Rite d'adoption

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Le Rite d'adoption est un rite maçonnique apparu en France au XVIIIe siècle. Il était pratiqué par les loges féminines dites « loges d'adoption ».

Réception d'une jeune femme dans une loge d'adoption du Premier Empire (France).

Histoire[modifier | modifier le code]

Des constitutions aux loges d'adoption[modifier | modifier le code]

En 1723, Anderson prononce ses constitutions. L'interdiction d'initier des femmes en franc-maçonnerie y est proclamée. Vingt ans plus tard des femmes sont initiées en Angleterre puis, de façon plus affirmée, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne et en Suède.

Cachet de la Loge d'adoption « Candeur ».

Vers 1750, nombreuses furent les femmes initiées en France. Les dirigeants du Grand Orient de France, nommés « grands maîtres », Comte de Clermont et Duc de Chartres, leur sont favorables et c’est Bacon de La Chevalerie qui plaide leur cause et promulgue en 1774 un rite dit d'Adoption régissant les loges sous ce nom[1]. Celles-ci étant désormais les seules à pouvoir recevoir des femmes. Au début du Siècle des Lumières ce sont essentiellement des femmes appartenant à l’aristocratie lettrée et à la bourgeoisie éclairée qui sont reçues « Franches maçonnes »[2].

« Rien n’est plus propre à prouver à nos Sœurs la haute opinion que nous avons de leur Sexe que l’effort que nous avons fait après tant de siècles en les associant à nos mystères. Par l’Adoption, nos cœurs sont à elles, nos esprits sont unis aux leurs ; elles partagent nos sentiments comme nos asiles, nos lumières comme nos travaux, notre bonheur est commun. »

— « Essai sur le but de l’adoption », Loge de La Candeur, 1778.

Au début du XXe siècle en France, parallèlement au développement de la franc-maçonnerie mixte sous l'impulsion du Droit humain, la Grande Loge de France réactive ses loges d'adoption et, en 1906, leur donne une constitution propre. Le texte prévoit que : « toute loge d'adoption doit être souchée sur l'atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d'adoption. Dans toute Tenue, toutes les officières de la Loge d'adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l'atelier sur lequel elles sont souchées ». En 1907, les loges d'adoptions adoptent une version rénovée du Rite d'adoption. Il semble que les travaux de ces loges portent sur des sujets de société comparables à ceux des hommes[3].

Naissance de la Grande Loge féminine de France[modifier | modifier le code]

En 1935, neuf loges d'adoption existent. Dans l'espoir d'un hypothétique rapprochement avec le bloc des Grandes Loges de la Grande Loge unie d'Angleterre, la Grande Loge de France donne, sans les avoir consultées, l'indépendance aux loges d'adoption et les incite à se constituer en obédience maçonnique féminine. Des structures provisoires sont mises en place et il faut attendre 1945 pour voir se constituer l'Union maçonnique féminine de France, future Grande Loge féminine de France (GLFF). Lors de sa fondation en 1945, la Grande Loge féminine de France choisit de perpétuer le Rite d'adoption.

En 1959, l'obédience abandonne le rite créé trois siècles plus tôt au profit du Rite écossais ancien et accepté. Les sœurs refusant cette décision fondent la loge Cosmos et quittent l'obédience. En 1977, Cosmos intègre la Grande Loge féminine de France (GLFF) en continuant à pratiquer le Rite d'adoption. Elle est depuis la seule loge en France et sans doute au monde pratiquant à ce rite[4].

Les rituels d'adoption[modifier | modifier le code]

Évolution et organisation[modifier | modifier le code]

Le plus ancien rituel officiellement cacheté date de l’année 1761. Celui-ci est intitulé « Maçonnerie des Dames » ou « La maçonnerie d'adoption, par le Prince de Clermont, grand maître des Orients de France, décliné en quatre grades. » Les manuscrits des rituels du Marquis de Gages dont la loge est à Mons aux Pays-Bas Autrichiens sont datés de 1767.

Les rituels pratiqués par la « maçonnerie des dames » aussi appelée « maçonnerie des femmes » peuvent être classés en grandes familles :

  • Simples : « Clermont », « Grand Orient » et « Troisième Tradition »,
  • Mixtes : « Grand Orient et Clermont » et « Grand Orient et Troisième Tradition ».

Thématiques et symboles[modifier | modifier le code]

Les rituels se distinguent de la franc-maçonnerie masculine car ses rituels ne sont basés sur la construction du temple mais sur d'autres thèmes :

Ces thématiques se réfèrent explicitement aux premiers chapitres du Livre de la Genèse. La présence de récits bibliques dans le Rite d'adoption nous est, entre autres, rapportée par l'étude de tabliers féminins en peau peinte datant de l’époque napoléonienne. Ainsi, les symboles les plus connus de la maçonnerie d’adoption sont : l'Arbre de la connaissance, l'Arche de Noé et l'Échelle de Jacob[6].

Si les rituels diffèrent de ceux pratiqués par les hommes, les franc-maçonnes d'adoption portent, comme eux, le tablier et les gants[4].

Pratique des « hauts grades maçonniques »[modifier | modifier le code]

Au trois degrés symboliques furent ajoutés divers systèmes spécifiques de hauts grades maçonniques, dont il n'est toutefois pas certain qu'ils aient jamais existé ailleurs que sur le papier de leurs rituels[7]. Parmi les thématiques des hauts grades, celui de la Reine de Saba, sous le nom de « Princesse de la couronne » était le sommet d'une échelle en dix grades attestée à la fin du XVIIIe siècle[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jan Snoek 2012
  2. « Rite d'Adoption - Biennale maçonnique de Bordeaux. », sur http://imaq.fr
  3. Janet Burke 2010
  4. a, b et c Grande Loge féminine de France 1995
  5. Daniel Ligou 2012, p. 149
  6. « Tablier en cuir Rite d'Adoption », sur http://www.glff.org/
  7. Daniel Ligou 2012, p. 150

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, La Grande Loge féminine de France : Autoportrait, Guy Trédaniel,‎ 1995, 223 p. (ISBN 2-85707-754-8).
  • Daniel Ligou et al, Histoire des francs-maçons en France, vol. 2, Privat,‎ 2000 (ISBN 2-7089-6839-4).
  • Janet Burke, Les premières francs-maçonnes au siècle des Lumières, Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2010 (ISBN 978-2-86781-644-4).
  • Jan Snoek, Le rite d'adoption et l'initiation des femmes en franc-maçonnerie, Dervy,‎ 2012, 642 p. (ISBN 978-2-84454-939-6).

Articles connexes[modifier | modifier le code]