Annibal Grimaldi

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Annibal Grimaldi, comte de Beuil, baron de la vallée de Massoins, seigneur d'Ascros, de Toudon, de Tourrette, de Revest, d'Ilonse, de Roubion (Alpes-Maritimes) et d'autres lieux. Général des galères de Savoie, gouverneur du Comté de Nice, chevalier de l'Annonciade et conseiller d'État. Né en 1557.

Ayant trahi le duc de Savoie, il fut condamné à mort par le Sénat de Nice. Il est mort étranglé par deux esclaves turcs assis sur une chaise, le . Le Duc de Savoie avait choisi cette mort parce qu'Annibal Grimaldi avait dit qu'il aimait mieux être étranglé par un Turc que de se soumettre au duc de Savoie.

Fils d'Honoré II Grimaldi, Ier comte de Beuil en 1581, mort le , et de Julie Picamilli.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gouverneur du comté de Nice[modifier | modifier le code]

Il a d'abord été général des galères de Savoie et assure la sécurité des côtes vis-à-vis des pirates.
Après la mort de son père, il prête serment de fidélité au duc de Savoie. Il succède à son père comme gouverneur de la ville et du comté de Nice le 22 décembre 1591.

En mars 1594, les huguenots envahissent la vallée de la Tinée. Annibal Grimaldi est commandant des armées du comté de Nice en juillet. Différents coups de main de part et d'autre font passer la vallée de la Tinée sous l'autorité du roi de France au duc de Savoie. Annibal Grimaldi fait un dernier coup de main en 1600 contre Arnaud d'Entrevènes ramenant la vallée au duc de Savoie. Il a finalement conclu une trêve de six mois avec le duc de Guise, représentant d'Henri IV moyennant une somme de 8 700 écus qu'il a payée lui-même.

En 1599 il accompagne le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier de Savoie à la cour de France. Le duc arrive à Fontainebleau le 14 décembre et à Paris le 21. Le différend entre le roi de France et le duc de Savoie porte sur le marquisat de Saluces que le duc occupe depuis 1588. Un traité est signé à Paris le 27 février 1600 qui laisse un délai de 3 mois au duc pour rendre le marquisat. Passé ce délai, en 1600, la guerre reprend entre la France et le duc de Savoie. Annibal Grimaldi assure la défense de Nice attaquée par la flotte française commandée par le duc de Guise. La guerre se termine par le traité de Lyon en 1601.

Il est chevalier de l'ordre de l'Annonciade et conseiller d'État en 1602[1].

Affrontement entre le comte de Beuil et le duc de Savoie[modifier | modifier le code]

L'orgueilleux comte de Beuil affirma « Je suis comte de Beuil, je fais ce que je veux » (Io son comte di Boglio faccio qual che voglio). Fier, il va vouloir se soustraire à l'autorité du duc de Savoie en jouant de la proximité du royaume de France pour y trouver un appui dans son opposition à l'autorité des ducs de Savoie sur ses fiefs.

Il entre en opposition avec le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier de Savoie en s'opposant à ce que ces actes puissent être soumis en appel à la juridiction ducale. Il prétend qu'il n'a de compte à rendre qu'à l’empereur. Entre la volonté du duc de réformer ses États et celle d'indépendance du comte de Beuil, il devait en résulter un affrontement.

L'affrontement commence le 26 janvier 1613 quand le comte de Beuil publie un factum par lequel il veut démontrer en 66 articles que les privilèges concédés à ses prédécesseurs font que ses fiefs ne sont pas soumis à l'appel du duc de Savoie.

Le duc de Savoie crée en 1610 le droit d'insinuation qu'il introduit dans ses États. Cette taxe correspondait au droit d'enregistrement des actes pour les rendre authentiques. Les notaires étaient tenus de faire transcrire leurs actes, en entier, dans les bureaux de l'Insinuation. En 1613 éclate une révolte à Nice contre la nouvelle taxe de l'Insinuation. Le comte de Beuil ne réagit pas et semble soutenir les révoltés.

Craignant une intrigue du comte de Beuil avec les cours française et espagnole, le duc de Savoie vient à Nice avec mille hommes d'armes le 6 janvier 1614. Pour éviter que le comté de Beuil puisse devenir un fief français, il propose au comte d'échanger ses fiefs du comté de Nice contre d'autres en Piémont, ce que refuse Annibal Grimaldi.

Le 8 mars 1614, le duc de Savoie crée par lettres patentes le Sénat de Nice dont le ressort s'étend aux vigueries de Nice, Sospel, Barcelonnette, Puget-Théniers, Tende, les vallées d'Oneille et de Prélat, le marquisat de Dolceacqua. Le Sénat de Nice a les mêmes pouvoirs que ceux de Savoie et de Piémont. Ses membres sont nommés par le duc.

