Manuscrit Junius

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Une illustration de l’histoire de Caïn, tirée du manuscrit de Cædmon

Le manuscrit Junius XI (référence MS Junius 11), anciennement appelé manuscrit de Cædmon, est l’un des quatre principaux codicis conservés de la littérature anglo-saxonne en vieil anglais. Le manuscrit est conservé à la bibliothèque Bodléienne de l’université d’Oxford.

Dénomination[modifier | modifier le code]

L’appellation la plus couramment donnée au codex est celle de « manuscrit de Cædmon ». Elle vient de la théorie selon laquelle les quatre poèmes qu’il renfermait seraient l’œuvre de Cædmon ; le nom est resté, bien que cette théorie se soit révélée fausse.

Les travaux plus récent utilisent sa référence à la bibliothèque Bodléienne, « MS Junius 11 », « manuscrit Junius 11 » ou « Codex Junius », du nom de l'érudit Franciscus Junius (en) qui l’a édité pour la première fois en 1655.

Les noms donnés aux quatre poèmes sont d’invention récente, ce ne sont pas des titres donnés dans le manuscrit. Ils sont connus sous les noms en anglais de Genesis, Exodus, Daniel et Christ and Satan, soit La Genèse, L’Exode, Daniel et Le Christ et Satan.

Contenu[modifier | modifier le code]

Le manuscrit contient quatre poèmes — anonymes, comme une majorité des écrits anglo-saxons. Les trois premiers sont l’œuvre d’un seul scribe ; le dernier est un ajout postérieur. La compilation du manuscrit a été datée paléographiquement d’autour de l’an mil. Les travaux récents suggèrent la fenêtre 930–960, d’après le style des illustrations.

Un tiers du manuscrit contient des illustrations religieuses au trait, d’un style anglo-saxon. On peut supposer qu’il était prévu qu’il soit entièrement illustré, car le premier scribe a laissé des espaces pour des illustrations. Cela laisse penser que le manuscrit aurait une importance particulière ; il était probablement destiné à un usage dévotionnel ou didactique.

La Genèse[modifier | modifier le code]

Illustration d’un ange gardant les portes du paradis , page 46 du manuscrit Junius 11

Le premier texte du recueil compte 2 936 lignes. Il s'agit en fait de deux poèmes différents, désignés comme la Genèse A et la Genèse B.

La Genèse A (lignes 1 à 234 et 852 à 2936) est une paraphrase de la première partie du livre biblique de la Genèse, de la Création au test de la foi d’Abraham par le sacrifice d’Isaac (Gen. 22).

Les lignes 235 à 851 du texte proviennent d'un autre poème, que l'on appelle Genèse B, et qui semble avoir été introduit dans le premier pour combler une lacune. Les deux poèmes sont traités par le compilateur du manuscrit comme s'il s'agissait d'un seul et même texte, mais des différences importantes entre les deux poèmes permettent de les distinguer.

La Genèse B n'est pas une paraphrase fidèle du texte biblique comme la Genèse A, mais un récit assez libre de la chute de Satan, puis d'Adam et Eve. Par ailleurs, son style est très différent. Dès 1875, Eduard Sievers a émis l'hypothèse qu'il s'agissait de la traduction d'un original en vieux-saxon[Note 1], hypothèse confirmée en 1894 par la découverte par Karl Zangemeister d'un fragment de ce poème vieux-saxon dans un manuscrit de la bibliothèque vaticane (Palatinus Latinus 1447)[Note 2].

L’Exode[modifier | modifier le code]

L’Exode (Exodus) ne paraphrase pas le livre biblique de l’Exode, mais reprend l’histoire de la fuite hors d’Égypte et le passage de la mer Rouge d’une manière « épique » proche d’autres poèmes religieux en vieil anglais, voire du non-religieux Beowulf. L’imagerie militaire imprègne les scènes de bataille : Moïse apparait comme un général.

Il pourrait être la reprise d’un poème plus ancien, du VIIIe siècle. Il compte 590 vers, mais est peut-être incomplet.

Le récit principal est suspendu pour raconter les histoires de Noé, et du sacrifice d’Isaac par Abraham. Certains chercheurs rapprochent cela des disgressions similaires que l’on trouve dans des poèmes épiques comme Beowulf, d’autres considèrent qu’il s’agit d’un ajout postérieur[Note 3]. Dans les sermons de cette époque, on retrouve cependant des connexions entre la traversée de la mer Rouge et ses deux sujets.

Daniel[modifier | modifier le code]

Daniel compte 764 vers. Il se base sur les cinq premiers chapitres du Livre de Daniel, et particulièrement sur l’épisode des trois enfants de la fournaise (chapitre 3).

Livre de Daniel Daniel (lignes) Daniel (partie) Azarias (lignes)
1:1—3:24 1—278 Daniel A
3:25—3:50 279—361 Daniel B 1-71
3:52—3:90 362—408 Daniel B 72-161a
3:81—Chapter 5 409—764 Daniel A

De nombreux chercheurs structurent le poème en deux parties, Daniel A et Daniel B ; d’autres ont également annoncé qu’il serait incomplet.

