Essaimage

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« Nuage d'abeilles » en vol.

L'essaimage est un phénomène observé dans les ruches d'abeilles, quand une partie des abeilles quitte la ruche avec une reine (l'essaim) pour former une nouvelle colonie. L'essaim forme alors un nuage d'abeilles qui peut atteindre une vingtaine de mètres de long et qui parcourt son territoire à la recherche d'un endroit propice pour s'établir et reformer une colonie.

Préparation - les signes précurseurs[modifier | modifier le code]

Cellule royale.
Chez l'abeille domestique, insecte social, l'essaim est en quelque sorte la propagule collective de la ruche.

En temps normal, les phéromones émises en permanence par la reine empêchent les ouvrières de construire des cellules royales et d'y pondre. Si la reine se met à diffuser moins de phéromones, quelle qu'en soit la raison, la colonie est prise de la « fièvre d'essaimage ». Cette fièvre est détectable grâce à des signes précurseurs :

  • les ouvrières bâtissent des cellules royales qui sont plus grosses que les autres et qui ont la particularité de pendre, contrairement aux cellules horizontales de mâles, d'ouvrières ou de stockage de pollen ou de miel.
  • Les ouvrières donnent des petits coups de tête à la reine et cessent de la nourrir. La reine pond donc de moins en moins. En temps normal, le couvain ouvert occupe plus de place que le couvain operculé. Quelques jours avant l'essaimage, à cause du manque de place pour pondre mais surtout à cause du ralentissement de la ponte, le couvain operculé occupe plus de place que le couvain ouvert. C'est au moment où ce rapport s'inverse que l'essaim part.
  • Les ouvrières se mettent à pondre (uniquement des mâles qui seront utiles pour la fécondation de la prochaine reine),
  • Les ouvrières semblent désœuvrées sur la planche de vol. Leurs glandes à cire se développent et de petites plaques de cire apparaissent sur leur abdomen pour être prêtes à construire de nouveaux rayons de cire alvéolaires dans la future ruche.

Quand la reine consent à déposer des œufs dans ces cellules royales et qu'elles sont operculées, le processus est enclenché. Quelques jours plus tard, de jeunes reines vont naître. Amaigrie par l'arrêt de la ponte, l'ancienne reine peut désormais voler et accompagne l'essaim juste avant la naissance de celles qui la remplaceront. Ces princesses vont combattre à mort pour devenir la nouvelle reine-mère qui hérite de la ruche.

Avant de partir, chaque abeille se gave de miel afin de disposer d'assez d'énergie pour assurer la migration qui peut durer 3 jours. Le départ de l'essaim se fait à l'occasion d'un début d'après-midi ensoleillée, avec la moitié de l'effectif de la colonie (s'il s'agit d'un essaimage primaire). S'il ne fait pas trop froid, la reine peut être suivie par d'autres jeunes reines, il s'agit alors d'un essaim dit secondaire, tertiaire, etc.

Période d'essaimage[modifier | modifier le code]

L'essaimage se produit généralement à la saison favorable, généralement avant les miellées ou après (au milieu du printemps ou au début de l'été), ce qui a permis à la colonie-mère prise de « la fièvre d'essaimage » de se développer à nouveau de construire la nouvelle ruche et constituer des provisions.

Sélection du nouveau site d'installation : un choix démocratique[modifier | modifier le code]

Un essaim fixé sur une branche

L'essaimage des abeilles est un véritable processus anarchiste d'intelligence collective puisqu'il s'agit de parvenir à un consensus pour définir la future localisation de la colonie.

Après avoir quitté la ruche, un essaim se réunit dans un endroit abrité, en général dans un arbre ou sous une toiture, formant ce qu'on appelle une grappe (d'abeilles), et des éclaireuses (5 % de l'essaim, les abeilles les plus expérimentées du groupe) partent observer les environs sur une surface d'environ 70 km2 pour trouver un emplacement propice à l'établissement de la nouvelle colonie. Les éclaireuses revenant à l'essaim relatent une position qui leur semble propice à l'installation de la colonie par une danse dont la vivacité reflète la qualité du lieu désigné, et suffisamment explicite pour en indiquer la position.

Toutes les éclaireuses ont le même pouvoir d'information et présentent de manière transparente et souvent simultanément leurs découvertes. Selon l'intensité de la communication, l'abeille découvreuse d'un site va recruter un nombre plus ou moins grand de nouvelles éclaireuses qui iront chacune le visiter et entreprendre une évaluation indépendante. Elles pourront à leur tour donner leur opinion. Après plusieurs heures et parfois jusqu'à 3 jours de mutualisation perpétuelle des connaissances, un consensus émerge de ce processus décisionnel et aboutit au choix définitif de la destination. Une décision sera souvent prise lorsque quelques 80% des éclaireuses ont convenu d'un seul endroit et / ou lorsqu'il y a un quorum de 20 à 30 éclaireurs présents sur un site de nidification potentiel. Quand cela arrive, tout le groupe prend son envol et s'envole vers lui. Un essaim peut voler un kilomètre ou plus vers l'emplacement choisi, avec les éclaireuses guidant le reste des abeilles en volant rapidement au-dessus dans la bonne direction[1].