Le 20 avril, le duc invite le comte et son fils à Villefranche et dès qu'il est sorti de Nice, il fait publier un édit nommant un nouveau gouverneur de Nice. Le 25 avril, le comte de Beuil et son fils sont amenés sous escorte à Turin.

Prétendant être malade et devant se soigner aux Bains de Vinai (Vinadio près de Cuneo en Italie), le comte de Beuil laisse son fils en otage à Turin puis réussit à s’enfuir en juin 1614 et après avoir franchi le col de la Guerche, à se retrancher dans son château de Villars. Le 14 novembre 1614, il écrit au roi Louis XIII : « qu'estant seigneur libre et souverain dudit Conté de Beuil et des terres et seigneuries y enclavées qui sont joignantes et contigües au comté de Provence pour raison de quoi il ne tient ne relève de nul prince que de l'Empire. »

Du fait de la guerre entre la Savoie et l'Espagne en 1615, il se rapproche des Espagnols pour négocier avec eux. En mars 1617 il signe un accord qui le place sous la protection du roi de France. Ce jeu d'alliances entre le comte de Beuil, les rois de France et d'Espagne va se révéler dangereux. La guerre entre l'Espagne et la Savoie se termine sans que la situation du comté de Beuil ne soit traitée. Par ailleurs la France cherche un accord avec le duc de Savoie. Le comte de Beuil est abandonné à son sort par ses puissants protecteurs.

Le duc de Savoie fait alors instruire un procès pour trahison par le Sénat de Nice. Annibal Grimaldi et son fils André, baron de Laval (dans la vallée de Massoins), sont convaincus de trahison et condamnés à mort le 2 janvier 1621.

Le comte choisit de se réfugier dans son château de Tourette qu'il juge inexpugnable. Annibal Badat, gouverneur de Villefranche, à la tête d'une armée de 9 000 hommes se dirige vers la place. Malheureusement pour le comte, la garnison de 400 hommes du château a été soudoyée et refuse de combattre. Le comte doit se rendre le 8 janvier 1621.

Exécution du comte de Beuil[modifier | modifier le code]

Le 9 janvier 1621, après avoir entendu une messe, le comte est exécuté.

Le mode d'exécution de la sentence choisi était probablement un vengeance du duc car le comte de Beuil aurait déclaré préférer être étranglé par des infidèles plutôt que de soumettre au duc de Savoie. Après s'être confessé et avoir remis des biens aux paroisses pour qu'on prie pour son âme, deux esclaves turcs lui passent une corde autour du cou avec une pièce en bois et l'étranglent jusqu'à sa mort. Deux heures après sa mort, son corps est suspendu au bout d'une longue perche sur le grand bastion du château à la vue de toute l'armée où il demeura jusqu'au dimanche midi. Puis il fut enterré nu en terre consacrée auprès d'un bénitier. Les châteaux de ses fiefs sont ensuite démantelés.

Famille[modifier | modifier le code]

Il a d'abord été marié en 1575 avec Anne Françoise, fille d'Antoine Provana, comte de Leini. Après la mort de sa première femme le 18 septembre 1596, il se remarie en 1606 avec Catherine, fille de Jean-Frédéric Madruzzo de Challant, marquis de Soriano, et sœur du cardinal Carlo Gaudenzio Madruzzo.

Il eut deux fils :

  • Louis, qui était attaché au cardinal Maurice de Savoie
  • André (mort en janvier 1665), baron de Laval, dans la vallée de Massoins. Il va seconder son père pendant le conflit avec le duc de Savoie mais en 1621 il va choisir de se réfugier en France avec sa famille. Il n'a pu obtenir de reprendre le comté malgré l'appui du cardinal Maurice de Savoie. Il a été marié en 1619 à Anne de Saulx, fille de Jean de Saulx vicomte de Tavannes et de Lugny et de Gabrielle des Prez, puis à Marthe de Grasse, fille d'Annibal comte du Bar.

De cette dernière union :

    • le fils aîné, Honorat a été baron de Beuil et baron de Laval de Massoins,
    • Maurice Grimaldi de Beuil, mort à Marseille le 13 janvier 1698 à 59 ans, étant chef d'escadre des galères, dernier descendant mâle de la maison Grimaldi de Beuil.

Armoiries[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armorial des Grimaldi.
Blason Blasonnement :
Écartelé : au 1 et 4, d'or à l'étoile à seize rais de gueules (qui est de Beuil) ; au 2 et 3 : fuselé d'argent et de gueules (qui est de Grimaldi)[2],[3],[4],[5],[6],[7].

Généalogie[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Baptiste Toselli, Biographie niçoise ancienne et moderne ou dictionnaire historique, Tome premier A-G, p. 361-372, Nice, 1860 [lire en ligne]
  • Alexandre Baréty, Annibal Grimaldi, comte de Beuil ; son exécution en 1620, à Tourrette-Revest, p. 393-403, Nice-Historique, année 1914, no 45 Texte

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]