonse IV de Ribagorce dit le Vieux (1332-1412), duc de Gandie, marquis de Villena, comte de Ribagorce et de Dénia comme procureur ou intendant de ses domaines dans le royaume de Valence. Il est fait membre de l'ordre de chevalerie de Saint-Georges vers 1361. Il a dédié à Alphonse duc de Gandie le Harnois du Chevalier. Il est capturé par le Prince Noir en 1367 à la bataille de Nájera comme Alphonse IV, duc de Gandie, et ses fils, Alphonse V de Ribagorce, deuxième duc de Gandie, et son frère, Pere de Ribagorce (1362-1385), marquis de Villena, comte de Prades. Alphonse V de Ribagorce n'a été libéré que le 13 septembre 1381. à la suite de démarches faites par Pere March. Par la charte du 31 mars 1412, Alphonse V de Ribagorce lui a accordé la juridiction civile et criminelle sur Beniarjó et autres lieux.
          • Johan March (mort en 1398), attaché à la maison du duc de Gandie,
            • Pere March VI
          • Auziàs March I (1400 - Valence, 3 mars 1459), chevalier, seigneur de Beniarjó, poète.
    • Berenguer March (mort en 1341), chanoine de Valence en 1338 puis de Barcelone

Le poète Arnau March (vers 1410-1430) est un membre de la famille March, contemporain de la reine Marguerite de Prades, mariée au roi d'Aragon, Martin Ier, probablement un neveu de Jacme ou Jaume March III et Pere March V.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source: Las Provincias. "Hallan en Sant Jeroni de Cotalba los restos de las dos esposas y el padre de Ausiàs March". Publié le 24 novembre de 2016.
  2. a b c d e f g et h Ausiàs March au España es Cultura. Gouvernement d'Espagne] CC-BY

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]