Apiculture en France

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Apiculteur vérifiant la récolte de miel à Reillanne.

L’apiculture en France est un secteur de l'agriculture française qui concerne l'élevage et la protection des abeilles. Cette activité concourt à la pollinisation (30 % de l'alimentation humaine est issue de la pollinisation apiphile) et à la production de miel. Cette dernière est en 2012 de 18 500 tonnes, issue en majorité d'apiculteurs professionnels[1],[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ruches en paille du Moyen Âge représentées dans le tacuinum sanitatis.

Avant le développement de l'apiculture, la récolte de miel consiste essentiellement à détruire des ruches d'essaims sauvages dans les forêts.

Peinture de Bruegel décrivant les vêtements de protection d'apiculteurs.

Au Moyen Âge, à côté de cette activité forestière, sont établis des ruchers constitués de ruches en paille peuplées par des abeilles récupérées dans des essaims sauvages. Les ruches en paille tressée sont mentionnées pour la première fois dans une ordonnance de Charlemagne, datée de 799, le Capitulaire De Villis. La récolte dans ces ruches est pratiquée par étouffage total ou partiel de l’essaim, ou encore par la taille de rayons, ce qui entraîne sa mort, ou son affaiblissement. L'élevage médiéval de « mouches à miel » se développe par des employés dans des fermes seigneuriales[3] et particulièrement dans les monastères[4] ou en forêt par des communautés paysannes ou des agents forestiers, les « bigres »[5]. Le prélèvement d'essaims, de ruches, de miel ou de cire constituant des redevances féodales, l'abeillage. Parallèlement à l'essaimage naturel, la transhumance des ruches est pratiquée lorsqu'un espace floral était entièrement exploité[6].

À la Renaissance, trois techniques principales sont pratiquées pour la récolte du miel : étouffage avec une mèche de soufre, transvasement d'une ruche vers une autre, prélèvement des galettes de cire sans se préoccuper du contenu des galettes[7].

Les travaux de recherche sur les abeilles se développent au XVIIe siècle et surtout au XVIIIe siècle avec des naturalistes comme Réaumur (Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes en 1734). L’invention de la hausse permet de rendre la récolte de miel plus productive, et c'est à partir de ce moment au XVIIIe siècle que l'on peut commencer à parler d'élevage. En 1772, Jonas de Gélieu décrit la première ruche à hausse fonctionnelle dans sa Nouvelle méthode pour former les essaims artificiels. L’avènement de l’apiculture moderne se fait par l’invention du cadre mobile, mis au point en 1844, par le Dr Charles Paix Debeauvoys (1797-1863) et amélioré par le pasteur Lorenzo Langstroth (en) qui crée en 1851 la ruche Langstroth (en), l'une des premières ruches véritablement pratiques à cadres mobiles. La feuille de cire gaufrée[8] mise au point par l'apiculteur et ébéniste Johannes Mehring (de) en 1858 et l'invention de l'extracteur à miel (en) par Franz Edler von Hruschka en 1865, sont des facteurs rationnels et économiques qui favorisent, en pleine révolution industrielle, le développement de grandes exploitations apicoles produisant du miel à grande échelle. Cette évolution tant technique (apiculture) que scientifique (apidologie) au XIXe siècle conduit à la création de sociétés (Société centrale d'apiculture en 1856) et d'écoles d'apiculture[9].

L'apiculture en France est ainsi passée d'une production familiale à une production essentiellement professionnelle à hauts volumes, avec toutefois de nombreux amateurs ou semi-professionnels[1].

Filière apicole[modifier | modifier le code]

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

Stand de miel sur un marché de producteurs à Paris.

En France métropolitaine, le recensement agricole de 2010 a dénombré 41 850 apiculteurs détenant au moins une ruche, 12 000 apiculteurs dont l'activité s'exerce dans une exploitation agricole ou possédant au moins dix ruches[1]. La profession compterait 800 000 ruches et 14 800 tonnes de miel par an, pour environ 2000 professionnels, certains exploitant plus de 200 ruches[10]. Cela représente 2,6% des apiculteurs et près de 50 % des ruches en France[11]. Les petits apiculteurs possédant moins de dix ruches étaient plus de 53 000 en 2005. Un audit réalisé pour FranceAgriMer fait état pour 2010 de 1 074 200 ruches déclarées et 18 330 tonnes de miel par an[12]. Le recensement de 2012 présente aussi des écarts importants : 75 000 apiculteurs (dont 70 000 amateurs) gérant 1 million de ruches, alors que l’audit avance le chiffre de 45 000 apiculteurs pour 1,3 million. de ruches, ce qui souligne la relativité des chiffres avancés et la difficulté d'établir des estimations fiables. Bien que la télé-déclaration annuelle des ruchers soit obligatoire depuis le 1er janvier 2010, elle reste « une procédure complexe » peu appliquée par les apiculteurs amateurs[2].

