Coordination rurale
« Nourrir les hommes mérite un digne revenu » « Foutez-nous la paix, laissez-nous travailler » « Des prix, pas des primes » |
| Fondation | |
|---|---|
| Prédécesseur |
Fédération française de l'agriculture (d) |
| Sigle |
CRUN |
|---|---|
| Zone d'activité | |
| Type | |
| Objectif |
Maîtrise des productions et des marchés pour garantir des prix rémunérateurs et un revenu équitable pour tous les agriculteurs. |
| Siège |
1 impasse Marc-Chagall 32000 Auch |
| Pays |
| Membres |
15 000[1] |
|---|---|
| Fondateur |
Jacques Laigneau, Philippe Arnaud et Jean-Paul Couvreur |
| Président |
Bertrand Venteau (depuis ) |
| Organisme affilié |
Coordination rurale 47 (d) |
| Représentativité |
29,82 % aux élections chambre d'agriculture de 2025[2] |
| Site web |
| SIREN | |
|---|---|
| OpenCorporates |
La Coordination rurale (CR) est un syndicat agricole français, créé fin 1991.
C'est le second syndicat agricole français[3].
La CR est classée politiquement à droite et est parfois considérée proche de l'extrême droite.
Historique
[modifier | modifier le code]Naissance
[modifier | modifier le code]
La Coordination rurale (CR) est née fin 1991 d’une contestation de la réforme de la politique agricole commune (PAC) et des positions de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA)[4]. Le , une quarantaine d’agriculteurs tiennent la réunion constitutive de la CR qui apparaît pour la première fois à L'Isle-Jourdain (32) sous le statut d'une association loi de 1901. Ses fondateurs, Jean-Paul Couvreur, Philippe Arnaud et Jacques Laigneau, tous trois agriculteurs dans le Gers, ne la définissent alors pas comme un nouveau syndicat[5] mais comme une coordination trans-syndicale, créée dans le but de lutter unitairement contre la réforme de la PAC portée par le commissaire européen Ray Mac Sharry.
Ce mouvement transversal fédère dans un premier temps contre la réforme de la PAC. Outre le réseau qu’il mobilise, notamment parmi les céréaliers et les agriculteurs soucieux de perfectionnement et d’efficacité technico-économiques, il rassemble dès l’année suivante près de 7 000 adhérents[6] : des dissidents[7] de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), des agriculteurs de la Fédération française de l'agriculture (FFA) et du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) et des militants de la Confédération paysanne, parmi lesquels José Bové et Yves Manguy[8].
Au printemps 1992, l’organisation tient plusieurs meetings : à Agen le , à Niort le , puis à Chartres le [9]. Elle édite à cette occasion son premier tract « Amis citadins » et interpelle Louis Mermaz, alors ministre de l’Agriculture et de la Forêt, à de nombreuses reprises.
Blocus de Paris de 1992
[modifier | modifier le code]Le , le Conseil de l'Union européenne entérine la réforme de la PAC[10]. La CR organise alors depuis Écublé (Eure-et-Loir)[11],[12], le « blocus de Paris », une mobilisation destinée à « paralyser Paris »[13] en dressant dans la nuit du au des barrages sur les principaux accès d’Île-de-France, comme au péage de l'autoroute A1 de Senlis[14]. Cinq cents tracteurs agricoles prennent la direction de la capitale[15].
Paul Quilès, le ministre de l'Intérieur, appelle les préfets à interdire les manifestations entravant la circulation. La CR maintien de l'appel au blocus, tout en annonçant une manifestation non violente, à moins d'« être agressés de façon sauvage » par les forces de l'ordre[16],[17]. La mobilisation n'est émaillée que de peu d'incidents[13],[18].
En réalité, ce « blocus de Paris » bloque peu les accès à la capitale[19]. Il marque surtout la naissance médiatique du mouvement[20].
Après la levée des barrages, alors que les agriculteurs rentrent dans les campagnes pour la moisson, Raymond Girardi, vice-président du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef), estime que l'action a porté ses fruits en faisant naître une « force considérable » avec laquelle il allait désormais falloir compter[21].
