Vote par valeurs

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Le vote par valeurs est un système de vote pour élire un candidat ou retenir une idée ou un projet. Dans des jurys ou compétitions, le vote par valeurs peut aussi être utilisé pour obtenir un classement. Le vote par valeurs appartient à la famille des votes pondérés.

Le principe consiste à associer une valeur à chaque option de vote (c’est-à-dire à chaque candidat ou idée soumise au vote).

Contrairement aux systèmes de vote par classement (Méthode Condorcet, Méthode Borda, ...), le vote par valeurs est encore aujourd'hui peu exploré. Mais des groupes militent pour son adoption au motif qu'un tel système résoudrait certains paradoxes des systèmes par classement [1], [2].

Variantes des votes par valeurs[modifier | modifier le code]

Plage de valeurs et association sémantique[modifier | modifier le code]

Un système de vote par valeurs se définit en premier lieu par l'échelle de valeurs proposée aux électeurs pour chaque option de vote.

  • L'échelle peut être simplement exprimée numériquement sur une plage de valeur allant par exemple de -5 à +5 ou de 0 à 100.
  • L'échelle peut aussi être exprimée symboliquement ou sémantiquement. L'échelle est alors ramenée à un nombre plus faible de valeurs, généralement 3 ou 5.
  • L'échelle généralement utilisée comporte simplement deux valeurs (oui/non). On parle alors de vote par approbation.

Modes de calcul des résultats[modifier | modifier le code]

Il existe deux modes de calculs pour déterminer le résultat de l'élection :

  • La méthode de la somme consiste à additionner les valeurs attribuées par les électeurs à chaque option. L'option retenue est celle qui a obtenu le plus de points. Cette méthode a l'avantage d'être très simple et ne nécessite pas nécessairement de moyens électroniques pour aboutir au résultat. Elle est cependant sensible aux votes stratégiques et ne respecte pas le critère de la majorité. Cette méthode peut s'avérer mal adaptée dans le cadre de jurys et de compétitions.
  • On a aussi proposé d'évaluer un candidat par la médiane (et non la somme) de ses évaluations [3]. Ceci est possible si les évaluations sont qualitatives sans être numériques. Se pose alors un sérieux problème de départage des ex-aequos puisque s'il y a plus de candidats que de degrés de finesse dans les évaluations proposées alors plusieurs candidats auront la même évaluation médiane. La méthode des évaluations médianes est soumises à de nombreux paradoxes [4] et il est facile de voir que, si les électeurs évaluent sincèrement, cette méthode ne répond pas au critère de la majorité [5]. Des méthodes de résolution des ex-aequos ont été proposées par Michel Balinski et Rida Laraki. Une première méthode permet de sélectionner un vainqueur, alors qu'une deuxième permet d'obtenir un classement de l'ensemble des options proposées au vote.

Comparaison avec les systèmes de vote binaires[modifier | modifier le code]

Par rapport aux systèmes de vote binaires (Scrutin uninominal majoritaire à un tour ou à deux tours),
- l'avantage de ce système est une prise en compte plus fidèle de l'opinion de l'électeur, qui peut notamment :

  • Marquer son soutien à plusieurs options (candidats ou idées), indépendamment les unes des autres.
  • Exprimer sa désapprobation autant que son approbation et nuancer son jugement pour chaque option. Par exemple, pour une élection démocratique avec une plage de valeurs de -2 à +2 : je soutiens sans hésitation ces 2 candidats (+2), si celui-ci gagnait je serais toutefois satisfait (+1), j'ai plus de réticences pour ce candidat (0 ou -1) et je rejette clairement les idées de ce dernier (-2).
  • S'affranchir du "vote utile", à savoir, considérant les sondages avant le vote, voter pour B alors qu'on préfère A par peur que C l'emporte (B étant mieux placé dans les sondages que A).

- ses inconvénients sont :

  • Une mise en œuvre plus complexe, notamment pour éviter un risque de violation du secret du vote (voir infra).

Les votes par valeurs offrent un pouvoir d'expression plus important à chaque électeur. Par exemple si on utilise un tel système avec la méthode de la somme et une plage de valeurs admissibles de -5 à +5 pour départager trois options, l'électeur qui voterait (+5 +5 -5) contrebalance à lui tout seul 5 électeurs qui voteraient avec de faibles écarts (+2 +2 +4) : total +15 +15 +15. L'électeur qui n'exploite pas l'intégralité de la plage de valeurs disponibles diminue donc volontairement le poids de son vote. Par rapport au système binaire, l'électeur exprime ainsi une position intermédiaire entre le vote blanc et le vote exprimé (limité à un et un seul candidat en vote binaire). Plus la plage de valeurs autorisées est réduite moins cette forme de vote volontairement amoindrie est permise ; elle est impossible avec le vote par approbation (2 valeurs uniquement).

Contraintes de mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Sans précaution particulière, le vote par valeurs permet d'identifier aisément une signature de vote, exposant les électeurs au racket électoral. Par exemple, si l'on peut donner une note entre 0 et 9 à 10 candidats, il y a dix milliards de bulletins différents possibles (nombre de valeurs puissance nombre de candidats, soit ici 1010). Or chaque bureau de vote ne gère que quelques centaines d'électeurs. Il est donc possible d'attribuer à chaque électeur un bulletin bien précis et personnalisé (par exemple {(A=2), (B=5), (C=0), (D=8), (E=1), (F=4), (G=9), (H=5), (I=7), (J=3)}) et d'exiger de lui que ce bulletin soit bien trouvé lors du dépouillement, sinon ... Le résultat de l'élection peut ainsi être manipulé sans que cela soit visible.

Pour éviter cet écueil, il est nécessaire de segmenter le bulletin de chaque électeur en autant de parties qu'il y a de candidats. Il est alors impossible de reconstituer le bulletin et de reconnaitre l'électeur, tout en préservant 100 % de l'information nécessaire aux recomptages éventuels. Concrètement, deux modes opératoires sont envisageables :

  • Il existe autant de bulletins que de candidats (comme dans le système de vote binaire français), l'électeur replie le bulletin afin de masquer la valeur qu'il a associé au candidat, mais laisse apparaitre le nom du candidat et doit insérer dans l'urne un bulletin pour chaque candidat en lice.
  • L'électeur remplit un unique bulletin avec tous les candidats listés. La première étape du dépouillement consiste à compter et découper les bulletins "en aveugle" afin d'empêcher toute reconnaissance d'un électeur lors de la révélation des valeurs associées aux candidats.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]