Ubi sunt

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Ubi sunt est une locution latine signifiant « où sont(-ils) ». Elle est issue du latin « ubi sunt qui ante nos fuerunt? » signifiant « où sont passés ceux qui nous précédèrent ? ».

Par extension, l'ubi sunt désigne un thème littéraire où l'auteur s'interroge sur la survie des grands personnages du passé qui sont morts, thème présent en particulier au Moyen Âge.

Présentation[modifier | modifier le code]

Le thème de l'ubi sunt est un thème bien représenté dans la littérature médiévale où l'auteur s'interroge sur la mort des grandes figures du passé. En s'interrogeant ainsi, l'auteur pose également la question de sa propre mort ainsi que celle du lecteur.

Philippe Ménard (professeur émérite de littérature française du Moyen Âge à la Sorbonne[1]) donne une description précise des thèmes de l'ubi sunt : « Toute-puissance de la mort, vanité de la vie en ce bas monde, survivance misérable dans la mémoire des hommes, et donc terrible dégradation affectant l'ensemble de l'humanité, tels sont les éléments caractéristiques de ce thème mélancolique[2]. »

Ce thème remonte à la Bible, en particulier dans le Livre de la sagesse où l'auteur offre une méditation désespérée sur la condition humaine en comparant la vie à un nuage qui s'éloigne. Ce thème se retrouve aussi chez Isaïe et Baruch, où chacun souligne que la brièveté de la vie comme la vacuité de la richesse et du pouvoir suggèrent qu'il faut délaisser le monde terrestre et se tourner vers Dieu[2].

Les figures médiévales les plus connues de l'ubi sunt seront par la suite Eustache Deschamps[2] et François Villon[3]. Cependant ce n'est plus tant l'idée chrétienne de se tourner vers Dieu qui prédomine, mais plutôt le désespoir et le sentiment du tragique et de l'absurde de la vie[2].

Exemples[modifier | modifier le code]

Le poète médiéval français François Villon exprime ce sentiment dans la Ballade des dames du temps jadis avec la question Mais où sont les neiges d'antan ?.

Un autre écrivain médiéval français, Rutebeuf, écrit les Poèmes de l'infortune qui contient ces vers :

Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés ?

Le chanteur Léo Ferré rend connu ce poème en le mettant en musique dans la chanson Pauvre Rutebeuf.

Dans Stances sur la mort de son père, le poète espagnol Jorge Manrique écrit sur des contemporains morts :

¿Qué se fizo el rey don Juan?
Los infantes de Aragón
¿qué se fizieron?
¿Qué fue de tanto galán,
qué fue de tanta invención
como trujeron?
Las justas y los torneos,
paramentos, bordaduras
y cimeras,
¿fueron sino devaneos?
¿qué fueron sino verduras
de las eras?

Dans la poésie persane, Ubi sunt? est un thème omniprésent dans les Rubaiyat :

Et regarde… des milliers de fleurs avec le jour
S'éveillent… et des milliers s'effeuillent dans l'argile
Et ce premier mois d'Été qui apporte la Rose
Emportera Djemschild et Kaykobad (en)[4]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation de Philippe Ménard sur le site de France Culture.
  2. a, b, c et d Philippe Ménard, « Le sentiment de décadence dans la littérature médiévale » in Progrès, réaction, décadence dans l'Occident médiéval, dirigé par Emmanuèle Baumgartner, Laurence Harf-Lancner, Librairie Droz, 2003 (voir Google Books).
  3. Freeman Regalado Nancy, « La fonction poétique des noms propres dans le "Testament" de François Villon » in Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1980, N°32. pp. 51-68.
  4. Rubaiyat, VIII, traduction française de Charles Grolleau

Voir aussi[modifier | modifier le code]