Émeute de 2008 en Grèce

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7 décembre 2008.
Affiche anarchiste à Athènes en 2010.

Les émeutes de 2008 en Grèce débutent le samedi 6 décembre 2008 après la mort vers 21 h d'un adolescent de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos (Αλέξανδρος Γρηγορόπουλος), tué par balle par un agent de police, dans le quartier d'Exarcheia à Athènes (Grèce)[1]. Dans la soirée et durant les jours suivants, des groupements de jeunes affrontent ensuite les forces de police, tandis que des manifestations pacifiques s'organisent pour dénoncer l'acte d'un tir à balles réelles, ainsi que pour dénoncer le contexte du moment : la Grèce est secouée par plusieurs scandales : détournements de fonds publics, réduction des aides sociales prévues, mais aides aux grandes banques, affaire de prostitution. Ces manifestations sont les plus violentes depuis la chute de la dictature en 1974.

Des violences épisodiques continuent de se produire au cours des premiers mois de l'année 2009[2].

Causes socio-économiques[modifier | modifier le code]

La mort par balle de l'adolescent a lieu alors que la société grecque fait face à de nombreuses difficultés. Selon un sondage du journal Kathimerini, 60 % des personnes interrogées considèrent que les évènements font partie d'une « réaction sociale » ('social uprising') plus large[3]. Mécontents à cause de plusieurs scandales de corruption politique, la plupart impliquant le détournement d'argent public, l’appauvrissement des classes populaires, l'augmentation du taux de chômage, particulièrement parmi les jeunes diplômés[4] et le ralentissement de l'économie suivant la crise de 2008[5]. La communauté étudiante — qui compose le gros des émeutiers — est aussi très mécontente et s'oppose à toute une série de lois proposant la réformes du système éducatif national depuis 2006[6].

Des manifestations étudiantes devinrent violentes dès 2007, où le comportement des forces de police, largement dénoncé comme agressif et arrêtant arbitrairement des manifestants afin de réduire l'opposition, a accru la tension entre les groupes étudiants et la police.

Sur le long terme, tout comme dans beaucoup de pays, les jeunes sont particulièrement touchés par le chômage, font face à un coût des études élevé. Par exemple, les frais d’inscription en école privée, combinés avec les frais de logement et autre frais quotidiens, atteignent ensemble 40 000 € pour 3 ou 5 ans d'études. Certains font alors des prêts étudiants et se retrouvent surendettés à la fin de leurs études[7],[8], études qui ne garantissent d'ailleurs plus au diplômé d'avoir un bon emploi[9], et sont démographiquement faibles face à leurs puissants ainés (baby boomers). Dans une société démocratique, le vieillissement de la population induit un affaiblissement inédit du vote jeune et de son poids dans la vie politique. La situation économique qui s'assombrit encourage ainsi une radicalisation des réactions agitation/répression, permettant à l'agitation actuelle d'être inhabituellement violente.

Selon un journaliste du Kathimerini, « Il faut vraiment être aveugle pour ne se focaliser que sur les excès [destructions de biens] qui se greffent sur la contestation sociale soulevée par un crime et par une accumulation de désespoir qui n’attendait qu’une occasion pour exploser. Il faut vraiment être aveugle pour ignorer la réalité de ces dernières années qui voient la légalité, celle qui doit définir le fonctionnement d’un « État de droit » réel et non mensonger, être détruite[10]. »

Les émeutes populaires sont attisées par la paupérisation des jeunes Grecs (« la génération des 600 € »), les difficultés à trouver un emploi (taux de chômage de 23 % chez les 18-25 ans), la violence policière courante dans ce pays. Elles s’inscrivent dans une suite de luttes sociales qui ont commencé dès le début de l'année contre le gouvernement conservateur en place, dues a la crise financière et aux problèmes judiciaires de membres du gouvernement.

Déclenchement des émeutes[modifier | modifier le code]

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Bâtiment de l'European Law Library, au croisement des rues Sina et Akadimias.

Les émeutes de 2008 en Grèce débutent le samedi 6 décembre 2008 après la mort vers 21 h d'un adolescent de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos (Αλέξανδρος Γρηγορόπουλος) tué par un agent de police, Epaminondas Korkoneas, dans le quartier d'Exarcheia à Athènes. La police a prétendu qu'il lançait, avec une trentaine d'autres jeunes, des pierres ou un cocktail molotov sur un véhicule de police. Une vidéo amateur [1] vient cependant contredire cette version. D'après des témoins il ne s'agissait que d'une simple altercation verbale entre deux jeunes et la police, fait assez courant dans ce quartier. Les agents et leur officier sont suspendus[Quand ?].