La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et le Conseil national des jeunes agriculteurs (CNJA) considèrent irresponsable la demande de la CR d'abroger la loi adoptée le . Christian Jacob, président du CNJA, explique son désaccord fondamental avec cet l'objectif, préférant militer auprès du Gouvernement Bérégovoy pour un « plan d'adaptation pour l'agriculture et une gestion dynamique des soutiens »[22]. Le gouvernement français annonce des mesures d'accompagnement[Lesquelles ?] le [23]. Le secrétaire général de la CR, Philippe Arnaud, dénonce des mesures « ridicules »[24] et promet de nouvelles « opérations escargots »[25].
En 1993, le deuxième blocus de la CR à Paris est lancé, pour dénoncer l'entrée de l'agriculture dans l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT)[26] et l’accord de Blair House. Des manifestations sont notamment organisées au marché d'intérêt national de Rungis ou encore au Parc Disneyland Paris, où les agriculteurs soutenus par des militants Confédération générale du travail (CGT) du site, parviennent à perturber un sommet de l'agroalimentaire[27].
Le manifeste fondateur : Une révolution en vert et pour tous
[modifier | modifier le code]En , Jacques Laigneau, Philippe Arnaud, Nicolas Jaquet, Henri Gaulandeau, Raymond Girardi et Yves Manguy publient Une Révolution en vert et pour tous, un ouvrage dans lequel ils appellent à « une nouvelle révolution sociale et culturelle » et qu'ils adressent « aussi bien aux agriculteurs qu'aux acteurs des autres secteurs de l'économie et qu'aux responsables politiques »[28].
Le syndicat pense que la PAC de 1992 et le GATT « conduisent à la disparition des paysans », qu'ils qualifient encore de « génocide paysan », il estime devoir les combattre selon quatre axes qu'ils déterminent et qui structurent encore le discours[29] :
- « Nourrir les hommes mérite un digne revenu » ;
- « Sauver la ruralité, plus un agriculteur de moins » ;
- « Nous nous battons pour maintenir notre civilisation » ;
- « Sans semences, pas de paysan ».
Le syndicat s'inscrit au-delà des revendications purement corporatistes, dans la défense d'une identité paysanne[30]. Le sociologue François Purseigle écrit en ce sens que le mouvement entend « affirmer l'identité d'un groupe social menacé et devenu minoritaire »[29].
Appel de Paris pour une exception agri-culturelle
[modifier | modifier le code]Lors d'un colloque international « Pour que vivent nos cultures : non au GATT », organisé par la CR avec Teddy Goldsmith et Agnès Bertrand à la maison de la Mutualité à Paris le , Jacques Laigneau, président de la CR, revendique pour la première fois une « exception agri-culturelle » au GATT[réf. nécessaire].
De l'association au syndicat
[modifier | modifier le code]Constatant que l'ordre syndical cogestionnaire, FNSEA-JA, ne peut être défait, les élections aux chambres d’agriculture de 1995 apparaissent comme l'occasion d’entamer une conquête du pouvoir[31], ce qui précipite la transformation de la structure associative en organisation syndicale autonome dès 1994.
Or, ne pouvaient être déposées que des listes réunies sous la bannière d’un syndicat ayant au moins cinq ans d'ancienneté. La CR ne disposant pas d'une telle ancienneté, elle absorbe alors les statuts de la Fédération française de l'agriculture (FFA) pour répondre à cette exigence[32]. Le syndicat « Coordination rurale – Union nationale » est ainsi créé en [33].
Années 2000-2010
[modifier | modifier le code]Refonte du syndicat
[modifier | modifier le code]En 2022, Véronique Le Floc’h est élue présidente à 55 voix face à 50 pour son adversaire François Walraet qui souhaitait poursuivre la ligne de son prédécesseur[34].
D'une ligne apartisane — portée par l'ancien président Bernard Lannes durant quatre mandats successifs — l'orientation politique du syndicat change radicalement à partir de la présidence de Véronique Le Floc’h pour se rapprocher du Rassemblement national[34],[35]. Ainsi, lors du mouvement des agriculteurs de 2024, la vice-présidente Amélie Rebière se positionne aux côtés de Jordan Bardella[36] et le secrétaire général Christian Convers intervient à Bruxelles en compagnie de Marion Maréchal[34]. En , Sophie Lenaerts, membre du bureau, se rend à l'université d’été de l’Action française[35].