La baisse du nombre d’exploitations apicoles (40 % en moins entre 2000 et 2010) est compensée par des cheptels d’abeilles plus importants (le nombre moyen de ruches en production est passé de 10 ruches par exploitation en 1970 à 66 en 2010), les 1 600 exploitations apicoles dotées de plus de 150 ruches fournissant les trois quarts de la production nationale[1].

Visite chez un apiculteur en Drôme provençale

La production de miel en 2012 (représentant plus de 86 % de la valeur de la production finale de l’apiculture française[13]) est de 18 500 tonnes alors que la consommation est de 40 000 tonnes et ses exportations de 4 000 tonnes, ce qui nécessite d'en importer 25 500 tonnes (importations dues à la production nationale insuffisante mais aussi par la demande segmentée de miels spécifiques type oranger, citronnier, mandarinier, eucalyptus)[14].

En France, la MSA (Mutualité Sociale Agricole) exige que l'apiculteur dispose de 400 ruches pour avoir le statut d'apiculteur professionnel. En effet, la MSA considère qu'on ne peut pas générer un salaire minimum constant si on n'a pas au minimum 400 ruches compte tenu de la forte variation des rendements en fonction de la région (riche en plantes mellifères ou pas) et de l'année (climat favorable ou pas).

Organisations[modifier | modifier le code]

La filière française dispose de quatre syndicats (UNAF[15], SNA[16], SFM [17]et SPMF[18]), trois sections apicoles (celles de la Confédération paysanne, de la Coordination rurale et de la FNSEA), deux fédérations professionnelles (FFAP[19], FEDAPI[20]), une fédération des organisations sanitaires (FNOSAD)[21], une association de formation et information en élevage de reines (ANERCEA) et un institut technique[22]. Selon François Gerster, coordinateur du plan du développement durable de l'apiculture, chacune de ces structures a ses propres revendications contradictoires, ce qui nuit à une « action coordonnée de développement de la filière »[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Agreste, « L’apiculture dans le recensement agricole. Une activité apicole de plus en plus professionnelle », Agreste, no 282,‎ , p. 1-4 (lire en ligne)
  2. a, b et c « Plan apiculture : ambitieux ou poudre aux yeux ? », sur Agriculture & Environnement,
  3. Prélèvement du miel pour fabriquer de l'hydromel mais aussi de la cire pour construire des bougies (le peuple utilise le suif) qui permettent d'éclairer les propriétés seigneuriales.
  4. Certains moines fabriquent des cierges en cire d'abeille pure pour les églises, l'abeille ayant un symbole ambivalent : virginité médiévale (sa sexualité étant inconnue à l'époque, on considère qu'elle se reproduit par parthénogenèse ou par pourriture d'un animal), érotisme (par son dard) à la Renaissance.
  5. Bigre est issu du latin apiger, api, abeille et gererer, gouverner, littéralement celui qui gère les « bigreries » ou « hostels aux mouches », ruchers à l'orée ou au cœur des forêts.
  6. Histoire de l'apiculture
  7. L'histoire de l'apiculture
  8. Elle accélère le développement de la ruche par marquage préalable des alvéoles.
  9. Jean Louveaux, es abeilles et l'apiculture, 1940-1981 : chronique historique de la zoologie agricole française, Editions Quae, , p. 37-41
  10. 200 ruches correspond à la demi surface minimum d'installation nécessaire pour être considéré comme professionnel en agriculture
  11. Présentation de la filière miel
  12. FranceAgriMer, « Audit économique de la filière apicole française », Les synthèses de FranceAgriMer, no 1,‎ , p. 1-28 (lire en ligne)
  13. Les autres produits valorisés de la ruche sont le pollen, la propolis, la gelée royale, la cire ; les produits transformés sont le pain d’épices, le nougat ; les produits de l’élevage sont les essaims, les reines et les services de pollinisation.
  14. François Gerster, « Plan de développement durable de l’apiculture », Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) n° 11 174-01, Ministère de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Forêt, octobre 2012, p. 4
  15. Union Nationale de l’Apiculture Française
  16. http://www.snapiculture.com/ Syndicat National d’Apiculture
  17. Syndicat Français des Miels
  18. Syndicat des Producteurs de Miel de France
  19. Fédération Française des Apiculteurs Professionnels
  20. Fédération des coopératives apicoles
  21. Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementale
  22. L'Institut technique et scientifique de l'apiculture et de la pollinisation - Institut de l'abeille

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abeilles & fleurs, revue mensuelle de l'Union nationale de l'apiculture française
  • L'abeille de France & l'apiculteur, revue mensuelle du Syndicat National d'Apiculture
  • Claude Merle, Rémy Bacher, J'installe une ruche dans mon jardin !, Terre vivante, , 120 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]