À la nouvelle de cette mort, des émeutes de grande ampleur éclatent le soir même dans la ville d'Athènes, surtout dans Exarcheia, sur Ermou et sur Akadimias, près de l'université (seize banques, une vingtaine de magasins et une vingtaine de voitures incendiés sans compter les kiosques et les poubelles). Des émeutes et manifestations éclate également à Thessalonique près de l'université (cinq banques et des magasins), Patras (200 manifestants), Komotini, Ioannina (50 manifestants), Irakleio , Volos , en Crète (La Canée et Héraklion) et à Corfou, la police réplique assez violemment avec des gaz lacrymogène et charge les manifestants dans les rues.[Où ?] Des manifestants sont retranchés dans trois des universités athéniennes, dont la symbolique Polytechnique et dans l'université de Thessalonique.

La démission du ministre de l'Intérieur Prokópis Pavlópoulos a été refusée par le Premier ministre Konstantínos Karamanlís.[Quand ?] Six personnes au moins auraient été arrêtées pour faits de pillage des magasins vandalisés.

Le lendemain dimanche, des manifestations pacifiques ont réuni autour de 5 000 personnes à Athènes près du Musée national archéologique et 2 000 personnes à Thessalonique. Deux policiers sont mis en examen, l'un pour meurtre prémédité et l'autre pour complicité, dans la journée du 7[11].

Les enseignants d'université qui avaient déjà prévu de se joindre à la grève générale du 10 décembre commencent une grève de trois jours dès le 8 décembre. Ce lundi, les incidents se poursuivent. Trikala, à son tour, est touchée. Des manifestants sont retranchés dans deux des universités athéniennes, dont la symbolique Polytechnique et dans l'université de Thessalonique. Deux des principales voies d'accès à la capitale, ainsi que son réseau de transport urbain sont bloquées par des manifestants. Trois cents personnes affrontent les forces de l'ordre à Thessalonique. Le KKE a appelé à des manifestations dans l'après-midi de lundi. Le soir du 8 décembre, le bilan est de quatorze policiers et six manifestants blessés.

Le mardi 9 décembre, la police affirme avoir arrêté 150 personnes « dont certaines pour des pillages », et d'après Reuters, « plus de 130 boutiques ont été détruites dans la seule capitale »[12].

Le mercredi 24 décembre, fin de l’occupation d’ASOEE en après-midi et de l'école Polytechnique à minuit. 1500 anarchistes ont tenu une manifestation dans les rues d'Athènes en solidarité avec les insurgés poursuivis[réf. nécessaire].

Procès des policiers[modifier | modifier le code]

Le procès des policiers, Epaminondas Korkoneas et Vassilis Saraliotis, a été délocalisé à Amphissa. Il a duré huit mois, été émaillé de multiples rebondissements et s'est terminé le 11 octobre 2010. Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur. Epaminondas Korkoneas, jugé coupable d'homicide volontaire a été condamné à la prison à vie et Vassilis Saraliotis, considéré complice, a été condamné à dix ans de prison. L'avocat de Korkoneas a annoncé qu'il faisait appel. Celui de Saraliotis a demandé sa remise en liberté[13].