Durant cette présidence, le syndicat vit un bouleversement interne. Entre 2022 et 2024, les deux tiers des 40 salariés partent, de façon plus ou moins contrainte, dont la totalité des personnes présentes de longue date. En , une enquête interne met en lumière un « climat social dégradé » et une « désorganisation structurelle totale ». Début 2024, l'inspection du travail reçoit des signalements de faits pouvant être qualifiés de harcèlement moral en milieu professionnel et met en demeure la présidente en de protéger ses salariés et d'évaluer les risques de violences de la part d'élus nationaux et locaux. Selon des révélations de Mediapart, lors de l’assemblée générale du , le membre influent de la CR du Lot-et-Garonne Serge Bousquet-Cassagne exige des salariés un engagement total au mépris du Code du travail[34]. Certains membres font usage d'intimidations en interne et externes, exacerbées depuis 2025[37].
Le , Bertrand Venteau est élu président[38].
Prise de positions
[modifier | modifier le code]Position politique
[modifier | modifier le code]Ce syndicat est fréquemment classé à droite[39],[40] ou à l'extrême droite du champ politique[41],[42],[43],[44],[39]. Il est réputé poujadiste[45],[46]. Une proximité avec le Front national lui est également prêtée[47],[48],[49], même s'il s'en défend[50]. Déjà classé à droite dans les années 1990, cette position était contestée par certaines sources à cette époque [51].
Pour Denis Barrault, ex-directeur de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne désormais dirigée par la CR, « la Coordination est née du rejet de la FNSEA, c'est un syndicat de choc, un peu poujadiste, qui occupe le terrain, contre un syndicat majoritaire jugé trop dans le consensus. Mais l'idéologie est sensiblement la même, libérale, dans le rejet des normes »[45].
La CR se revendique apartisane et l'inscrit dans ses statuts[Quand ?]. Elle exige des candidats représentants agricoles, l'absence d'engagement politique[50].
Au cours du mouvement des agriculteurs de 2024, des accointances entre le syndicat et le Rassemblement national sont relevées à plusieurs reprises, laissant planer le doute de la récupération politique de ses actions par le parti d'extrême droite[52],[53]. Après les élections législatives de 2024, plusieurs cadres et membres du syndicat dénoncent une récupération politique au profit de l'extrême droite et une dérive autoritaire et violente[54].
Politique migratoire
[modifier | modifier le code]Elle milite en faveur d'une politique migratoire plus souple et occupe en 2001 la préfecture d'Agen pour réclamer la venue d'ouvriers agricoles polonais et marocains[55]. Les militants départementaux de la CR refusent d'embaucher les travailleurs français, qualifiés de « bras cassés » et leur leader Serge Bousquet-Cassagne demande « des gens qui ont faim et qui ont envie de travailler »[39]. En 2004, des membres de la CR du Lot-et-Garonne apportent leur soutien à un agriculteur qui vient d'abattre deux inspecteurs du travail enquêtant sur les conditions de travail de ses saisonniers migrants ; le syndicat placarde des affiches sur les bords de route : « Non à l'inquisition ! »[39]. En 2025, un élu est mis en cause pour traite d'être humain par ses ouvriers marocains[56].
Réchauffement climatique
[modifier | modifier le code]La CR est parfois décrite comme niant le réchauffement climatique[40]. Elle combat les mesures écologiques ainsi que la mondialisation[57].
Présidences
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- Jacques Laigneau (1992-1998)
- Hubert Barre (1998-1999)
- François Lucas (1999-2010)
- Bernard Lannes (2010-2022)
- Véronique Le Floc’h (2022-2025)
- Bertrand Venteau (depuis 2025)
Actions et engagements
[modifier | modifier le code]Mode d'action
[modifier | modifier le code]La CR utilise le « pancartage » comme méthode d'action[29]. Empruntant aux mouvements sociaux estudiantins ou politiques, la technique et les cibles évolueront par la suite. De la simple pancarte, elle passera aux affiches sauvages. Les murs de certaines bourgades du Sud-Ouest se verront ainsi tapissés d'affiches anti-PAC et pro-Coordination rurale.[réf. nécessaire]. Les menaces, les vandalismes, les intimidations, les agressions en milices, parfois commises devant des gendarmes, et les insultes sont également des méthodes employées. Selon Radio France, une enquête est ouverte envers des candidats à la présidence locale, à la suite d'une plainte fin 2025 d'une vice-présidente du syndicat, pour « harcèlement moral [et] menaces de destructions dangereuses pour les personnes »[58],[59].