Ce processus collectif de prise de décision réussit remarquablement à identifier le nouveau site le plus approprié et à maintenir l'essaim intact.

Un bon nid doit avoir les qualités suivantes :

  • être suffisamment grand pour accueillir l'essaim (minimum 15 litres en volume, de préférence ~ 40 litres),
  • être bien protégé des éléments (pas trop de vent) et recevoir une certaine quantité de chaleur du soleil (de préférence à mi-ombre et entrée exposée vers l'Est pour favoriser la chaleur du matin,
  • avoir une petite entrée (environ 12,5 cm carré) située au bas de La cavité,
  • ne pas être infesté de fourmis.

Les sites de nidification avec des nids d'abeilles ou des ruches abandonnés sont privilégiés car les odeurs de miel et de propolis émises rassurent les éclaireuses (on s'en sert pour le piégeage d'essaim).

Une fois l'essaim définitivement fixé, les ouvrières bâtissent très rapidement des rayons de cire pour le nouveau couvain et pour y stocker du miel. La reine se remet à pondre seulement 3 jours après l'arrivée sur le nouveau site, afin d'assurer le développement de la nouvelle colonie le plus vite possible[2],[3].

La reine pouvant vivre jusqu'à 5 ans, elle pourra essaimer plusieurs fois dans sa vie (mais généralement les apiculteurs remplacent les reines chaque année où tous les deux ans pour s'assurer d'une ponte maximale).

Si un essaim s'établit quelque part dans la nature, on dit qu'il retourne à l'état sauvage. Les abris peuvent être le creux dans un arbre, une cavité rocheuse, ou une construction humaine où on n'attendait pas vraiment la venue d'un essaim (et l'essaim risque d'être chassé ou capturé).

Fréquence[modifier | modifier le code]

Il ne peut y avoir qu’une seule reine par colonie. Dans la ruche d'origine, la première reine qui naît tue immédiatement toutes ses rivales encore dans leurs cellules, sauf dans les colonies très importantes où les abeilles protègent les jeunes reines afin d'essaimer encore une ou deux fois. Une semaine plus tard, la nouvelle reine effectue son premier vol nuptial. Une colonie peut produire, entre le début du printemps et le début de l’été, jusqu’à trois essaims. Ils sont dits « primaire », « secondaire » et « tertiaire », et comptent respectivement la moitié, le quart et le huitième de la population initiale de la ruche ; le contingent final dans la ruche est la différence (moitié, quart ou huitième).

Risques[modifier | modifier le code]

L'essaimage est une étape vulnérable dans la vie des abeilles. Pendant cette phase, elles sont approvisionnées seulement par le nectar ou le miel qu'elles portent dans leur estomac. Un essaim peut mourir de faim s'il ne trouve pas rapidement un site pour s'installer et des sources de nectar. Ceci se produit le plus souvent avec des essaims partis trop tôt dans la saison au printemps par un jour chaud qui est suivi par du temps froid ou pluvieux. La colonie d'origine après s'être séparé d'un ou plusieurs essaims est généralement bien approvisionnée en nourriture, mais la nouvelle reine peut être perdue ou mangée par des prédateurs pendant son vol d'accouplement, ou le mauvais temps peut empêcher son vol d'accouplement. Dans ce cas, la ruche n'a plus de jeune couvain pour élever des reines supplémentaires, et elle ne survivra pas. Un essaimage secondaire contiendra habituellement une jeune reine vierge.

Un essaim est très impressionnant, mais le danger pour l'Homme est moindre car une abeille issue d'un essaim pique rarement pour plusieurs raisons :

  • Les abeilles sont sans logis, sans couvain et sans provisions. Elles n'ont rien à défendre.
  • Chaque abeille remplit son jabot de miel avant le départ. C'est la seule source de nourriture disponible pour l'essaim à court-terme. Une abeille gavée de miel ne pique pas. C'est d'ailleurs pour cela qu'on enfume une ruche avant de s'en approcher, l'enfumage pousse les abeilles à se gaver de miel avant un éventuel départ d'urgence lié à un incendie.
  • Le sacrifice en grand nombre des abeilles conduit directement à l'affaiblissement de l'essaim puisqu'une abeille meurt après avoir piqué un homme (arrachement de l'aiguillon). L'établissement de la nouvelle colonie nécessite de conserver le maximum d'effectif.