Réponse internationale et manifestations de solidarité dans le monde[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l'Argentine Argentine: Le 13 décembre une cinquantaine d'étudiants se sont rassemblés devant l'ambassade Grec de Buenos Aires pour exprimer leur solidarité et condamner la mort d'Alexandros Grigoropoulos[14].
  • Drapeau de l'Autriche Autriche: Environ 1200 manifestants ont protesté devant l'ambassade de Grèce à Vienne[15].
  • Drapeau de la Bosnie-Herzégovine Bosnie-Herzégovine: Des manifestations, organisées par des étudiants de l'Université de Sarajevo, ont eu lieu devant l'ambassade grec à Sarajevo[16].
  • Drapeau de la Bulgarie Bulgarie: Des manifestations ont eu lieu devant l'ambassade de Grèce à Sofia[17].
  • Drapeau du Canada Canada: À Vancouver, des anarchistes ont brisé les vitres et tagué une banque en solidarité avec les émeutiers. À Montréal, un rassemblement en solidarité avec les émeutiers se tient devant le consulat grec le 16 décembre.
  • Drapeau de la République populaire de Chine Chine: La Chine a exprimé sa préoccupation quant à la sécurité de ses ressortissants vivant en Grèce[18].
  • Drapeau du Danemark Danemark: 63 personnes ont été arrêtées a Copenhague lorsqu'une manifestation d'appui aux émeutiers grecs aurait tourné à la confrontation[19].
  • Drapeau des États-Unis États unis: Le 10 décembre, le consulat grec à New York a été graffiter avec de la peinture noir et une pierre a été lancé dans l'une des fenêtres[20]. Le 11 décembre, 50 personnes ont manifesté en solidarité avec la révolte grecque à Olympia, la capitale de l'État de Washington. Des fenêtres de Banque sont fracassées et une arrestation est effectuée[21]. Le 17 décembre, des étudiants de The New School à New York City occupent un bâtiment de l’université, demandant la démission de plusieurs membres de l’administration et plus de pouvoirs sur l’administration de l’université, à la fois par solidarité avec les étudiants grecs et pour protester contre la crise économique d’alors. Les étudiants on déclaré avoir été inspirés par les émeutes grecques, qui avaient leur solidarité[22]. Une manifestation à San Francisco a mené à l’arrestation de cinq personnes après l’attaque par les manifestants de boutiques à Westfield Mall. Six personnes ont été arrêtées à St. Louis lors d’une manifestation ayant bloqué la circulation[23]. Il y a eu une manifestation de solidarité à l’extérieur du consulat de Grèce à Boston (Massachusetts). Environ trente personnes ont participé à une marche funéraire à Providence (Rhode Island) par solidarité avec le soulèvement grec et comme protestation contre la guerre à Gaza[24].
  • Drapeau de la Roumanie Roumanie: Environ 20 personnes ont manifesté devant le consulat de Grèce à Bucarest. Trois ont été arrêtés. La manifestation a inclus un die-in[25].
  • Drapeau de la Suède Suède: À Stockholm, environ 50 manifestants ont protesté contre le meurtre d'Alexandros Grigoropoulos à l'extérieur de l'ambassade grecque[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En octobre 2010, le policier responsable de cette mort est reconnu coupable d'homicide volontaire et son collègue de complicité : AFP, « Lycéen tué en Grèce: le policier coupable », Figaro,‎ (lire en ligne)
  2. Rtbf : Nouvelles violences en Grèce.
  3. Skai News, « Κοινωνική Εξέγερση » - « Social Uprising »(English machine translation), Retrieved on 2008-12-14.
  4. (en) « Greek Riots Unnerve Investors », The Wall Street Journal,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « In Greece, a crisis decades in the making », International Herald Tribune,‎ (lire en ligne)
  6. (en) « Behind the protests spreading across Greece », The Economist,‎ (lire en ligne)
  7. (en) « loan-costs.co.uk » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-04-09 : Student Loans
  8. étudiant, endette et surendetté à cause de prêt étudiant
  9. « Emprunt étudiant » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), consulté le 2013-04-09 (Student loan): « De plus en plus d’étudiants contractent des dettes. Plusieurs raisons peuvent expliquer cela. Le marché de l'emploi : même avec un joli diplôme, il est difficile de trouver un emploi bien payé et stable (contrat à durée déterminée, contrat nouvelle embauche, stage, emploi précaire, chômage…). Bien souvent, l’étudiant a contracté d’autres crédits. »
  10. http://news.kathimerini.gr/4dcgi/_w_articles_columns_2_09/12/2008_295258
  11. « Funérailles sous tension en Grèce », Le Monde, 9 décembre 2008.
  12. « Le Premier ministre grec cherche une solution aux émeutes », Le Monde, 9 décembre 2008.
  13. (el) Kathimerini 11/10/2010
  14. (es) « Solidaridad de la Federacion Universitaria de Buenos Aires ante la embajada griega » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), kathimerini, 13 décembre 2008, consulté le 13 décembre 2008
  15. (el) « Αντιδράσεις και στο εξωτερικό » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), ERTonline, 12 décembre 2008, mis en ligne le 14 décembre 2008, consulté le 13 décembre 2008
  16. Danas Grčka, sutra ceo Balkan..., « Sarajevo: Protest solidarnosti sa protestima u Grčkoj, 24.12.2008. | Danas Grčka, sutra ceo Balkan », Inicijativa.org (consulté le 30 mai 2009)
  17. « Daily Mail, Greek violence spreads as riot police battle protesters across Europe », Daily Mail, UK,‎ (lire en ligne)
  18. (el) « China and France concerned » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Skai TV, 9 décembre 2008, mis en ligne le 17 juillet 2011, consulté le 10 décembre 2008
  19. Nick Squires, « Greek protests spread to European cities. », The Daily Telegraph, UK,‎ (lire en ligne)
  20. Al Baker, « Bike-Riding Suspect Sought in Attack on Greek Consulate », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  21. « Olympia, Washington: Solidarity March For The Greek Revolt » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), InfoShop, 11 décembre 2008, consulté le 14 août 2008
  22. « Infoshop News – New York City: New School University is now Occupied » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), Infoshop.org, 17 décembre 2008, mis en ligne le 22 janvier 2009, consulté le 18 décembre 2008
  23. « St. Louis News | FOX2now.com | – KTVI », Myfoxstl.com (consulté le 30 mai 2009)
  24. « Solidarity Rally » (consulté le 9 mars 2010)
  25. « Protest in Romania » (consulté le 9 mars 2010)
  26. (el) « el:Η οργή ξεπέρασε τα σύνορα », Ethnos,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]