Engagement contre la corruption
[modifier | modifier le code]En , l'Organisation des producteurs de grains, la branche céréalière de la CR, mène des actions en justice qui conduiront à la mise en examen de huit responsables de la FNSEA dans l'affaire Unigrains-ITCF[29]. Elle met alors en avant un slogan qui se retrouvera encore des années plus tard dans la communication de la CR : « Servir et non se servir »[60]. La chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, dirigée par la CR, a été critiquée pour son manque de transparence[61] et condamnées pour diverses irrégularités financières[62].
Semences
[modifier | modifier le code]La CR soutient les semences de ferme et s'oppose au paiement de redevance sur ces dernières[63]. Elle adhère à la Coordination nationale de défense des semences fermières (CNDSF) pour combattre les groupes semenciers qui dépossèdent, selon elle, les paysans d'un droit ancestral à utiliser leurs propres semences[29].
Représentation électorale
[modifier | modifier le code]La CR présente des listes aux élections par les exploitants de leurs représentants dans les Chambres d’agriculture[64],[65], à partir de 1985. En 2001, elle en présente dans 57 départements, obtenu en moyenne 12,2 % des voix et remporté deux chambres d’agriculture (Calvados, Lot-et-Garonne).
En 2007, la CR est présente dans 81 départements et obtient 18,7 % des voix aux élections des chambres d'agriculture[66]. Elle conserve ses deux chambres d'agriculture. Elle est le second syndicat français en métropole (hors DOM TOM) et le troisième syndicat pour l'ensemble du territoire français (DOM-TOM compris).
En 2013, le syndicat obtient 20,49 % des suffrages[67], il devient le deuxième syndicat agricole en France, conserve ses deux chambres d'agriculture (Calvados, Lot-et-Garonne) et en remporte deux nouvelles (Charente et Puy-de-Dôme, cette dernière étant en liste d'union avec la Confédération paysanne).
En 2019, la CR obtient 21,54 % des suffrages[68] : elle perd les chambres d'agriculture de Charente, du Puy-de-Dôme et du Calvados. Le syndicat conforte sa position en Lot-et-Garonne[69], et remporte les chambres de la Vienne[70] et de la Haute-Vienne[71]. À l'issue de ces élections, la Coordination rurale demeure le deuxième syndicat agricole français[68], au coude à coude avec la Confédération paysanne, tous deux ayant obtenu environ 20 % des voix aux élections aux chambres d'agriculture en 2019, loin derrière le premier, la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) qui totalise 55 % sur des listes communes avec le syndicat Jeunes agriculteurs[72],[73],[74].
En , la CR progresse et obtient 29,85 % des suffrages. Elle parvient à arriver en tête dans 14 départements. Avec les votes des autres collèges, elle n'a cependant pas réussi à remporter la présidence dans quatre départements, ni la présidence de la région Nouvelle Aquitaine où elle est pourtant majoritaire dans sept des douze départements au sein du collège exploitants[75]. Elle conserve la Vienne, la Haute-Vienne et le Lot-et-Garonne puis gagne les Ardennes, le Cher, l'Indre-et-Loire, la Charente, la Dordogne, le Gers et le Tarn[76].
Communication
[modifier | modifier le code]Journal
[modifier | modifier le code]La Coordination rurale éditait jusqu'en 2019 un journal mensuel, 100 % agriculteur (anciennement CR infos).
Lobbying
[modifier | modifier le code]La Coordination rurale est inscrite depuis sur le registre de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique et déclare exercer des activités de représentation d'intérêts en France pour un montant compris entre 50 000 € et 750 000 € en 2018[77].
Festival national du non labour et du semis direct
[modifier | modifier le code]En 1999, la Coordination rurale organise en Charente le premier Festival du non labour et du semis direct (Festival NLSD), décrit par le syndicat comme un rendez-vous annuel des agriculteurs consacré au travail du sol, aux couverts végétaux et aux itinéraires techniques innovants[78].