Un apiculteur peut donc s'approcher ou toucher un essaim sans grand danger de piqûre. Il est même possible d'installer l'essaim sur une partie dénudée du corps. Cela fait d'ailleurs l'objet de concours. Cependant, un tempérament calme et des mouvements très lents sont nécessaires dans toutes les manipulations, afin de laisser les abeilles prendre leur place sans se froisser, pour éviter d'être associé à un danger. Toutefois il est bon de savoir que toute abeille écrasée piquera en retour, quelle que soit son humeur.

Rôle[modifier | modifier le code]

L'essaimage est le mode naturel de reproduction et dispersion dans l'espace des colonies d'abeilles.

Chez certaines espèces de fourmis, autres insectes sociaux, l'essaimage est également le moment où de nombreuses princesses et de nombreux mâles fourmis s'envolent pour s'accoupler, reines et mâles sont poussés hors du nid pour s'envoler, s'accouplent et retombent au sol. Le mâle va mourir peu après, la reine, elle, va aller fonder un nouveau nid. Ces princesses sont les fameuses fourmis « ailées » qui ne constituent pas une espèce mais une caste[4].

Facteurs favorisants et contrôle de l'essaimage[modifier | modifier le code]

Récolte d'un essaim à Montfavet dans les années 1900.

L’essaimage est dynamisé par :

  • une ruche devenue trop petite pour héberger l'ensemble de la colonie. Cela survient généralement après l'arrivée d'importantes quantités de pollen qui font rapidement grossir la population de la colonie. On constate par exemple souvent un essaimage après la miellée du colza surtout si l'apiculteur tarde trop à installer les hausses qui, en augmentant le volume d'accueil de la ruche, repoussent la date de l'essaimage.
  • l'âge de la reine (et donc la taille de la colonie): 2 à 3 % d’essaimage pour une reine de l’année mais n+1 -> 20 % et n+2 -> 50 %. La destruction des cellules royales ne suffit pas à empêcher l'essaimage[5].
  • une température trop élevée dans la ruche (aération insuffisante).

Il existe différentes techniques pour limiter l'essaimage :

  • Choisir une reine de qualité. Les reines "tout venant" essaiment beaucoup plus que les reines créées par des professionnels.
  • la division : on peut gérer l’élevage de reines en divisant en deux ou trois parties de manière préventive une ruche trop prolifique. Cela permet à la fois de faire baisser la pression de l’essaimage et d'améliorer la génétique en faisant élever des reines sélectionnées aux abeilles prélevées dans la ruche d'origine. L'essaim artificiel est constitué par un à deux cadres de couvain, dont un sera « ouvert » avec les abeilles qu’ils portent et un cadre de pollen et miel. On vérifie qu’un cadre au moins est porteur de couvain ouvert avec des oeufs et/ou de larves de moins de 24 heures. Il faut effectuer la même vérification dans la partie qui reste en place et dont la population est éventuellement resserrée. L’ensemble à déplacer sera logé dans une ruche partitionnée, ou mieux dans une ruchette adaptée au volume du paquet d’abeilles ainsi constitué. La méthode du plan DEMAREE ou DEMARIE permet une division simplifiée en superposant deux corps de ruches séparés par une grille à reine. Il faut veiller à éloigner la ruchette de la colonie (au moins un kilomètre) pour éviter que les ouvrières retournent parmi les leurs. Les ouvrières ainsi isolées s’attelleront très vite à la production d'une nouvelle reine, afin d'assurer la survie de leur nouvelle colonie.
  • Couper une aile de la reine. Lorsqu'une aile de la reine est coupée, un essaim peut sortir, mais en raison de l'incapacité de la reine à voler, l'essaim se rassemblera juste à l'extérieur de la ruche originale en attendant qu'une jeune reine naisse et parte avec lui. Pendant cette attente, l'essaim peut être facilement recueilli. Ce n'est pas une méthode de prévention de l'essaimage mais c'est une méthode de récupération des essaims.
  • Appliquer la méthode du damier[6] : À la fin de l'hiver, les cadres sont réarrangés près du couvain. On alterne des cadres pleins de miel et des cadres vides. On pense que seules les colonies qui perçoivent avoir des réserves suffisantes tenteront d'essaimer. Les cadres de damier près du couvain détruisent apparemment ce sentiment d'avoir des réserves.
  • Détruire régulièrement les cellules royales (au moins une fois par semaine) est parfois conseillé mais cela a en fait tendance à accélérer l'essaimage[7].

Récupération des essaims[modifier | modifier le code]

Apiculteur capturant un essaim.

