Amélie Élie

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Amélie Élie
Ameliehelie.jpg

Amélie Élie dite Casque d'or (carte postale, vers 1900).

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 55 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Cimetière Pasteur (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Casque d'OrVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Amélie Élie, née le à Orléans et morte le à Bagnolet, est une célèbre prostituée française, connue dans le milieu des Apaches du Paris de la Belle Époque sous le nom de Casque d'Or.

Biographie[modifier | modifier le code]

La gamine d'Orléans[modifier | modifier le code]

Fillette, Amélie Élie découvre le Paris haussmannien quand ses parents s'installent dans le nouvel 11e arrondissement de Paris, quartier ouvrier où l'espérance de vie des enfants est sept fois inférieure à ce qu'elle est dans les quartiers plus salubres et où une fille sur dix finit prostituée, le plus fort taux de la capitale[1].

Selon ses Mémoires, recueillies par le journaliste Henri Frémont, la jeune Orléanaise se montre précoce en se mettant en ménage à treize ans avec un ouvrier de quinze surnommé « le Matelot ». Retrouvés à l'hôtel des Trois Empereurs, ils sont séparés de force. Le Matelot partage alors sa vie entre maisons de correction et fugues, mais l'aventure d'Amélie dure un an.

Sur le trottoir[modifier | modifier le code]

À quatorze ans, Amélie Élie perd sa mère et se retrouve à la rue. Elle abandonne son petit ami, le Matelot, et lui préfère la compagnie plus réconfortante d'une prostituée, qui se fait appeler Hélène de Courtille, l'accueille chez elle et la lance sur le trottoir. La petite et la femme deviennent amies et amantes. Amélie s'adapte au Paris de la nuit et au monde des voyous au service des souteneurs que la presse, comparant la Zone au Far west, appellera les Apaches.

C'est dans un bistrot nommé La Pomme au lard, qu'elle rencontre son futur compagnon, Bouchon. Lassée de l'attachement d'Hélène et de sa jalousie, Amélie se laisse tomber dans ses bras, ou plutôt sur son coin de trottoir. Dans ses Mémoires, on découvre une « table de commandements » où elle fait l'éloge de la prostituée parisienne à laquelle elle attribue un rôle humanitaire[réf. nécessaire]. Elle « fournit du rêve aux hommes » et « soulage des épouses ». Elle recueille « les jeunes commis tirant la langue et les dorlote dans ses bras » et joue ainsi un rôle économique en constituant « un mode de circulation de la richesse publique ».

Bouchon fixe des objectifs pécuniaires à sa « gagneuse ». Il devient de plus en plus exigeant et de plus en plus violent. Un soir, alors qu'elle a 19 ans, elle est battue à coup de poings comme punchingball par Bouchon, qui lui reproche de prendre du temps pour elle-même, et un acolyte. Hagarde, elle erre pendant trois jours et s'enfuit de Charonne. Son parcours la conduit à la contrescarpe de La Bastille, où elle rencontre Joseph Pleigneur dit Manda (1876-1935), surnommé « l'Homme », un chef de bande de vingt deux ans qui la connait.

Amélie ne souhaite pas changer d'activité. Manda, vit essentiellement de ses compétences manuelles, réalisant pour ses amis les outils nécessaires à la profession de cambrioleur. En apparence, c'est un homme agréable à vivre, mais il s'absente pour ses affaires, ou d'autres amours, ce que sa régulière, jalouse, supporte moins bien. Quand elle est délaissée, au lieu de l'attendre à la maison, Amélie Élie retrouve la rue et y oublie sa solitude.

L'affaire Manda-Leca[modifier | modifier le code]

Elle rencontre François Leca dans un bouge des Halles, nommé le Caveau des innocents. Manda réapparait, vexé. Il déclenche les hostilités en portant un coup de couteau à Leca. Manda est arrêté, mais Leca ne l'ayant pas reconnu devant la police, il est aussitôt relâché. Il conforte son avantage en attaquant l'hôtel où résident Leca et Amélie, sans que personne ne soit blessé. La guerre est déclarée, une bataille rangée a lieu une semaine plus tard entre la bande de Manda et celle de Leca. Leca en sort avec deux balles de revolver dans le bras et la cuisse et attend trois jours avant de se faire soigner à l'hôpital Tenon, où la police vient l'interroger et devant laquelle il observe la même loi du silence.

Panneau commémoratif au jardin Casque d'Or dans le 20e arrondissement de Paris.

