The Wanderer (poème)

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The Wanderer (en français « L’Errant », « Le Vagabond ») est un poème anglo-saxon qui apparaît dans le livre d'Exeter, seul exemplaire d’époque de ce texte (Xe siècle). Si la date exacte de sa composition est inconnue, on estime généralement qu’elle précède d’au moins d'un siècle son écriture. Son auteur est lui aussi inconnu. De nombreux débats ont eu lieu sur son sens exact et son origine, sans jamais apporter de réponse définitive.

Contenu[modifier | modifier le code]

The Wanderer a pour thèmes principaux la douleur de la solitude et la souffrance de la perte des êtres chers. C’est le récit d’un jeune homme dont les amis et le seigneur ont été tués dans une bataille, le condamnant ainsi à des années d’exil loin de son foyer.

On peut trouver dans ce poème quelques réflexions induites par ces années de solitude : la sagesse de l'homme (vers 65 à 72), la foi en Dieu, la quête de la gloire.

Le texte est d’une grande qualité stylistique. Citons notamment l’usage répété de la formule « Hwær cwom » (cf ubi sunt) et l’allitération suivante (vers 52-53) :

« greteð gliwstafum, georne geondsceawað
secga geseldan;
 »

Extrait[modifier | modifier le code]

Vers 73a-80a
Original Traduction anglaise[1] Traduction française
Ongietan sceal gleaw hæle
hu gæstlic bið,
þonne ealre þisse worulde wela
weste stondeð,
swa nu missenlice
geond þisne middangeard
weallas stondaþ,
winde biwaune
hrime bihrorene,
hryðge þa ederas.
Woriað þa winsalo,
waldend licgað
dreame bidrorene,
duguþ eal gecrong,
wlonc bi wealle.
A wise hero must realize
how terrible it will be,
when all the wealth of this world
lies waste,
as now in various places
throughout this middle-earth
walls stand,
blown by the wind,
covered with frost,
storm-swept the buildings.
The halls decay,
their lords lie
deprived of joy,
the whole troop has fallen,
the proud ones, by the wall.
Un héros sage doit comprendre
à quel point sera effroyable
l’instant où toutes les richesses de ce monde
se perdront
comme à présent en plusieurs lieux
sur cette terre du milieu
où les murs érigés
sont soufflés par le vent,
couverts de glace,
où les bâtisses sont balayées par les tempêtes.
Les manoirs tombent en ruines,
leurs seigneurs gisent
privés de joie,
l’armée entière est tombée,
fièrement, près du mur.

Reprises modernes[modifier | modifier le code]

J. R. R. Tolkien[modifier | modifier le code]

Dans Les Deux Tours, J. R. R. Tolkien fait chanter à Aragorn une chanson vraisemblablement inspirée d'un passage de The Wanderer[2]. Dans l’adaptation cinématographique de Peter Jackson, elle est reprise sous forme de poème par Théoden. Elle débute ainsi :

« Where now the horse and the rider? Where is the horn that was blowing?
Where is the helm and the hauberk, and the bright hair flowing...
 »

Soit, en français :

« Où sont le cheval et le cavalier ? Où est le cor qui sonnait ?
Où sont le casque et le haubert, et l'éclatante chevelure qui flotte... »

Or, au vers 92 de The Wanderer se trouve le passage suivant :

« Hwær cwom mearg? Hwær cwom mago?
Hwær cwom maþþumgyfa?
Hwær cwom symbla gesetu?
Hwær sindon seledreamas?
 »

Soit :

« Où est le cheval ? Où est le guerrier ?
Où est le donneur de trésor ?
Où sont les sièges de la fête ?
Où sont les divertissements du château ? »

Il est à noter que ce type d'anaphore est un topos de la littérature médiévale en langues latine ou vernaculaires. On le désigne ainsi parfois par le terme latin Ubi sunt ("où sont").

Tolkien indique également dans une lettre à W. H. Auden que le nom des Ents provient du vers 87 de The Wanderer : « eald enta geweorc », soit « les anciennes créations des géants »[3].

W. H. Auden[modifier | modifier le code]

W. H. Auden écrit en 1930 un poème nommé The Wanderer, composé de deux strophes suivant le même ordre thématique que le poème vieil-anglais:

  • l'exil: alors que le "vagabond" du poème original est exilé sur la mer, le "vagabond" d'Auden est comparé à un oiseau seul sur la lande.
  • le rêve: le "vagabond" du poème original rêve de son seigneur, d'une communauté accueillante, le "vagabond" d'Auden rêve d'intimité avec sa femme, rêve se transformant en cauchemar à l'idée d'être trompé.
  • les implications philosophiques: dans les deux textes, on peut ressentir une crainte de la mort, et du passage du temps.

W. H. Auden aborde les mêmes thèmes, et utilise des techniques similaires (tels que des kennings), bien qu'il ait donné une tournure existentialiste à son poème, celui-ci s'achève sur une lueur d'espoir, tout comme le poème d'origine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anglo-Saxons.net
  2. Wayne G. Hammond & Christina Scull, The Lord of the Rings: A Reader's Companion, HarperCollins, 2005 ((ISBN 0-00-720907-X)), p. 399
  3. J. R. R. Tolkien (éd. Christopher Tolkien & Humphrey Carpenter, trad. Delphine Martin & Vincent Ferré), Lettres, Christian Bourgois, 2005 ((ISBN 2-267-01788-1)), p. 212, 445

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • De Caluwé-Dor, Juliette, trad. "L'errant." Ecritures 79: Pages de littérature anglaise médiévale. Ed. Juliette De Caluwé-Dor. Liège: Cercle Interfacultaire de Littérature, Université de Liège, 1981. 14-17.