La création de ce festival pour la promotion des techniques de non-labour et semis direct et autres techniques culturales simplifiées n'est initialement pas dénuée d'arrière-pensées syndicales. Il constitue « un pied de nez » aux concours de labour[79], ce qu'assume un responsable de l'organisation des producteurs de grains en 1999[29].
En disant « non au labour », les agriculteurs adhérents de la CR avaient pour objectif de dire « non » aux modèles techniques portés par le syndicalisme majoritaire, et notamment à ceux des Jeunes agriculteurs lors des finales de concours de labour[29].
Le festival est organisé dans un lieu différent chaque année. Il se déroule désormais au sein de lycées d'enseignement général, technologique et professionnel agricole (LEGTA) et n'a plus de lien avec le syndicat[80].
Polémiques
[modifier | modifier le code]Barrage de Caussade
[modifier | modifier le code]À Saint-Pierre-de-Caubel, la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne porte un projet de construction de retenue d'eau (dite « lac de Caussade ») ayant pour but de stocker l’eau de l’hiver pour irriguer l’été les champs d’une vingtaine d’exploitations[45]. Alors que la construction de ce barrage est validée en par la préfecture du Lot-et-Garonne, cette dernière décide finalement de faire machine arrière en sous la pression notamment du ministère de la Transition écologique[45]. Soutenue par des maires du Lot-et-Garonne, la chambre d’agriculture poursuit le projet et fait construire illégalement la retenue d'eau sur le ruisseau de Caussade[81]. Au printemps 2020, l’État accepte finalement que le barrage soit utilisé par les agriculteurs[45]. Celui-ci s’étale sur 378 mètres de large et 12,5 mètres de haut pour barrer le lit du ruisseau, et peut retenir 920 000 m3 d’eau[82]. À la suite des procédures engagées, le tribunal administratif de Bordeaux déclare illégale cette réalisation[83]. Le , le tribunal judiciaire d'Agen condamne pénalement le président de la chambre d’agriculture du département, Serge Bousquet-Cassagne, et son vice-président à des peines de prison ferme et à des amendes[84]. En appel, la prison ferme est transformée en sursis. Pour Bernard Lannes, président national du syndicat, « Il faudra envoyer l’armée ! C’est un procès politique ! Une guerre de religion ! La justice et certains écologistes nous frappent alors que le gouvernement se montre ouvert sur des négociations »[45].
Attaque d'un cinéma à Limoges
[modifier | modifier le code]Le , au cours de la diffusion d’un documentaire intitulé Julien, le marais et la libellule, prenant position contre les méga-bassines, dans un cinéma de Limoges, des membres de la Coordination rurale s’introduisent dans le hall d'entrée du bâtiment, le saccagent et lâchent des animaux sauvages dans les couloirs d’accès aux salles[85]. La projection est alors interrompue, et les assaillants mis en fuite par les spectateurs présents lors de la séance[86]. La police intervient ensuite pour récupérer les animaux échappés. L'un d'entre eux, étant trop blessé pour être sauvé, doit cependant être euthanasié. L'antenne haute-viennoise de la Société protectrice des animaux annonce porter plainte pour maltraitance animale le lendemain[85].
L'action est ensuite revendiquée publiquement par le syndicat, qui annonce vouloir poursuivre sa lutte contre le « terrorisme écologique »[87].
Tentatives d’intimidation et menaces envers Marine Tondelier
[modifier | modifier le code]Le , la Coordination rurale 47, à la tête de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, publie un communiqué de presse s'opposant à la venue de Marine Tondelier, secrétaire du parti Europe Écologie Les Verts, l’accusant de faire l'apologie de la violence et de la haine envers le monde agricole[88]. Plusieurs élus de la chambre d'agriculture considèrent la venue de la politicienne comme un « acte de provocation certain au lendemain de Sainte-Soline »[89]. L’élue écologiste dénonce des propos « caricaturaux et menaçants », et maintient son déplacement[90]. Le lendemain, 150 à 200 adhérents de la CR 47 se organisent à la gare de Marmande un blocus et empêcher l'élue écologiste d’effectuer son déplacement dans le département[91]. Les militants du syndicat effectuent dans la matinée une action de vandalisme d'ampleur en épandant du lisier sur la fontaine municipale de Marmande pour protester contre la décision de la municipalité d'accueillir la secrétaire du parti écologiste[92]. Une autre action de blocage est mise en place par les militants de la CR 47 à Villeneuve-sur-Lot afin d'empêcher Marine Tondelier d'effectuer une visite sur le thème de la désertification médicale, le pôle hospitalier mère-enfant de la ville étant menacé de fermeture[93].