Certains apiculteurs capturent les essaims qu'on leur signale. L'avantage est qu'ils récupèrent un essaim de production supplémentaire dans leur rucher. L'inconvénient est qu'ils récoltent une colonie essaimeuse dont la qualité de la reine est inconnue au lieu d'une souche sélectionnée plus stable.

Il existe différentes méthodes pour capturer un essaim. C'est un procédé délicat dans lequel il convient de s'accaparer la majorité des individus, le reste ne pouvant être récupéré ensuite.

Lorsque l'essaim se dépose et forme une grappe, il est relativement facile de le capturer dans une ruchette appelée nucléus. Une méthode qui peut être employée par une journée ensoleillée où l'essaim est situé sur une branche inférieure ou un petit arbre est de mettre un drap blanc sous l'emplacement de l'essaim. Une ruchette est placée sur le drap. L'essaim est pulvérisé de l'extérieur avec une solution de sucre, puis secoué vigoureusement hors de la branche. Le groupe principal, y compris la reine, tombera sur le drap blanc et les abeilles vont rapidement entrer dans le premier espace sombre en vue, qui est l'ouverture de la ruchette. Une marche organisée vers l'ouverture s'ensuivra et après 15 minutes la majorité des abeilles sera à l'intérieur du nucléus. Elles y resteront enfermées une ou deux nuits. Si la ruche est accueillante (propreté, emplacement, protection), l'essaim restera dedans.

Si l'essaim est trop enchevêtré dans son perchoir et qu'il ne peut pas être placé dans une boîte ou un drap, une ruchette peut être suspendue au-dessus et la fumée douce utilisée pour un «regroupement» de l'essaim dans la ruche. La fumée n'est pas recommandée pour calmer un essaim groupé. La fumée aura l'effet inverse sur un essaim groupé, car de nombreuses abeilles vont s'agiter et voler au lieu de s'installer.

Piégeage[modifier | modifier le code]

Les apiculteurs souhaitant avoir plus de colonies piègent des essaims. Pour cela, ils utilisent une ruchette usagée bien désinfectée puis frottée avec une boule de propolis pour masquer les odeurs de détergents, bois ou autres. Ils remplissent la ruchette de cadres vides mais usagés (propolisés) avec cire gaufrée neuve et mettre sur un des côtés un cadre plein (déjà alvéolé) de l'année précédente pour libérer un parfum attirant.

C'est principalement l'odeur qui attire les essaims. On peut aussi utiliser un produit nommé "charme abeille" en spray pour rendre la ruchette encore plus attractive ou à défaut vaporiser d'eau miellée ou mieux d'eau de cire (reste de rayons noirs bouillis quelques minutes dans un peu d'eau puis filtrés dans un vieux bas. Mélanger le liquide, noirâtre obtenu avec un peu de miel puis vaporiser l'intérieur des ruches pièges). Certaines odeurs fortes sont aussi attirantes pour les abeilles (huile essentielle de citronnelle, mélisse, tanaisie). Toujours pour optimiser les odeurs de cire et de propolis, certains passent un léger coup de lampe à souder ou chalumeau sur les parois de la vieille ruche avant de la mettre en place. Les anciens conseillaient même d'uriner aussi souvent que possible près de la ruche.

Dés le début du mois de mars (pour que les abeilles éclaireuses puissent les repérer lors de leurs exploration du voisinage), la ruchette est placée bien d'aplomb dans un lieu non venteux sur un arbre fruitier à une hauteur de 1,5 à 2 m à mi-ombre. Entrée de la ruche dirigée vers l'Est. La colonie peut essaimer dès que la météo a été assez bonne pour qu'elle puisse bien se développer grâce aux apports de pollen et de nectar, condition sine qua non pour que la reine ponde fortement.

Quand le piège a fonctionné, on déplace la ruche ailleurs et on replace un autre piège au même endroit car il s'agit d'un endroit propice (à proximité d'un rucher existant par exemple) qui attirera régulièrement des essaims.

L'essaim ne rentre pas forcément directement dans la ruche piège mais l'odeur de propolis et de miel favorise son arrivée. S'il se pose à quelques mètres, il ne reste plus qu'à placer la ruchette sous l'essaim et le faire rentrer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas D. Seeley : Honeybee Democracy (2010, Princeton University Press) et Nexus no 75 : "La démocratie est dans la ruche"
  2. Peter David Paterson, L'apiculture, Éditions Quae, , p. 20-21
  3. Nadia Perrin, Patrice Cahé, Conduire ses ruches, Educagri Editions, , p. 62
  4. Exemple de source
  5. "L'élevage des reines: production des paquets d'abeilles, initiation à l'insémination instrumentale" - Livre de Gilles Fert - 1988
  6. La méthode du damier ou checkerboarding.
  7. There are queen cells in my hive - what should I do?