À sa sortie de l'hôpital, la bande à Manda porte trois nouveaux coups de couteau à Leca dans le fiacre qui transporte le blessé. L'affaire Manda-Leca fait la une de la presse. Un journaliste du Petit Journal, Arthur Dupin, s'indigne :

« Ce sont là des mœurs d’Apaches, du Far West, indignes de notre civilisation. Pendant une demi-heure, en plein Paris, en plein après-midi, deux bandes rivales se sont battues pour une fille des fortifs, une blonde au haut chignon, coiffée à la chien ! »

La police interroge à nouveau Leca et se heurte au même silence. C'est le père de Leca, épuisé par ces incessantes agressions de son fils, qui finit par livrer le nom de Manda, lequel prend alors la fuite. Après un exil d'une semaine à Londres, il retourne à Alfortville, où il est reconnu, dénoncé et cueilli par un détachement d'une cinquantaine de policiers. La presse se rue, les écrivains produisent à tour de bras chansons, pièces de théâtre, et Casque d'Or la prostituée entre dans la légende[réf. nécessaire].

Leca et Amélie y trouvent leur compte et vivent de ces revenus inattendus. Un bonheur de courte durée, puisque la bataille Manda-Leca se poursuit, mais cette fois-ci, Leca endosse le rôle de repris de justice et se réfugie en Belgique, où il est rattrapé. Pour Amélie rien ne change, une foule immense assiste au procès Manda en mai 1902, surtout pour la voir. Manda et Leca sont condamnés aux travaux forcés et au bagne. Ils partent pour la Guyane et n'en reviendront jamais. Manda sera libéré en 1922 mais contraint de rester en Guyane où il mourra en 1935[2].

Ses dernières années[modifier | modifier le code]

Casque d'Or finit par se marier dans le 20e arrondissement de Paris, le 27 janvier 1917, et devient bonnetière. Son époux est un cordonnier nommé André Alexandre Nordin, dont elle élève les quatre neveux. Elle monte avec lui un petit commerce de bonneterie sur les marchés de Montreuil et des Lilas[3].

Malade de la tuberculose, elle s'éteint en avril 1933, à l'âge de 55 ans. Elle sera inhumée à Bagnolet.

Personnage de fiction[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

  • Légende et réalité de Casque d'Or, Glénat, 1976, scénariste et dessinatrice : Annie Goetzinger.
  • La fille de Paname, 2 volumes, Le Lombard, 2011-2014, scénariste : Laurent Galandon, dessinateur/coloriste : Kas.

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Son histoire a inspiré le film Casque d'or de Jacques Becker, qui devait rendre célèbre l'actrice Simone Signoret en 1952.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  1. A. Dupouy & J. B. Delpias, Casque d'or, la vraie., Zaradoc & Histoire, Boulogne-Billancourt, 2015, 61'.
  2. Claude Dubois, La Bastoche: bal-musette, plaisir et crime, 1750-1939, Éditions du Félin, 1997, p. 84. (ISBN 2866452658)
  3. Marcel Montarron, Histoire du Milieu : de Casque d'or à nos jours, Plon, , p. 36

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mémoires de Casque d'Or, parus initialement en feuilleton dans le journal Fin de Siècle, réédités dans les Chroniques du Paris apache (1902-1905), Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », 2008 (compte rendu).
  • Christiane Demeulenaere-Douyère, "Casque d'Or et le mythe des apaches dans l'Est parisien", Bulletin de l'Association d'histoire et d'archéologie du 20e arrondissement de Paris, n° 60, 1er trim. 2015.
  • Pierre Drachline et Claude Petit-Castelli, Casque d'or et les Apaches, Paris, Renaudot et cie, coll. « Biographies », , 213 p. (ISBN 2-87742-052-3).
  • Alexandre Dupouy, Casque d'or, une histoire vraie, La Manufacture de livres, 2015.
  • Armand Lanoux, "La vraie Casque d'Or", in : Gilbert Guilleminault, Le roman vrai de la IIIe République. La Belle Époque, Denoël, 1958.
  • Madeleine Leveau-Fernandez, Amélie Élie, dite Casque d'Or, Calmann-Lévy, 1999.
  • Marcel Montarron, Histoire du milieu, de Casque d'or à nos jours, Paris, Plon, , 319 p.
  • Articles du Petit journal de 1902 (Gallica) autour de l'affaire Casque d'or

Émission radiophonique[modifier | modifier le code]