La dirigeante écologiste n'arrive finalement à Marmande qu'en début d'après-midi, après avoir annulé sa première visite à Villeneuve-sur-Lot, et se joint à la manifestation contre la réforme des retraites. Une fois sur place, elle se retrouve bloquée par des militants de la CR qui l'insultent et menacent de lui jeter du lisier[94]. Le président de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne, Serge Bousquet-Cassagne, aurait par la suite déclaré en privé à Marine Tondelier : « Ma poule tu t’es encore échappée. Je vais t’attraper et te plumer »[46].
Le ministre de l'Agriculture, Marc Fesneau, réagit à ces intimidations en déclarant sur ses réseaux sociaux : « Il n'est pas admissible, en aucune circonstance et sous couvert d'aucune cause, de justifier l'intimidation, les menaces sur les personnes et les biens, le non-respect de la loi, la vie et l'expression démocratiques. Jamais. Sinon c'est la violence qui fera sa loi et la loi »[94].
Une semaine plus tard, à l’initiative de Serge Bousquet-Cassagne, des agriculteurs adhérents de la CR effectuent une nouvelle action de vandalisme en versant du fumier devant l'hôtel de ville de Nérac, le maire de la commune ayant affiché publiquement son soutien à Marine Tondelier[95].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « Que pèse aujourd'hui la FNSEA sur la scène agricole ? La réponse en 5 chiffres clés », Le Figaro, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « titre=Communiqué de presse - Résultats consolidés des élections des membres des Chambres d'agriculture 2025 », sur agriculture.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ «Nous attendons vraiment des réponses» : des agriculteurs de la Coordination rurale en route pour manifester à Paris
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- ↑ Frédéric Zabalza, « La Coordination rurale prend pour cibles les locaux d’associations écologistes, qui dénoncent des actions « d’intimidation indignes » », Le Monde, (lire en ligne
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- ↑ Thibaut Dailler et Julien Bachellerie, « Bertrand Venteau, candidat à la présidence nationale de la Coordination rurale, réagit à la guerre intestine au syndicat agricole »
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- ↑ Jean-Loïc Guérin, « La Coordination rurale entre en campagne », Ouest-France, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Économie. Favoritisme, corruption... la Cour des comptes pointe les dérives des chambres d'agriculture », sur www.lalsace.fr, (consulté le )
- ↑ « Cour des comptes: amendes contre les dérives de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne », sur Le Figaro, (consulté le )
- ↑ AdminTemp, « Semences de ferme », sur Coordination Rurale (CR), (consulté le )
- ↑ Les élections aux Chambres départementales d'agriculture du 31 janvier 1995 - Un révélateur du changement d'identité professionnelle des agriculteurs, Persée, économie rurale, Roger Le Guen, 1997
- ↑ Ministère de l'Agriculture ; ces chiffres comprennent également les résultats en outre-mer.
- ↑ « Tous les résultats détaillés par département », La France agricole, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Élections 2013 Chambres d'agriculture », Chambres d'agriculture, (lire en ligne, consulté le ).
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- ↑ « Lot et Garonne : La Coordination Rurale remporte haut la main les élections à la Chambre d'agriculture », sur Actu.fr (consulté le ).
- ↑ « Chambres d'agriculture : la Coordination rurale en tête dans la Vienne mais elle perd la Charente au profit de la FNSEA », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le ).
- ↑ « Jusque-là majoritaire, la FDSEA est battue dans les élections agricoles en Haute-Vienne mais reste en tête en Corrèze », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine (consulté le ).
- ↑ « Tous les résultats des élections chambres d'agriculture 2019 », sur terre-net.fr (consulté le ).
