Affaire Marion Fraisse

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L'affaire Marion Fraisse est une affaire judiciaire française qui a pour origine le suicide par pendaison d'une collégienne française de treize ans, Marion Fraisse, le , à son domicile de Vaugrigneuse dans l'Essonne, à la suite d'un harcèlement scolaire de la part de ses camarades de classe[1].

Cette affaire a eu de nombreuses répercussions dans la lutte contre le harcèlement à l'école en France.

Faits[modifier | modifier le code]

Nora Fraisse, la mère de Marion, treize ans, trouve sa fille pendue avec un foulard au barreau de son lit mezzanine. Une lettre dénonçant ses camarades de classe a été envoyée par Marion au collège ; élève brillante, Marion avait reçu des insultes sur son compte Facebook, par SMS et enfin des attaques verbales et physiques dans la cour de récréation...

Nora fait elle-même sa propre enquête pour savoir ce qu'il s'est produit.

Ce suicide intervient à quelques jours d'intervalle de celui de Matteo Bruno, élève au collège Saint-Exupéry à Bourg-Saint-Maurice, le .

Jugement[modifier | modifier le code]

Le , le tribunal administratif de Versailles juge l'État partiellement responsable du suicide de Marion Fraisse, estimant que le collège était mal organisé et qu'il n'a pas été donné suite aux demandes de la famille, qui souhaitait au moins que leur enfant change de classe. Mais un non-lieu est rendu en 2018 par une juge d’instruction d’Évry, estimant que ces évènements, « isolés et concernant différentes personnes n’agissant pas dans une même intention », ne pouvaient caractériser une situation de harcèlement, il est confirmé en mars 2021 en appel par la chambre de l’instruction[2].

Conséquences et postérité[modifier | modifier le code]

Livre et téléfilm[modifier | modifier le code]

L'affaire donne lieu à un livre retraçant l'histoire de Marion, écrit par sa mère, Nora Fraisse, sous le titre Marion, 13 ans pour toujours[3],[4]. Publié le 21 janvier 2015 aux éditions Calmann-Lévy, l'ouvrage se vend à près de 150 000 exemplaires. Son écriture a notamment été rendue possible grâce aux quelques informations révélées par les professeurs, ainsi que les parents d’élèves, qui ont été généralement réticents à évoquer les faits ayant pu conduire à cette tragédie. Nora Fraisse espère aussi que son livre « agira comme un détonateur et fera prendre pleinement conscience de la gravité du harcèlement entre élèves »[5].

Environ un an et demi plus tard, le livre est adapté en téléfilm par Bourlem Guerdjou [6]. Diffusé pour la première fois le 27 septembre 2016 sur France 3, le film est vu par 4,1 millions de téléspectateurs, recueillant ainsi 17,5 % de part d'audience. Il sera suivi d’un débat, dans un souci de sensibilisation et de pédagogie. Le DVD est sorti le 24 janvier 2017[7].

Association[modifier | modifier le code]

Une association, « Marion Fraisse, la main tendue », est créée par Nora Fraisse, devenue engagée dans la lutte contre le harcèlement scolaire[8]. Son siège principal se situe en région parisienne, à savoir sur Orsay et Paris. Cette association est née de nombreux témoignages de victimes, de familles, d’enseignants ainsi que d'éducateurs désemparés face à des situations de harcèlement et de cyber-harcèlement. Son objectif est de prévenir le harcèlement et d'aider les victimes. Nora Fraisse en est la Déléguée générale et fondatrice [9].

À la suite de cette affaire, la campagne nationale #NAH (« Non Au Harcèlement ») est créée au début de l'année 2014. Elle a pour objectif de sensibiliser les jeunes à la lutte contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement.

Une journée est également instaurée, le , pour mieux prévenir et prendre en charge le harcèlement scolaire : la « Journée nationale Non au harcèlement » . Elle a désormais lieu chaque année au sein de tous les établissements scolaires français.

