Sophie Brahe

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Sophie Brahe

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Sophie Brahe, gravure du début du XXe siècle (Hans Peter Hansen) selon une peinture à l'huile d'époque, actuellement au château de Gavnø[1]

Naissance 1556 ou 1559
Décès 1643
Nationalité danoise
Activité principale
horticulture, astrologie, astronomie, chimie, médecine

Sophie Brahe (1556 ou 1559 - 1643) est une femme de sciences et de lettres danoise, sœur et assistante de Tycho Brahe, en particulier pour ses travaux d'astronomie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sophie Brahe naît en 1556[2] ou 1559[3] dans le château de Knudstrup (aujourd'hui Knutstorp) en Scanie, province qui est à l'époque danoise, mais suédoise de nos jours. Elle est la plus jeune d'une fratrie de huit enfants dont l'aîné est l'astronome Tycho Brahe (1546-1601). Sa famille est noble et l'une des plus importantes du royaume de Danemark. Elle reçoit une éducation privée, apprend l'allemand et le latin. Tycho lui enseigne l'astronomie, ainsi elle l'assiste pour observer une éclipse de Lune en 1573[4].

En 1579 elle épouse Otte Thott (1543-1588), un homme plus âgé qu'elle, très riche et lui aussi issu d'un grande famille danoise. De cette union naît un fils, Tage Thott (da), en 1580, qui restera le seul enfant de Sophie[4]. Le couple s'installe au château d'Eriksholm en Scanie (aujourd'hui Trolleholm en Suède), propriété d'Otte, où il mène grand train[4].

À la mort d'Otte Thott en 1588, Sophie s'occupe de la gestion de leur propriété d'Eriksholm, et devient une excellente horticultrice : son jardin, dans le style de la Renaissance, est à l'époque le plus réputé de Scandinavie. Elle y installe un laboratoire de chimie qu'elle a appris de Tycho, où elle pratique comme celui-ci la iatrochimie dans la tradition de Paracelse. Elle y prépare des médicaments pour ses proches, mais aussi pour les pauvres. Elle entame également des recherches historiques sur la généalogie des grandes familles scandinaves. Elle se lance aussi dans l'astrologie[5].

Elle rend régulièrement visite à son frère à Uraniborg sur l'île de Hven, où celui-ci a installé un observatoire astronomique, et ses visites sont encore plus fréquentes après la disparition de son mari. Elle devient alors très proche de Tycho entre 1588 et 1597 (date à laquelle ce dernier abandonne Uraniborg)[4]. Pour Tycho elle est Uranie, muse de l'astronomie[5], et Sophie joue un rôle important dans le cercle humaniste danois épris de culture classique qui gravite autour d'Uraniborg[6].

Fin 1589, elle est souvent à Hven en compagnie d'Erik Lange (da) dont elle tombe amoureuse. Erik est devenu ami de Tycho depuis le mariage de Knud, frère de Sophie et Tycho, avec une sœur d'Erik en 1584, ceci bien que Tycho, adepte de la iatrochimie dans le style de Paracelse, désapprouve la passion d'Erik pour l'alchimie traditionnelle et la recherche de la transmutation des métaux communs en or[4]. Début 1590 Sophie et Erik se fiancent en dépit de la désapprobation de leurs deux familles (Tycho excepté)[7]. Ils se rencontrent régulièrement à Hven, mais en 1592 Erik, qui s'est endetté en vaines recherches, fuit le Danemark et ses créanciers, pour l'Allemagne où il s'endette derechef[7]. En 1594 Tycho écrit un grand poème en latin, « Urania Titani » (Uranie à Titan) sous la forme d'une lettre de Sophie à son fiancé, où il aborde la chimie et l'astrologie[7].

Sophie revoit brièvement Erik en 1599, lors d'un voyage en Allemagne où elle accompagne son fils pour ses études, puis en 1602 (Tycho est mort à Prague en 1601) à Eckernfölde dans le Holstein où ils se marient. Sophie s'est elle même endettée pour soutenir Erik, et le couple vit dans une grande pauvreté. On ne sait pas grand chose de leur vie commune ensuite. Le fils de Sophie est à la tête d'une importante fortune comme héritier de son père, il se marie à Copenhague en 1606, dans la tradition des alliances entre grandes familles nobles de l'époque. Erik meurt en 1613, peut-être à Prague. Après cette date Sophie rentre au Danemark et s'établit à Elseneur où elle va demeurer jusqu'à la fin de ses jours. Elle y établit un jardin, et y poursuit ses recherches en chimie, et en généalogie[8]. Son fils a acquis une fortune considérable, et joue un rôle important dans la conduite de l'état. À sa mort en 1643 à Elseneur, elle est enterrée auprès de son premier mari à Torrlösa près d'Eriksholm[9].

Travaux[modifier | modifier le code]

L'œuvre majeure de Sophie Brahe est son travail sur la généalogie des grandes familles scandinaves, pour lequel elle développe une méthodologie soignée d'usage des sources. Son manuscrit de 900 pages, est achevé pour l'essentiel en 1626. Il est conservé aujourd'hui à la bibliothèque de l'université de Lund[10]. On conserve d'elle également une importante correspondance[11].

Malgré ses compétences en astronomie, Sophie qui a assisté son frère, n'est jamais devenue réellement astronome, bien qu'on la présente parfois ainsi, probablement à la suite d'une surinterprétation d'un passage l'ouvrage de Pierre Gassendi De Tychonis Brahei Vita[12], qui reconnaît ses qualités[13].

En littérature Sophie est vraisemblablement l'auteur d'un petit traité en Danois sur la pierre philosophale aujoudhui perdu, qui prenait la forme d'une lettre d'Uranie à Diane. Une ballade de l'époque, toujours en danois, qui contient des allusions à l'alchimie et à la médecine, lui est parfois attribuée, mais cette attribution est contestée[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. La peinture, dont l'auteur est resté anonyme, est reproduite dans (Christianson 2000, p. 259).
  2. Ogilvie et Harvey 2000, p. 345.
  3. Probablement le 24 août 1559 selon (Christianson 2000, p. 258).
  4. a, b, c, d et e Christianson 2000, p. 258.
  5. a et b Christianson 2000, p. 259.
  6. Christianson 2000, p. 261-262.
  7. a, b et c Christianson 2000, p. 261.
  8. Christianson 2000, p. 263.
  9. Christianson 2000, p. 264.
  10. Christianson 2000 p 263-264.
  11. Christianson 2000 p 264.
  12. Pierre Gassendi, Tychonis Brahei Vita, Editio secunda auctior et correctior, 1655.
  13. C'est la position de Marylin Ogilvie, qui présente Sophie comme étudiante en astronomie dans sa courte biographie, Ogilvie et Harvey 2000, p. 346. Ni Christianson 2000, ni Victor Thoren dans sa biographie de Tycho Brahe, ne présentent Sophie comme astronome, la seule observation qu'ils citent est celle de l'éclipse de Lune de 1573 (cf. texte de l'article).
  14. Christianson 2000, p. 260.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) John Robert Christianson, On Tycho's Island: Tycho Brahe and his assistants, 1570–1601, Cambridge University Press,‎ 2000 (ISBN 0-521-65081-X) p 258-264.
  • (en) Marilyn Bailey Ogilvie (ed.) et Joy Dorothy Harvey (ed.), The biographical dictionary of women in science : pioneering lives from ancient times to the mid-20th century, Routledge,‎ 2000 (ISBN 0-415-92038-8), p. 345-346

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]