- ↑ « FNSEA, Coordination rurale… Qui sont les principaux syndicats agricoles et que réclament-ils ? », par Paul Louis avec l'Agence France-Presse sur BFM TV le 24 janvier 2024 [1]
- ↑ Résultats des élections du 7 février 2019, sur le site des chambres d'agriculture [2]
- ↑ Valérie Deymes, « La FNSEA rafle la présidence de la chambre d'agriculture de la Nouvelle Aquitaine », Sud Ouest, (lire en ligne).
- ↑ Raphaël Lecocq, « Elections chambres d'agriculture 2025 les résultats définitifs », sur Pleinchamp, .
- ↑ « Fiche organisation - Haute Autorité pour la transparence de la vie publique », sur Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (consulté le ).
- ↑ « Le 11-09-2019 : Festival du non-labour et du semis direct (NLSD) »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), La France Agricole (consulté le ).
- ↑ Véronique Lucas, Stéphane de Tourdonnet, Jean-Marc Barbier, Roberto Cittadini, Pierre Gasselin (12e journées de recherches en sciences sociales), « Le glyphosate en agriculture de conservation : Un cas illustratif de la dépendance de l'agriculture française aux pesticides », JRSS 2018, , p. 7 (lire en ligne).
- ↑ « Notre festival », sur NLSD (consulté le ).
- ↑ Baptiste Gay, « Projet du lac de Caussade : les maires du Lot-et-Garonne vont soutenir les agriculteurs sur le site dans la soirée », La Dépêche du Midi, .
- ↑ « Barrage de Caussade : histoire d’un projet illégal, dangereux pour le Lot-et-Garonne mais jamais arrêté », sur France Nature Environnement, .
- ↑ « Lot-et-Garonne : la justice constate l'illégalité des travaux du lac du Caussade », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le ).
- ↑ Martine Valo, « Prison ferme pour les promoteurs du barrage de Caussade. La retenue, construite pour des agriculteurs irrigants, est illégale », Le Monde, , p. 14.
- Alexandra Filliot et Isabelle Rio, « PHOTOS. Des animaux sauvages lâchés dans un cinéma lors d’une projection à Limoges », sur France 3 Nouvelle-Aquitaine, (consulté le ).
- ↑ « À Limoges, un syndicat agricole attaque une projection sur les mégabassines », sur labogue.info, (consulté le ).
- ↑ CR 87, « Bassines OUI merci ! », sur coordinationrurale.fr, (consulté le ).
- ↑ Elsa Provenzano, « Lot-et-Garonne : « Ne venez pas chez nous, ça va mal se passer ! » lance un syndicat agricole à Marine Tondelier », sur 20 Minutes, (consulté le ).
- ↑ Juliette Cardinale, « Marmande : le maire demande à la cheffe des Verts de repousser sa visite », sur Actu.fr, (consulté le ).
- ↑ Martin Planques, « Marine Tondelier (EELV) dénonce "les menaces" du président de la Chambre d'agriculture avant son déplacement en Lot-et-Garonne », La Dépêche du Midi, (consulté le ).
- ↑ AFP, « Lot-et-Garonne : Un déplacement de Marine Tondelier perturbé par des militants de la Coordination rurale », sur 20 Minutes, (consulté le ).
- ↑ Camille Groc, Carine Caussieu, Élodie Viguier, « Bousculade à Agen entre la CR et des militants de gauche anti-bassines »
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- ↑ Bertrand Chomeil et Valentin Vié, « Lot-et-Garonne : "Marine Tondelier, c’est Keyser Söze" »
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- « La Coordination rurale perturbe un déplacement de Marine Tondelier », sur terre-net.fr, (consulté le ).
- ↑ Lucas Dupont, « Visite de Marine Tondelier en Lot-et-Garonne : du fumier déposé devant la mairie de Nérac », La Dépêche du Midi, (consulté le ).
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Qu'est-ce que la Coordination rurale ?, éd. L'Archipel, 2006? broché, 155 p. (ISBN 978-2841878918)
- François Purseigle, « Chapitre 8 / La coordination rurale : Un nouvel acteur sur l'Échiquier syndical », dans Les mondes agricoles en politique, Presses de Sciences Po, , 241–272 p. (ISBN 978-2-7246-1164-9, DOI 10.3917/scpo.hervi.2010.01.241, lire en ligne)
Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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