La première partie, Daniel A, reformule le début du Livre de Daniel. Daniel B est considéré par certains chercheurs[évasif] comme une version du poème en vieil anglais Azarias du Livre d’Exeter, duquel il se rapproche des lignes 1 à 71, mais moins par la suite. Par son contenu, Daniel B est lue comme une prière pour la délivrance, alors que celle-ci est apportée par Daniel A ; cela explique que de nombreux universitaires considèrent qu’il s’agit d’un ajout. D’autres éléments concordent avec cette analyse, comme l’usage du vocabulaire et des métriques ; également, le fait que Daniel B semble mettre l’accent sur le sens allégorique du Livre de Daniel, comportement différent de la majorité des poèmes chrétiens en vieil anglais de cette période.

Le Christ et Satan[modifier | modifier le code]

Le Christ et Satan (Christ and Satan) compte 729 vers. Contrairement aux trois poèmes de la première partie du manuscrit, qui s’appuient sur les histoires de l’Ancien Testament, Le Christ et Satan englobe toute l’histoire biblique, autant l’Ancien que le Nouveau Testament ; il expose un certain nombre de conflits entre le Christ et Satan. On sépare habituellement[Note 4] le poème en trois sections.

  1. La Chute de Satan (lignes 1 à 365) : La section expose les griefs de Satan et des autres anges déchus. Satan et ses frères déchus addressent directement leurs plaintes au Christ le Fils. C’est une présentation d’un point de vue inhabituel et sans précédent de l’histoire, car les plaintes de Satan et des anges déchus sont généralement addressées à Dieu le Père, comme c’est le cas dans les deux parties du poème Genesis.
  2. La Descente aux Enfers (lignes 366 à 662) : Cette partie, basée sur l’Évangile de Nicodème, offre un compte rendu de la Résurrection, de l’Ascension et du Jugement dernier[Note 5], en mettant l’accent sur la descente aux Enfers et la victoire sur Satan dans son domaine.
  3. La Tentation du Christ (lignes 663 à 729) : Elle rappelle l’épisode de la tentation du Christ par Satan dans le désert.

Les sections sont entrecoupées de passages homilétique invitant à une vie juste et à la préparation pour le Jour du Jugement et la vie dans l’au-delà. La nature composite et incohérente du texte est cependant à l’origine de nombreux débats[Note 6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Facsimilés[modifier | modifier le code]

  • Muir, Bernard J. (éd.), A Digital Facsimile of Oxford, Bodleian Library, MS. Junius 11. Bodleian Digital Texts 1. Oxford : Bodleian Library, University of Oxford, 2004

Éditions des textes[modifier | modifier le code]

  • Krapp, G. (éd.). The Junius Manuscript. The Anglo-Saxon Poetic Record 1. New York, 1931 : Exodus p. 90–107, Daniel p. 111–32etc.
  • Bradley, S.A.J. (tr.). Anglo-Saxon Poetry. London; David Campbell, 1995 : Genesisp. 10–48, Exodus p. 49–65,Daniel p. 66–86, Christ and Satan p. 86–105 (Bradley n'inclut cependant que la première moitié de la Genèse, jusqu'à la ligne 1542)
  • Stévanovitch, Colette (éd.). La Genèse du manuscrit Junius XI de la Bodléienne: Édition, traduction et commentaire. Paris: Publications de l’AMAES, 1992

Entrées d’encyclopédie[modifier | modifier le code]

  • Le « Caedmon manuscript » sur le site de l’Encyclopaedia Britannica
  • (en) Paul E. Szarmach, M. Teresa Tavormina et Joel T. Rosenthal, Medieval England : An Encyclopedia, New York, Garland Pub.,‎ 1998 (Alexander R. Rumble, « Junius Manuscript », p. 385–386 ; A. P. M. Orchard, « Christ and Satan », p. 181
  • (en) Michael Lapidge, The Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Oxford, Blackwell Pub.,‎ 1999 (Paul G. Remley, « Junius Manuscript », p. 264–266 ; Donald Scragg, « Christ and Satan », p. 105)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Der Heliand und die altsächsische Genesis (Halle : Niemeyer, 1875), p. 5-23.
  2. Voir Alger Nicolaus Doane, éd., The Saxon Genesis : An Edition of the West Saxon Genesis B and the Old Saxon Vatican Genesis (Madison, WI : University of Wisconsin Press, 1991), p. 7-8
  3. Anecdotiquement : Edward B. Irving a édité le poème à deux reprises, en 1955 et 1981 : dans la première édition, il présente les deux passages comme des poèmes séparés ; dans la seconde, il se rétracte, et publie le texte complet.
  4. Certains chercheurs, dont Donald Scragg, présentent Le Christ et Satan comme un ensemble de nombreux poèmes plus ou moins étroitement liés.
  5. Donald Scragg note (Scragg 1999) que la séquence de la Résurrection, l'Ascension et le jour du jugement, ne suit pas une chronologie.
  6. Par exemple, William Conybeare (1787 † 1857) commente la nature fragmentaire du poème en disant que celui-ci, « [c]ommencé par plusieurs longues harangues de Satan et ses anges […] si peu connectées avec le déroulement ou les unes avec les autres, et assemblées de manière si peu élaborée, ressemble plus à une accumulation de fragments qu’à une conception régulière. » (« [i]ntroduced by several long harangues of Satan and his angels … so little connected with the sequel or with each other, and so inartificially thrown together, as rather to resemble an accumulation of detached fragments than any regular design. », cité dans Clubb xlii, xliii)