En 2015, Nora Fraisse publie également un autre ouvrage, intitulé Stop au harcèlement !, qui se présente comme un « guide pour combattre les violences à l'école et sur les réseaux sociaux »[10].

En 2021, l'association comptait deux sites, 5 salariés, près de 25 bénévoles. En termes d'actions, elle a reçu près de 5000 sollicitations sur l'année, elle accompagnait en moyenne 22 familles par mois en suivi psychologiques avec son équipe de psychologues cliniciennes (accompagnement gratuit) et reçut 280 demandes d'aides de la part de victimes.

Elle a également effectué 75 interventions dans des établissements scolaires sur toute la France.

L'association est agréée par le Ministère de l'Education Nationale, de la Jeunesse et des Sports.

En janvier 2022, Nora Fraisse se fait accuser de harcèlement par « une dizaine d’anciennes bénévoles, stagiaires ou services civiques » de son association. Une enquête réalisée par Mediapart dévoile qu'une plainte a été déposée pour ce motif par l'une de ses anciennes collaboratrices, et dénonce des comportements toxiques et humiliants de la présidente de l'association. Dans les faits, ni l'association ni Nora Fraisse n'ont eu connaissance de cette plainte diligentée par une personne employée sous le statut de Service Civique dont il avait été mis fin de manière anticipée pour des faits de fautes graves et avérées[11].

Sur l'année 2022, l'association comptait deux "Maisons de Marion" localisées sur Orsay et Paris. Elle a reçu près de 8000 sollicitations. Dans toute la France, elle a effectué près de 230 interventions dans les établissements scolaires, 40 conférences ou ciné conférences autour du téléfilm "Marion, 13 ans pour toujours". Près de 250 demandes d'aides de victimes ont été traitées sur l'année avec l'accompagnement par des professionnels de l'enfance.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Souffre-douleurs, ils se manifestent, documentaire de Andréa Rawlins-Gaston, 2015[12]
    Nora Fraisse fait partie des personnes témoignant dans ce film sur le harcèlement scolaire.

Émission de radio[modifier | modifier le code]

  • Marion, 13 ans pour toujours", France inter, affaires sensibles, 8 novembre 2022[13]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anne Vidali, « Marion, harcelée à en mourir », sur L'Express, (consulté le )
  2. « Suicide de Marion, harcelée : la Cour de cassation rejette le pourvoi des parents », Sud Ouest,‎ (ISSN 1760-6454, lire en ligne, consulté le )
  3. Léa Bucci, « Marion, 13 ans pour toujours, le cri du cœur d'une mère contre le harcèlement scolaire », sur Madmoizelle, (consulté le ).
  4. Delphine Bancaud, « Marion, 13 ans, s'est suicidée après avoir été détruite à petit feu par ses harceleurs », sur 20 Minutes, (consulté le ).
  5. www 20minutes ch, 20 Minutes, 20 Min www.20min.ch, « «Va te pendre!»: Marion, 13 ans, se tue le lendemain », sur 20 Minutes (consulté le )
  6. Sophie Des Déserts, « Traitée de "pute", de "boloss" : Marion, 13 ans, s'est suicidée », sur Le Nouvel Observateur, (consulté le ).
  7. « Audiences : Blindspot (TF1) en tête, beau score pour Marion, 13 ans pour toujours (France 3) - audiences - Télé 2 semaines », sur www.programme.tv/news (consulté le )
  8. Nora Fraisse, « Harcelée à l'école, ma fille Marion a mis fin à sa vie. Nous faisons face au mur du déni », sur Le Nouvel Observateur, (consulté le ).
  9. « Association Marion La main tendue - La maison de Marion », sur Association Marion La main tendue (consulté le )
  10. « Stop au harcèlement », sur babelio.com (consulté le ).
  11. Prisca Borrel, « Une figure du combat contre le harcèlement scolaire est visée par u... », sur Mediapart (consulté le )
  12. « Souffre-douleurs, ils se manifestent », sur film-documentaire.fr (consulté le ).
  13. « Marion, 13 ans pour toujours », sur France Inter, (consulté le )